Prépositions, préverbes et postverbes en anglais et en français.Le

January 29, 2018 | Author: Anonymous | Category: Arts et Lettres, Écriture, Grammaire
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THÈSE Pour l'obtention du grade de DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ DE POITIERS UFR lettres et langues Laboratoire Formes et représentations en littérature et linguistique (Poitiers) (Diplôme National - Arrêté du 7 août 2006) École doctorale : Cognition, comportements, langage(s) - CCL (Poitiers) Secteur de recherche : Linguistique anglaise

Présentée par :

Perrine Ciraud-Lanoue Prépositions, préverbes et postverbes en anglais et en français. Le cas de away, off et out. Approche syntaxique et sémantique. Directeur(s) de Thèse : Jean Chuquet Soutenue le 18 janvier 2013 devant le jury Jury : Président

Jean-Marie Merle

Professeur - Université de Nice, Sophia-Antipolis

Rapporteur

Nigel Quayle

Professeur - École Centrale de Lille

Rapporteur

Éric Gilbert

Professeur - Université de Caen

Membre

Jean Chuquet

Professeur émérite - Université de Poitiers

Membre

Gilles Col

Professeur - Université de Poitiers

Pour citer cette thèse : Perrine Ciraud-Lanoue. Prépositions, préverbes et postverbes en anglais et en français.Le cas de away, off et out. Approche syntaxique et sémantique. [En ligne]. Thèse Linguistique anglaise. Poitiers : Université de Poitiers, 2013. Disponible sur Internet

THÈSE Pour l’obtention du grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE POITIERS Spécialité: Linguistique anglaise

Faculté Lettres et Langues École doctorale 527 Cognition, Comportement et Langage(s)

Présentée par

Perrine CIRAUD-LANOUE

Prépositions, préverbes et postverbes en anglais et en français. Le cas de away, off et out. Approche syntaxique et sémantique

Directeur de thèse : M. Jean CHUQUET

Soutenue le 18 janvier 2013

JURY M. Gilles COL M. Eric GILBERT M. Jean-Marie MERLE M. Nigel QUAYLE M. Jean CHUQUET

Professeur à l’Université de Poitiers Professeur à l’Université de Caen Professeur à l’Université de Nice Professeur à l’Ecole Centrale de Lille Professeur Emérite à l’Université de Poitiers

THÈSE Pour l’obtention du grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE POITIERS Spécialité: Linguistique anglaise

Faculté Lettres et Langues École doctorale 527 Cognition, Comportement et Langage(s)

Présentée par

Perrine CIRAUD-LANOUE

Prépositions, préverbes et postverbes en anglais et en français. Le cas de away, off et out. Approche syntaxique et sémantique

Directeur de thèse : M. Jean CHUQUET

Soutenue le 18 janvier 2013

JURY M. Gilles COL M. Eric GILBERT M. Jean-Marie MERLE M. Nigel QUAYLE M. Jean CHUQUET

Professeur à l’Université de Poitiers Professeur à l’Université de Caen Professeur à l’Université de Nice Professeur à l’Ecole Centrale de Lille Professeur Emérite à l’Université de Poitiers

REMERCIEMENTS

Je tiens tout d’abord à remercier mon directeur de thèse, Jean Chuquet, pour avoir fait en sorte que ce travail puisse aller à son terme, ainsi que pour sa grande bienveillance à mon égard. Mes remerciements vont également aux membres du jury qui ont accepté d’évaluer cette thèse, et à la Région Poitou-Charentes dont le financement l’a initialement rendue possible. Qu’il me soit ensuite permis d’exprimer toute ma gratitude à l’ensemble de mes proches, famille et amis, pour leur soutien indéfectible durant ces (trop) longues années. Mille mercis en particulier à : -

Thierry, mon compagnon, pour sa patience (pourtant mise à rude épreuve), ses encouragements sans cesse renouvelés, sa confiance inébranlable ;

-

ma mère, Brigitte, et ma grand-mère, Danièle, pour m’avoir régulièrement offert les conditions les plus propices à l’avancement de mon travail, et avoir si bien pris soin de moi à cette occasion ;

-

mes beaux-parents, Gisèle et Jacky, pour m’avoir si gentiment accueillie chez eux lorsque j’en ai eu besoin ;

-

Caroline pour sa grande compréhension, sa disponibilité et son aide si précieuse à tous points de vue ;

-

Sandrine pour son écoute attentive, ses encouragements répétés et ses conseils toujours avisés ;

-

Tom, un ami bien plus qu’un informateur, pour sa disponibilité et la patience avec laquelle il a toujours répondu à mes questions.

Une pensée, enfin, pour mon grand-père, Claude, trop tôt disparu et à la mémoire duquel je dédie cette thèse.

2

SOMMAIRE

INTRODUCTION

4

1. VERBES A PARTICULE : GENERALITES ET ETUDES ANTERIEURES

8

2. AWAY, OFF ET OUT : PRÉSENTATION GÉNÉRALE

106

3. VERBES A PARTICULE : UNE NOUVELLE APPROCHE

204

CONCLUSION

339

BIBLIOGRAPHIE

343

ABRÉVIATIONS

356

INDEX DES CONCEPTS UTILISES

358

TABLE DES MATIERES

361

3

INTRODUCTION

4

INTRODUCTION Claude Hagège : L’anglais est une langue très difficile, malgré son absurde réputation de facilité. Commençons donc par apprendre aussi des langues plus faciles comme l’italien, l’allemand et donc… Guillaume Durand : L’allemand est plus facile que l’anglais… C. H. : Mais nettement plus, l’anglais est une langue très difficile… G. D. : … mais enfin vous vous moquez de moi ! C. H. : … la réputation de l’anglais… écoutez : he did him in il l’a tué, he set them up il les a dérangés. Combien de gens sont capables de comprendre ces fameuses petites postpositions qui changent, qui modifient totalement le sens des mots de l’anglais ? […] C. H. : to see him off accompagner quelqu’un quand il s’en va, to see him off… si vous ne savez pas ça… Esprits libres, émission du 6 juin 2008 sur France 2.

Il est assez symptomatique qu’un linguiste de renom, invité à s’exprimer dans une émission grand public, prenne comme exemples des verbes à particule pour illustrer le haut degré de complexité de la langue anglaise. Les verbes à particule, ou phrasal verbs, qui sont formés par association d’un verbe et d’une particule et qui constituent le type de verbe composé le plus répandu en anglais, font partie intégrante du vocabulaire le plus courant de cette langue, laquelle s’enrichit, du reste, sans cesse de nouveaux éléments de ce type. Or, il s’avère qu’ils posent effectivement de nombreux problèmes à tous les apprenants, et ce, quel que soit leur niveau1, mais plus particulièrement à ceux, tels les francophones, dont la langue maternelle ne possède aucune structure similaire. D’après R. Dirven (2001: 24), These learning problems are situated at three levels at least: they are contained in each single sense of a preposition or particle verb, in the coherent links between the various sub-senses in each cluster of an item’s senses, and finally in the link between the various clusters and in the link with the basic sense or proto-image of a given item.

De fait, l’apprenant confronté à la série d’exemples qui suit2 aura bien du mal à être convaincu du caractère non aléatoire du sens de out : 1

C’est ainsi que même les étudiants spécialistes de l’anglais sont loin d’en avoir une parfaite maitrise, de

sorte qu’ils ont souvent tendance à les négliger lors du passage du français vers l’anglais alors que, comme le soulignent H. Chuquet et M. Paillard (1989 : 199), « le recours au phrasal verb est dans bien des cas indispensable à la production d’un texte authentique ». 2

Ces exemples, et leur traduction, sont tous issus du Robert et Collins super senior (2000).

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(1) How are you making out with your research? :: Comment avancent tes recherches ? How do you make that out? :: Qu’est-ce qui vous fait penser cela ? The biography makes her out to be ruthless. :: Cette biographie la décrit comme une femme impitoyable. You’ll have your work cut out to persuade him to come. :: Vous aurez du mal à le persuader de venir. Their luck ran out. :: La chance les a lâchés.

Il parait, en effet, bien difficile de déduire le sens de ces combinaisons de celui du verbe et de la particule qui les composent, et tout aussi difficile de retrouver ici l’idée d’extériorité habituellement associée à out. C’est donc sur ce terreau fertile qu’ont été amenés à proliférer dictionnaires et autres ouvrages thématiques dont l’objectif est de rendre la compréhension des verbes à particule plus accessible et, partant, d’en faciliter l’apprentissage. Nous aurons toutefois l’occasion de montrer dans le premier chapitre qu’ils posent eux-mêmes problème, d’abord parce qu’ils peinent à offrir autre chose que des listes dont la mémorisation est malaisée, et ensuite parce qu’en l’absence de tout fondement théorique, ils présentent les données d’une manière qui ne peut que contribuer à accroitre le désarroi des apprenants. Il n’empêche, comme le rappelle A. Kurtyka (2001 : 29), Since phrasal verbs are very common in everyday language they are important to learn so that speakers might be able to use them and be understood, if not merely to understand others.

Nous estimons cependant qu’un travail théorique approfondi, qui vise à identifier des régularités de fonctionnement, s’impose préalablement à toute tentative de proposer d’autres méthodes d’apprentissage et/ ou une nouvelle approche pour la rédaction des dictionnaires. Nous rejoignons en cela R. Dirven (ibid.) qui estime que « only with the help of semantic/ linguistic analyses […] can one begin to program the learning difficulties in a more systematic way ». C’est très précisément le type d’entreprise dans lequel nous souhaitons nous engager ici. Si les travaux sur les verbes à particule ne manquent pas, peu ont l’exigence d’offrir un traitement véritablement unitaire des phénomènes, pourtant essentiel à nos yeux. La littérature anglo-saxonne sur le sujet, notamment, tend à définir les particules en termes d’invariants sémantiques, particulièrement à partir de propriétés relatives à l’espace et, par extension, au temps. Les autres "emplois" se trouvent alors qualifiés de "métaphoriques" et envisagés au cas par cas, selon une typologie verbale essentiellement sémantique, aboutissant à une multiplication des valeurs qui sont alors vues comme disjointes, et finalement indépendantes

6

les unes des autres. Nous délaisserons la perspective cognitiviste qui sous-tend la plupart des études récentes pour privilégier une approche énonciative dans le cadre de la Théorie des Opérations Enonciatives3 d’A. Culioli (désormais TOE). Ce faisant, nous nous inscrirons dans une approche qui ancre la syntaxe dans le lexique et envisage le sens comme produit par un agencement de marqueurs d’opérations, et non comme un assemblage d’unités ayant chacune un "sens premier". Le champ étant fort vaste, il serait utopique de chercher à l’embrasser dans son entier ; aussi avons-nous décidé de circonscrire notre étude à un groupe de particules donné, à savoir away, off et out, dont on a l’intuition qu’il s’articule en système4. Après un état des lieux fouillé de la question, dont le but sera de mieux cerner les différents problèmes d’analyse que posent les verbes à particule, nous examinerons l’ensemble des valeurs et contextes d’emploi de ce triplet de particules pour en identifier les régularités. Nous serons alors en mesure de montrer, dans une troisième et dernière partie, d’une part qu’il est possible de dégager, pour toute particule, une forme schématique stable – définie à partir d’opérations de repérage abstraites et susceptibles d’intégrer les modifications et variations dues au co-texte, et d’autre part, que les mêmes paramètres peuvent être utilisés pour les formes schématiques de toutes les particules. Tout au long de ce processus, l’interaction verbe-particule restera au cœur de nos préoccupations.

3

Ou, plus exactement, la Théorie des Opérations Prédicatives et Enonciatives, dans la mesure où les deux

niveaux sont distinguables et également très importants par les relations qu'ils entretiennent. 4

Une intuition dont on signalera qu’elle est partagée par L. Dufaye, le linguiste engageant une réflexion sur

ces trois marqueurs dans l’un de ses travaux (2006c). Cette réflexion s’inscrit cependant dans une toute autre perspective que la nôtre, puisque « le propos n’est pas de présenter une analyse exhaustive, ni même détaillée, de OFF, OUT et AWAY, mais bien d’expliciter le principe d’une méthodologie hypothético-déductive, de sorte que [ses] remarques [ont] le plus souvent un caractère tout à fait allusif » (ibid. : 136). C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de ne pas nous appuyer sur les conclusions auxquelles il parvient, bien que nous ne nous interdisions pas d’en reprendre certains éléments ponctuellement.

7

1. VERBES A PARTICULE : GENERALITES ET ETUDES ANTERIEURES

8

1. VERBES A PARTICULE : GENERALITES ET ETUDES ANTERIEURES "What property of an item like in allows it to occur in particle position when inside does not? […] Given the imperfect correlation between intransitive prepositionhood and particlehood, how can we capture in synchronic grammar the fact that prepositional particles are far less marked compared to particles cognate with words of other categories? […] Where the tests for pv [particle verbs] status do pick out a uniform class, what is responsible for the uniformity? Does the pv construction possess primitive status in the form of a lexical entry, or can its existence be predicted from the lexical entries of the elements concerned […]? What is the syntactic structure associated with these constructions […]? […] Are the alternative word order patterns involving particles […] in free variation, […] or do the serialisation differences correspond to other (e.g. semantic, information-structural) differences? […] What semantics can be associated with these constructions and how do particles interact with verbal argument structures? […] is the syntactic structure the same for all the different semantic interpretations assigned to the construction? […]". (Dehé et al., 2002 : 5-6)

Cette série de questions figure dans un article de N. Dehé et al. (2002) qui sert d'introduction à un ouvrage relativement récent intitulé Verb-Particle Explorations. Bien entendu, elle reflète d'abord et avant tout les préoccupations des auteurs des travaux réunis dans ce recueil, mais, si nous avons choisi de la citer ici en guise de préambule, c'est parce qu'elle offre aussi un excellent aperçu de l'ampleur et de la diversité des problèmes d'analyse que pose la structure qui nous intéresse. Quel meilleur point de départ donc pour un chapitre dans lequel, sans avoir la prétention d'établir un inventaire exhaustif de ces problèmes, nous entendons tout de même en brosser un tableau d'ensemble aussi complet que possible ? Il s'agit là, à nos yeux, d'un passage obligé, car nous sommes convaincue que pour espérer traiter les phénomènes en jeu, quels qu'ils soient, d'une manière satisfaisante, il faut auparavant s'être assurée que l'on en cernait les contours avec précision. Terminologie, propriétés définitoires, tests et critères de reconnaissance, etc. feront par conséquent l'objet de la plus grande attention. Mais nous nous attacherons également à évaluer la pertinence des différentes interprétations dont nous serons amenée à rendre compte, afin de mettre en lumière les points qui gagneraient à être abordés dans le cadre que nous avons décidé de faire nôtre, c’est-à-dire la TOE.

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1.1. De quoi parle-t-on ? 1.1.1. Diachronie Étant donné que ce premier chapitre vise, entre autres, à prendre la mesure de l’ensemble des problèmes que posent les verbes à particule, il ne nous paraît pas inutile, pour commencer, de retracer brièvement les principales étapes de leur développement. Celles-ci apportent en effet un éclairage précieux sur nombre de leurs caractéristiques actuelles. Dans son ouvrage intitulé Verbes prépositionnels et verbes à particule, P. Gettliffe (1999 : 7) s’appuie sur les travaux des spécialistes de linguistique historique pour affirmer que : il existait en I.E. des outils autonomes, sortes de particules adverbiales, qui étaient très mobiles et pouvaient se placer presque n’importe où dans la proposition. […] L’évolution aurait conduit à une diversification fonctionnelle (adverbe, préfixe, particule, préposition) que les langues indo-européennes ont exploitée diversement et à des époques variables de leur histoire :  Le maintien de son autonomie confirme l’opérateur dans son rôle d’adverbe.

 Le rattachement au verbe aboutit à la préfixation : […]. A l’origine, cette particule placée juste avant le verbe était indépendante de lui et pouvait en rester séparée, mais la tendance a été à la soudure avec le verbe pour constituer un préfixe. […].

 Enfin la spécialisation de ces outils comme relateurs entre deux éléments en a fait des

prépositions […].

L’auteur précise que (ibid. : 7-8) : L’anglais a exploité les « particules adverbiales » évoquées pour l’I.E. en manifestant d’abord une tendance synthétique, caractérisée par :

 le développement en V.A. des préfixes ( pgān = go up) et des particules ( t faran = go

out) ;

 le nombre assez faible de verbes prépositionnels ;

puis une tendance analytique par :

 la perte de nombreux préfixes ou verbes préfixés ;

 le passage de la particule à la droite du verbe, rendant impossible l’affixation, avec mobilité relative de la particule (He took off his coat / He took his coat off) ;  le développement des verbes prépositionnels.

De fait, comme le souligne L. Brinton (1988 : 185), From Old English to Early Modern English, the language underwent an important structural shift, from a productive system of verbal prefixes to a new system of post-verbal particles. In this shift, phrasal verbs as well as prepositional verbs come to be the functional equivalents of the older prefixed verbs […].

10

Les préfixes vont donc se trouver petit à petit remplacés par les particules (et les prépositions). Cette mutation s’amorce visiblement dès le vieil-anglais, mais L. Brinton montre bien que le degré d’avancement du phénomène à cette époque est loin de faire l’unanimité parmi les différents linguistes qui se sont penchés sur la question (cf. ibid. : 186). Certains, à l’instar de A. Kennedy (1920 : 12), estiment que « occurrences of the verb-adverb combination are practically nil », tandis que d’autres, tels G. Curme (1914 : 320), soutiennent, au contraire, que « ther is a manifest tendency toward separation »5. L’origine de ce désaccord réside sans nul doute dans la difficulté qu’il y a à distinguer les séquences adverbe-verbe et préfixe-verbe, notamment en raison du caractère plurifonctionnel de certains opérateurs (cf. Gettliffe, ibid. : 70-71). A cela, s’ajoute le problème méthodologique du choix des textes sur lesquels se fondent les analyses et de leur représentativité. Alors que R. Hiltunen (1983 : 31) mentionne avoir travaillé sur « some of the most important OE and eME prose texts », qu’il a examinés « in toto » (ibid.), A. Kennedy, pour ne citer que lui, n’a manifestement étudié que des passages restreints (cf. « the first 300 lines of the Beowulf » (ibid. : 11) et « in pp. 8-15 of the Ancren Riwle » (ibid. : 12)). Et, comme le remarque D. Spasov (1966 : 22), « it is not improbable that in certain periods writers may not have reflected the real state of affairs in the language, following the fashion of the day or personal likes or dislikes ». Notons que le débat porte également, quoique dans une moindre mesure, sur la position de la particule : selon P. Gettliffe (ibid. : 85), « il y a en V.A. une certaine souplesse pour la place de la particule et du complément d’objet » et « il n’existe qu’une seule contrainte réelle, qui est l’impossibilité de placer un pronom objet après la particule ». L. Brinton, elle, indique que « it is generally acknowledged that preverbal position of the particle is more common in the OE phrasal verb than post-verbal position » (ibid.). Enfin, G. Curme déclare à plusieurs reprises que « in earliest English the tendency had developt to put the strest adverb after the verb » (ibid. : 328). En conclusion, il semble qu’à la suite de L. Brinton, on puisse considérer d’une part que « although prefixes were predominant in the OE period, verbal particles also occurred, both following and preceding the verb », et d’autre part que « the phrasal verb was well-established in Old English » (ibid.). Concernant le moyen-anglais en revanche, les données font a priori l’objet d’un plus large consensus, puisque l’on retrouve partout présente l’idée d’une « increasing frequency of verbparticle 5

combinations »6

(Brinton,

ibid. : 187).

Pour

P. Gettliffe

(ibid. : 91),

« cet

Signalons que toutes les citations extraites de l'article de G. Curme (op. cit.) sont présentées dans leur

orthographe d'origine. 6

A. Kennedy (ibid. : 13) apporte tout de même la nuance suivante :

11

enrichissement se caractérise à la fois par une croissance du nombre de combinaisons possibles avec un même verbe et par la polysémie grandissante des combinaisons ». Parallèlement à cette expansion, les préfixes connaissent alors un rapide déclin. Signalons par ailleurs que la particule vient de plus en plus souvent se placer après le verbe ; toutefois, ce passage de la gauche à la droite du verbe s’effectue très progressivement : L. Brinton (ibid. : 190) et P. Gettliffe (ibid. : 100) font tous deux valoir qu’« il y a pendant plusieurs siècles coexistence des deux systèmes ». En effet, R. Hiltunen (ibid. : 188) met clairement en évidence que « the changes did not all take place at the same time or at equal pace ». Ainsi, dans un premier temps, ce sont essentiellement les propositions indépendantes et principales, à une forme finie du verbe, qui sont affectées (cf. Gettliffe, ibid. : 80-83, 100-103 et Curme, ibid. : 330, 337-340). De plus, ce processus s’inscrit dans le cadre d’une évolution plus générale de la syntaxe de la phrase anglaise, qui « va consister à passer d’une langue de type SOV à une langue de type SVO » (Gettliffe, ibid : 79) : de fait, il s’avère que « the postverbal position steadily gains ground along with the decline of the S.O.V. syntax » (Hiltunen, ibid. : 125). De multiples raisons ont été avancées pour expliquer les différents bouleversements que nous venons d’évoquer. P. Gettliffe (ibid. : 69) récapitule les principales en ces termes : 



 

la tendance de l’anglais vers un état de langue analytique ; l’influence du V.N., qui avait perdu ses préfixes précocement ; l’absence d’accent sur les préfixes verbaux ; leur perte de poids sémantique : par exemple, il n’y a souvent plus de différence

sémantique entre hebban et āhebban (heave, lift up). […] ; 

le phénomène de syncrétisme, c’est-à-dire la fusion de plusieurs préfixes sous une même

forme, qui a contribué aussi à la perte de poids sémantique. […].

L’essentiel est dit, mais on pourra également, si on le souhaite, consulter la liste, plus complète, dressée par L. Brinton (ibid. : 189) : la linguiste a le mérite d’y associer chacun des arguments qu’elle recense à un renvoi direct aux références qui le mettent en avant. Sans vouloir entrer dans le détail, nous pensons cependant qu’il est important de souligner que tous les facteurs invoqués sont étroitement liés les uns aux autres, même si l’accentuation est celui the development of the verb-adverb combination would have been much more rapid had it not been weakened for some generations or even centuries, by the adoption into the English of numerous Romanic verbs with inseparable prefixes which drove out the native compounds, and for a time made the newer combination unnecessary.

Toutefois, sur ce point, il n'est guère rejoint que par D. Bolinger (1971 : xi), qui écrit : The number [of phrasal verbs] grew slowly in the Middle English period, then received a setback, at least in the literary language, from the influx of Romance derivatives and did not get going strongly again until the fifteenth century.

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qui paraît avoir eu l’influence la plus décisive. C’est en tout cas ce que laissent entendre de nombreux commentaires, parmi lesquels les deux suivants, que l’on doit à G. Curme (ibid. : 335, 324) : In the natural sentence accent the prefix as an adverbial element had in the position before the verb a weaker stres than the verb and gradually sufferd a loss of form. In oldest Germanic the verb was felt as a more important element than the adverb and hence stood after it in the important end position. Later in English the adverb was often felt as more conspicuous than the verb and hence was placed after it. […] Now, as only strongly strest adverbs past by the verb and assumed a position after it and only moderatly or weakly strest adverbs remained before it, it seems self-evident that the reason for the transfer of any modifier of the verb from a position before the verb to a place after it was an increase in stres and a relativ decrease of the importance of the verb.

A en croire l’auteur, ces éléments permettent de rendre compte du fait qu’en vieil-anglais « the adverb usually folloed the verb when it had concrete force and in general preceded it when used figurativly » (ibid. : 328). Voilà qui nous amène à aborder la question du développement sémantique des verbes à particule. L. Brinton (ibid. : 187) constate que « in their earliest uses, phrasal verbs seem to have been fairly literal or only slightly extended in meaning ». Dans son étude, R. Hiltunen (ibid. : 149), lui, établit que : literal meanings are predominant in both the OE and the eME material, but there is a tendency towards metaphorical meanings in lOE and an expansion in this direction in eME.

Une tendance qui se confirme par la suite, puisque, selon L. Brinton (ibid.) « from the ENE period on, the phrasal verb has increased steadily in frequency and productivity ». Il n’est donc pas étonnant que P. Gettliffe (ibid. : 106) en vienne à conclure que « ce qui marque l’A.M., c’est l’augmentation du nombre de particules qui peuvent s’associer à un même verbe, et la multiplication des sens de ces combinaisons ». Attendu que nous n’avions pas ici d’autre intention que d’introduire les quelques données historiques nécessaires à une meilleure appréhension du fonctionnement des verbes à particule en anglais contemporain, nous nous en tiendrons là. Nous invitons donc le lecteur désireux d’approfondir la dimension diachronique des phénomènes en jeu à se reporter aux divers travaux que nous venons de citer. Ainsi P. Gettliffe (op. cit.) présente-t-il d’une manière claire et synthétique les différents aspects de l’évolution des verbes à particule (identification des particules en vieil-anglais et développement des unités concernées, propriétés syntaxiques, etc.) et des verbes prépositionnels (prépositions concernées et leur

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développement, caractéristiques et problèmes syntaxiques (rection verbale), etc.) depuis le vieil-anglais jusqu’à nos jours. Chez L. Brinton, on trouvera, en plus des points mentionnés ci-dessus, des éléments de réponse à la série de questions qui suit (ibid. : 191) : why some prefixes have counterparts as particles and others do not, why new particles develop, what the meaning relationships are between prefixes and particles, and how and when non-spatial meanings develop in the prefixes and particles.

Enfin, l’ouvrage de R. Hiltunen (op. cit.) décrit avec minutie la syntaxe des phrasal verbs en vieil- et moyen-anglais, tandis que l’article de G. Curme (op. cit.) traite plus spécifiquement de la relation entre accent et sens et position de la particule.

1.1.2. Premières descriptions Un examen attentif et critique de la littérature constitue d’ordinaire une étape incontournable de tout travail du type de celui que nous avons entrepris. Nous ne dérogerons donc pas à la règle et commencerons par nous intéresser aux écrits de ceux que l’on a coutume de considérer comme les premiers grammairiens, afin d’établir ce qu’ils avaient cerné des propriétés des verbes à particule, et notamment à partir de quel moment ceux-ci furent réellement reconnus comme une structure de la langue à part entière. Bien entendu, comme le souligne D. Crystal (2003 : 78), « treatises on aspects of grammar are known from the 16th century », et c’est ainsi que N. Quayle (1994 : 23) fait allusion à deux références qui remontent respectivement à 1586 et 1712, car le problème de la distinction entre adverbe et préposition y est brièvement abordé. Toutefois, vu la perspective qui est la nôtre dans la présente étude, la consultation de tels textes ne nous a pas semblé s’imposer, et nous avons préféré nous limiter aux cinq ouvrages datant du début de 20ème siècle dont le rayonnement a a priori été le plus grand7. Par conséquent, la description la plus ancienne qui va être discutée ici est celle proposée par H. Sweet dans sa New English Grammar, Logical and Historical (1891), qui paraît être l’une des premières à faire réellement autorité. Au préalable, il convient de préciser que nulle part les verbes à particule n’y sont mentionnés en tant que tels. Cela étant, ce que l’auteur dit des particles, et ses réflexions sur les group-verbs, représentent autant d’éléments pertinents par rapport à notre propos. Pour H. Sweet (ibid. : 37), la catégorie des « indeclinable words or particles comprise[s] adverbs, prepositions, conjunctions, and interjections ». Il divise les adverbes et les prépositions en deux « classes » (ibid. : 118) : les « primary adverbs [/prepositions] » et les « secondary adverbs 7

Signalons que les cinq références en question, ainsi que quelques autres qui en sont contemporaines, sont

également présentées et évaluées par N. Quayle (ibid. : 21-68), mais sous un angle quelque peu différent.

14

[/prepositions] »8 (ibid. : 118, 134). Ces derniers sont définis comme « formed from other parts of speech », tandis que les premiers sont caractérisés comme « showing no connection with the other parts of speech, except the other particles » (ibid.). Si l’on comprend bien ce que le grammairien entend par là, il se montre tout de même fort peu disert sur le sujet, puisque l’on doit se contenter de ce commentaire (ibid.) : Thus the adverbs in and up in come in! come up! are also used as prepositions in to stay in the house, he came up the road […].

En l’absence d’une véritable liste, il s’agit de la seule indication que l’on ait quant aux unités qu’il inclut dans la classe des primary adverbs/ prepositions, à laquelle on peut supposer que celles qui nous préoccupent appartiennent. Et il n’approfondit pas non plus la question du lien entre adverbe et préposition, pourtant clairement suggéré par ses exemples. Le terme group-verb, lui, apparait à deux reprises chez H. Sweet. Il est tout d’abord introduit dans l’un des paragraphes qu’il consacre aux « transitive and intransitive verbs » (ibid. : 91) : When the combination of an intransitive verb with a preposition is logically equivalent to a transitive verb, we call the combination a group-verb9. Thus think of is the group-verb corresponding to the transitive verb consider.

avant d’être repris dans une remarque concernant les fonctions des prépositions (ibid. : 137138) : Although a preposition is grammatically associated with the noun-word it governs, it is in meaning associated quite as closely with the word modified by the preposition-group – in some cases even more so, especially when the head-word is a verb. Thus in sentences such as I saw him pass by the window and run across the road and tell him to come here, the prepositions are so closely associated with the preceding verbs than we can omit the nouns that follow them without altering the meaning, except that we make it vaguer: I saw him pass by, run across and tell him to come here. So we may regard pass-by and run-across in such constructions as groupverbs, logically equivalent to such simple transitive verbs as pass and cross in he passed the house, he crossed the road, just as look-at, think-of, attend-to are logically equivalent to survey, consider, etc.

Ces deux passages mettent en lumière que les combinaisons que H. Sweet rassemble sous l’appellation group-verb correspondent à ce que les grammaires actuelles nomment verbes à particule et verbes prépositionnels (cf. infra 1.1.3.2). Mais, cet auteur, lui, ne discerne jamais 8

Souligné dans le texte.

9

Souligné dans le texte.

15

formellement les deux structures l’une de l’autre, même si sa présentation des group-verbs donne à penser qu’il avait l’intuition d’avoir affaire à une catégorie hétérogène. L’équivalence avec un verbe simple – un critère dont nombre de ses successeurs se serviront plus ou moins judicieusement – est visiblement le point qui avait le plus retenu son attention. La Grammar of Late Modern English de H. Poustma (1926) ignore, elle aussi, en grande partie, les phénomènes liés aux phrasal verbs, puisqu’à aucun moment elle ne reconnait clairement leur existence. En la matière, elle reprend, pour l’essentiel, la terminologie et les distinctions posées par H. Sweet (op. cit.). Ainsi les adverbes, prépositions, conjonctions et interjections se trouvent-ils à nouveau réunis sous l’étiquette particle10. Quant à l’expression group-verb, l’usage qui en est fait rappelle beaucoup ce que nous venons de voir, comme en témoigne l’observation suivante (ibid. : 86) : Many intransitives may be coupled with an adverb or adverbial word-group to form with it a kind of transitive group-verb […].

On notera cependant que H. Poutsma, contrairement à H. Sweet, s’interroge sur la nature du second terme (ibid. : 87) : It is not always easy to tell off-hand whether such words as over, through, etc., […], should be considered as adverbs or prepositions, when they stand in immediate succession to the verb; in other words, whether or no the latter forms a kind of transitive group-verb with the particle […].

Malheureusement, le trait sur lequel il propose de s’appuyer pour différencier adverbes et prépositions manque singulièrement de précision (ibid. : 88) : A mechanical way to decide the question is to read such sentences out loud. When the particle has full or medium stress, and follows the verb without a pause, it is to be set down as an adverb and forms a kind of transitive with the verb with which it is linked […]. In the alternative case it is a preposition and the intransitive verb has undergone no conversion.

On déplorera également qu’il affirme (ibid. : 89) : Although forming a kind of group-verb with the verb with which they are connected, the adverbs cannot be said to constitute a compound with it, as they do when they precede.

Alors même qu’il écrit plus loin que (ibid. : 117) : 10

Soulignons néanmoins que H. Poutsma va un peu plus loin que H. Sweet dans la mesure où, citant les

exemples de celui-ci que nous avons mentionnés ci-dessus, il indique que, selon lui, Primary prepositions differ from primary adverbs only in that they are furnished with a noun or pronoun by way of complement; or contrarivise primary adverbs may be defined as primary prepositions without a complement. (ibid. : 806)

16

The prepositional object may belong to a semi-compound consisting of a verb and adverb. ONIONS (Adv. Eng. Synt., § 28)11 offers the following illustration: Such a state of things cannot be put up with. This practice has long been done away with. The tragedy is led up to by a pathetic love-story.

ou bien encore que (ibid. : 809-810) : There is sometimes also a difficulty in telling the function of a particle when it is placed in immediate succession to an intransitive verb: i.e. there may be some hesitation in answering the question whether it is the particle alone which forms a kind of sense-unit with the verb, or the particle with the following (pro)noun. In the former case it is an adverb, in the latter a preposition.

Ce flottement, ajouté au fait que H. Poutsma emploie le terme group-verb pour désigner d’autres types de combinaisons verbales, prouve qu’il n’avait pas pris la pleine mesure de la spécificité de la structure qui nous intéresse. C’est d’autant plus regrettable qu’il s’était par ailleurs rendu compte de ce que les particules peuvent endosser le rôle de marqueur aspectuel, comme le révèle toute une série de remarques disséminées dans son chapitre sur l’aspect. Many verbs of the above description are assisted in expressing an ingressive (or momentaneous) aspect by adverbs (or adverbial word-groups) implying a movement in a certain direction. (ibid. : 296) In the majority of cases the notion of terminativeness is brought out with the assistance of adverbs, chiefly out, through and up, […]. The above adverbs may, in a manner, be regarded as denoting a kind of result of the action expressed by the verb with which they are connected. (ibid. : 300-301) The continuative aspect may be more explicitly expressed by a) the adverb on, which may be placed after practically any durative verb. (ibid. : 307)

Il est ainsi l’un des premiers auteurs à avoir mis au jour cette caractéristique, qui est l’une des principales habituellement attribuées aux particules des verbes à particule. Cette question est, en revanche, entièrement passée sous silence par O. Jespersen dont les travaux ont néanmoins, eux aussi, fait date. Concernant les "parties de discours", ce dernier adopte, dans sa Philosophy of Grammar (1924), la même terminologie que H. Sweet et H. Poutsma, justifiant ce choix en ces termes (ibid. : 87) : In nearly all grammars, adverbs, prepositions, conjunctions and interjections are treated as four distinct “parts of speech,” the difference between them being thus put on par with that

11

ONIONS, Charles Talbut, 1904 : An Advanced English Syntax, Swan Sonnenschein & Co.

17

between substantives, adjectives, pronouns, and verbs. But in this way the dissimilarities between these words are grossly exaggerated, and their evident similarities correspondingly obscured, and I therefore propose to revert to the old terminology by which these four classes are treated as one called “particles.”

A la suite d’un ensemble de comparaisons, notamment avec les emplois transitifs et intransitifs d’un même verbe, il en vient à se demander (ibid. : 88) : Would it not be more natural to include [such words as on or in] in one class and to say that [they] are sometimes complete in themselves and sometimes followed by a complement (or object)?

Seulement, comme le souligne N. Quayle (op. cit. : 31-32), ce point de vue, que l’on peut parfaitement admettre, repose sur une argumentation d’une faiblesse indéniable. De plus, et de manière assez paradoxale, la position qu’O. Jespersen défend là ne l’empêche pas de consacrer ensuite plusieurs paragraphes de sa Modern English Grammar on Historical Principles (1927) à la présentation de critères permettant de résoudre le problème que pose le constat suivant (ibid. : 273) : In some combinations of a verb + a particle + an object it may be doubtful whether the particle is an adverb or a preposition.

Pour trancher la question, il invoque « the sound » et « the meaning » (ibid.), tout en reconnaissant que « sometimes these criteria fail us » (ibid.). Dans ce cas, il estime que (ibid. : 274) : word-order becomes our only criterion, as it shows whether the cohesion is stronger with the verb or the primary12.

Il explique alors que (ibid. : 273) : When the particle comes after the object, this must be governed by the verb, and the particle accordingly is an adverb; but when the particle precedes the object, both alternatives are possible.

On le voit, ces critères, du moins tels que l’auteur les expose, sont par trop imprécis. Qui plus est, une grande hétérogénéité règne parmi les exemples qu’il propose. Si certains contiennent effectivement des combinaisons que les dictionnaires actuels considèreraient comme de véritables phrasal verbs, beaucoup d’autres ne mettent en jeu que de simples séquences verbe

12

Dans la Modern English Grammar on Historical Principles, O. Jespersen utilise le terme primary pour

désigner le sujet ou l’objet d’un verbe ou d’une préposition (cf. ibid. : 1).

18

+ adverbe, ou bien ce que nous appelons aujourd’hui des verbes prépositionnels, structure à laquelle il accorde du reste une place prépondérante. Signalons toutefois que dans le volume VII du même ouvrage, paru, lui, en 1949, figure la remarque que voici (104-105) : Complemental advs, i.e. advs that form a sense-unit with the vb, have their place after the vb, but may be separated from it by the object, if this is a light unstressed pronoun. The rule thus is: I give him up: I give up all hope. put it on: put on your hat. put it off | put off the whole thing. […]

L’idée qu’il existe des adverbes « that form a sense-unit with the vb » est bien entendu fondamentale car elle est à la base de la plupart des définitions de ce qu’est un phrasal verb. Les quelques remarques qui suivent sont, elles aussi, très importantes puisqu’O. Jespersen y aborde la question de la position du complément, et en particulier du pronom-objet, d’une façon beaucoup plus convaincante que précédemment, à l’aide d’une série d’exemples illustrant les différentes possibilités, ainsi que les exceptions à la règle. On peut y voir les prémices de la manière dont ces phénomènes vont être traités dans les travaux de ses successeurs, qui feront de ce sujet une préoccupation syntaxique majeure. Dans ces conditions, on ne pourra que regretter qu’O. Jespersen conclue ce (trop) bref passage en ces termes (ibid. : 107) : As to cases in which it may be doubtful whether we have an adv or a prep. (think over a matter: think a matter over) see vol III 13.91 (1) ff.

c’est-à-dire par un renvoi à la partie du volume III dont nous avons dénoncé les lacunes cidessus. O. Jespersen, H. Poutsma et H. Sweet sont donc globalement passés à côté de la problématique du verbe à particule, qui n’a pas de statut propre dans leurs descriptions. La conséquence en est que, comme on a pu le constater, ils n’en évoquent que certaines propriétés, et ce, le plus souvent, incidemment. En revanche, le linguiste américain A. Kennedy avait visiblement perçu, lui, toute la portée et le potentiel de cette structure, lui consacrant, dès 1920, une monographie d’une cinquantaine de pages, ce qui en fait le pionnier du genre. Dans ce document, l’essentiel des problèmes qui feront ultérieurement l’objet d’analyses détaillées est déjà soulevé. Il ne nous semble guère utile d’en dresser ici une liste exhaustive, mais mentionnons tout de même qu’en matière de syntaxe, cela va de la « transformation of intransitives into transitives » et vice versa, au « change in the character of the object governed by the verb » (ibid. : 3). Et l'on se doit également de relever que « the 19

addition of the particle as a perfective or intensive » (ibid. : 27) figure également en bonne place parmi les conséquences sémantiques de l'association verbe-adverbe. Pour le reste, nous préférons inviter notre lecteur à consulter directement A. Kennedy (op. cit.), et, en particulier, les chapitres IV et V de l’ouvrage. Il convient cependant d’indiquer encore que l’auteur passe complètement sous silence la question de la catégorie grammaticale à laquelle appartient le second élément, qui était au centre des préoccupations d’O. Jespersen, H. Poutsma et, dans une moindre mesure, H. Sweet. Certes, son étude est intitulée The Modern English VerbAdverb Combination13, mais, dans la table des matières puis dans l’introduction, ce sont les expressions adverbial particle (ibid. : 3) et prepositional-adverb (ibid. : 9) qui prennent le relais pour désigner les 16 mots à partir desquels sont formées les combinaisons qu’il examine. Or, nulle part il ne précise ce qu’il entend exactement par là, ni quels critères ont présidé au choix de ces 16 unités. En fait, il paraît utiliser l’ensemble de ces termes indifféremment. Si ce point de grammaire est ainsi laissé en suspens, c’est vraisemblablement parce que, comme le note N. Quayle (ibid. : 27), « selon Kennedy, la signification de la particule est l’aspect le plus important de la structure en question ». On ne s’étonnera donc pas que tout un chapitre de son travail porte sur les différentes valeurs que peuvent prendre les 16 particules qu’il a retenues14, avec force exemples à l’appui dans le cas des plus répandues. Cela le conduit, du reste, à affirmer que (ibid. : 19) : While, in many of the combinations, these particles retain the meanings ordinarily possessed as prepositions or adverbs, at times the value of the particle differs in combination with the verb from the value which it has as a separate preposition or adverb. And more rarely the particle is so merged with the verb that it seems no longer to have an independent value.

Bien entendu, les descriptions de A. Kennedy ne sont pas exemptes de défauts – défauts que l’on retrouve d’ailleurs dans nombre d’ouvrages plus récents : il est indéniable qu’une série de remarques telle que celle qui suit ne peut qu’avoir contribué à véhiculer l’impression, toujours persistante, que le sens des verbes à particule est une donnée fondamentalement aléatoire. one is not dealing with a fixed category of English speech, but with a changing, growing tendency in language which throws up over night, as it were, new combinations, and new meanings, so that an absolute and complete list would be impossible of realization. (ibid. : 5)

13

Nous soulignons.

14

Précisons que les 16 particules en question sont les suivantes : about, across, around (or round), at, by,

down, for, in, off, on, out, over, thru, to, up, with (ibid. : 9).

20

These combinations are capable of such varying shades of meaning that no two persons will show quite the same reactions toward them. (ibid. : 6) These combinations, moreover, are susceptible of an amazing number of uses and phases of meaning. (ibid. : 35).

Toutefois, le linguiste avait aussi eu quelques intuitions des plus justes, pressentant par exemple que la signification attribuée à certaines combinaisons est plutôt à chercher du côté du verbe que de celui de la particule, comme en témoignent ces deux commentaires15 : the inherent meaning of the verb frequently gives to the combinations with out the idea of openness or publicity […]. (ibid. : 22) Perhaps the difference between these combinations and those of the group immediately preceding lies rather in the verb than in any value contributed by the particle. (ibid. : 24)

Ainsi que nous aurons l’occasion de le voir par la suite, beaucoup de dictionnaires actuels gagneraient à s’inspirer de telles réflexions. De plus, le texte de A. Kennedy est ponctué d’observations tout à fait pertinentes : il avait, entre autres, relevé le fait que certains verbes n’apparaissent quasiment jamais sans être associés à une particule (cf. ibid. : 29). Et les nuances de sens, le plus souvent assez subtiles, qui peuvent exister entre deux combinaisons dans lesquelles le même verbe entre en jeu ne lui avaient pas non plus échappé (cf. ibid. : 3637). Surtout, l’examen minutieux auquel il s’était livré l’avait amené à formuler le constat suivant (ibid. : 9) : In some [combinations], […] the elements of the combination have almost or altogether sacrificed their individual meanings and by the act of combination have assumed a new meaning; […]. In other combinations, however, and by far the greatest number, the verb is modified in meaning by a certain weakly adverbial function of the particle but does not entirely merge its verbal personality in the combination. The particle, it is true, loses much of its usual adverbial or prepositional signification, but in the combination assumes peculiar adverbial values, […]. And in many others, finally, the usual values of verb and prepositional-adverb remain fairly evident, […]. It becomes evident that this last group of combinations shades off so imperceptibly into the great mass of adverbial modifications […] that it would be a hopeless undertaking to attempt to classify every verb-adverb combination as either close enough to be termed a verb-adverb compound, or loose enough to be called merely an adverbial modification.

Cette position, qui a le mérite d’éviter de figer dans un carcan la relation qu’entretiennent verbe et particule, préfigure, dans une certaine mesure, l’approche adoptée par D. Bolinger

15

Nous soulignons.

21

(1971)16, que nous présenterons un peu plus loin (cf. infra 1.1.4 et 1.2.2.3). En conclusion, même si cette monographie est principalement descriptive et ne propose que peu de véritables analyses, elle n’en fait pas moins d’A. Kennedy le véritable précurseur des études consacrées aux phrasal verbs et l’on comprend qu’elle conserve, aujourd’hui encore, le statut de référence incontournable, malgré le caractère parfois désuet de certaines des remarques qu’on y trouve17.

1.1.3. Ressources actuelles Il s’agit ici non de dresser un panorama exhaustif des travaux linguistiques abordant la question des phrasal verbs sous un angle ou sous un autre, mais de passer au crible quelques manuels représentatifs des ressources didactiques à la disposition des apprenants. Les verbes à particule ont en effet pleinement trouvé leur place dans les dictionnaires et grammaires actuels, et il nous a semblé indispensable d’évaluer leur manière d’exposer les différents aspects des phénomènes en jeu pour déterminer dans quelle mesure ce traitement est adéquat. Il est à noter que P. Busuttil se livrait déjà à un exercice de ce type dans sa thèse (1994 : 1367) : nos observations viendront donc compléter sa présentation, toujours d’actualité au demeurant, par l’analyse d’ouvrages postérieurs à la rédaction de cette dernière.

16

On notera d’ailleurs que ce dernier n’hésite pas à affirmer (ibid. : 131) : Kennedy was right when he declared (p. 8) that “it would be a hopeless undertaking to attempt to classify every verb-adverb combination as either close enough to be termed a verb-adverb compound, or loose enough to be called merely an adverbial modification.”

17

C’est notamment le cas de tout ce qui touche au bon usage. Ainsi A. Kennedy considère-t-il que « the

development of these combinations is essentially a process of the common, relatively uneducated, mind » (ibid. : 40). Selon lui, one hesitates to encourage too freely the use of many of these combinations because of the responsibility of the trained and far-sighted student of English for the maintenance of certain standards in usage. (ibid. : 42)

Ce type de commentaire n’est, du reste, pas l’apanage d’A. Kennedy, bien au contraire. Comme l’indique N. Quayle (ibid. : 54), il est symptomatique de l’attitude de « toute une génération de grammairiens prescriptifs », à côté desquels l’auteur paraît en fait relativement mesuré puisque, loin de rejeter en bloc l’emploi des verbes à particules, il suggère que (ibid. : 46) : the verb-adverb combination should be accepted in so far as it can become a useful part of the English vocabulary, but it should not be permitted to crowd out any verb which cannot well be spared.

Notons pour terminer que G. Curme, qui écrit sensiblement à la même époque, va, lui, littéralement à l’encontre de la tendance générale en vantant le « matchless power and […] telling effect » (op. cit. : 337) de cette structure.

22

1.1.3.1. Dictionnaires Il existe aujourd’hui quantité de dictionnaires prétendant aider les apprenants de tous horizons à acquérir une meilleure maîtrise des verbes à particule, à l’instar du CPVD qui déclare : « the Cambridge Phrasal Verbs Dictionary helps learners of English to understand phrasal verbs and use them in a way that is natural and appropriate » (2006 : vii). Parmi cette profusion d’ouvrages, huit ont plus particulièrement retenu notre attention et nous ont servi de références tout au long de la préparation du présent travail ; quatre sont des unilingues tandis que les quatre autres sont des bilingues. En voici la liste :

Sinclair, J. Cowie, A. et Mackin, R.

1989 1993 2006 2006

Bouscaren, C. et Burgué, J.-C. Castagna, A. Davenport, L. Riccioli, M. et Bazin, B.

OUVRAGES UNILINGUES Collins Cobuild Dictionary of Phrasal Verbs Oxford Dictionary of Phrasal Verbs Cambridge Phrasal Verbs Dictionary Oxford Phrasal Verbs Dictionary for Learners of English

CCDPV OPVD CPVD OPVDLE

OUVRAGES BILINGUES 2003 Dictionnaire sélectif des phrasal verbs 1995 It’s a knock out ou comment utiliser les phrasal verbs 2006 English Phrasal Verbs – Les verbes à particule anglais 1995 Les verbes anglais à particules

Nous entendons examiner ici à la fois les principales spécificités de ces dictionnaires et la manière dont ils caractérisent les verbes à particule afin de juger de leur utilité réelle. Dictionnaires unilingues Un constat s’impose d’emblée lorsque l’on parcourt les unilingues : leur titre ne présage qu’en partie leur contenu. En effet, si, comme le met en lumière le tableau ci-dessus, l’expression phrasal verbs y figure systématiquement en bonne place, au vu des entrées qui constituent le corps de ces ouvrages, on comprend que le terme est, pour l’occasion, pris lato sensu. Au demeurant, le CCDPV ne fait-il pas valoir que « different people have different definitions of ‘phrasal verb’ » (ibid. : v) ? Commentaire dont on conviendra qu’il est loin d’être d’un très grand secours. On ne s’étonnera pas non plus que le CPVD, qui est probablement le moins fouillé des dictionnaires de notre sélection, préfère, quant à lui, s’abstenir de préciser le sens qu’il attribue à ce terme. Par conséquent, à défaut d’une définition, on doit, le plus souvent, se contenter d’une brève description des divers types de combinaisons que les auteurs ont décidé d’inclure. Un procédé adopté par l’OPVDLE, qui explique que (ibid. : viii-ix) :

23

In this dictionary we include several types of verbs that are used with adverbs or prepositions (often called particles). a Idiomatic verb + particle combinations. […] b Verbs which are always followed by a particular particle. […] c Verbs that are followed by a particle in a particular meaning. […] d Verbs with a particle, where the particle adds to, but does not change, the basic meaning of the verb. […] e Verbs plus particles where each has their normal meaning. […]

Il va sans dire que cette façon de catégoriser les phrasal verbs est particulièrement approximative. Elle autorise, de surcroit, toutes les dérives. Le CCDPV se montre certes plus précis et rigoureux dans sa présentation, mais, au final, il ne s’avère guère plus sélectif, comme en atteste le tableau dans lequel « [it] summarizes the combinations which [it] include[s] and those which [it] do[es] not » (ibid. : vi) :

Voilà qui est assez curieux : en quoi le fait que go up (dans We went up the hill) soit d’un emploi très répandu justifie-t-il d’élever cette "combinaison" au rang de phrasal verb ? Elle n’a pourtant rien de "phrasal" : il ne s’agit que de la juxtaposition du verbe go et d’un syntagme prépositionnel en up, que rien ne distingue de l’exemple suivant, et dont la signification est aussi transparente que celle de ce dernier. On pourrait également s’attarder sur refer to dont la présence dans ce dictionnaire est le signe de ce qu’il ne fait pas la différence entre verbes à particule et verbes prépositionnels. On notera pour terminer que les raisons mises en avant dans ce tableau, et qui sont essentiellement d’ordre sémantique, recoupent celles invoquées par l’OPVDLE. En fait, seul l’ODPV prend la peine d’indiquer ce que recouvre pour lui le terme phrasal verb, remarquant, dans un passage de son introduction où fall out est pris pour exemple, que

24

« the combination is a unit of meaning (a phrasal verb) » (ibid. : ix). Sous l’intitulé The scope of the dictionary, il ajoute ensuite que (ibid. : 427-428) : ‘Phrasal verb’ is used throughout these introductory sections, interchangeably with ‘idiomatic combination of verb + particle/preposition’, to refer to the following types of combination provided they are idioms or semi-idioms: verb + particle18 (with no object following the verb): (of a witness) come forward (of an aircraft) take off verb + preposition (with no object following the verb): come across (an old friend) run into (difficulties) verb + particle + preposition (with no object following the verb): face up to (one’s responsibilities) put up with (interruptions) verb + particle (with an object following the verb): make (one’s face) up take (a politician) off verb + preposition (with an object following the verb): hold (someone’s past failings) against (him or her) put (someone) off (driving) verb + particle + preposition (with an object following the verb): bring (someone) up against (a problem) take (one’s anger) out on (someone)19

Enfin, il souligne que (ibid. : 428) : The relatively few non-idiomatic combinations of verb + particle, verb + preposition, etc, included in this dictionary are not referred to as phrasal verbs. […] the dictionary treats many complex items (push the boat out and make an honest woman of20, for instance) which though they contain a verb and particle or preposition also incorporate a fixed noun (and possibly also a fixed adjective). These will be referred to as ‘complex idioms’, not as phrasal verbs.

18

Signalons, à la suite de P. Busuttil (ibid. : 27), que l’utilisation qui est ici faite du terme particle ne va pas

de soi, certains des exemples proposés montrant que « la distinction entre PARTICULE et PRÉPOSITION n’est pas très claire ». 19

Souligné dans le texte.

20

Souligné dans le texte.

25

Ces précautions terminologiques sont les bienvenues, même si l’on peut regretter que l’ODPV utilise, lui aussi, l’expression phrasal verb dans une acception trop large englobant les verbes prépositionnels. Cet ouvrage se révèle néanmoins beaucoup plus complet et mieux étayé que les précédents, mais, en contrepartie, l’argumentation développée manque parfois un peu de clarté, et son caractère touffu ajoutera sans doute à la confusion des apprenants. D’autant que le degré d’"idiomaticité" est le principal critère21 sur lequel il s’appuie pour décider si une combinaison donnée peut (ou non) être considérée comme un phrasal verb. Or, une telle approche est indéniablement problématique car, comme le constate P. Busuttil (ibid. : 30), le terme idiomatique est loin d'« avoir exactement22 le même sens pour tous les observateurs et analystes du phénomène » ; dans ces conditions, le contenu d’un dictionnaire devient intégralement tributaire de la subjectivité de ses rédacteurs. Le fait que ceux de l’ODPV s’interrogent ouvertement en ces termes : « as regards the central area – the semiidioms – where is the line to be drawn ? » (ibid. : 426)23 l'illustre très clairement. C’est pourquoi nous adhérons au point de vue de P. Busuttil (ibid. : 28) qui estime qu’« une explication du phénomène "phrasal" par le caractère plus ou moins idiomatique des ensembles VERBE+PARTICULE est loin d'être entièrement satisfaisante »24. Il a en effet parfaitement raison d’affirmer qu’elle « ne résout rien des problèmes qui peuvent se poser au nonanglophone (et éventuellement à l'anglophone) qui cherche à comprendre comment fonctionnent les "phrasal verbs" » (ibid. : 30). Et ce ne sont pas les rares commentaires à propos des particules qui l’éclaireront davantage. De fait, le terme particle est globalement traité avec la même désinvolture que l’expression phrasal verb, la plupart des ouvrages ne s’embarrassant pas de définitions et fournissant simplement une liste des éléments qu’ils prennent en compte, à l’image de celles qui suivent :

21

D’autres, tant syntaxiques que sémantiques, entrent bien, eux aussi, en ligne de compte (cf. ibid : 426-427),

mais de manière beaucoup plus marginale. 22 23

Souligné dans le texte. Notons qu’en réponse à cette question ils indiquent : « on the whole we have tended to include the

marginal cases, drawing the line low rather than high » (ibid.) 24

Ce commentaire concerne la première édition de l’ouvrage, qui date de 1975, mais il s’applique

parfaitement à celle que nous avons consultée. Nous renvoyons donc notre lecteur à P. Busuttil (op. cit.) pour une discussion détaillée des faiblesses d’un raisonnement en termes de degré d’"idiomaticité".

26

CCDPV, ibid : v

OPVDLE, ibid. : ix

ODPV : vii

On le voit, ces listes reflètent le choix qui est généralement opéré d’être le moins restrictif possible et d’inclure des combinaisons formées tant avec des adverbes qu’avec des prépositions, ce qui nous ramène au problème de la confusion entre verbes à particule et verbes prépositionnels. On est loin, en tout cas, des 16 unités retenues par A. Kennedy (op. cit.) pour son étude, et l’on peut se demander si counter, overboard et underground, entre autres, ont bien leur place dans ces tableaux. Cette question pourra paraître anodine, mais elle trahit la difficulté de l’exercice qui consiste à dresser un inventaire, plus ou moins exhaustif, des particules ; comme le souligne D. Bolinger (ibid. : 17), « though the particle class is unquestionably far smaller than the verb class, deciding exactly what words it contains is harder than one might imagine ». Au final, dans ce domaine aussi, la subjectivité des rédacteurs de ces dictionnaires joue à plein. Signalons que le CCDPV et l’OPVDLE se veulent tous deux un peu plus complets et comportent l’un un Particles Index, l’autre un Guide to the Particles, sortes de classifications des sens que les particules prennent lorsqu’elles font partie de phrasal verbs. A la lecture des explications qui servent à les introduire, on comprend que ces suppléments partagent le même objectif : The meanings of English phrasal verbs are not always obvious. Yet the particles index shows very clearly how phrasal verbs are not just arbitrary combinations of verbs and particles. Instead, they fit into the broad patterns of choice and selection in English. When a new combination occurs, it too fits into these patterns. (CCDPV, ibid. : 448)

27

This shows that there is a system to the way phrasal verbs are formed. In other words, the combination of verbs and particles is not totally random. It also explains how new phrasal verbs come to be created, and how they can be understood even by people who have never heard them before. (OPVDLE, ibid. : 380)

Malheureusement, ainsi que nous aurons l’occasion de le montrer dans le Chapitre 2, l’effet produit par ces annexes est à l’inverse de celui recherché. La raison en est fort simple : les propriétés qui y sont mises en avant sont en réalité, le plus souvent, imputables aux verbes avec lesquels les particules sont associées. Chacune se voit donc attribuer une multitude de significations, parfois en complète contradiction les unes avec les autres, sans qu’aucun fil conducteur ne se dégage. En conséquence, au lieu de combattre l’idée reçue que l’on connait, à savoir que le sens des particules, et, par suite, celui des phrasal verbs, est une donnée par essence aléatoire, ces classifications ne font que la renforcer. Pour conclure, en l’absence de définitions claires et rigoureuses des termes phrasal verb et particle, c’est dans le fait qu’ils offrent des indications à propos de ce qu’ils appellent les « grammar patterns of phrasal verbs » (OPVDLE, ibid. : xi-xii), ou bien les « phrasal verb syntactic patterns » (CCDPV, ibid. : xiii-xvi), que réside, à nos yeux, le principal intérêt des dictionnaires unilingues. Ces indications, qui se présentent sous la forme d’un système d’abréviations plus ou moins élaboré25, précisent, pour chaque "phrasal verb", la nature, adverbiale ou prépositionnelle, de la particule en jeu. Elles renseignent également sur le caractère transitif (ou non) des différentes combinaisons recensées, et, le cas échéant, sur la place habituellement occupée par le complément. Certes, on doit se rendre à l’évidence que les informations en question tiennent plus du constat d’usage que de l’analyse syntaxique argumentée, mais elles n’en constituent pas moins une aide précieuse, pour les apprenants notamment. Dictionnaires bilingues Si les dictionnaires de verbes à particule unilingues se ressemblent globalement tous, on ne peut pas en dire autant de leurs homologues bilingues qui forment un ensemble plus hétéroclite, tant sur le fond que sur la forme. On distinguera d’un côté L. Davenport (2006) et 25

Signalons au passage que si les systèmes d’abréviations utilisés par le CCDPV et l’OPVDLE sont d’une

grande limpidité, celui dont se sert l’ODPV est relativement obscur : la profusion de détails qu’il propose le rend en effet beaucoup plus complexe. On notera par ailleurs que le CCDPV assortit le récapitulatif des codes qu’il emploie d’indications de fréquence, qui montrent que les combinaisons du type « transitive verb with adverb, adverb may follow or precede object » (ibid. : xv) et « intransitive verb with adverb » (ibid.) sont, et de loin, les plus représentées dans cet ouvrage. Un constat somme toute attendu.

28

C. Bouscaren et J.-C. Burgué (2003), qui adoptent la présentation classique propre à ce type d’ouvrage ; et de l’autre A. Castagna (1995) et M. Riccioli et B. Bazin (1995) qui préfèrent, eux, prendre les particules comme point de départ, et proposer pour chacune une liste de significations qui s’accompagne d’un inventaire plus ou moins riche des phrasal verbs en relevant. C’est A. Castagna qui tire le meilleur parti de cette approche : en effet, plutôt que d’isoler une foule de catégories de sens, inévitablement basés sur les propriétés des verbes, il met l’accent sur un nombre limité de grandes valeurs, évitant ainsi le piège du morcellement, contrairement à M. Riccioli et B. Bazin. Toutefois, d’aucuns pourront tout de même lui reprocher de ne pas s’être engagé plus avant dans cette voie prometteuse en cherchant à établir un lien systématique entre les différentes valeurs qu’il délimite. De plus, affirmer d’entrée de jeu, et sans autre forme de procès, que « la valeur première des particules anglaises est bien spatiale » (Castagna, ibid. : 3) est pour le moins contestable, nous ferons en sorte de le démontrer dans la suite de ce travail. Cependant, force est de constater que ce postulat, qui peut certes paraître pratique de prime abord mais qui s’avère en fait problématique, car très réducteur, sous-tend l’immense majorité des ouvrages, qu’ils soient bilingues ou unilingues. Ainsi M. Riccioli et B. Bazin (op. cit.), le CCDPV et l’OPVDLE, pour ne citer qu’eux, présentent-ils toujours en premier le sens dit spatial lorsqu’ils passent en revue les diverses significations que peuvent prendre les particules des phrasal verbs. En témoigne le fait que les descriptions de down, par exemple, commencent invariablement par un commentaire tel que « 1. sens connu : mouvement vers le bas » (Bouscaren et Burgué, ibid : 13) ou « the basic meaning of down is to do with movement from a higher position or level to a lower one » (CCDPV, ibid. : 460). On notera qu’à la différence de ce que l’on a pu voir avec les dictionnaires unilingues, l’utilisation de l’expression phrasal verbs dans le titre des bilingues est régulièrement étayée par une définition, ou à tout le moins par une ébauche de définition. Si A. Castagna se contente de remarquer que (ibid. : 3) : La langue anglaise est riche en verbes composés d’une base verbale (get, run,…) suivie d’une particule adverbiale (up, down, off, away…) : on les appelle parfois "phrasal verbs".

C. Bouscaren et J.-C. Burgué, en revanche, expliquent que (ibid. : 5) : A l’origine le terme phrasal verb désigne un verbe suivi d’une particule constituant une expression (a phrase), dont le sens n’est pas la simple addition du sens du verbe et de celui de la particule. Pour les dictionnaires unilingues anglais, phrasal verb signifie tout verbe suivi d’une particule adverbiale (adverb ou adverbial particle) ou d’une préposition (preposition).

29

Ici, nous désignons par le terme phrasal verb, uniquement les verbes suivis d’une particule adverbiale, par exemple : AWAY, DOWN, IN, OFF, ON, OUT, OVER, UP.

L. Davenport, quant à elle, indique que (ibid. : 7) : Les verbes à particule font partie des verbes complexes. En effet, ils sont composés d’un verbe simple et d’une particule adverbiale invariable qui précise ou modifie le sens du verbe simple. Selon la terminologie grammaticale de référence, les spécialistes emploient également les termes « particule verbale » ou « postposition » pour parler de la particule adverbiale et pour la distinguer de la préposition.

Et elle ajoute que (ibid. : 8) : la véritable pierre d’achoppement reste la confusion avec les verbes prépositionnels, qui sont également des verbes complexes. Il ne faut pas confondre ces deux types de verbes complexes qui se ressemblent en surface, du moins à l’écrit. Certaines particules adverbiales sont également des prépositions, ce qui les rend encore plus opaques (up, down, on, etc.).

Il y a donc là un véritable consensus sur ce que l’on peut considérer comme un phrasal verb, et, on le voit, le terme est ici pris dans une acception nettement plus restreinte que précédemment. En effet, à l’inverse des lexicographes responsables des dictionnaires unilingues que nous avons examinés plus haut, les rédacteurs des bilingues semblent s’accorder sur la nécessité de distinguer verbes à particule et verbes prépositionnels26, et par conséquent, particule adverbiale et préposition. De sorte que là où les premiers sont amenés à se prononcer au coup par coup (à l’aide des systèmes d’abréviations que nous avons mentionnés), les seconds prennent d’emblée position et excluent de fait toutes les combinaisons strictement prépositionnelles. Pour P. Busuttil, dont les observations corroborent les nôtres, « ce désaccord est dû à la différence d'appréciation par les auteurs de la nature et de la fonction des prépositions et/ou des particules » (ibid. : 63). Toujours est-il que ces divergences d’opinion ont des répercussions sur l’utilisation du terme particule lui-même, la liste des unités qu’il désigne se trouvant être nettement plus succincte dans les bilingues que dans les unilingues. A titre d’illustration, A. Castagna (op. cit.) le réserve aux 22 mots que voici : about, across, ahead, along, around, away, back, by, down, forth, forward, in, off, on, out, over, round, through, to, to & fro, under et up27. Cela n’empêche cependant pas 26

Il est à noter que seule L. Davenport (ibid. : 9-10) fournit quelques indications sur les critères permettant

de faire la différence entre ces deux types de verbes composés. 27

C. Bouscaren et J.-C. Burgué (op. cit.) recensent, eux, 24 particules. A la liste dressée par A. Castagna, ils

ajoutent apart, aside et past, et retranchent to & fro, ce qui montre bien, là encore, les difficultés que suscitent ces inventaires.

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certaines ambigüités de s’introduire dans ces ouvrages sous la forme d’exemples dans lesquels la particule est employée prépositionnellement (cf. « He picked her dressing-case off the table and hurled it out of the window »28 (Castagna, ibid. : 99)). Conclusion A l’heure du bilan, la première conclusion qui s’impose est que le contenu de chacun de ces dictionnaires, tant en ce qui concerne l’approche adoptée que pour ce qui est du type de combinaisons couvert, est entièrement fonction des choix purement subjectifs opérés par son (ses) auteur(s). En règle générale, on peut se référer à ces ouvrages pour connaître le sens de telle ou telle combinaison, et pour obtenir des indications sur la manière de l’employer. Certains s’avèrent également utiles pour mieux appréhender les divers effets de sens auxquels participe une particule donnée. En revanche, il ne faut pas en attendre trop en matière de critères et de tests de reconnaissance des phrasal verbs, leurs propositions de définition restant trop rares et se révélant, le plus souvent, incomplètes ou trop vagues. De plus, ils concourent à propager l’impression qu’il s’agit d’une structure dont le sémantisme est fondamentalement imprévisible (cf. « often it is impossible to guess their meaning from the verb and the particle » (CPVD, ibid. : vii)), et ils accordent une trop grande importance au spatial dans leurs descriptions. Il convient cependant de nuancer ces critiques, et l’ensemble de celles que nous avons formulées tout au long des quelques pages qui précèdent, en ne perdant pas de vue que leurs objectifs diffèrent sensiblement des nôtres. Si, comme nous l’avons déploré, le degré d’"idiomaticité" y tient une telle place, c’est avant tout parce que leurs auteurs partent du principe que plus une combinaison est idiomatique et plus elle va poser problème au nonanglophone. Par ailleurs, force est de reconnaître que la différence entre verbe à particule et verbe prépositionnel n’est guère au cœur des préoccupations de l’apprenant moyen, qui souhaite surtout disposer d’un outil29 lui permettant de comprendre une séquence lorsqu’il la 28

Nous soulignons.

29

Signalons au passage que les dictionnaires de verbes à particule, unilingues ou bilingues, ne sont pas le

seul outil offert aux apprenants. En effet, il existe également de nombreux livres d’exercices, plus ou moins fouillés : citons, par exemple, Les verbes anglais à particules de B. Victoire Gillet (2005), ou bien encore le Collins Cobuild Phrasal Verbs Workbook (2002), qui fait pendant au CCDPV. Ils sont tous conçus de façon à donner à l’étudiant les moyens d’accroître, par la pratique, le répertoire des combinaisons dont il possède la maîtrise – maîtrise passive (compréhension) mais aussi active (production). Ces ouvrages viennent ainsi compléter les quelques activités d’application figurant dans certains dictionnaires (CPVD, OPVDLE ; même P. Gettliffe (op. cit.) juge bon de prolonger la réflexion par ce biais). Bien entendu, ils posent grosso modo les mêmes problèmes que ces derniers car ils ne s’encombrent d’aucune considération théorique, et ne cherchent pas à organiser les données d’une manière permettant d’appréhender les phénomènes dans leur globalité. On pourra

31

rencontre et de savoir comment l’utiliser. Qu’ils soient unilingues ou bilingues, les dictionnaires de phrasal verbs n’ont donc en aucun cas pour ambition d’expliquer les mécanismes qui régissent l’interaction entre verbe et particule, pas plus qu’ils ne cherchent à présenter une vision globale articulant tous les paramètres à l’œuvre dans cette construction complexe : leur seule et unique intention est d’apporter aux apprenants l’aide ponctuelle dont ils ont besoin. On pourra tout de même regretter qu’en se positionnant de la sorte ils occultent complètement le caractère systématique, pourtant bien réel, des phénomènes en jeu. C’est sur ce plan qu’une étude telle que la nôtre devrait pouvoir apporter sa contribution. 1.1.3.2. Grammaires Même si les dictionnaires spécialisés tels que ceux que nous venons d’examiner constituent le cœur des ressources didactiques offertes aux apprenants en matière de phrasal verbs, ces derniers ne sont pas leur domaine réservé, et c’est fort légitimement que les grammaires leur consacrent de longs développements. Nous allons donc à présent nous tourner vers trois d’entre elles, toutes rédigées par des anglophones. Elles ont été choisies pour la variété et la complémentarité de leurs approches. Il s’agit, par ordre chronologique de parution, de : 

A Comprehensive Grammar of the English Language (1985 ; ci-après CoGEL) :

bien qu’ayant été publié en 1985, cet ouvrage fait toujours figure de référence parmi les grammaires descriptives dites "traditionnelles" ; 

la Longman Grammar of Spoken and Written English (1999 ; ci-après LGSWE) :

cette grammaire, descriptive elle aussi, se démarque de la précédente, sur laquelle elle reconnaît s’être alignée tant en ce qui concerne la terminologie que pour ce qui est du cadre général (cf. ibid. : 7), par la démarche résolument « corpus-based » qu’elle adopte (ibid. : 4). Par conséquent, elle s’attache à mettre l’accent sur « the linguistic patterns actually used30 by speakers and writers in the late twentieth century » (ibid.) ; 

The Cambridge Grammar of the English Language (2002 ; ci-après CaGEL) :

c’est la plus récente des trois et son caractère innovant a été unanimement salué par la critique. Bien que de nature descriptive, elle rompt avec la tradition pour proposer des consulter A. Kurtyka (2001) pour une description critique des différents types d’exercices habituellement proposés par ces recueils. Dans cet article, l’auteur présente par ailleurs une méthode d’apprentissage qui s’appuie sur certains des concepts développés dans le cadre de la linguistique cognitive. Nous laissons à notre lecteur le soin de juger de son intérêt, mais elle n'est pas sans faille elle non plus, comme le montre R. Dirven (2001 : 17-24). 30

Nous soulignons.

32

analyses qui intègre les nombreuses avancées réalisées par les théories de la syntaxe au cours des dernières décennies. S’ensuit une profonde remise en question des distinctions auxquelles on est accoutumé. Notre présentation respectera cet ordre et commencera donc par la CoGEL. Précisons d’emblée que cet ouvrage indique utiliser le terme particle en guise de « neutral designation » (ibid. : 1150), pour renvoyer aux « words which follow the lexical verb in expressions like drink up ; dispose of, and get away with » (ibid.). Il souligne que ces mots sont « morphologically invariable » (ibid.), et ajoute que (ibid.) : They actually belong to two distinct but overlapping categories, that of prepositions and that of spatial adverbs (though such adverbs are not necessarily used with spatial meanings).

Cette manière, très courante, d’employer ce terme est avant tout motivée par des raisons pratiques : on évite ainsi d’avoir à s’interroger trop systématiquement sur la nature du second élément de ces combinaisons (voire sur celle d’un éventuel troisième). Notons à cet égard qu’il est bien spécifié que (ibid.) : The term ‘particle’ will therefore apply to such words as these [i.e. prepositions and spatial adverbs], when they follow and are closely associated with verbs 31.

Dix-sept sections du chapitre 16 de la CoGEL, Complementation of verbs and adjectives, couvrent ce qu’elle nomme les multi-word verbs. Cette expression sert, explique-t-elle, à désigner « a ‘unit which behaves to some extent either lexically or syntactically as a single verb’ » (ibid.). Selon cette grammaire, il en existe trois principaux types : 

les phrasal verbs – « consist of a verb plus an adverb particle » (ibid. : 1152) ;



les prepositional verbs – « consist of a lexical verb followed by a preposition with

which it is semantically and/or syntactically associated » (ibid. : 1155) ; 

et les phrasal-prepositional verbs – « contain, in addition to the lexical verb, both

an adverb and a preposition as particles » (ibid. : 1160). On remarquera qu’elle insiste tout particulièrement sur le fait que « these combinations are considered multi-word verbs only where they behave as a single unit » (ibid. : 1150). Le tableau 16.10 que nous reproduisons ici résume l’ensemble des configurations décrites par la CoGEL (ibid. : 1161) :

31

Nous soulignons.

33

Même si le recours aux expressions Type I et Type II n’en facilite pas la lecture, ce tableau entend montrer que les phrasal verbs, les prepositional verbs et les phrasal-prepositional verbs ont un comportement syntaxique général similaire à celui des verbes "simples" : certains sont transitifs tandis que d’autres sont intransitifs. Signalons au passage que nombre d’entre eux ont même des emplois transitifs et intransitifs, parfois sans rapport apparent les uns avec les autres au niveau du sens. Comme en attestent les exemples fournis, on retrouve là, sous une forme légèrement différente, les distinctions opérées par l’ODPV (cf. supra p. 25). Le tableau 16.10 fait également ressortir l’opposition établie par la CoGEL entre les divers types de "multi-word verbs" et ce qu’elle appelle des free combinations, dont wade across dans « I waded across [= ‘across the river/water/etc’] » (ibid. : 1152) serait un exemple. Au vu de cet exemple et des remarques qui l’accompagnent, il nous semble que les "free combinations" ne sont rien d’autre que la juxtaposition d’un verbe (transitif ou intransitif) et d’un circonstant (adverbe ou syntagme prépositionnel). Bien qu’il puisse être commode de disposer d’un lexème pour désigner de tels agencements, rien ne justifie de leur accorder un statut particulier, puisque leur sens n’est que la somme des sens des éléments qui les composent. C’est du reste ce que sous-entend le commentaire [a]. Cependant, en dépit des réserves que nous venons d’exprimer, il convient de reconnaitre, à la suite de la CoGEL (cf. 34

ibid. : 1153), qu’il est parfois difficile de se prononcer sur la nature d’une "combinaison" donnée : "free combination" ou "multi-word verb". Pour départager ces deux possibilités, elle s’en remet au critère du degré d’"idiomaticité" : en effet, à l’instar de l’OPVD, cette grammaire considère que seuls les « ‘semi-idiomatic’ constructions » et les « ‘highly idiomatic’ constructions » sont des "multi-word verbs" (ibid. : 1162-1163). Nous ne reviendrons pas ici sur les problèmes que pose cette façon de procéder puisque nous les avons déjà évoqués plus haut. Notons que la question de la cohésion syntaxique entre également en ligne de compte, le fait de pouvoir insérer un adverbe devant la particule tendant par exemple à indiquer que l’on a affaire à une "free combination" plutôt qu’à un phrasal verb (cf. CoGEL, ibid. : 1153-1154). En définitive R. Quirk et al. demeurent relativement prudents, qui estiment que cette distinction est « gradient rather than clear-cut » (ibid. : 1162). Si distinguer les "free combinations" des « multi-word verbs" ne va pas toujours de soi, parmi ces derniers il n’est pas non plus forcément aisé de faire la différence entre phrasal verbs et prepositional verbs, car il se trouve que « it is not unusual for the same sequence of verb + particle to function either as a phrasal verb or as a prepositional verb » (ibid. : 1157). Il tombe sous le sens, comme la CoGEL ne manque d’ailleurs pas de le souligner (cf. ibid. : 1166), que la ressemblance entre les deux structures est purement superficielle. Il n’en demeure pas moins qu’elle peut constituer une source d’erreurs bien réelle, notamment pour l’apprenant, d’où l’utilité du récapitulatif des caractéristiques permettant de les discriminer présent dans cet ouvrage (ibid. : 1167) : (a) The particle of a phrasal verb can stand either before or after the noun phrase following the verb, but that of the prepositional verb must (unless deferred) precede the noun phrase. (b) When the noun phrase following the verb is a personal pronoun, the pronoun precedes the particle in the case of a phrasal verb, but follows the particle in the case of a prepositional verb. (c) An adverb (functioning as adjunct) can often be inserted between verb and particle in prepositional verbs, but not in phrasal verbs. (d) The particle of the phrasal verb cannot precede a relative pronoun at the beginning of a relative clause. (e) Similarly, the particle of a phrasal verb cannot precede the interrogative word at the beginning of a wh-question. (f) The particle of a phrasal verb is normally stressed […], and in final position normally bears the nuclear tone, whereas the particle of a prepositional verb is normally unstressed and has the 'tail' of the nuclear tone which falls on the lexical verb [...].

Cette liste, qui regroupe les principaux critères habituellement admis, se voit complétée par un tableau d’exemples les reprenant point par point (ibid.) :

35

Il nous semble que la synthèse ainsi établie contribue grandement à clarifier la question et que c’est l’une des forces de la description des "multi-word verbs" proposée par la CoGEL que de fournir des outils permettant de lever nombre d’ambigüités. Nous ne chercherons donc pas à aller plus loin ici, car tel n’est pas notre propos, et nous invitons notre lecteur à consulter cette grammaire pour une présentation plus ou moins détaillée des critères énoncés. On se doit cependant de signaler que certains sont d’une fiabilité toute relative (cf. CoGEL, ibid. : 1153, 1157), ce qui montre bien, s’il était besoin, que les "multi-word verbs" sont un domaine où les distinctions sont rarement tranchées ; de fait, il abonde en cas limites pour lesquels il est difficile de se prononcer. Enfin, comment passer sous silence le fait que l’analyse de cette même partie du chapitre 16 de la CoGEL amène P. Busuttil (op. cit. : 52) à discuter le bienfondé d’une catégorie des "prepositional verbs" en ces termes : le verbe prépositionnel anglais, en tant qu'unité de sens distincte de la somme des sens de ses composants, n'existe tout simplement pas.

Les arguments qu’il développe (ibid. : 50-52) sont convaincants et nous le rejoignons sur le fond. Toutefois, pour reprendre ses propres dires, « nous ne disputerons pas le fait que l'ensemble DISPOSE+OF constitue une unité de sens que certains peuvent trouver pratique de considérer comme un seul mot » (ibid. : 50), et c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas souhaité remettre en cause la classification des "multi-word verbs" établie par la CoGEL. Du reste, cette classification n’est pas non plus contestée par la LGSWE qui la reprend telle quelle, ainsi que nous le mentionnions plus haut. Dans cet ouvrage, les "multi-word verbs" sont définis comme des « multi-word combinations that comprise relatively idiomatic units and function like single verbs » (ibid. : 403), c’est-à-dire en des termes très semblables à ceux employés par la CoGEL. A l’instar de cette dernière, la LGSWE oppose les phrasal

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verbs, les prepositional verbs et les phrasal-prepositional verbs aux "free combinations"32 qu’elle caractérise comme suit (ibid.) : Free combinations consist of a verb followed by either an adverb that carries its own distinct meaning (e.g. come down, go back), or by a prepositional phrase functioning as an adverbial (e.g. live in, sit on).

On le voit, cette description rejoint en tous points notre analyse (cf. supra p. 34), d’autant que D. Biber et al. prennent bien soin de souligner que « each element [of a free combination] has separate grammatical and semantic status » (ibid.). Cependant, ils ne remettent pas en question l’utilité de cette désignation car eux aussi estiment que (ibid.) : In practice, it is hard to make an absolute distinction between free combinations and fixed multi-word verbs; one should rather think of a cline on which some verbs, or uses of verbs, are relatively free and others relatively fixed.

Comme le mettent en lumière ce commentaire, mais aussi et surtout l’observation « phrasal verbs and prepositional verbs usually represent single semantic units that cannot be derived from the individual meanings of the two parts » (ibid.), le degré d’"idiomaticité" joue, ici encore, un rôle déterminant dans l’évaluation de la nature des combinaisons considérées. On notera par ailleurs que la remarque que nous venons de citer permet à la LGSWE d’introduire un point de vue qu’elle exprime plus franchement par la suite, à savoir que souvent « the verb plus preposition can […] be considered as a single unit – a ‘prepositional verb’ » (ibid. : 414). Pour être tout à fait juste, l’ouvrage prend position d’une manière beaucoup plus argumentée que la CoGEL, puisqu’il fait bien état des deux interprétations concurrentes que l’on peut donner de cette structure, c’est-à-dire soit la considérer « as simple lexical verbs followed by a prepositional phrase functioning as an adverbial », soit décider que « the noun phrase following the preposition [can be] analyzed as the object of the prepositional verb » (ibid.). Or, pour la LGSWE, au contraire de P. Busuttil (ibid. : 50) qui réfute formellement cet argument, il est acquis que, dans nombre de cas, « the verb + preposition functions as a single semantic unit, with a meaning that cannot be derived completely from the individual meanings of the two parts » (ibid.), ce qui plaide en faveur de la seconde interprétation à laquelle elle se range sans réserve.

32

Notons au passage que, si la CoGEL utilise les expressions Type I et Type II, la LGSWE, elle, préfère

parler de Pattern 1 et Pattern 2. Cependant, au final, les distinctions opérées sont les mêmes et il s'agit bien toujours de faire référence au caractère transitif (ou non) des combinaisons.

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Plutôt que de passer en revue l’ensemble des critères habituellement utilisés pour distinguer les différents types de combinaisons, la LGSWE préfère renvoyer aux sections de la CoGEL qui en traitent et s’arrête seulement sur deux d’entre eux33, sans rien apporter de plus au demeurant. Après quoi, elle propose quelques séries d’exemples visant à illustrer certaines oppositions – « intransitive phrasal verb v. free combination », « prepositional verb v. free combination », « transitive phrasal verb v. prepositional verb v. free combination » (ibid. : 405-407). Malheureusement, bien que les énoncés choisis soient intrinsèquement dignes d’intérêt, ils contrastent trop nettement les uns avec les autres pour appuyer efficacement l’affirmation, pourtant plusieurs fois réitérée (ibid.), que les distinctions ne sont pas tranchées. Ainsi ne fait-il guère de doute que l’on a affaire à un phrasal verb dans « He just doesn’t fit in » et à une "free combination" dans « More than an inch of rain fell in a few hours » (ibid. : 406). Opposer des exemples plus ambigus et en offrir une véritable analyse se serait certainement avéré plus probant. C’est d’autant plus dommage que, grâce au recours au corpus, les exemples sont vraiment le point fort de cette grammaire, tant de par leur abondance qu’en raison de leur caractère non stéréotypé. De plus, ses descriptions reposant sur l’étude d’énoncés "réels" et non fabriqués pour la circonstance, elles recèlent nombre d’observations inédites quant à la manière dont les "multi-word verb" sont effectivement employés. On pourra simplement regretter que les statistiques produites ne soient pas accompagnées d’analyses plus approfondies. Pour ne citer que l’exemple des phrasal verbs, la LGSWE s’intéresse plus particulièrement à leur fréquence d’occurrence, d’abord de façon générale et en fonction du type de texte34, puis en se concentrant sur les combinaisons les plus répandues et en prenant alors également en compte le "domaine sémantique"35 auquel elles appartiennent. Sans entrer dans le détail des conclusions qu’elle tire de ces données, car cela sortirait du périmètre du présent travail, on 33

Il s’agit du « particle movement » (ibid. : 404), c’est-à-dire la possibilité (ou non) pour la particule de venir

se placer après le syntagme nominal, et de la « wh-question formation » (ibid. : 405), la possibilité de formuler des questions en who ou what indiquant que l’on a affaire à un prepositional verb, alors que des questions en where ou when sont révélatrices de "free combinations". Selon la LGSWE (ibid. : 404), ces deux critères sont généralement suffisants. 34

Le mot texte est ici à entendre au sens où le définissent J. Dubois et al. (2007 : 482), c’est-à-dire comme

« un échantillon de comportement linguistique, qui peut être écrit ou parlé » (nous soulignons). 35

La LGSWE, bien qu’elle reconnaisse que cela ne va pas sans poser quelques problèmes, classe les verbes

en sept « semantic domains : activity verbs, communication verbs, mental verbs, causative verbs, verbs of simple occurrence, verbs of existence or relationship, and aspectual verbs » (ibid. : 360). Ce classement s’appuie sur leur sens "central" mais aussi sur leur emploi le plus fréquent.

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peut tout de même signaler qu’elle est ainsi en mesure de montrer que « rather than being a marked feature of conversation, phrasal verbs are notably rare in academic prose », ou bien encore que « the large majority of common phrasal verbs are activity verbs » (ibid. : 409). Tout cela concourt à dessiner un tableau novateur de cette structure. De tous les points ainsi abordés, le plus intéressant est sans conteste la question de la place du complément d’objet des phrasal verbs transitifs. La CoGEL y fait brièvement allusion (cf. ibid : 1153-1154) mais la LGSWE, elle, lui consacre plusieurs pages, chiffres à l’appui. On le sait, ce complément d’objet peut soit précéder la particule, soit la suivre. Sans surprise, la LGSWE (ibid. : 934) constate que lorsqu’il s’agit d’un pronom l’ordre V-O-P représente la norme, quoiqu’elle relève tout de même que les pronoms indéfinis manifestent une certaine tendance à apparaître après la particule. Lorsque le complément d’objet est un syntagme nominal complet, les faits sont plus contrastés car il y a de grandes fluctuations en fonction du type de texte considéré. On apprend qu’à l’oral l’ordre V-O-P est préféré dans 60% des cas, et ce, même avec des syntagmes compléments relativement longs, alors qu’à l’écrit, en revanche, il est choisi dans moins de 10% des occurrences (cf. ibid. : 932-933). De plus, la LGSWE remarque que la situation est très variable d’un phrasal verb à l’autre, certains, tels carry out par exemple, n’admettant que la séquence V-P-O (cf. ibid. : 933-934). Ses statistiques semblent alors confirmer ce qui était avancé par la CoGEL, à savoir que (ibid. : 1155) : [the] fixing of the SVAO order tends to occur, […], where there is a strong idiomatic bond (frequently matching a change from literal to metaphorical) between the phrasal verb and the object.

Tout ceci mériterait d’être développé plus longuement et de faire l’objet d’une analyse systématique ; ici, il suffira de dire que les observations de la LGSWE constituent autant d’indications pertinentes pour les apprenants, tout comme pour leurs enseignants d’ailleurs. Au final, cette grammaire n’effectue, certes, aucune découverte majeure mais elle présente les phénomènes sous un jour nouveau, proposant ainsi une description qui vient judicieusement compléter celle de la CoGEL. Comme annoncé en préambule à notre examen des grammaires, la CaGEL procède à un profond remaniement de la terminologie et des distinctions classiques, qui affecte jusqu’aux quelques pages qu’elle consacre au sujet qui nous préoccupe. Ici, nulle mention de "multiword verbs" donc : c’est de « special verb + preposition combinations and related types of complementation » (ibid. : 272) qu’il s’agit. De sorte que l’on ne s’étonnera pas que le terme

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phrasal verb fasse les frais de ce changement de perspective et passe à la trappe. Pour justifier ce choix, R. Huddleston et G. Pullum partent de la série d’exemples que voici (ibid. : 274) : [3] i a. Kim referred to your book. ii a. He put in his application. iii a. I look forward to seeing you. iv a. He paid tribute to his parents.

qui vise à illustrer l’éventail des combinaisons habituellement regroupées sous l’étiquette phrasal verb. Ces exemples sont assortis d’une note (ibid.) indiquant que certains auteurs adoptent une définition plus restrictive, n’incluant que ceux du type [3iia], information bienvenue, nous semble-t-il, au vu de nos précédentes observations. Toujours est-il que R. Huddleston et G. Pullum déclarent que (ibid.) : The term ‘phrasal verb’ implies that the combinations concerned form syntactic constituents belonging to the category verb. The view taken here, however, is that the underlined expressions […] in [3], despite their idiomatic interpretations, do not form syntactic constituents […].

On saisit mieux pourquoi cette grammaire, contrairement à ses deux devancières, n’a pas recours à l’expression multi-word verb. Pour elle, les éléments qui composent les combinaisons dont il est question, quelle que soit leur nature au demeurant, ne forment jamais un tout sur le plan syntaxique. La notion même de "multi-word verb", telle que l’envisagent la CoGEL et la LGSWE, se trouve de fait rejetée. On notera cependant que c’est bien uniquement l’idée d’unité syntaxique qui est remise en cause, la possibilité d’une unité sémantique étant, elle, parfaitement admise, comme en témoigne l’affirmation suivante (ibid. : 273) : An idiom is a lexical unit, and there is no requirement that lexical units coincide with syntactic ones.

La position ainsi exprimée est du reste confirmée par l’usage qui est fait de certains termes dans la CaGEL. En effet, lorsque ses rédacteurs sont amenés à employer le vocabulaire grammatical traditionnel, il n’est pas rare que cela donne lieu à une redéfinition, si bien que pour comprendre ce qu’il advient des phrasal verbs dans leur approche, il est indispensable de savoir ce que recouvre exactement, pour eux, le mot preposition36. Pour cela, on se reportera au chapitre 7 de l’ouvrage, dans lequel les différents éléments qu’il convient, selon 36

Indispensable, en effet, car, comme R. Huddleston et G. Pullum l’annoncent sans détour dans le chapitre 2,

intitulé Syntactic overview, « one of the main respects in which the present grammar departs from traditional grammar is in its conception of prepositions » (ibid. : 58).

40

R. Huddleston et G. Pullum, de classer dans cette catégorie sont passés en revue de manière détaillée. L’essentiel à en retenir est que les deux linguistes y prônent une conception de la préposition qui accroît notablement le nombre des termes susceptibles d’être catalogués comme tels. En posant (ibid : 598) : We take them to be head of phrases – phrases comparable to those headed by verbs, nouns, adjectives, and adverbs, and containing dependents of many different sorts.

ils ouvrent cette catégorie à tout ce que les grammaires traditionnelles appellent conjonction de subordination37, ainsi qu’à certains adverbes ; ceux qui suivent, entre autres (ibid. : 613) :

Si nous avons choisi de reproduire cette liste, c’est parce que d’ordinaire les mots qui y figurent sont considérés comme des adverbes lorsqu’ils ne sont suivis d’aucun "complément". Or, la CaGEL, elle, estime au contraire qu’ils sont prépositionnels dans l’ensemble de leurs emplois, y compris celui-ci ; un point de vue qui n’est pas sans rappeler celui de O. Jespersen (cf. supra p. 18), mais qui s’appuie ici sur une véritable argumentation. Partant de là, elle opère une distinction entre préposition transitive – c’est-à-dire régissant un syntagme nominal, et préposition intransitive – c’est-à-dire sans régime, ou régissant un syntagme autre que nominal, une précision qui nous interpelle car il nous paraît peu judicieux d'associer intransitivité et rection de la sorte. Pour nous, le raisonnement de R. Huddleston et G. Pullum s'en trouve considérablement affaibli, ce qu'on regrettera puisqu'il a le mérite de viser à un traitement plus unitaire des différents emplois d’une même préposition, notamment en permettant de s’affranchir du concept de complex preposition. Ce dernier est très fréquemment invoqué pour faire référence à des expressions telles que away from et out of, sous-entendant qu’elles constituent de véritables unités de sens. Ici, on préfère voir away et out comme des prépositions intransitives ayant la possibilité de régir des syntagmes prépositionnels en from et of respectivement. S'il est intéressant d'éviter ainsi d’accorder à away from et out of un statut particulier qui ne se justifie pas, il n'en demeure pas moins 37

A trois exceptions près cependant : « first, whether; second, those occurrences of if that are equivalent to

whether (as in Ask him if he minds); and, third, that when it introduces a subordinate clause » (ibid. : 600).

41

contestable d'attribuer la propriété de rection à des termes dont on pose qu'ils sont intransitifs. C'est pourquoi la redéfinition de la catégorie des prépositions que proposent R. Huddleston et G. Pullum nous laisse en partie sceptique, en dépit des avantages indéniables qu'elle peut présenter, au premier rang desquels celui de mettre fin à certaines des incohérences qu’engendre la dissociation des différents emplois des mots auxquels nous nous intéressons. Comme on pouvait le prévoir, le terme particle revêt un sens bien spécifique dans la CaGEL. Le passage que voici permet de comprendre de quoi il retourne (ibid. : 280) : We use the term particle38 for words like down in [24i], as opposed to downstairs in [ii]: [24] i a. She brought down the bed. ii a. *She brought downstairs the bed.

b. She brought the bed down. b. She brought the bed downstairs.

Down is a one-word phrase functioning as complement of the verb, and the term ‘particle’ can be applied to the word or the phrase it constitutes. The distinctive property of particles is that they can be positioned between the verb and an NP object with the form of a proper noun or determiner + common noun. This is what distinguishes down from downstairs in [24]: both can follow the object, but only down can precede it. […] Since particles are here defined by reference to structure [ia], we will not invoke the category in intransitive clauses: there is no equivalent difference between down and downstairs in She came down and She came downstairs.

On le voit, R. Huddleston et G. Pullum n’utilisent pas ce terme par défaut, ou par commodité, à l’instar de tant d’autres ; ils le dotent d’un véritable contenu. Toutefois, la définition qu’ils en donnent, qui ne repose que sur un seul critère, purement syntaxique, nous semble par trop limitative. Certes, on pourrait nous rétorquer que c’est justement du fait qu’elle ne mêle pas le sémantique au syntaxique qu’elle tire toute sa force, mais nous sommes d’avis qu’un tel parti pris ne peut que conduire à passer à côté d’une partie des phénomènes. Ajoutons à cela que l’argument selon lequel « it is necessary to refer to the internal structure of the object NP because there are no relevant restrictions on what can come between the verb and an NP that is heavy » (ibid.) n’est guère convaincant car la notion de heavy NP est plutôt approximative et d’autres facteurs, tels la prosodie, entrent également en jeu. Par ailleurs, si présenter la particule comme un complément du verbe n'est pas totalement absurde, c'est néanmoins nettement insuffisant, car cela soulève plus de questions que cela n'apporte de réponses. Il faudrait préciser à quel type de complémentation on a affaire, s'interroger sur la nature exacte des rapports qu'entretiennent verbe et particule, rapports qui, à notre sens, relèvent au moins

38

Souligné dans le texte.

42

autant de la sémantique que de la syntaxe39. On l'aura compris, selon nous, la CaGEL propose une définition du terme particle qui suscite de trop nombreux problèmes pour être recevable. En revanche, sa liste des unités qu'il convient d'inclure dans cette classe nous paraît globalement acceptable. Elle considère en effet que « the most central particles are prepositions – intransitive prepositions, of course, since they are one-word phrases » (ibid.). A ce noyau, elle choisit d'adjoindre quelques verbes et adjectifs en vertu de ce qu'ils participent à la formation d'expressions idiomatiques de nature verbale (un ajout qui ne nous semble pas forcément indispensable). Notons qu'à cette occasion la CaGEL signale que (ibid.) : prepositional particles are found readily in both idioms like She brought down the price and in non-idiomatic, or free, combinations like [24i].

Un commentaire qui constitue une nouvelle preuve de ce que sa conception des particles est uniquement fondée sur des considérations syntaxiques. Si, comme le met en évidence la remarque que nous venons de citer, la CaGEL fait un usage de l'expression free combination strictement identique à celui qu'en font la CoGEL et la LGSWE, il n'en est pas de même pour le terme prepositional verb. Dans cette grammaire, les prepositional verbs « are those which select a PP complement containing a specified preposition together with its own complement » (ibid. : 274), où l'expression specified preposition marque que le verbe ne peut fonctionner qu'avec une particule donnée. Cette définition est a priori relativement proche de celles que l'on trouve dans les autres ouvrages, mais la CaGEL se distingue de ceux-ci en indiquant n'utiliser le terme que pour désigner le verbe lui-même, et non pour renvoyer à l'ensemble de la séquence verbe + préposition comme à l'accoutumée. Cette précision, qui pourrait paraître anecdotique, trahit en fait une divergence d'opinions majeure : alors que la CoGEL et la LGSWE jugent que ladite séquence forme une véritable unité sur le plan syntaxique, la CaGEL, elle, rejette catégoriquement cette interprétation. Elle déclare en effet que (ibid. : 276-277) : The constituent structure of clauses containing specified prepositions is best regarded as identical to that of matching clauses with unspecified prepositions. [...] The bracketing for our model examples with refer to and come across is thus as follows: 39

La fonction exacte du syntagme nominal des exemples [24i] mériterait également d'être explicitée. Au vu

de la définition du terme particle proposée par R. Huddleston et G. Pullum, il ne nous semble pas que les deux linguistes considèrent que la particule et ce syntagme forment un constituant sur le plan syntaxique (ni sur le plan sémantique, au demeurant). Puisque, selon eux, verbe et particule n'en forment pas un non plus, cela implique que la particule est un syntagme autonome, complément du verbe, et qui amène à postuler que l'on a affaire à une structure ditransitive. Nous laisserons notre lecteur juger de la crédibilité d'une telle hypothèse.

43

[13] a. I [referred] [to her book].

b. I [came] [across some old letters].

Pour elle (ibid. : 277), There is no support for the common view according to which specified prepositions form a constituent with the verb, giving bracketings like those in [14]. [14] a. I [referred to] [her book].

b. I [came across] [some old letters].

On le voit, cette analyse rejoint complètement celle de P. Busuttil (op. cit.)40, notamment parce que la CaGEL, à l'inverse de la LGSWE, par exemple, exclut l'argument de l'unité de sens comme preuve de ce que verbe + préposition forment une seule entité d'un point de vue structurel41. Bien au contraire, sur la base de paramètres tels que la possibilité d'antéposer le groupe préposition + syntagme nominal ou d'insérer un adverbe entre le verbe et la préposition, elle affirme que « syntactically the preposition belongs with the NP, its complement, not with its governing verb » (ibid.). Cependant, force est de constater que son raisonnement bute sur un certain nombre de problèmes. Le plus important concerne les cas où la préposition, au lieu d'être mobile comme l'est le to de [13a] (cf. « the book to which I referred » (ibid. : 275)), est fixe, à l'image du across de [13b] (cf. « *the letters across which I came » (ibid.)). La CaGEL prend alors le parti de considérer que (ibid. : 277) : the verb + preposition combination [is] fossilised42, i.e. it blocks the application of the syntactic processes that can normally apply to such combinations.

A nos yeux, cette explication est loin d'être pleinement satisfaisante et ne constitue qu'une médiocre justification au fait que le schéma [13b] soit préféré au schéma [14b]. De sorte que, même s'il peut sembler plus cohérent d'attribuer la même structure à toutes les combinaisons mettant en jeu un prepositional verb (au sens où les deux linguistes entendent ce terme), il est malgré tout difficile de se ranger à l'avis de R. Huddleston et G. Pullum. Pour en terminer avec les prepositional verbs tels qu'ils sont décrits dans la CaGEL, il nous faut encore mentionner les 6 types de constructions auxquelles cet ouvrage indique qu'ils participent (ibid.) : [16]

40

I

verb – [prep + O]

I referred [to her book].

II

verb – O – [prep + O]

I intended it [for Kim].

III

verb – [prep + O] – [prep + O]

He looked [to her] [for guidance].

Rappelons en effet que pour ce dernier (ibid. : 227), « les verbes prépositionnels sont des verbes tout à fait

"normaux" qui ont la particularité de nécessiter des prépositions pour introduire leurs compléments ». 41

Il est à noter que la CaGEL dissocie une nouvelle fois nettement syntaxe et sémantique puisqu'elle admet

que « in the specified case the combination forms a verbal idiom » (ibid. : 275). 42

Souligné dans le texte.

44

IV

verb – [prep + PC]

It counts [as too short].

V

verb – O – [prep + PC]

They regard it [as successful].

VI

verb – [prep + O] – [prep + PC]

I think [of it] [as indispensable].

La CaGEL opère ici des distinctions tout à fait classiques, ne se démarquant de la CoGEL et de la LGSWE que par les notations employées : [16I] et [16II] correspondent respectivement au Type I/ Pattern 1 et au Type II/ Pattern 2 de la CoGEL et de la LGSWE ; [16III] est une illustration typique des « verbs governing two prepositions » (CoGEL, ibid. : 1168) ; enfin les combinaisons sous [16IV] sont appelées « copular prepositional verbs » ou « 'prepositional' copular verbs » par la CoGEL (ibid. : 1173, 1201), qui considère que celles sous [16V] (dont celles sous [16VI] ne sont au fond qu'un cas particulier43) mettent en jeu un « prepositional object complement » (ibid. : 1200). Les exemples cités parlant d'eux-mêmes, il nous semble inutile de nous attarder davantage sur ce point, d'autant que les structures concernées ne font pas partie de celles directement visées par notre étude. La CaGEL ne leur accorde, du reste, pas une place très importante, ou plutôt elle en traite d’une manière relativement indirecte, puisqu’elle refuse l’appellation phrasal verb. Le passage le plus explicite est un paragraphe intitulé Contrast between the contructions ‘V – particle – NP’ and ‘V – [preposition + NP]’ (ibid. : 281), dans lequel elle expose les critères permettant de distinguer celles-ci. Pour elle, ils sont au nombre de cinq (ibid. : 281-282) : (a) The ‘particle + NP’ order can usually be reversed, ‘preposition + NP’ cannot (b) Only a transitive preposition can be followed by an unstressed personal pronoun (c) Transitive PPs can normally be fronted/foregrounded (d) A transitive preposition can normally be repeated (e) A manner adverb can generally be inserted between verb and transitive preposition

Bien que la formulation en soit quelque peu différente, cette liste est sensiblement équivalente à celle dressée par la CoGEL (cf. supra p. 35-36) et reprise par la LGSWE, et nous n’y trouvons rien à redire. En revanche, le contenu du paragraphe 6.3.2, qui a trait aux combinaisons qui nous intéressent, nous semble plus discutable. Arguant du fait que « verb + intransitive preposition idioms are an important feature of the English vocabulary » (ibid. : 284), la CaGEL y propose un tour d’horizon des structures dans lesquelles ces dernières apparaissent, à savoir (ibid. : 286) : [44]

43

I

verb – prep

He gave in.

II

verb – prep – O

She mixed up [the tickets].

En effet, dans les deux cas, on peut considérer que l'on a affaire à ce que l'on appelle traditionnellement

attribut de l'objet, objet qui est direct en [16V] et indirect en [16VI].

45

III

verb –Oi – prep – Od

I ran [him] off [another copy].

IV

verb – prep – transitive PP

We look forward [to your visit].

V

verb – O – prep – transitive PP

I let [her] in [on a little secret].

VI

verb – prep – (as) PC

She ended up [(as) captain].

VII

verb – O – prep – [as + PC]

This showed [him] up [as spineless].

Or la précision que « ‘prep’ here stands for the intransitive preposition functioning as a complement of the verb » (ibid.) provoque chez nous les mêmes interrogations que précédemment quant aux implications exactes de l’utilisation du terme complement, interrogations auxquelles une nouvelle fois aucune réponse n’est apportée. De plus, la notation adoptée ici manque de clarté car elle ne s’inscrit que partiellement dans la continuité du début du chapitre : ainsi comment se fait-il qu’en [16] l’abréviation prep désigne une préposition transitive et qu’en [44] elle représente une préposition intransitive ? Et que surgisse alors la formule transitive PP qui n’avait pas été employée de manière comparable jusque là ? On peine également à comprendre pourquoi en [44II] on n’a pas verb – particle – NP plutôt que verb – prep – O, ce qui permettrait de faire plus facilement le lien avec le passage correspondant. Il est vrai que cela pourrait conduire à remettre en cause la définition que la CaGEL donne du terme particle. En effet, en constatant que « there are verb + intransitive preposition idioms that occur with or without an object » (ibid. : 287), R. Huddleston et G. Pullum établissent clairement un rapprochement entre [44I] et [44II] qui sape les fondements de cette définition. Au final la pertinence du paragraphe 6.3.2, qui a de toute façon tendance à tourner au simple catalogue d’exemples, nous échappe. Tout bien considéré, nous sommes convaincus que la CaGEL met en avant une définition du mot particle qui est inadéquate. Le rejet de la dénomination phrasal verb, bien que motivé par des raisons a priori légitimes, s’avère, quant à lui, lourd de conséquences puisqu’il rend impossible un traitement correct de certains des phénomènes caractéristiques des combinaisons concernées en niant ce qui fait leur spécificité par rapport aux combinaisons prépositionnelles et aux séquences verbe + préposition. En l’espèce, c’est le choix de dissocier à tout prix syntaxe et sémantique qui pose problème car, s’il n’est pas illogique en soi, R. Huddleston et G. Pullum poussent bien trop loin dans cette voie, sans même réussir à éviter l’écueil de la question du degré d’"idiomaticité" (cf. ibid. : 284). En résulte une présentation de ces combinaisons qui laisse vraiment à désirer, se révélant souvent confuse et généralement trop brouillonne.

46

1.1.4. Tests et critères : bilan Il est temps à présent de tirer quelques conclusions de l'exercice auquel nous nous sommes livrée en 1.1.3. En évaluant, comme nous l'avons fait, le contenu d'ouvrages traitant, de plus ou moins près, des verbes à particule, nous avons été en mesure d'apprécier le degré de pertinence de ces ressources et leur utilité réelle. Il est ainsi apparu que les dictionnaires spécialisés, unilingues ou bilingues, et les livres d'exercices, sont avant tout des outils pratiques destinés à répondre aux besoins concrets et immédiats des apprenants en matière de sens et d'emplois, avec pour but affiché de les amener à maîtriser le plus grand nombre possible de combinaisons, quelle que soit précisément leur nature. La démarche des grammaires anglaises s'est avéré, elle, nettement moins utilitaire, conséquence de ce qu'elles reposent souvent sur un parti pris théorique ouvertement revendiqué (cf. le recours systématique au corpus de la LGSWE, ou les positions innovantes de la CaGEL qui, en dépit de certains travers, renouvelle considérablement le genre). De fait, ces manuels offrent des descriptions relativement fouillées de la syntaxe des verbes à particule (transitivité, place du complément/ de la particule, etc.) et les replacent au sein du système des verbes composés de l'anglais, en insistant plus particulièrement sur les points permettant de les discriminer des constructions avec lesquelles ils sont susceptibles d'être confondus, tout au moins en apparence. La profusion et la relative complexité des détails fournis par ces grammaires en font des instruments réservés à un public plus averti, désireux d'approfondir une connaissance déjà avancée de la structure. L'un des aspects essentiels de la présentation critique à laquelle nous venons de procéder est que s'en dégage un certain nombre de propriétés considérées comme caractéristiques des phrasal verbs, en même temps que se font jour les moyens servant à établir que c'est bien à cette forme que l'on a affaire. Comme on a pu l'observer, ces questions font l'objet d'un consensus plutôt large, les quelques discordances relevées tenant principalement à des divergences d'opinion quant au spectre exact de cette catégorie. Nous allons maintenant passer en revue ces critères44 à la lumière des commentaires de D. Bolinger, qui y consacre tout un chapitre de son ouvrage The Phrasal Verb in English (1971), afin de juger de leur bien-fondé. Nous complèterons cette analyse par l'examen des propositions d’A. Live (1965), mais surtout de D. Bolinger, en la matière.

44

Il va de soi que, faute de place, nous ne mentionnerons ici que ceux qui nous ont semblé les plus

importants. Nous invitons donc notre lecteur à consulter l'ouvrage de L. Brinton (ibid. : 163-164), dont l'inventaire, plus complet, vaut surtout pour la liste de références très étoffée qui l'accompagne.

47

L'équivalence avec un verbe simple est sans nul doute le trait distinctif le plus souvent invoqué. H. Sweet, en remarquant que « we may regard pass-by and run-across [...] as groupverbs45, logically equivalent to such simple transitive verbs as pass and cross » (op. cit. : 138 ; cf. supra p. 15), est vraisemblablement le premier à en faire explicitement état. A sa suite, A. Kennedy, qui déclare que « the English verb-adverb combination is frequently synonymous with, or nearly synonymous with, a Romanic verb » (op. cit. : 31), y a abondamment recours, puisque c'est ainsi qu'il définit toutes les combinaisons qu'il décrit. Bien d'autres s'inscrivent dans cette lignée, dont A. Live (ibid. : 428) qui mentionne la « substitutability by a single – usually a more learned – synonym » d'entrée de jeu, ou, plus près de nous, certains dictionnaires (CCDPV, ODPV) et grammaires (CoGEL). Quant à L. Brinton (ibid. : 176), elle se fait l'écho d'une réflexion, assez intéressante, d’E. Traugott46 à ce propos : phrasal verbs with [on, along, and away] cannot easily be replaced by single (Romance) verbs, whereas other phrasal verbs normally allow such substitutions […].

Cependant, comme le montrent très clairement D. Bolinger (ibid. : 6) et N. Quayle (op. cit. : 55), ce critère manque singulièrement de fiabilité, conduisant à inclure dans la catégorie des phrasal verbs des termes qui, à l'évidence, n'en sont pas et à rejeter des combinaisons qui y appartiennent de plein droit. Aux exemples qu'ils produisent, on pourrait ajouter to make fun of et to poke fun at qui, bien qu'ils puissent être remplacés par ridicule ou deride, n'en sont pas des verbes à particule pour autant, alors que burn out qui, dans la plupart de ses emplois ne peut faire l'objet d'une telle substitution, lui, en est bien un. Notons au passage que N. Quayle signale que « l'équivalence dans une autre langue » est un argument parfois employé de manière similaire à l'équivalence avec un verbe simple, mais il a raison de souligner les dangers d'un tel maniement de ce type de comparaison47, qui en font un critère d'analyse peu recevable (cf. ibid. : 55-57). Si l'équivalence avec un verbe simple est si régulièrement évoquée, c'est très probablement parce qu'elle est considérée comme une « preuve de l'unité sémantique de la structure » (Quayle, ibid. : 53), qui aurait pour corollaire l'"idiomaticité" de celle-ci. A. Live illustre fort

45

Souligné dans le texte.

46

L. Brinton (ibid.) indique qu'il s'agit d'une communication personnelle.

47

Ce type de comparaison peut néanmoins s'avérer très fructueux dans d'autres domaines de la linguistique,

tels la traductologie ou la grammaire. Ainsi est-ce uniquement dans une perspective contrastive que M. Paillard (2000 : 54) rapproche boil over de déborder et work out de élaborer.

48

bien cette position, qui met ce qu'elle appelle « the metaphor-idiom criterion »48 (ibid. : 441) au cœur de son arsenal de tests, s'appuyant dessus pour admettre au sein de la catégorie des discontinuous verbs49 des combinaisons qui ne satisfont pas à certains autres de ses critères. Comme on a pu le constater, le degré d'"idiomaticité" tient également une place importante dans les dictionnaires et grammaires actuelles, en particulier l'ODPV et la CoGEL. Or, en plus de poser les problèmes que l'on sait (sensibilité à la subjectivité, notamment), cette propriété, telle qu'elle est utilisée dans ces ouvrages, ne permet pas de discriminer les phrasal verbs des verbes prépositionnels. Le fait que l'ODPV nomme phrasal verb l'ensemble des combinaisons verbe + particule, verbe + préposition, verbe + particule + préposition (qu'elles soient transitives ou intransitives ; cf. liste citée supra p. 25) « provided they are idioms or semiidioms »50 (ibid. : 427) en est l'exemple le plus flagrant. Et l'on retrouve cette même confusion, quoiqu'à plus petite échelle, dans l'article d’A. Live chez qui le verbe prépositionnel jump to (a conclusion) est mis sur le même plan que carry out et slip up en vertu de leur caractère idiomatique à tous (cf. ibid. : 441). Il nous semble donc que la lexicalisation ne saurait constituer un critère pertinent d'appartenance à la catégorie des phrasal verbs. Nous rejoignons en cela D. Bolinger qui préfère s'en affranchir. Pour lui, « the distinction between literal and figurative [is] secondary » (ibid. : 16) car il estime que « being or not being a phrasal verb is a matter of degree » (ibid. : 6). Quoi qu'il en soit, aux distinctions reposant sur les qualités sémantiques des combinaisons concernées s'ajoute toute une batterie de manipulations syntaxiques visant, entre autres, à évaluer la réalité de leur cohésion. On en trouve déjà les prémices dans la Modern English Grammar on Historical Principles (1927) d’O. Jespersen, puisque celui-ci y indique que (ibid. : 273) : When the particle comes after the object, this must be governed by the verb, and the particle accordingly is an adverb; but when the particle precedes the object, both alternatives are possible.

48

A. Live se sert de cette expression pour renvoyer au « metaphoric or idiomatic sense of the combination –

the whole not constituting the semantic sum of its parts » (ibid. : 441). 49

A. Live explique que (ibid. : 428) : There exists in English a considerable group of basic verbs, each of which is, in certain of its occurrences, closely linked with a particle – adverbial or prepositional – in such a manner as to justify considering the two elements as constituting one discontinuous verb (e.g. look up, -into, -for; make up, -out; carry on, -out, -through; pass off, -in, -over, -up).

50

Souligné dans le texte.

49

L'observation manque certes quelque peu de précision, mais elle n'en fait pas moins d’O. Jespersen le premier à avoir exploité les variations de l'ordre des mots à cette fin. Le critère a ensuite été repris et affiné par la cohorte de ses successeurs jusqu'à prendre la forme que l'on connaît dans les listes de traits distinctifs dressées, par exemple, par la CoGEL et la CaGEL (cf. supra p. 35 et p. 45). Parmi ceux qui se sont penchés sur la question, D. Bolinger occupe une place un peu à part, car la présentation qu'il en offre s'accompagne de remarques critiques assez justes, tenant compte d'aspects parfois négligés par d'autres auteurs, comme la prosodie. Selon lui, les deux tests les plus fiables sont les suivants (ibid. : 10-11) : 4. If the combination is transitive, the particle can either precede or follow the noun object. 5. If the combination is transitive, pronouns usually precede the particle.

Aux yeux de D. Bolinger, ce dernier « is useful because it is the easiest of all to make » (ibid. : 11), ce que nous ne contredirons pas tant il est vrai qu'il est ainsi facile de différencier les phrasal verbs des verbes prépositionnels. Le linguiste a cependant raison de souligner qu'il n'est pas absolu (cf. ibid. : 39). L'examen de quelques énoncés dans lesquels le pronom apparaît en position finale l'amène du reste à une conclusion des plus pertinentes (ibid. : 41) : The argument that pronouns cannot come at the end puts the cart before the horse. What needs to be asked is what it is that end position confers, and what it is about personal pronouns that makes them substantially less likely than nouns to have that something conferred on them.

Concernant le test 4, dont le test 5 n'est d'ailleurs qu'un cas particulier, aux commentaires habituels (cf. « this test serves to eliminate, as particles, pure adverbs on the one hand […] and prepositions on the other » (Bolinger, ibid. : 11)), vient se greffer le constat que (ibid.) : […] the nature of the object noun phrase makes a difference: I would sell regretfully any business in which I had been engaged for half a lifetime.

qui n'est pas sans rappeler l'argument de la CaGEL (op. cit. : 280) selon lequel « it is necessary to refer to the internal structure of the object NP because there are no relevant restrictions on what can come between the verb and an NP that is heavy » (cf. supra p. 42). Cette observation ne figure, à notre connaissance, que dans ces deux ouvrages, et elle conduit D. Bolinger à proposer un autre critère qu'il nomme « the Definite-Noun-Phrase Test » (ibid. : 61), et qu'il expose en ces termes (ibid. : 15) : 8. If the combination is transitive, the particle can precede a simple definite noun phrase (a proper noun or the plus a common noun) without taking it as its object.

50

Précisons d'emblée que par its object il convient d'entendre object of the particle, ce qui ne va pas forcément de soi telle que cette définition est tournée. Toujours est-il que pour D. Bolinger (ibid.), il s'agit de parfaire le test 4 the second half of which (“the particle can follow the noun object”) is of little or no use anyway, since almost any adverb can follow: *I saw yesterday John. I saw John yesterday.

La démonstration peut paraître imparable mais ledit critère permet tout de même de faire la différence entre phrasal verbs et verbes prépositionnels : il est donc loin d'être aussi inutile que l'affirme D. Bolinger. Il faut dire que ce dernier préfère pour cela avoir recours à d'autres tests, le 5 notamment. C'est du reste de cette manière qu'il préconise de lever l'ambiguïté qui résulte du fait que l'ordre des mots est strictement identique si le syntagme nominal est l'objet de la particule, c'est-à-dire si l'on a en réalité affaire à une banale préposition ; il balaye ainsi l'une des principales objections à son raisonnement. Comme le montre la série d'exemples dont il est assorti, le "Definite-Noun-Phrase Test" a avant tout pour but de séparer les particules des simples adverbes du type completely or nearby, pour ne prendre que les plus évidents. Si nous avions émis quelques réserves à propos de la déclaration de la CaGEL, nous devons admettre que D. Bolinger s'avère nettement plus convaincant car il développe ici une véritable argumentation. En outre, la perspective dans laquelle il se situe diffère radicalement de celle de R. Huddleston et G. Pullum. Il considère en effet que (ibid. : 16) : The chief advantage [of this test] is that it is not just an either-or test but can be varied by increasing or decreasing the semantic weight of the direct object, to reveal degrees of tightness of stereotyping.

C'est à nos yeux dans cette façon de l'exploiter que réside le vrai intérêt du test proposé qui, sinon, n'apporte rien de plus que 4 et 5. Parmi les autres critères syntaxiques régulièrement employés, citons la transformation passive et la nominalisation. Le premier repose sur le principe que « if transitive, the combination should passivize » (Bolinger, ibid. : 7), selon le modèle the clouds blotted out the stars → the stars were blotted out by the sun. A. Live est l'un des auteurs qui y a le plus systématiquement recours puisque la catégorie des "discontinuous verbs", telle qu'elle la conçoit, s'organise autour de la dichotomie entre un « M pattern, characterized by pronominal mid-object in the active and by major stress on the particle in the passive » et un « P pattern, with post-object and with major stress on the

51

verb-component (past participle) in the passive »51 (ibid. : 443). Au vu de ces explications et des exemples fournis, il semble que les combinaisons qui satisfont au "M pattern" soient celles qui, ailleurs, sont appelées phrasal verb, tandis que celles relevant du "P pattern" ont toutes les apparences des verbes prépositionnels. Le problème majeur que pose le test de la transformation passive ressort en filigrane de la présentation d’A. Live : il ne permet de séparer les phrasal verbs des verbes prépositionnels qu'à la condition expresse de prendre en compte l'accentuation, ce qui n'est jamais chose aisée puisque de multiples facteurs peuvent venir l'affecter (cf. Bolinger, ibid. : 45-60). On ne s'étonnera alors pas que D. Bolinger, (ibid. : 7), N. Quayle (ibid. : 41-42), ou bien encore P. Busuttil (ibid. : 119, 182-196) en dénoncent le manque de fiabilité. Au reste, le premier remarque que l'impossibilité à passiver un verbe composé n'est pas significative si le verbe simple correspondant ne peut lui-même être passivé, et les deux autres mettent en évidence que plus la particule a un sens littéral et moins la forme passive est acceptable. Le critère de la nominalisation est, lui, fondé sur la possibilité de créer (ou non) un action nominal à partir de la combinaison étudiée, par exemple : John boxed in his rival and took the lead → the boxing in of his rival Malheureusement, au caractère peu naturel des séquences produites s'ajoute le fait que les résultats obtenus sont souvent contradictoires. D. Bolinger (ibid. : 8-9) et N. Quayle (ibid. : 45) s'accordent à penser que c'est parce que des considérations sémantiques viennent implicitement interférer avec la recevabilité de la manipulation syntaxique. Les deux linguistes consacrant chacun un passage de leur ouvrage à démontrer que ce test n'est guère plus probant que le précédent, nous en resterons là. Il n'aura pas échappé à la vigilance de notre lecteur que les critères dont nous venons de discuter ne visent que les combinaisons transitives. Qu'advient-il donc des combinaisons intransitives ? Il faut reconnaître qu'elles sont fréquemment négligées. Ainsi A. Live (ibid.) at-elle beau observer que : Association with the particle affects the transitivity of the verb, conferring transitivity on the originally intransitive verbs, so that the combination takes an object and can occur in the passive; and divesting many originally transitive verbs of their transitivity.

elle n'en délaisse pas moins complètement ces derniers dans son article. C'est d'autant plus ennuyeux que le seul test pouvant s'appliquer indifféremment aux combinaisons transitives et

51

Nous soulignons.

52

intransitives est loin d'être d'une exactitude totale. D. Bolinger le résume en ces termes (ibid. : 11-12) : Whether the combination is transitive or intransitive, adverbs cannot intervene between the verb and the particle, unless the latter appears in its most literal sense.

Pour l'auteur, le principal mérite de ce test est d'être un bon indicateur du degré de cohésion entre le verbe et la particule, et c'est surtout à cette fin qu'il entend l'utiliser. Mais les divers exemples qu'il analyse montrent bien qu'il ne permet que d'isoler les combinaisons les plus littérales des combinaisons les plus métaphoriques et qu'il existe toute une zone où les distinctions sont particulièrement délicates à opérer. En l'absence d'autres critères, on manque donc de repères fiables pour discriminer les phrasal verbs intransitifs des (simples) séquences verbe + adverbe. En conclusion, il semble que chaque linguiste ou grammairien ait un ou deux « pet criteria » (pour reprendre une expression employée par D. Bolinger (ibid. : 6), qui n'échappe pas à la règle, lui non plus, avec le "Definite-Noun-Phrase Test") et qu'aucun critère universel et infaillible n'ait encore été mis au jour. Par conséquent, ils doivent tous être maniés avec précaution, en conjonction les uns avec les autres, tout en ayant conscience que, comme souvent en linguistique, les phénomènes les plus intéressants sont révélés par les cas limites, ceux qui posent véritablement problème, et non par les plus tranchés. On notera pour terminer que la revue critique à laquelle nous avons procédé tout au long de cette première partie de notre Chapitre 1 a fait émerger un certain nombre de questions qui sont incontournables lorsque l'on travaille sur les phrasal verbs. Si nous comptons, par exemple, examiner de plus près les différentes hypothèses concernant la nature de leur second élément dans la section suivante, il est d'autres points qui ne pourront être développés dans le cadre de la présente étude, que ce soit faute de place ou parce qu'ils sont trop éloignés du propos que nous nous sommes assigné. Il nous paraît cependant indispensable de faire ici mention des plus importants et de renvoyer notre lecteur aux travaux qui en traitent de manière plus ou moins approfondie. Si l'on devait n'en citer qu'un, ce serait sans conteste le problème de la mobilité de la particule des phrasal verbs transitifs qui était déjà soulevé dans les ouvrages de H. Poutsma et O. Jespersen (op. cit. ; cf supra p. 17-19). Les références sur le sujet abondent et la liste qui suit ne prétend aucunement à l'exhaustivité52 : pour commencer, on trouvera chez P. Gettliffe (op. cit. : 115-122) une excellente synthèse des contraintes 52

On trouvera chez L. Brinton (ibid. : 165-166) une autre série de références, qui complète utilement celle

que nous proposons ici.

53

lexicales, sémantiques et syntaxiques qui pèsent alors sur l'ordre des mots, synthèse complétée par une brève réflexion portant sur le rôle joué par « le statut de la relation entre le verbe à particule d'une part et son complément d'objet d'autre part » (ibid. : 119). Signalons que B. Fraser (1974), qui recense une dizaine de facteurs pouvant influer sur la position de la particule, reste très général, tandis que D. Bolinger (op. cit.), lui, se penche très spécifiquement sur les liens entre cette position et la prosodie des phrasal verbs. Quant à N. Quayle, c'est une analyse psychomécanique qu'il met en œuvre pour tenter de « démontrer que le mouvement du complément d'objet, dans une phrase comportant un verbe à particule, relève de stratégies énonciatives, c'est-à-dire de la volonté du locuteur de mettre en relief l'un ou l'autre élément de la phrase » (ibid. : 244). S. Gries (2002), de son côté, reproche à ses prédécesseurs de ne pas avoir saisi la dimension multifactorielle des faits, et suggère que, dans un contexte discursif donné, la construction privilégiée est celle dont le traitement requiert le moins d'effort de la part du locuteur. Enfin, R. Dirven (2001, 2002), en rendant compte d'autres travaux de S. Gries53, dans la lignée desquels l'article de 2002 s'inscrit, est amené à avancer que les deux places que peut occuper la particule sont le reflet de l'existence de deux constructions indépendantes. Au premier rang des autres points que l'on se doit d'évoquer figure la prosodie des phrasal verbs, dont les principaux aspects sont décrits par D. Bolinger (op. cit.), qui apporte là une contribution particulièrement précieuse54. L'antéposition de la particule55 fait, elle, l'objet d'une publication de B. Cappelle (2002) dans laquelle il présente ses propriétés grammaticales et pragmatiques. Enfin, on pourrait encore mentionner la question du double objet ou celle du registre, qui sont toutes deux abordées par l'ouvrage de D. Bolinger, parmi de nombreuses autres.

1.1.5. Conclusion : retour sur la terminologie Cette première partie du chapitre 1 nous ayant permis de cerner plus précisément la structure que nous souhaitons étudier et les phénomènes qu'elle met en jeu, il est temps pour 53

Cf. GRIES, Stefan, 1997 : Particle movement: A cognitive and functional approach, Hamburg University, M.A. Thesis GRIES Stefan, 1999 : "Particle movement: A cognitive and functional approach", in Cognitive Linguistics 10, Berlin, Mouton de Gruyter, 105-145.

54

On trouve également quelques remarques éclairantes sur le sujet dans A. Live (op. cit.).

55

Cf. (2) Away he went, helter-skelter, hurry-scurry, over hill and dale, till he was nearly dead with fatigue […]. (G3P 1524)

54

nous de revenir sur la terminologie employée pour la désigner et d'indiquer quels choix ont été faits en la matière pour le présent travail. On l'aura sans doute noté, jusqu'à présent nous avons principalement utilisé les expressions phrasal verb et verbe à particule, mais, comme on s'en sera également rendu compte grâce aux citations qui émaillent les pages qui précèdent, il en existe une multitude d'autres. En effet, le domaine qui nous intéresse a donné lieu à un incroyable foisonnement terminologique dont N. Quayle (ibid. : 15) et, dans une moindre mesure, D. Bolinger (ibid. : 3), auxquels nous avons emprunté la liste qui suit56, se sont fait l'écho : 

group-verb : Sweet (1891)



verbal compounds : Curme (1914)



verb-adverb combination : Kennedy (1920)



compound verbs : Grattan et Gurrey (1925)*



phrasal verbs : Smith (1925)*



poly-word verbs : Stevick (1950)*



merged verbs : Francis (1958)*



two-word verbs : Taha (1960)*



discontinuous verb : Live (1965)



verb-particle combination : Fraser (1977)*57

Lorsqu’on examine cette liste, on s'aperçoit que c'est grosso modo la première moitié du 20ème siècle qui a été la plus féconde de ce point de vue, ce qui, d'après nos observations, coïncide avec le moment où la structure a commencé à faire l'objet de véritables descriptions.

56

Dans cette liste, chaque terme est accompagné de la référence de l'ouvrage dans lequel il est apparu pour la

première fois, telle que mentionnée par N. Quayle (ou, plus marginalement, par D. Bolinger). Il va de soi que ladite liste n'est fournie qu'à titre indicatif et ne prétend nullement à l'exhaustivité. 57

Les ouvrages suivis d'un astérisque sont ceux qui ne figurent pas dans notre bibliographie et dont voici les

références : FRANCIS, W.N., 1958 : The Structure of American English, New York, The Ronald Press. FRASER, B., 1977 : The Verb-Particle Combination in English, New York, Academic Press. GRATTAN, J.HG. & GURREY, P., 1925 : Our Living Language: A New Guide to English Grammar, London, T. Nelson and Sons. SMITH, L.P., 1925 : Words and Idioms: Studies in the English Language, 5e ed., London, Constable & C°. STEVICK, E.W., 1950 : "The 'Deferred' Preposition", in American Speech XXV, Tuscaloosa, University of Alabama Press, 211-214. TAHA, A.K., 1960 : "The Structure of Two-Word Verbs in English", in Language Learning 10, 115-122.

55

Comme le souligne N. Quayle (ibid. : 16), cette prolifération reflète son caractère problématique, chaque dénomination étant le signe d'une analyse différente de ses propriétés. On ne s'étonnera donc pas que P. Busuttil (ibid. : 63) conclue sa propre présentation critique en ces termes : Cette question d'appellation apparaît comme une des plus difficiles à résoudre.

En témoigne notamment le fait que, même si l'expression phrasal verb semble s'être durablement imposée, d'autres continuent régulièrement à émerger qui ont, elles aussi, pour objet de mettre l'accent sur tel ou tel attribut ou comportement. Ainsi R. Dirven, qui intitule deux de ses articles "English phrasal verbs: theory and didactic application" et "Recent cognitive approaches to English phrasal verbs"58 respectivement, éprouve-t-il malgré tout le besoin d'introduire le concept de particle verb, défini comme une sous-catégorie de phrasal verbs caractérisée par « the strong integration of the particle with the verb » (2001 : 10). Par ailleurs, bien que le terme phrasal verb soit aujourd'hui le plus couramment utilisé, il nous est apparu que les auteurs peinent à s'accorder sur le sens à lui donner, les rédacteurs des dictionnaires spécialisés unilingues le prenant par exemple dans une acception beaucoup plus large que ceux des dictionnaires bilingues et des grammaires. A ce sujet, P. Busuttil (ibid. : 144) a parfaitement raison de dénoncer avec force « l'assimilation à des "phrasal verbs" de simples emplois au sens figuré d'ensembles VERBE+PREPOSITION ou VERBE+ADVERBE ». On comprend également qu'il juge nécessaire de préciser que « les seules combinaisons qui méritent le titre de "phrasal verbs" sont les combinaisons comportant une véritable liaison entre leur premier et leur deuxième termes » (ibid. : 66). Au vu du flou qui règne autour de cette expression, quiconque entend l'employer se devrait d'indiquer l'usage qu'il compte en faire. P. Busuttil, quant à lui, va plus loin puisqu'il considère que (ibid. : 62) : les appellations "verbe composé", "verbe complexe", "verbe à particule", "verbe prépositionnel", et même "phrasal verb" (puisque l'expression n'a pas la même signification pour tous les auteurs anglophones), sont peu adaptées à la description du phénomène, car, ne prenant en compte que sa composante grammaticale, elles font abstraction de la partie à notre avis essentielle de ces combinaisons verbales: le sens ajouté.

Il propose à la place une classification en verbes prépositionnels, verbes quasi-adverbiés et verbes adverbiés, dans laquelle ces deux dernières dénominations visent à recouvrir l'ensemble des combinaisons formées d'un élément remplissant des fonctions verbales et d'un 58

Nous soulignons.

56

autre jouant un rôle adverbial, et ce quelle que soit leur nature à l'origine. Cette classification, qui insiste sur « le facteur crucial qu'est l'ajout de sens » (ibid. : 69), est loin d'être dénuée d'intérêt. Toutefois, eu égard aux objectifs qui sont ici les nôtres, son adoption ne nous a pas paru se justifier59. Nous n'avons effectivement pas l'intention de passer systématiquement en revue la totalité des combinaisons en away, off et out répertoriées par les dictionnaires pour vérifier si ce sont bien des phrasal verbs. Nous souhaitons plutôt montrer que les différents sens attribués à ces particules sont en fait l'expression, en contexte, d'une seule et unique opération dont elles sont la trace. De sorte que nous devrons prendre en compte toutes les configurations dans lesquelles elles apparaissent : phrasal verbs, mais aussi simples séquences verbe + adverbe et emplois prépositionnels. Par conséquent, la perspective dans laquelle nous nous situons se rapproche de plus celle de D. Bolinger telle que la résume B. Fraser (op. cit. : 570) : B[olinger] is not overly concerned with providing a set of knock-down conditions for the identification of phrasal verbs.

C'est pourquoi c'est l’appellation phrasal verb, à laquelle le terme de verbe à particule fait pendant en français, que nous avons décidé de retenir, faisant ainsi nôtre la conception qu'en a D. Bolinger et que B. Fraser présente comme suit (ibid.) : At the core of B[olinger]'s notion of phrasal verb is a verb proper and a following adverbial particle (e.g. up, over, on, in, down) […].

Comme D. Bolinger (ibid. : 4), nous excluons les combinaisons du type refer to pour lesquelles le terme prepositional verb, tel qu'il est défini par la CaGEL (cf. supra p. 43), nous semble plus approprié. Et comme lui, nous pensons que « a linguistic entity such as the phrasal verb cannot be confined within clear bounds » et que « being or not being a phrasal verb is a matter of degree » (ibid. : 6). Ce sont justement les différents degrés d'intrication du verbe et la particule qui seront au cœur de notre recherche.

59

De plus, P. Busuttil (ibid. : 332) estime que : [L'expression générique "verbe à particule"] ne permet pas de rendre compte du caractère essentiellement dynamique de la formation de ces combinaisons, par accolage postposé au verbe d'un deuxième terme, vecteur de valeur ajoutée sémantique.

Or les appellations verbe quasi-adverbié et verbe adverbié nous posent problème de ce point de vue-là car nous ne voyons pas en quoi elles y parviennent mieux.

57

1.2. Deux grands problèmes et leur traitement La première partie de ce chapitre a donc fait affleurer l'ampleur des problèmes associés aux verbes à particule. Comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises, il nous est impossible de les aborder tous de manière systématique et exhaustive. Aussi avons-nous décidé de prolonger la réflexion engagée précédemment en nous concentrant sur la manière dont deux de ces problèmes ont été traités par nos devanciers. Nous allons le voir, le premier, syntaxique, est d'une importance toute particulière car il touche à la nature-même de ce que sont les phrasal verbs. Quant au second, sémantique, il n'est pas moins essentiel puisqu'il a trait à ce qui constitue le cœur de la problématique liée à cette structure.

1.2.1. Syntaxe : statut du second élément Si nous avons choisi de reprendre ici plus longuement la question du statut du second élément des phrasal verbs, c'est parce que le début de ce chapitre a très nettement fait apparaître qu'il s'agissait de l'un des problèmes syntaxiques majeurs posés par cette structure ; l'un des plus anciens également puisqu'il est concomitant de l'apparition des phrasal verbs en vieil-anglais. De fait, P. Gettliffe (op. cit. : 69) souligne que « le terme même de "particule" témoigne d'une certaine incertitude quant à la nature exacte » du deuxième constituant des combinaisons qui émergent alors, ajoutant que (ibid. : 87-88) : L'observation des faits a amené certains auteurs à distinguer plusieurs types de particules. A. La particule adverbiale […] B. La préposition sans régime […] Il s'agit d'une particule qui se présente comme une préposition dans un emploi adverbial, d'où le nom de prepositional adverb qu'on lui a donné en anglais. […] C. L'adprep C'est un troisième type d'opérateur, un peu ambigu car au premier abord il est difficile de déterminer si c'est un adverbe ou une préposition. D'où la création de ce mot-valise « adprep ». […]

Nous examinerons ces différentes appellations, et ce qu'elles impliquent, un peu plus loin mais, dans l'immédiat, il suffira de prendre acte de ce que, dès l'origine, la particule est « un outil difficile à classer » (ibid. : 87), une situation qui a largement perduré. La preuve en est que le problème qu'elle pose, déjà clairement identifié par les premiers grammairiens, n'a depuis jamais cessé d'engendrer de nouvelles propositions d'analyse. En effet, bien qu’A. Kennedy (op. cit.) ait délaissé ce point au profit de l'étude des propriétés

58

proprement sémantiques de ce second élément60, ses contemporains, qui n'avaient pourtant, eux, pas su reconnaître l'existence des phrasal verbs en tant que tels, en avaient fait leur préoccupation principale. En témoignent les remarques de H. Poutsma et O. Jespersen que nous avons déjà citées (cf. supra p. 16 et p. 18) : It is not always easy to tell off-hand whether such words as over, through, etc., […], should be considered as adverbs or prepositions, when they stand in immediate succession to the verb […]. (Poutsma, op. cit. : 87) In some combinations of a verb + a particle + an object it may be doubtful whether the particle is an adverb or a preposition. (Jespersen, 1927 : 273)

Et, aujourd'hui encore, la catégorie grammaticale à laquelle appartient ce terme continue à faire débat et à susciter la réflexion ; à tort, si l'on en croit ce commentaire de L. Brinton (ibid. : 165) : The problem of class membership continues to be a concern to scholars, despite Mitchell's criticism of the word-class approach, because of the tendency to regard the particle as preposition or adverb 'rather than as one grammatical piece with the verbal component' (1958:103)61.

Cela n'empêche pas R. Dirven (2002 : 492) d'éprouver le besoin de classer les "particules" en trois types distincts, « i.e. prepositions, adverbial particles and 'pure' particles »62. Pour ce qui est des premiers grammairiens, N. Quayle montre que ceux-ci se heurtaient à l'inadéquation entre des « catégorie[s] définie[s] de façon formelle et l'emploi des éléments présumés de [ces] catégorie[s] dans une phrase donnée » (ibid. : 35). On peut du reste supposer que c'est pour contourner cet écueil que les dictionnaires spécialisés, qui ne s'encombrent pas de considérations syntaxiques détaillées, rassemblent sous le terme particule/ particle, présenté comme "neutre", les adverbes et prépositions qu'ils incluent dans leurs entrées. Quant aux grammaires actuelles, qui distinguent sans équivoque les verbes prépositionnels des phrasal verbs, la plupart d'entre elles prend la précaution de spécifier que le second élément de ces

60

N. Quayle voit cependant dans le recours d’A. Kennedy au terme prepositional adverb la reconnaissance

implicite de « l'existence d'un emploi qui n'est ni adverbial ni prépositionnel » (op. cit. : 27). Nous y reviendrons plus tard (cf. infra p. 73). 61

MITCHELL, T. F., 1958 : "Syntagmatic relations in linguistic analysis", in Transactions of the Philological

Society, Oxford, Basil Blackwell, 101-118. 62

Précisons, pour clarifier ce que recouvre ces deux derniers termes, que, selon R. Dirven, le up de He ran up

the flag serait une adverbial particle, tandis que celui de He ran up a huge bill serait une 'pure' particle (cf. ibid.). L'utilité d'une telle distinction nous paraît discutable.

59

derniers peut être de nature adverbiale et/ ou prépositionnelle. On se souviendra que la CoGEL explique que (op. cit. : 1150 ; cf. supra p. 33) : They [i.e. particles] actually belong to two distinct but overlapping63 categories, that of prepositions and that of spatial adverbs (though such adverbs are not necessarily used with spatial meanings).

On touche là au cœur du problème : la dualité de nombre de ces mots, qui fonctionnent tantôt comme adverbe tantôt comme préposition. Or, afin d'être pleinement en mesure de comprendre tous les aspects de la relation verbe-particule, il est essentiel de parvenir à cerner au mieux les propriétés que cette dernière hérite de ses emplois individuels en tant qu'adverbe et/ ou en tant que préposition, avant de s'intéresser à celles qu'elle développe en combinaison. Cette entreprise est très littéralement celle que nous entendons mener à bien dans le chapitre 2 pour away, off et out. Pour l'heure, nous nous situons dans une perspective plus générale et, même si notre but n'est en aucun cas de trancher définitivement la question du statut du second élément, nous allons nous efforcer d'en clarifier quelque peu les tenants et les aboutissants, en rappelant, par exemple, ce que sont les caractéristiques habituellement attribuées aux catégories de l'adverbe et de la préposition ; en cherchant aussi à saisir pourquoi certains auteurs jugent nécessaire d'introduire d'autres termes pour désigner ces mots quand ils participent à la formation d'un phrasal verb. Ce faisant, nous nous inscrirons dans la droite ligne des principes posés par un linguiste comme A. Culioli qui, loin de rejeter l'analyse distributionnelle, la considère comme une « première étape […] inévitable » (1999a : 73), préalable à une éventuelle reformulation des problèmes et à une prise en compte globale des phénomènes qu'ils mettent en jeu, dans le cadre d'une théorie qui dispose des outils métalinguistiques permettant d'en représenter toute la complexité (cf. op. cit et Culioli, 2002). 1.2.1.1. Retour sur les catégories de l'adverbe et de la préposition Il nous semble en effet que pour espérer y voir plus clair, il faut en revenir aux définitions que l'on donne traditionnellement des parties du discours que sont l'adverbe et la préposition. Nous partirons de celles que propose le Petit Robert (2000), qui en sont parfaitement représentatives : adverbe : mot invariable ajoutant une détermination à un verbe, un adjectif, un adverbe, ou une phrase.

63

Nous soulignons.

60

préposition : mot grammatical, invariable, introduisant un complément (d'un substantif, d'un verbe, d'un adjectif, d'un adverbe) en marquant le rapport qui unit ce complément au mot complété.

On remarquera au passage que la caractérisation a finalement peu évolué depuis la parution de la Grammaire générale et raisonnée (1679) dont les auteurs indiquaient que les adverbes « se joignent d'ordinaire au verbe pour en modifier et déterminer l'action » (ibid. : 93), et qui considéraient que « les prépositions avaient été inventées pour marquer […] le rapport que les choses ont les unes aux autres » (ibid. : 87). On pourrait aussi ajouter que les définitions fournies par un manuel anglais plus particulièrement destiné aux apprenants tel que la Cambridge Grammar of English (2006) ne s'éloignent guère, sur le fond, de celles que nous venons de citer : adverb Indicates the time, place, manner, degree, frequency, duration, viewpoint, etc. of an event, action or process. (ibid. : 890) preposition Class of word used to express relationships between two events, things or people in terms of time (at 2 o’clock), space (to the school) and other abstract relations (the capital city of Brazil). (ibid. : 916)

Enfin, si l'on consulte une grammaire anglophone de référence comme la CoGEL (op. cit.), on s'aperçoit que la description de la classe des prépositions que l'on y trouve est exactement dans la même veine (ibid. : 657) : In the most general terms, a preposition expresses a relation between two entities, one being that represented by the prepositional complement, the other by another part of the sentence.

L'instauration d'un rapport, d'une relation paraît donc constituer la propriété fondamentale des prépositions64. Ce trait figure d'ailleurs en bonne place dans les articles correspondants des ouvrages plus critiques que sont ceux de J. Dubois et al. (op. cit) et de M. Riegel et al. (2004) : La préposition est un mot invariable qui a pour rôle de relier un constituant de la phrase à un autre constituant ou à la phrase entière, en indiquant éventuellement un rapport spatio-temporel, un rapport de possession, de dépendance, etc. (Dubois et al., ibid. : 377) La préposition est une partie du discours invariable qui appartient à la catégorie générale des mots de relation. […] les prépositions contribuent à l'établissement de relations sémantiques entre les termes qu'elles relient. (Riegel et al., ibid. : 369)

64

A cet égard, J.-M. Merle (2011 : 251) ne fait-il pas remarquer que « cette fonction de mise en relation […]

sous-tend la plupart des définitions proposées dans la littérature » ?

61

En revanche, ceux-ci, à l'instar de la CoGEL, se montrent beaucoup plus circonspects vis-àvis de l'adverbe : La grammaire définit l'adverbe comme un mot qui accompagne un verbe, un adjectif ou un autre adverbe pour en modifier ou en préciser le sens. […] La catégorie traditionnelle de l'adverbe groupe en réalité des mots qui n'ont en commun que l'invariabilité […]. (Dubois et al., ibid. : 19-20) Les adverbes forment une catégorie résiduelle où l'on range traditionnellement les termes invariables qui ne sont ni des prépositions ni des conjonctions ni des interjections. On les définit tant bien que mal par l'association de trois critères : l'invariabilité, le caractère généralement facultatif et la dépendance par rapport à un autre élément de la phrase. (Riegel et al., ibid. : 375) Because of its great heterogeneity, the adverb class is the most nebulous and puzzling of the traditional word classes. Indeed, it is tempting to say simply that the adverb is an item that does not fit the definitions for other word classes. (CoGEL, ibid. : 438)65

Il ressort de ces commentaires que la grande hétérogénéité de la classe de l'adverbe la rend relativement compliquée à circonscrire. Il ne faudrait toutefois pas tirer de conclusions trop hâtives des quelques observations que nous venons de faire, et notamment en déduire qu'il y a lieu d'opposer une catégorie clairement délimitée à une autre qui serait un véritable fourretout. En réalité, les problèmes que pose la préposition sont probablement bien plus nombreux que ceux que soulève l'adverbe, à telle enseigne que, même si l'existence de cette classe de mots est assez généralement admise, elle est malgré tout parfois remise en cause 66. A nos yeux, un tel parti pris ne peut que s'avérer inopérant in fine, et nous rejoignons D. Gaatone (2001 : 23) qui juge cette classe nécessaire, arguant du fait que « toute une série de contraintes syntaxiques semblent liées à ce qu’on pourrait appeler une "allergie" à la préposition » pour justifier sa position67. Néanmoins, force est de constater qu'en matière de prépositions, il y a somme toute peu d'évidences ; ce n'est sans doute pas un hasard si la littérature sur le sujet est tellement abondante, et si des colloques et des publications continuent régulièrement à lui être consacrés. Parmi les questions qui sont récurrentes dans ce domaine de la recherche en linguistique, nous en mentionnerons trois : 65

Nous soulignons.

66

Sur ce point, on se reportera à J. Cervoni (1991 : 59-60), qui cite l'exemple de la sémantique générative. Et,

l'on notera également que D. Gaatone (2001 : 23) considère, lui, que « la notion même de "préposition" reste aussi controversée que jamais », un constat qui nous semble tout de même quelque peu exagéré. 67

Précisons que les considérations de l'auteur concernent ici le français. Cependant, nous pensons qu'en

l'espèce elles peuvent aisément être transposées à l'anglais.

62

1. La première, qui s'impose d'emblée, est celle de la définition de la classe et de ses membres, sur laquelle D. Gaatone attire très explicitement l'attention en intitulant l'article auquel nous avons fait allusion "Les prépositions : une classe aux contours flous". Le linguiste met ainsi le doigt sur la difficulté qu'il y a à « délimiter une classe de prépositions qui engloberait l’ensemble des mots figurant dans l’inventaire traditionnel » (ibid. : 27). Pour lui, « les critères de la place et de l'invariabilité » ne sont pas « définitoires » : seuls « les rôles de relateurs et de subordonnants » le sont (cf. ibid. : 25). Encore relève-t-il que (ibid. : 26) : Il a déjà été observé par ailleurs que l’idée de relation suggère une certaine symétrie entre les termes reliés, alors que l’on constate au contraire une cohésion beaucoup plus forte entre la préposition et sa séquence […].

Cependant, cette objection nous paraît devoir être rejetée. D'une part, parce que, ainsi que le rappelle L. Mélis (2001 : 19), « il existe des emplois symétriques, dits coordonnants, de certaines prépositions ». D'autre part, parce que ce serait prendre le terme de relation dans une acception beaucoup trop restreinte, celui-ci marquant d'abord et avant tout le « caractère de deux ou plusieurs choses entre lesquelles existe un lien » (Le Petit Robert). Dans le cas qui nous préoccupe, et comme l'explique fort justement J. Cervoni qui opère dans un « cadre d'inspiration guillaumienne » (ibid. : 19), la préposition devient élément de liaison du discours parce qu'elle matérialise un intervalle où a pris place une relation sémantique. (ibid. : 80)

Autrement dit, une relation, à exprimer, se développe dans un intervalle entre deux termes. L'emploi d'un signe est nécessaire pour matérialiser cette relation : c'est la préposition qui remplit cet office. (ibid. : 95)

Là où nous divergeons de J. Cervoni, c'est que, à l'image de J.-M. Merle qui en fait, pour ainsi dire, le leitmotiv de l'un de ses récents articles (2011), nous sommes persuadée que le rôle relationnel de la préposition en est bien une propriété essentielle, alors que lui estime, au contraire, qu'il n'est que secondaire (cf. ibid. : 95, 125). Quoi qu'il en soit, on conviendra que rien, dans cette manière de concevoir la fonction de la préposition, n'implique que le lien qu'elle établit doive impérativement être symétrique. Concernant les critères qui permettent de définir la classe des prépositions à proprement parler, notons que L. Mélis indique que (ibid. :12) : Les […] prépositions introduisent un complément, avec lequel elles forment un groupe, qui sert à son tour de complément à un autre élément de la phrase. Cette description succincte,

63

conforme aux vues de la tradition grammaticale […] peut être précisée grâce à quatre propriétés […] : 1° la préposition a un complément ; 2° cet ensemble forme un constituant qui est une île syntaxique, c’est-à-dire un domaine restrictif pour certaines opérations, telle l’extraction ; 3° ce constituant est endophrastique, il est un groupe prépositionnel ; 4° ce groupe prépositionnel dépend, sur le plan syntaxique, d’une tête externe.

Or, après avoir examiné ces quatre points de manière plus ou moins détaillée, le linguiste en arrive à la conclusion suivante (ibid. : 21) : [Une] stratégie consiste à accepter la caractérisation syntaxique initiale de la préposition, mais de considérer que celle-ci ne définit pas une catégorie de mots, une partie du discours, mais un fonctionnement syntaxique ; les lexèmes invariables ou du moins certains d’entre eux, qu’il faudra regrouper en une nouvelle classe, se définiront par leur potentiel syntaxique, c’est-à-dire par leur capacité à adopter le fonctionnement d’une préposition, d’un adverbe, d’un coordonnant et ainsi de suite, et par leur centre de gravité syntaxique, c’est-à-dire par leur fonctionnement typique.

Sans aller jusqu'à suggérer qu'il faille postuler l'existence d'une nouvelle classe, il nous semble qu'il y a effectivement lieu de considérer un certain nombre de propriétés comme globalement caractéristiques du fonctionnement des prépositions dans leur ensemble, tout en admettant que ces propriétés peuvent toujours faire l'objet de violations, sans que cela ne remette en cause leur pertinence générale. 2. La deuxième question majeure qui se pose en matière de prépositions est celle du sens. Selon J. Cervoni (ibid. : 5), « les prépositions, surtout les plus abstraites, […], font partie des mots qui résistent le plus à une analyse sémantique ». On pourra voir là l'origine du constat que dresse L. Kupferman (2001 : 7), à savoir : Éléments par essence accessoires, ou encore ravalés au rang de mots-outils, déplorablement incolores, strumentales au bas mot, de toutes simples marques de la transitivité indirecte des prédicats, dont « le sens propre se rapproche de zéro », [les prépositions] seraient même pour d’autres réduites à l’état de marques casuelles portées par des séquences nominales qui ne seraient plus leur régime.

Il est vrai qu'il se trouve de nombreux auteurs pour accréditer la thèse selon laquelle certaines prépositions seraient "vides". D. Gaatone (ibid. : 27) a beau prendre la précaution de stipuler que : Il s’agit en fait d’emplois68 vides de certaines prépositions. Il n’existe pas de préposition toujours vide de sens […].

68

Nous soulignons.

64

il n'en affirme pas moins que (ibid. : 26) : C’est pourtant là un fait incontournable. Certaines prépositions […] sont formellement nécessaires dans diverses constructions, sans contribuer en rien au sens de la phrase.

Afin de mieux comprendre les arguments qui plaideraient en faveur d'une telle interprétation, on pourra se reporter à J. Cervoni (ibid. : 128-140), qui analyse le discours de quelques-uns des tenants de cette position. Il conteste formellement la validité de leur raisonnement et déclare (ibid. : 138) : il n'existe pas d'argument décisif pour isoler telle ou telle préposition de toutes les autres et […] surtout, […], l'idée qu'il existe des termes sémantiquement vides, ayant un rôle purement grammatical, est à exclure d'emblée.

C'est un point de vue que nous partageons sans réserve, et dans lequel nous sommes confortée, entre autres, par le fait que J.-M. Merle assure que (ibid. : 257) : La fonction de la préposition est de matérialiser l’articulation qu’elle opère entre les deux éléments qu’elle relie, et de spécifier le sémantisme de cette articulation69.

D'autant que, de leur côté, M. Riegel et al. jugent que (op. cit. : 371) : en plus de leur sens fondamentalement relationnel, les prépositions ont une charge sémantique propre qui se combine avec le sémantisme des constituants qu'elles mettent en relation.

et s'appliquent à démontrer que cette proposition est valable y compris pour les prépositions habituellement qualifiées de "vides". Si, à nos yeux, il est indéniable que toutes les prépositions ont bien un sens, il nous faut tout de même reconnaître, à la suite, par exemple, de P. Cadiot et A.-M. Berthonneau (1991 : 3), que « la difficulté essentielle de [leur] étude est qu'elles ne se laissent appréhender qu'au travers de leurs contextes d'emploi, qui démultiplient les interprétations ». J. Cervoni (ibid. : 6) résume parfaitement les problèmes que cela soulève : si, dans une étude des prépositions, on se donne comme principal objectif de bien discerner la valeur fondamentale de ces dernières et de relier correctement cette valeur à leurs valeurs d'emploi, il est indispensable – particulièrement indispensable – d'accorder la plus grande attention au contexte, surtout si c'est aux plus abstraites d'entre elles qu'on s'intéresse. Faute de le faire, on risque constamment d'attribuer aux signes des traits sémantiques résultant des conditions et circonstances où ils sont employés.

69

Nous soulignons.

65

Le type de démarche qu'il décrit dans ces lignes est très précisément celui que nous nous efforcerons de mettre en œuvre dans ce travail. Notre lecteur pourra alors constater (cf. infra 3.2.1) que, comme P. Cadiot et A.-M. Berthonneau (ibid. : 4), Nous faisons nôtre l'hypothèse que derrière la diversité de ses emplois, chaque préposition a un noyau fixe de sens, appréhendable en termes abstraits de valeur, de procédures ou d'instructions70.

3. La troisième grande question que l'on ne peut passer sous silence est celle du rôle de ce que C. Cortier, dans un article de 2001, appelle les « syntagmes prépositionnels prédicatifs ». Il rappelle alors combien la frontière entre ce que l'on a coutume de nommer compléments indirects et compléments circonstanciels est « incertaine » (ibid. : 122 sqq.), rejoignant en cela J. Cervoni (ibid. : 110) qui conclut lui aussi à l'impossibilité d'une « délimitation rigoureuse » en vertu de ce que « les critères formels sont défaillants »71. Nous n'entrerons pas ici dans le détail du débat général concernant la distinction entre arguments et circonstants, entre compléments essentiels et compléments accessoires72, qui, tout bien considéré, est d'ailleurs autant un problème de sémantique que de syntaxe. Il est en effet bien connu, et l'on trouvera chez C. Cortier (op. cit.) un panorama tout à fait instructif de la manière dont il est traité dans diverses grammaires universitaires et des "solutions" qui y sont apportées. En revanche, envisagée sous l'angle plus spécifique de ses implications en matière de transitivité verbale, l'action exercée par la préposition nous paraît constituer un point absolument crucial pour notre étude. De fait, nous pensons que les mécanismes mis en œuvre par la combinaison d'un verbe avec une particule s'apparentent à ceux qui régissent les rapports entre verbe et préposition, dont on doit, par conséquent, pouvoir tirer de précieux enseignements73. A cet égard, on comparera les énoncés qui suivent74 :

70

En ce qui nous concerne, nous raisonnerons plutôt en termes d'opérations.

71

A. Dugas (2001) va dans le même sens, qui passe en revue les différents tests d’analyse traditionnels et en

dénonce les faiblesses. Toutefois, lui considère qu’« il est un test déjà éprouvé qui semble fournir de meilleurs résultats tout en demeurant simple d’application, c’est l’effacement » (ibid. : 117). 72

Notons à ce propos que L. Kupferman (ibid. : 8) s'interroge en ces termes : « Ou peut-être ces deux couples

ne sont-ils pas appariés, mais entretiennent un jeu subtil de chassé-croisé à quatre ? ». 73

A ce titre, il n'est pas inintéressant que J.-M. Merle (ibid. : 265) avance que, d'un point de vue sémantique, la préposition peut […] entrer dans une relation plus ou moins étroite avec certains syntagmes prédicatifs ou coprédicatifs qu’elle permet de compléter : certains verbes complexes (ex. put up with, […]) ; certains verbes prépositionnels (à compléments prépositionnels : ex. comply with ; […]) ; certains adjectifs (ex. inherent in ; consistent with).

66

tirer un lapin

(tirer sur un lapin)

*tirer un linguiste

tirer sur un linguiste

vs. ride a bicycle *ride a storm/ recession

ride out a storm/recession

Il apparaît clairement que tant la préposition sur que la particule out semblent faciliter l'intégration d'un complément qui, au départ, n'est pas du domaine du verbe. Nous nous attarderons un peu plus longuement sur ce type d'exemples dans le chapitre 3, mais l'on peut d'ores et déjà se risquer à avancer que leur examen nécessite une véritable théorie de la transitivité, qui s'affranchisse de la conception traditionnelle et de ses lacunes, et qui soit donc dotée d'un réel contenu interprétatif. On devrait ainsi être en mesure de rendre pleinement compte non seulement de ce qui se passe entre le verbe et l'argument objet, mais aussi, et surtout, du rôle que joue la préposition (ou la particule). Comme nous aurons l'occasion de l'exposer au cours de ce même chapitre 3, nous pensons que les principes sur lesquels se fonde la TOE sont les mieux à même de permettre de mener à bien une telle entreprise. Aux trois problèmes incontournables que nous venons de mentionner nous aurions pu en ajouter un quatrième : celui des prépositions dites "sans régime". A en croire L. Mélis (ibid. : 15), « il a été reconnu depuis longtemps qu’il existe des prépositions à complément nul ou sans complément observable ». Et l'on se souviendra par ailleurs que, bien que R. Huddleston et G. Pullum (op. cit.) présentent la configuration préposition + syntagme nominal comme étant la plus prototypique (cf. ibid : 603, 612), ils n'en estiment pas moins que, même en l'absence d'un syntagme nominal, on a encore affaire à une préposition. Une interprétation des données qui revêt, pour eux, la force de l'évidence, comme en témoignent ces deux déclarations : The case for allowing prepositions with no complements is most compelling where the same word occurs either with or without an NP complement, as in The owner is not in the house ~ The owner is not in. (ibid. : 612) Occurring with no NP complement is not a property found just occasionally with one or two prepositions, or only with marginal items. It is a property found systematically throughout a wide range of the most central and typical prepositions in the language. (ibid. : 613)

Il entend signifier par là que « la solidarité sémantique interne au syntagme prépositionnel est [alors] moins étroite » (ibid. : 272). 74

Les exemples sur le français sont empruntés à D. Paillard (2000).

67

En réalité, la question du statut des termes considérés – préposition ou … adverbe ? – est loin d'être définitivement tranchée et divise toujours les linguistes. Ainsi J. Cervoni (ibid. : 103105), après avoir exposé certains des arguments en faveur de l'hypothèse de la préposition "sans régime" invoqués par quelques-uns de ses prédécesseurs, les réfute-t-il fermement, non sans avoir reconnu que « [ce] n'est pas chose aisée » (ibid. : 104). Chez lui, cela trahit une véritable prise de position conceptuelle, qui le conduit à affirmer qu'« un mot sans régime ne peut être considéré comme une préposition » et que « ce mot qui, suivi d'un régime, serait une préposition […] revient à sa nature première […], qu'il est donc un adverbe » (ibid. : 105). L'origine de cette vision est double : d'un côté, elle tient à un facteur que l'on pourrait qualifier d'historique. Comme le souligne D. Van Raemdonck (2001 : 61), J. Cervoni fait partie des défenseurs de l'hypothèse de la « genèse de la préposition à partir de l'adverbe »75 (Van Raemdonck, ibid. : 59). D'un autre côté, elle est motivée par le cadre théorique dans lequel J. Cervoni évolue, puisque le système guillaumien postule une division des parties du discours en parties de langue prédicatives et parties de langue non prédicatives, où l'adverbe clôturerait la série des premières tandis que la préposition ouvrirait celle des secondes, les deux se faisant immédiatement suite (cf. Van Raemdonck, ibid. : 61-62). Bien que l'argumentation développée par J. Cervoni nous paraisse relativement convaincante76, il va de soi qu'il ne nous appartient pas de clore un tel débat sur la base de quelques remarques seulement, alors que cela demanderait une étude en bonne et due forme. Au demeurant, il faut avouer que les termes-mêmes de ce débat nous importent peu. Pour nous, l'essentiel est qu'il est significatif de la très grande proximité entre les catégories de l'adverbe et de la préposition, une proximité dont on aura compris qu'elle nous intéresse au premier chef, vu les préoccupations qui sont ici les nôtres. Mais si nous avons jugé bon d'évoquer cette question de la préposition "sans régime", c'est avant tout parce qu'elle en recoupe une autre, que l'on ne peut faire l'économie d'aborder quand on travaille sur les phrasal verbs : celle de ce que N. Quayle (op. cit. : 57) appelle « l'objet implicite dans les verbes à particule intransitifs ». L'auteur fait état d'« une longue 75

D. Van Raemdonck (ibid. : 61) résume cette hypothèse ainsi : Dans les langues à cas, l’adverbe serait venu s’insérer entre le verbe et son complément pourvu d’un cas afin de pallier les déficiences d’expression, de préciser davantage les rapports de signification. À partir d’une situation où l’on n’observe pas de rapport de cas entre l’adverbe et le nom, et suite à une multiplication des mises en rapport « adverbenom pourvu de cas », on assiste à l’apparition d’un phénomène conçu comme rection. De l’adverbe rattaché au verbe (ou à une relation entre le verbe et son complément), on est dès lors passé à la préposition régissant le nom.

76

A la nuance près, tout de même, que, d'un strict point de vue théorique, nous n'adhérons pas totalement à

l'idée que l'adverbe soit premier par rapport à la préposition.

68

tradition grammaticale qui suggère qu'un syntagme prépositionnel reste sous-jacent à l'adverbe » (ibid.) ; D. Bolinger (op. cit. : 23) ne remarquait-il pas que « one can frequently add a prepositional function by simply repeating a noun already in the context » ? Mais N. Quayle rejette cette analyse, dont il signale au passage qu'elle a été largement reprise (et adaptée) par les transformationalistes77. Pour lui, elle est invalidée par le fait qu'un énoncé unique tel que The man had been hanging around for quite some time puisse être dérivé de toute une série d'autres (cf. hanging around the street/ the place/ the bar/ etc.) dans lesquels l'objet de la préposition, s'il est supprimé, n'est pas forcément "récupérable" grâce au contexte78. Par ailleurs, il fait valoir, à la suite de R. Declerck79, qu'il est parfois impossible d'"imaginer" ou de "reconstituer" un tel objet. C'est d'autant plus vrai lorsque les combinaisons sur lesquelles on se penche ne sont pas purement spatiales ; à preuve ce commentaire, que l'on doit à D. Bolinger (ibid. : 24) : The extent to which an underlying preposition is present to our minds of course varies. In They set up the target. He threw down a challenge. we seem to have particles with no prepositional counterpart at all: up = upright, down = downward in a figurative sense.

Voilà qui pousse N. Quayle à déclarer (ibid. : 57) : il semble qu'en l'absence d'un complément d'objet direct, le deuxième élément d'un verbe à particule doive logiquement être classé comme adverbe.

Et l'on notera que P. Busuttil ne dit pas autre chose quand il observe que (ibid. : 256) : La majorité des prépositions peuvent, par effacement du complément qu'elles introduisent, devenir des adverbes […].

Quoique nous partagions le point de vue de N. Quayle et soyons, comme lui, persuadée que l'on doit abandonner l'idée qu'un objet est sous-entendu lorsqu'aucun n'est explicitement présent, il nous faut cependant admettre que cette position n'est pas forcément celle qui 77

Il commente plus particulièrement les travaux de B. Fraser (voir références complètes dans la bibliographie

fournie par N. Quayle). 78

L'exemple proposé ici est le nôtre car il nous a semblé problématique de poser qu'une phrase telle que The

butler brought the dinner in pouvait être dérivée d'autres comme The butler brought the dinner in from the garden ou The butler brought the dinner in via the hall (Quayle, ibid. : 60) pour illustrer la question qui nous préoccupe. 79

DECLERCK, Renaat, 1976 : A proposal concerning the underlying structure of literal phrasal verbs,

Preprint n°2, Faculteit Wijsbegeerte en Letteren, K.U. Leuven Campus, Kortrijk.

69

domine à l'heure actuelle. En effet, comme le relève B. Cappelle (2005 : 8), « in recent work80 […], particles are generally accepted to be intransitive prepositions »81. Or, ce linguiste montre bien qu'une telle hypothèse n'est en fait qu'un prolongement, voire une généralisation, de l'analyse des transformationalistes dénoncée par N. Quayle. Il s'attache à l'infirmer82 en appliquant le raisonnement suivant (ibid. : 8) : if it can be shown that even directional particles have different properties (leaving aside their lack of an object) from full directional PPs, then this must mean that particles in general cannot simply be analyzed as one-word prepositional phrases, i.e. as “intransitive prepositions”.

C'est ainsi qu'il est, lui aussi, amené à examiner la possibilité que « particles are reduced PPs » (ibid.), et à l'écarter à son tour, pour les mêmes raisons que N. Quayle avant lui (cf., entre autres, « there are many verb-particle combinations […] for which it is impossible to reconstruct a full PP » (ibid. : 19)). Dans l'ensemble, la manière dont B. Cappelle démonte les différents corollaires de l'hypothèse qui fait des particules des prépositions intransitives est tout à fait probante, de sorte que la conclusion qu'il livre à l'issue de ses investigations est incontestable : « particles […] are a kind of their own » (ibid. : 25). On aurait donc pu en rester là, mais il était, pour nous, indispensable de mentionner ce dernier commentaire (ibid. : 18) : this claim [i.e. that particles are intransitive prepositions] may perhaps be definitionally satisfying, but […] for the rest, nothing much can be gained from it.

C'est bien entendu le qualificatif de « definitionally satisfying » qui a retenu notre attention, car il peut paraître surprenant eu égard aux nombreux problèmes que pose l'hypothèse en question. On ne peut néanmoins nier à quel point il est essentiel de chercher à proposer une analyse qui évite de dissocier les différents types d'emploi d'un même terme. Et c'est à ce titre, nous semble-t-il, que la redéfinition de la catégorie des prépositions par la CaGEL (op. cit.) – ainsi, peut-être, que les suggestions de L. Mélis en la matière (cf. supra p. 64) – peut être 80

B. Cappelle (ibid) cite l'ouvrage de N. Dehé et al. (2002) comme exemple, ce qui est intéressant car, parmi

les différentes contributions figurant dans ce recueil, celle de R. Jackendoff, qui se fait l'écho de l'hypothèse en question, contient le commentaire suivant (ibid. : 76) : even if particles are just a kind of preposition, the grammar must take account of their special properties. 81

On remarquera au passage qu'il souligne, non sans raison, que (ibid. : 5) : That this claim is no longer subversive or intentionally witty but fully canonized is confirmed by the fact that it has found its way in The Cambridge Grammar of the English Language (Huddleston and Pullum 2002: 272, 612–613).

82

Signalons qu'il n'est pas le seul puisque J. -M. Merle (ibid. : 254) combat lui aussi « l’assimilation de la

particule adverbiale et de la préposition ».

70

considérée comme un effort louable, tout au moins sur le principe. Nous pensons en effet qu'il est préférable de privilégier une conception des phénomènes en termes de fonctionnement, de comportement, voire d'emploi, plutôt que de vouloir à toute force les enfermer dans le carcan de catégories trop rigides – et ce, y compris lorsque l'on traite de mots comme les prépositions, que l'on a trop souvent tendance à ravaler au rang de simples outils syntaxiques. Nous verrons que la TOE, avec la forme schématique notamment, nous donne des moyens satisfaisants pour mettre en œuvre une telle conception. Ceci dit, signalons que l'on peut voir en D. Bolinger un précurseur, lui qui explique que (ibid. : 23) : Particles that form the most typical phrasal verbs are the ones that function83 now as adverbs, now as prepositions.

On notera par ailleurs qu'il indique bien que (ibid. : 21) : The core particles are adverbial, and may or may not be prepositional as well. They are not pure prepositions […].84

Pour conclure ce tableau des catégories de l'adverbe et de la préposition, rappelons encore une fois que le rôle de relateur constitue, à nos yeux, la propriété la plus typique de la fonction prépositionnelle. La fonction adverbiale serait, quant à elle, caractérisée par l'effet modificateur qu'exercent les unités qui l'endossent sur les mots auxquels elles se rapportent. La formulation est volontairement vague, reflétant le flou qui domine les descriptions et dont nous avons donné un aperçu un peu plus haut (cf. supra p. 62). Ainsi, dans le domaine qui nous intéresse, P. Busuttil s'affirme-t-il convaincu que « pour modifier le sens d'un verbe – que ce soit temporairement ou définitivement –, il faut nécessairement un adverbe » (op. cit. : 69), mais sans toutefois préciser ce que sont les ressorts exacts de cette modification85. Quoi qu'il en soit, le fait que les termes qui peuvent devenir second élément d'un phrasal verb soient susceptibles d'assumer l'une et/ ou l'autre fonction quand ils sont employés seuls suggère qu'ils possèdent les qualités élémentaires que ces dernières supposent. Or, rien, dans tout ce que nous avons vu jusqu'ici, n'interdit de penser qu'ils conservent l'essentiel de ces 83

Nous soulignons.

84

Nous soulignons.

85

Tout au plus mentionne-t-il que (ibid. : 113) : le deuxième terme (qu'il soit originellement nom, adjectif, adverbe ou verbe) ajoute du sens au premier, et participe ainsi au sens global de la combinaison premier terme + deuxième terme, c'est-à-dire qu'il joue pleinement le rôle d'un adverbe […].

et que (ibid. : 331) : l'adverbe participe toujours, à des degrés divers, au sens du verbe

71

qualités lorsqu'ils entrent en combinaison. Cependant, il serait vraisemblablement très réducteur de résumer leur action de la sorte, la dynamique propre aux phrasal verbs étant à n’en pas douter bien plus riche. Par suite, on comprend aisément que certains linguistes aient pu souhaiter marquer, de façon nette et sans équivoque, que la portée de ce second élément excède celle d'un(e) simple adverbe/ préposition en lui attribuant un nom spécifique. 1.2.1.2. Les appellations : contenu et choix Nous allons donc à présent nous pencher sur les différentes appellations qui se sont fait jour à cette fin. Commençons, comme il se doit, par le terme le plus largement répandu, que nous avons d'ailleurs déjà régulièrement utilisé ici, à savoir particule/ particle. Il ne serait sûrement pas exagéré de dire qu'il a été "mis à toutes les sauces", se trouvant, de fait, privé d'un réel contenu. On n'aura pas oublié que la CoGEL, certains dictionnaires unilingues spécialisés ainsi que de nombreux autres ouvrages n'ont recours à cette dénomination que par défaut, dans le seul but, comme le dénonce P. Busuttil (ibid. : 69), « d'éviter la question du véritable statut du morphème grammatical concerné »86. Et l'on pourra déplorer que N. Dehé et al. (2002 : 3) ne s'avancent pas plus, qui, après avoir averti que « there is no uncontroversial definition of particles », n'ont pas d'autre ambition que d'en proposer une qui soit « theory-neutral » : A particle is an accented element which is formally (and, often, semantically) related to a preposition87, which does not assign case to a complement and which displays various syntactic and semantic symptoms of what may informally be called a close relationship with a verb, but without displaying the phonological unity with it typical of affixes.

On le voit, en raison même de la perspective dans laquelle elle a été formulée, cette définition reste trop imprécise pour permettre de dépasser le stade le plus superficiel de l'observation de 86

L. Dufaye (2006c) constitue de ce point de vue une exception notable qui mérite d’être signalée. En effet,

chez lui, l’emploi du terme particule pour sa "neutralité" ne relève aucunement d’une stratégie d’évitement ; il est, au contraire, le fruit d’un parti pris ouvertement assumé (ibid. : 37) : La démarche sémasiologique de mes recherches explique également que j’ai choisi […] de parler de « particules », plutôt que d’« adverbe » ou de « préposition ». Le terme « particule » n’a aucun statut linguistique défini et la définition la plus honnête que l’on puisse appliquer à ce terme à l’heure actuelle est peut-être celle que formule J. Hurtford : “If it’s small and you don’t know what to call it, call it a particle”22 L’emploi d’un terme générique comme « particule » est, en ce sens, tout à fait inapproprié, hormis dans une optique heuristique. L’idée est précisément, en ce qui me concerne, de me placer sur un terrain suffisamment neutre pour pouvoir observer le comportement des marqueurs sans a priori syntaxiques. 22

87

Hurtford James, (1994) Grammar: A Student’s Guide, Cambridge University Press : 153 […]

Au vu de l'ensemble de l'article, le terme preposition est à prendre au sens où l'entendent R. Huddleston et

G. Pullum dans la CaGEL (cf. supra p. 40-41).

72

la structure. Au reste, il ne s'agit là que d'une tentative parmi tant d'autres qu'il serait fastidieux, et vain, de passer en revue de manière exhaustive. Aussi préférons-nous ne nous arrêter que sur une seule analyse, celle offerte par N. Quayle (op. cit.), qui nous semble être, et de loin, la plus éclairante en la matière. On se souviendra que l'auteur (ibid. : 23-35) décèle, dans certains des écrits les plus anciens qu'il examine (ceux d’A. Kennedy (op. cit.) notamment), la reconnaissance implicite de « l'existence d'un emploi qui n'est ni prépositionnel ni adverbial » (ibid. : 27). En outre, les critiques qu'il émet dans ce passage laissent entrevoir que, pour lui, la distinction entre adverbe et préposition perd de sa pertinence à compter du moment où les éléments qui relèvent de l'un et/ ou l'autre fonctionnement participent à la formation d'un phrasal verb. Tout ceci l'amène à s'interroger en ces termes (ibid. : 50) : la particule se définit-elle uniquement par rapport à l'adverbe, manquant ou possédant certaines qualités de ce dernier, ou s'agit-il d'une partie du discours indépendante au même titre que la préposition, l'article ou l'adverbe ?

Faute de place, nous ne nous attarderons pas sur le détail du raisonnement qu'il développe ensuite, le plus important étant qu’il le conduit à apporter la réponse que voici (ibid. : 75) : Le choix d'une appellation qui distingue la particule de l'adverbe ou de la préposition nous paraît justifié d'une part, puisque, du point de vue syntaxique, l'adverbe, en entrant dans une locution verbale, perd certaines de ses propriétés distributionnelles. Du point de vue sémantique, d'autre part, l'adverbe et l'élément verbal perdent, dans des limites variables, une partie de leur matière notionnelle.

Même si l'idée de perte nous gêne quelque peu car nous considérons qu'en pareil cas on a plutôt affaire à quelque chose qui est de l'ordre du remodelage88, nous n'en rejoignons pas moins N. Quayle dans ce choix, qui a le mérite d'assigner au terme particule une valeur interprétative forte89. Ce faisant, nous nous trouvons en désaccord avec P. Busuttil. En effet,

88

Le terme de remodelage doit ici s’entendre comme renvoyant à l’idée que la particule viendrait

"retravailler" le scénario fixé par le verbe. Nous aurons l’occasion d’esquisser quelques pistes de réflexion à ce propos en 3.3.3. 89

Notons que certains linguistes, à l'image de S. Lindstromberg (1998), sans prendre parti de manière aussi

nette que N. Quayle reconnaissent la nécessité de disposer d'une dénomination autre que préposition et adverbe pour désigner le second élément des phrasal verbs. L'auteur en question souligne cette nécessité comme suit (ibid. : 243) : It is customary in discussions of phrasal verbs to use the term particle to include both prepositions, directional adverbs and any degrees of hybrid between the two. I will follow this practice […] because, when analyzing the meaning

73

ce dernier, précisant qu'il « se préoccupe de sens, plutôt que de forme » (ibid. : 111), se déclare persuadé que le second élément, quelle que soit sa nature première, « a […] essentiellement le rôle d'un adverbe » (ibid.) et que, par conséquent, il en devient un ; il parle alors de « quasi–adverbe, produit du changement de statut d'un adjectif, d'une préposition, d'un nom, ou même d'un verbe » (ibid. : 144). Nous estimons, à l'inverse, que les mécanismes mis en jeu par les vrais phrasal verbs sont d'une plus grande complexité que ceux qui interviennent lors de la simple adjonction d'un terme dont la fonction est purement adverbiale, et que l'on se doit de le signaler par l'intermédiaire de l'emploi d'une appellation bien distincte. Est-ce à dire que celle de particule/ particle est idéale ? Certainement pas, mais, pour nous, aucune alternative convaincante n'a encore émergé à ce jour, la majorité des expressions qui ont pu être créées ne l'ayant été que pour distinguer des cas de figure plus ou moins spécifiques. Ainsi est-ce pour désigner « a particle which is formally identical to or related to a preposition, and which often behaves like a preposition with ellipted complement » que la CoGEL (op. cit. : 713) introduit la locution prepositional adverb. Cette grammaire ajoute au passage que (ibid.) : Thus a prepositional adverb shares the form, but not the syntactic status, of a preposition. It is capable of standing alone as an adjunct, conjunct, postmodifer, etc without the addition of a prepositional complement.

A en croire P. Busuttil, « la distinction entre préposition et adverbe prépositionnel rend[rait] les choses plus claires » (ibid. : 48). Mais, au vu des problèmes que pose la vision des phénomènes qui sous-tend cette définition et dont nous avons débattu un peu plus haut (cf supra p. 68-70), nous ne pouvons nous ranger à cet avis. On ne s'étonnera donc pas que nous abondions dans le sens de P. Gettliffe qui préfère traduire prepositional adverb par préposition sans régime et juge que ces deux termes « ne sont pas très satisfaisants » (op. cit. : 88). Remarquons que l'on trouvait déjà cette même expression chez D. Bolinger (ibid. : 26), où elle revêtait cependant une signification sensiblement différente puisqu'elle y renvoyait aux « particles that oscillate between preposition and adverb ». L'auteur notait alors que (ibid.) : "Adverbial preposition" would serve just as well except that it is the adverbial rather that the prepositional use that is more relevant to this study. of phrasal verbs, it is important to take grammatical role into account. That is, one needs to reserve the term preposition for times when it is important to be clear that one is not talking about a word which is in the role of adverb.

On regrettera qu'il ne s'en tienne pas strictement à cette position et utilise ensuite particle comme un vulgaire terme générique (cf. ibid. : 254).

74

Pris dans cette acception, prepositional adverb n'est pas un terme totalement inutile, même s'il n'est apte ni à faire référence à l'ensemble des éléments apparaissant en seconde position dans les phrasal verbs, ni à souligner la spécificité de leur statut. En revanche, c'est vraisemblablement dans cette intention que la LGSWE (op. cit. : 78-79) oppose les adverbes et les prépositions aux particules adverbiales (adverbial particles). L'ouvrage indique rassembler sous cette désignation « a small group of short invariable forms with a core meaning of motion and result »90 (ibid. : 78), dont le lien étroit qu'elles entretiennent avec les verbes serait une propriété définitoire. Malheureusement, la présentation met, dans l'ensemble, trop l'accent sur la dimension spatiale des mots en question. De plus, à bien y regarder, la LGSWE ne fait que reprendre, en la formalisant un peu, une notion déjà présente chez D. Bolinger. En effet, celui-ci a recours à l'expression adverbial particle de manière sporadique, notamment dans le passage suivant (ibid. : 85) : The importance of resultant condition suggests a hypothesis about the nature of the adverbial particles91 that may form part of a phrasal verb. I offer this: In its core meaning […] the particle must contain two features, one of motion-through-location, the other of terminus or result.

Au final, nous avons le sentiment que la locution adverbial particle n'est porteuse d'aucune avancée significative pour la description, et que le terme particule, dans l'utilisation qu'en fait N. Quayle, convient tout aussi bien. Pour terminer ce tour d'horizon terminologique, revenons sur le mot adprep qui figurait dans les observations de P. Gettliffe (op. cit.) à propos du vieil-anglais que nous avons citées (cf. supra p. 58). C'est a priori à D. Bolinger (ibid. : 27 sqq.), qui admet l'avoir emprunté à L.A. Hill (1968), que l'on doit son acception actuelle. Le linguiste explique que (ibid. : 28) : As redefined, adprep is taken in its functional sense: it is a prepositional adverb which is an adverb and a preposition at one and the same time.

L'idée est que, dans quelques énoncés bien particuliers, la particule « belong[s] as much to the phrasal verb as [it] do[es] to the prepositional phrase » (ibid. : 27). A la suite de L. Dufaye (2009), on regrettera le singulier manque de clarté de la définition proposée par D. Bolinger, ce qui ne signifie pas pour autant que le concept, en lui-même, ne puisse avoir une certaine pertinence. Pour P. Gettliffe et S. Lindstromberg, qui adoptent tous deux le terme adprep dans

90

En voici la liste : about, across, along, around, aside, away, back, by, down, forth, home, in, off, on, out,

over, past, round, through, under, up (LGSWE, ibid. : 78). 91

Nous soulignons.

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leurs ouvrages, on est en droit de considérer que le fonctionnement du second élément de certaines combinaisons peut être qualifié d'« hybride » (Lindstromberg, ibid. : 249). Le premier illustre la situation de la façon suivante (ibid. : 112) : Dans l'exemple ci-après, on voit que deux interprétations sont théoriquement possibles, d'où une ambiguïté fonctionnelle de along, qui se manifesteraient par une modification accentuelle et prosodique : 43 a They {strolled along} the paths. b. They strolled {along the paths}.

Si l'on se souvient des exemples V.A. et M.A., on voit que cela correspond théoriquement à They strolled along along the paths.

Comme le marquent tant la répétition de l'adverbe théoriquement que le conditionnel contenus dans cette citation, l'analyse à donner de ce type d'exemple n'a rien de trivial. L'étude de P. Busuttil (op. cit.) confirme, au demeurant, l'existence de cas d'ambiguïté, même si l'auteur n'emploie pas le terme adprep – sans doute parce qu'il en offre une interprétation quelque peu différente. Car, si lui aussi estime que certains termes ont parfois un « statut hybride » (ibid. : 79), à ses yeux, la raison en est qu'« ils ont acquis des caractéristiques adverbiales, sans pour autant perdre leurs caractéristiques prépositionnelles » (ibid.). Travaillant plus particulièrement sur des occurrences de about, in et surtout over92, il en arrive à formuler l'hypothèse que (ibid. : 196) : dans le processus d'évolution du prépositionnel vers l'adverbié 93, OVER se trouve à la zone d'équilibre, sans inclinaison particulière vers un statut ou l'autre, à la différence de IN, qui est plutôt adverbial, et de ABOUT, qui est plutôt prépositionnel.

hypothèse qui se trouve schématisée comme suit (ibid.) :

92

Parmi lesquelles He had come across no pickets or patrols of either side. (ibid. : 189) No wonder that I wanted to get my face on that dark receiving box myself, to join in that intricate pattern, the celluloid drama that is played out there every night at the discretion of the programme arrangers... (ibid.) At the end they [...] mulled over what I had said ? (ibid. : 116)

93

On se souviendra que P. Busuttil utilise l'expression verbe adverbié pour désigner les combinaisons qu'il

considère être de « "vrais' "phrasal verbs" » (ibid. : 44), c'est-à-dire dont les deux termes accolés forment une lexie composée dont le sens global peut trouver son origine à la fois dans le sens de chacun de ses éléments constitutifs et/ou dans le nouveau sémantisme fondamental, produit de l'accolage […]. (ibid. : 258).

76

La problématique que P. Busuttil aborde là est extrêmement intéressante… et complexe, mais il nous est impossible d'adhérer entièrement à sa conception des phénomènes car son raisonnement repose, pour l'essentiel, sur les notions de perte de caractéristiques prépositionnelles et de « degré d'adverbialisation de [la] préposition » (ibid. : 191). Or, nous avons déjà exprimé en plusieurs occasions notre préférence pour une approche en termes d'affinité, plus ou moins grande, avec les fonctionnements prépositionnel et adverbial. De plus, pour nous, l'entrée en combinaison engendre un remodelage des qualités du second terme, qui, dès lors, ne coïncident plus exactement avec celles d'un adverbe (ou d'une préposition). On comprendra donc qu'il nous paraisse vain de chercher à mettre en évidence un quelconque passage du statut de préposition à celui d'adverbe. D'autant que l'examen de certaines occurrences de over94 amène P. Busuttil à la conclusion que « quel que soit le résultat de l'analyse que fait le grammairien […], le sens global de l'énoncé demeure pratiquement inchangé » (ibid. : 193). Un constat auquel s'ajoutent diverses remarques qui émaillent l'ouvrage du linguiste et trahissent une certaine ambivalence de sa part, en dépit de la fermeté des positions qu'il affiche. En effet, P. Busuttil a beau affirmer à maintes reprises que la formation d'un « "vrai' "phrasal verb" » (ibid. : 44) requiert que le second élément se voit conférer, d'une manière ou d'une autre, le statut d'adverbe, il n'en déclare pas moins que (ibid. : 66) : une fois la liaison définitivement établie [entre le premier et le deuxième termes], un élément nouveau est créé dont il devient, pour l'usage courant (la communication), presqu'inutile de savoir s'il est constitué d'une combinaison VERBE+ADVERBE ou VERBE+PRÉPOSITION, […].

ou que (ibid. : 101) : Dans He took off his shirt and trousers and put on the red overalls (VERBE 1118), OFF n'est pas perçu comme un adverbe (et encore moins comme une préposition), mais comme partie intégrante d'un ensemble indissociable TAKE+OFF qui signifie ENLEVER.

94

Get over your business with him... et We've come to look over the place, entre autres (cf. ibid. : 193 sqq).

77

Tout ceci nous renforce dans la conviction qu'à partir de l'instant où une combinaison prend corps, la nature du fonctionnement habituel du second élément importe peu car les rapports qui se nouent alors sont d'un autre ordre. De sorte que nous persistons à croire en la nécessité d'une appellation distincte de celles d'adverbe et de préposition, suivant en cela N. Quayle. P. Busuttil s'évertue certes à démontrer que « le terme "particule" est mal adapté » (ibid. : 69), parce qu'il ne serait qu'une « dérobade élégante » (ibid. : 4) qui ne servirait qu'à « masque[r] le véritable statut grammatical [du second élément] : celui d'un adverbe » (ibid. : 210), mais nous espérons avoir clairement établi qu'on pouvait doter ce terme d'un vrai contenu, d'une vraie valeur interprétative. Nous espérons également avoir fait la preuve de l'importance de bien connaître le fonctionnement typique des mots qui peuvent devenir particule95, non pas tant au niveau individuel qu'à l'échelle du paradigme, car il nous paraît indiscutable que ceuxci conservent par-devers eux certaines des propriétés caractéristiques de ces autres statuts. Il nous reste maintenant à rendre compte, dans un cadre théorique qui permette de le faire de façon cohérente et articulée, de ces propriétés et, plus généralement, des ressorts de l'interaction verbe-particule, ce que nous nous proposons d'entreprendre dans le chapitre 3. Pour l'heure, nous clôturerons ce passage consacré à la question du statut du second élément des phrasal verbs et à ses enjeux par un récapitulatif des termes susceptibles de recevoir l'appellation de particule, telle que nous en avons défini le champ d'application. Il serait inutile de rappeler ici la difficulté qu'il y a à se prononcer sur un inventaire exact et exhaustif des unités pouvant s'associer à un verbe anglais pour former un phrasal verb. La liste que nous avons constituée ne prétend donc nullement être définitive. Tout juste rassemble-t-elle les unités qui nous ont semblé recueillir le plus large consensus, à savoir about, across, along, around, away, back, by, down, in, off, on, out, over, round, through, under, up.

1.2.2. Sémantique Il est à présent temps pour nous de nous tourner vers l'autre grande question que nous souhaitions aborder dans cette seconde partie de notre chapitre 1. Comme nous l'avions 95

Il reste, à ce sujet, un point que nous n'avons évoqué jusqu'ici qu'à demi-mot, au détour d'une citation des

propos de P. Busuttil. Il s'agit de la possibilité de considérer qu'un certain nombre d'adjectifs, de noms, et même de verbes peuvent participer à la formation d'un phrasal verb en tant que second élément. Cette question est amplement développée par P. Busuttil (op. cit.) et D. Bolinger (op. cit.), auxquels nous renvoyons notre lecteur. Même si, telle qu'elle est exposée par ces auteurs, cette hypothèse paraît parfaitement recevable, elle est loin de remporter notre entière adhésion. En effet, contrairement à P. Busuttil, nous ne pensons pas qu'en entrant en combinaison ces mots acquièrent véritablement le statut d'adverbe. En conséquence de quoi les ressorts sur lesquels ils jouent sont sans doute fondamentalement différents.

78

annoncé, elle est sémantique, et elle n'a qu'à peine été effleurée jusqu'ici. Nous avons certes pris soin de souligner que les descriptions des phrasal verbs et des particules que l'on trouve dans les dictionnaires spécialisés, et dans quantité d'autres ouvrages, en donnent souvent une vision faussée : non seulement accordent-elles un poids trop substantiel à la dimension spatiale, mais elles font aussi apparaitre leur sens comme fondamentalement aléatoire. Cependant, nous ne nous sommes guère fait l'écho des innombrables tentatives de classement sémantique dont tant la structure que les particules elles-mêmes ont pu faire l'objet ; pas plus que nous ne nous sommes attardée sur les raisons avancées pour expliquer le passage d'un type de sens à l'autre. Or, on ne peut véritablement saisir l'ampleur des difficultés que suscite l'analyse des phrasal verbs sans s'être au préalable penché sur ces points essentiels. Ce que nous entendons donc faire maintenant. 1.2.2.1. Classements : généralités Les propositions de classement des phrasal verbs, que ce soit en fonction de leur sens global ou de celui des particules, sont, nous le disions, légion. Elles varient suivant la perspective adoptée, mais rares sont celles qui s'excluent mutuellement. En revanche, les recoupements et les chevauchements sont fréquents, et la transversalité n'est pas écartée non plus. Il en résulte un certain enchevêtrement des hypothèses, doublé d'un éparpillement, qui empêchent de percevoir la cohérence sémantique de la structure. Notre présentation de ces essais, plus ou moins réussis, de classification prendra pour point de départ l'article de N. Dehé et al. (op. cit.). En tant qu'introduction à une publication consacrée aux combinaisons verbe-particule dans les langues germaniques (dont l'anglais), il a la particularité de tenter de brosser un tableau d'ensemble de la situation en la matière. On notera que ses auteurs prennent la sage précaution de préciser d'une part que « [their] taxomony of types of particles uses should not be seen as rigid » (ibid. : 13), et d'autre part que « the classification is expository, and lays not claim to picking out natural classes » (ibid.). Les deux premières catégories qu'ils distinguent sont incontestablement celles qui reviennent le plus régulièrement dans la littérature. Il s'agit respectivement : 

des « spatial particles » (ibid.), ailleurs appelées « directional particles » (cf., par

exemple, Jackendoff (2002 : 74)) car « these typically express a direction » (Dehé et al., ibid.). Cet emploi des particules est souvent considéré comme premier, et le plus "littéral". Nous nous intéresserons au caractère discutable d'une telle vision des choses dans le chapitre 3, mais, pour l'instant, dans la mesure où, de par sa transparence, il ne

79

pose guère de problème, il ne semble pas nécessaire de nous appesantir dessus davantage. 

et des « aspectual particles » (ibid. : 14). N. Dehé et al. expliquent que « these

provide information about the lexical aspect or Aktionsart of the verbal event » (ibid.). L. Brinton (op. cit. : 163) remarque, quant à elle, que « the exact nature of this aspectual meaning is frequently unclear, though 'perfective' meaning is most commonly cited ». La question est trop centrale pour que l'on se contente de l'évoquer incidemment, aussi allons-nous en exposer plus longuement les tenants et les aboutissants dans la suite de cette section. Mais, auparavant, il nous faut signaler que N. Dehé et al. mettent en avant un troisième type d'emploi des particules. Sous l'appellation, plutôt obscure et vague, de « other non-spatial uses » (ibid.), ils donnent quelques exemples de « non-spatial, non-aspectual particle uses which appear to be (semi)productive » (ibid.). Pour l'anglais, on trouve la série « tell/ slag/ tick someone off » (ibid. : 15) qui vise à illustrer un « 'castigatory' sense » de off, et la série « work off a debt, sleep off a sickness, exercise off three kilos » (ibid.) qui exemplifierait, elle, un « decremental sense » de la même particule. On relèvera que chez R. Jackendoff (ibid. : 87-88), ce sont une « time-away construction », une « V/N-d out construction » et une « his heart out family of constructions »96 qui côtoient les « directional » et « aspectual » particles. Faire de ces constructions des classes à part entière nous paraît pourtant très maladroit. Et, même si l'on admet que de telles constructions représentent effectivement, en elles-mêmes, de véritables classes, on peut se demander pourquoi R. Jackendoff n'inclut dans sa classification que les trois que nous venons de citer, alors qu'il en existe très certainement de nombreuses autres. Quoi qu'il en soit, les emplois et effets de sens ainsi mis en valeur, tant par N. Dehé et al. que par R. Jackendoff, ont beau être intrinsèquement dignes d'intérêt, on ne peut nier qu'ils sont extrêmement hétérogènes et que les intégrer, sous cette forme, à un classement induit une absence de systématicité très fâcheuse. On renoue en fait là avec les travers bien connus des classifications des dictionnaires (cf., en particulier, supra p. 27-28), ce qui trahit une nouvelle fois les limites d'un tel exercice. 96

L'auteur propose les énoncés suivants comme exemples prototypiques de ces trois constructions : Bill slept the afternoon away. I'm (all) knitted /coffeed out. Harold sang /whistled/ dreamt/ jogged his heart out.

Nous aurons l’occasion de nous intéresser brièvement à la « V/N-d out construction » dans le chapitre 2 (cf. infra p. 174-175).

80

Rappelons par ailleurs qu'il est un critère qui, d'une certaine manière, transcende les catégorisations précédentes, sans toutefois s'avérer réellement plus probant. Il s'agit de l'"idiomaticité", qui constitue une question incontournable dès lors que l'on travaille sur la sémantique des phrasal verbs, certains, à l'image de R. Dirven (2001 : 10), n'hésitant pas à les définir comme « any idiomatic, that is non-composite, meaning of a verb and a preposition, adverb or particle ». N. Dehé et al. (ibid.) ne manquent du reste pas de la mettre à l'honneur dans leur propre article puisqu'ils soulignent que « innumerable pv's97 do not seem to have the meaning one would expect from composition of the meanings of verb and particle ». S. Lindstromberg (op. cit.) en fait, lui aussi, un trait distinctif essentiel, qui discerne trois "niveaux" : « non-idiomatic », « semi-idiomatic » et « idiomatic » (ibid. : 244). De fait, cette partition est celle que l'on retrouve dans la plupart des études, même si nombre d'auteurs ont néanmoins la prudence d'indiquer qu'en la matière tout est affaire de degré ou de gradation. Autrement dit, on serait en présence d'un continuum que, par pure commodité et de façon totalement arbitraire et subjective, on choisirait de diviser en trois paliers principaux. Notons que chez R. Dirven, cette division se présente sous d'autres dehors, celui-ci plaidant en faveur d'une « clear distinction […] between fully idiomatic, less idiomatic, and newly metaphorized particle verbs » (2001 : 16 ; 2002 : 496), qui n'est, au demeurant, guère parlante. Quant à R. Jackendoff, qui déclare que « English has hundreds of idiomatic verb-particle combinations » (ibid. : 73), ses observations procèdent d'un tout autre point de vue : il s'attache d'abord et avant tout à comprendre comment ces combinaisons sont inscrites dans le lexique. En tout état de cause, il ne nous semble pas utile de reprendre ici par le menu les différents problèmes que pose le critère du degré d'"idiomaticité", car nous en avons déjà amplement débattu dans la première partie de ce chapitre (cf. supra p. 26 et p. 48-49). Par contre, nous nous devons de mentionner qu’A. McIntyre (2002 : 95) s'applique à démontrer que « many apparently idiosyncratic pv's are in fact derived by composition of the meanings of particle and verb ». Ce linguiste explique que si l'on s'intéresse à l'ensemble des phrasal verbs formés à partir d'une particule donnée, il devient manifeste que de vraies régularités existent : contrairement à une idée largement répandue, le nombre des combinaisons dont le sens peut être qualifié de "compositionnel" dépasserait de beaucoup celui des seules combinaisons relevant du domaine spatial. Notre lecteur aura peut-être le sentiment que le constat que

97

Dans cet article, comme d'ailleurs, dans celui d’A. McIntyre (2002) que nous commenterons plus loin, pv

est utilisé comme abréviation de particle verb.

81

« [the] particle has the same semantic effect on significant numbers of verbs » (ibid. : 98) s'apparente aux commentaires de N. Dehé et al. sur ce que ces derniers nomment « other nonspatial particles », sentiment qui n'est pas forcément infondé. Toutefois, nous tenons à dire que, parce qu’A. McIntyre s'affranchit de la logique qui domine le type de classification proposé par ces auteurs, les réticences que nous avions alors exprimées n'ont plus lieu d'être. Cela ne signifie pas pour autant que son approche lève toutes les difficultés, mais il convient de reconnaître que certains des principes d'analyse qu'il défend sont d'une grande justesse. Ainsi ne peut-on que le rejoindre lorsqu'il déclare (ibid. : 110) : it is mostly impossible to tell whether a pv is compositional or not and to analyse its meaning without studying a representative range of pv's formed with the particle in question.

En effet, il nous semble évident que c'est toujours un manque de vision globale qui conduit à ramener les problèmes rencontrés avec les verbes à particule à une question de degré d'"idiomaticité". La qualité majeure de l'article d’A. McIntyre est que, au contraire de beaucoup, celui-ci ne se satisfait pas d'une explication en ces termes et s'efforce de mettre au jour des règles de formation, c'est-à-dire d'identifier des régularités. En mettant cette démarche en œuvre partout où cela est possible, y compris pour des combinaisons que luimême considère comme idiomatiques, il contribue à apporter la preuve que le sens des phrasal verbs n'a rien d'aléatoire. 1.2.2.2. La question aspectuelle Nous pouvons à présent revenir sur la manière dont les "aspectual particles"98 sont traitées dans la littérature. On se souviendra que H. Poutsma (op. cit.) et A. Kennedy (op. cit.) se préoccupaient déjà des propriétés aspectuelles des particules. Le premier estimait qu'elles pouvaient jouer un rôle dans l'expression de l'ingressif, du continuatif et du terminatif (cf. citations supra p. 17), tandis que le second faisait valoir leur importance en tant que marqueurs de perfectivité ou d'intensité (cf. citation supra p. 19-20). Une fonction que leur prêtait également A. Live (op. cit.) puisque, pour cette linguiste qui jugeait que « the role of the particle […] approaches the aspectual » (ibid. : 443), « almost all the particles represent some variant of the intensive or the terminative – or both » (ibid. : 437). Signalons que l'éventail des unités auxquelles sont attribuées ces qualités aspectuelles varie quelque peu d'un ouvrage à l'autre, ce qui n'est guère étonnant dans la mesure où l'inventaire des particules,

98

Nous reprenons pour l'instant le terme utilisé par N. Dehé et al. (op. cit.) et par R. Jackendoff (op. cit.),

sans que cela ne préjuge en rien de sa pertinence.

82

nous l'avons vu, ne fait pas l'unanimité. On remarque, par exemple, que R. Jackendoff (ibid. : 76-80) ne retient à ce titre que away, on, over, through et up, alors que d'autres auteurs font aussi figurer down, off et out en bonne place dans leurs listes d'"aspectual particles". D'aucuns y ajoutent même parfois along et in. Pour ce qui est de la nature exacte des valeurs aspectuelles que sont censées véhiculer ces différentes particules, on observe là encore un certain flottement dans les analyses, même si L. Brinton (cf. op. cit. : 167) est fondée à rejeter la déclaration d’A. Live selon laquelle « these quasi-aspectual features are not consistently matched with particular particles, nor do we find clear-cut contrasts among them » (ibid.). En effet, il apparaît clairement qu'au-delà des divergences terminologiques, deux interprétations dominent. L'une, la plus ancienne et sans nul doute la plus courante, consiste à voir les particules comme des marqueurs d'aspect perfectif, le propre de ce dernier étant de représenter le procès dans sa totalité. N. Quayle (op. cit. : 63) n'affirme-t-il pas que « la perfectivité est une valeur que l'on peut qualifier d'omniprésente dans la plupart des particules verbales ». L'autre, l'"hypothèse résultative"99, fait de la particule le siège de l'état résultant. Elle n'est guère plus récente puisque H. Poutsma y faisait déjà allusion dans sa Grammar of Late Modern English (ibid. : 301) : The above adverbs [i.e. out, through and up] may, in a manner, be regarded as denoting a kind of result of the action expressed by the verb with which they are connected.

C'est toutefois chez D. Bolinger (op. cit.) qu'elle a été le plus largement développée pour la première fois, l'auteur constatant pêle-mêle que : [phrasal verbs] denote an action and at the same time a result. (ibid. : 81) The notion of resultant condition is essential to phrasal verbs. (ibid. : 96)

mais surtout que : In its core meaning […] the particle must contain two features, one of motion-throughlocation, the other of terminus or result.100 (ibid. : 85)

Et elle a été reprise par P. Busuttil dans sa thèse (op. cit.), où elle occupe une place non moins centrale, bien que les prémisses soient peut-être légèrement différentes. De fait, l'auteur se

99

L. Brinton (ibid. : 176 sqq.) fait également état d'une "analyse causative" des verbes à particule mais il ne

nous a pas semblé utile de nous attarder dessus dans la mesure où, comme le souligne la linguiste, elle s'apparente à l'"hypothèse résultative" et pose sensiblement les mêmes problèmes. 100

Nous soulignons.

83

déclare convaincu que l'ensemble des verbes complexes qui l'intéressent « procèdent d'une logique résultative » (ibid. : 60). Cette interprétation de la valeur dite "aspectuelle" des particules, tout comme la précédente d'ailleurs, est pourtant battue en brèche par L. Brinton, qui, nous le verrons, en appuie une autre. Selon elle, il existe de multiples raisons101 de considérer l'"hypothèse résultative" comme problématique, la principale étant qu'une telle lecture du sens des particules n'a qu'une validité limitée. En effet, elle serait restreinte aux énoncés dans lesquels celles-ci prennent un sens "directionnel". A cet égard, il n'est pas anodin que D. Bolinger reconnaisse que (ibid. : 96) : after something is fixed up it is not up, and after it has been brought about it is not about. Not all phrasal verbs embody something quite so explicit as outright resultant condition.

ni que P. Busuttil concède qu'en cas d'emploi figuré l'aspect résultatif est nettement plus difficile à percevoir (cf. ibid. : 61). Cela ne l'empêche toutefois pas de soutenir qu'il est présent malgré tout102. Il est vrai que chez lui l'"hypothèse résultative" n'est pas défendue pour elle-même, mais en tant que partie prenante du mouvement complexe de genèse des phrasal verbs, comme en atteste la remarque qui suit (ibid. : 212) : Pour ce qui concerne les assemblages à deuxième terme postposé, le schéma de base est un schéma, à l'origine au moins, résultatif, à partir duquel sont effectuées les diverses opérations mentales qui donnent naissance aux nouvelles lexies (notamment déduction, inférence, extrapolation et métaphorisation). 101

L. Brinton (ibid. : 177) les recense de manière systématique dans la liste que voici : first, because it does not show the connection between spatial and resultative meanings of the particles; second; because it overemphasizes the resultant-state reading of phrasal verbs; third, because it does not distinguish between goal and attainment of goal; and fourth, because it does not show clearly enough the relation between simple verb and corresponding phrasal verb.

102

Partant des exemples c) He looked the word up. (ibid. : 60) e) One gift he was blessed with, he considered, was the ability to see through people, to size them up, see what they really were beneath public pose; an invaluable talent. (ibid. : 61)

Il développe le raisonnement suivant (ibid.) : Si on cherche un mot dans un dictionnaire, c'est bien parce qu'on ne le connaît pas, si on cherche à évaluer quelqu'un, c'est bien parce qu'on ne sait pas ce qu'il vaut, et si le "héros" de l'exemple (e) a une supériorité par rapport au commun des mortels c'est bien sa faculté d'"aller voir de l'autre côté" des humains. Nous avons affaire, dans chaque cas, au passage d'un état A (ignorance) à un état B (connaissance).

Il a beau nuancer son propos en remarquant que « s'il est aisé de considérer que THROUGH indique un passage, nous convenons qu'il est plus difficile d'expliquer comment UP indique, non pas un passage, mais le résultat d'un passage » (ibid.), le bien-fondé d'une telle explication nous laisse sceptique.

84

A nos yeux, ce point est cependant loin d'être le plus convaincant de l'argumentation développée par P. Busuttil. A la suite de L. Brinton (ibid. : 181-182), nous sommes donc plutôt encline à penser que la résultativité ne fait pas partie des propriétés intrinsèques des particules, même si celles-ci leur permettent de s'en trouver porteuses, moyennant des conditions d'emploi appropriées103. En ce qui concerne la première interprétation, qui fait des particules des marqueurs d'aspect perfectif, la linguiste est beaucoup plus catégorique puisqu'elle déclare que « verbal particles do not mark perfective aspect » (ibid. : 168). Ce jugement est parfaitement justifié car l'interprétation en question procède d'un emploi abusif, quoique fort répandu, du terme perfectif. D'après L. Brinton (ibid. : 167), mais aussi et surtout S. Hancil (2003 : 52), c'est dans les travaux de l'allemand W. Streitberg104 qu'il trouve sa source. A l'origine, le mot perfectif appartenait exclusivement à la terminologie slave permettant de caractériser l'aspect en russe, où il était utilisé pour désigner l'aspect « envisageant une action en tant qu'un tout indivisible » (Hancil, ibid. : 50). En cherchant à transposer cette terminologie, et en particulier l'opposition binaire perfectif/imperfectif, au domaine du gotique, W. Streitberg en est venu à attribuer une fonction perfectivante à certaines des particules de cette langue (cf. Hancil, ibid. : 52-57) : en effet, il voyait en elles l'équivalent des préverbes du russe qui, par préfixation à un verbe simple, servent à marquer le perfectif. De nombreux chercheurs ont ensuite repris cette analyse pour l'étendre aux particules de l'anglais (cf. Brinton, ibid.). Ce faisant, accuse S. Hancil (ibid.), W. Streitberg et ses successeurs ont commis une erreur majeure, celle « d’avoir fait de particules à fonction lexicale des particules à fonction grammaticale aspectuelle » (Quivy). On peut supposer que cette méprise est en partie due au fait que l'une des « fonction[s] sémantique[s] spécifique[s] du perfectif » est d'exprimer l'achèvement (cf. Hancil, ibid. : 64). Or, les particules seraient précisément l'un des biais par lequel l'anglais est susceptible d'indiquer qu'une occurrence de procès est achevée (cf. Hancil, ibid. : 65). Cependant, comme le souligne très justement S. Hancil (ibid.), la ressemblance n'est, en réalité, qu'apparente, puisqu'en russe on a affaire à une marque de nature morphologique qui est obligatoire, tandis qu'en anglais on a recours à des « moyens lexicaux

103

A cet égard, il ressort de la plupart des travaux qui adhèrent à l'"hypothèse résultative" que : a resultative interpretation of phrasal verbs is most plausible when the particle is in semantic 'focus' or 'predicative' position, that is, following the object. (Brinton, ibid. : 181)

104

STREITBERG, Wilhelm, 1891 : "Perfective und imperfective Actionsart in Germanischen", in Beiträge zur

Geschichte der deutschen Sprache und Literatur 15, 70-177.

85

variés » qui sont optionnels (Hancil, ibid.). Il apparaît donc que les particules ne sont, tout au plus, qu'un de ces moyens, parmi d'autres. La mise au point ainsi opérée par L. Brinton et S. Hancil ne signifie pas qu'il faille écarter totalement l'hypothèse, sous-jacente, que le fonctionnement des particules de l'anglais présente certaines similitudes avec celui des préverbes qui servent à former le perfectif russe. En revanche, la preuve est clairement faite qu'en la matière, on doit absolument éviter de s'acharner à vouloir raisonner par analogie, car cela conduit inévitablement à forcer les particules à entrer dans un moule qui n'est pas façonné à leur mesure. C'est pourquoi nous sommes persuadée qu'il n'y a qu'en s'affranchissant des problématiques classiques que l'on peut espérer parvenir à une explication convenable des similitudes observées. Dans tous les cas, et quelle que soit la perspective que l'on choisit d'adopter, on doit à tout le moins veiller à ne pas tomber dans le piège de la confusion entre aspect et aktionsart, entre "aspect grammatical" et "aspect lexical"105. C'est de cette confusion, fort courante au demeurant, que relèvent tous les commentaires qui font des particules des marqueurs d'aspect perfectif et que dénoncent S. Hancil et L. Brinton. Selon cette dernière, qui soutient l'idée que la fonction des particules est lexicale (cf. ibid. : 235), celles-ci sont en fait, pour la plupart106, des « markers of telic aktionsart »107 (ibid. : 168), autrement dit (ibid.) : They may add the concept of a goal or an endpoint to durative situations which otherwise have no necessary terminus.

Notons au passage la présence de la précision suivante, qui est particulièrement bienvenue (ibid. : 182) :

105

Nous reviendrons sur cette distinction, et sur la problématique de l'aspect en général, un peu plus loin (cf.

infra 3.1.1.1). 106

A en croire L. Brinton (ibid. : 169), The particles which most frequently indicate the endpoint of an action are up, down, out, and off; less frequent are through, over, and away.

Par ailleurs, elle fait état de ce que (ibid. : 175) : on, along, and away make aspectual, not aktionsart, distinctions and […] mark continuative/iterative aspect; that is, they portray a situation which may otherwise have stopped as continuing, or they portray the situation as repeated.

Cette valeur est également mentionnée par N. Dehé et al. (op. cit. : 14). Pour éviter les redondances, nous ne l'évoquerons pas ici mais dans les parties des chapitres 2 et 3 consacrées à away. 107

Signalons que N. Dehé et al. (ibid. : 9) voit, eux aussi, dans la télicité « a feature strongly associated with

particles ».

86

Though the particles contribute the notion of goal or endpoint, they say nothing about the achievement or realization of that goal. It is rather the grammatical aspect of the expression which indicates whether or not the goal has been attained.

La distinction qu'établit là L. Brinton est essentielle car elle permet de comprendre à quoi tiennent les propriétés aspectuelles des particules, leur nature mais aussi leurs limites. De plus, elle jette un jour nouveau sur le rôle des particules dans l'expression de l'achèvement : il devient évident que, si elles peuvent y participer, en aucun cas elles ne sauraient véhiculer cette notion à elles seules. On saisit alors mieux combien il est erroné de les appréhender comme des outils de perfectivation. Cette clarification est rendue possible par le fait que la réflexion de L. Brinton sur la valeur aspectuelle des particules s'inscrit dans une étude d'une portée plus générale, qui entend prouver que l'on ne peut décrire les différents marqueurs aspectuels de l'anglais de manière satisfaisante qu'à la condition de reconnaître à l'"aspectualité" deux dimensions, l'une grammaticale et l'autre lexicale. Partant de là, l'auteur est en mesure non seulement de réfuter les analyses qui découlent d'un amalgame entre ces deux dimensions, mais aussi de faire la part de ce qui revient réellement à la particule dans le sens aspectuel global d'un énoncé mettant en jeu un phrasal verb. Se dessinent ainsi des régularités quant au rôle joué par les particules suivant le type de verbe auquel elles se trouvent associées, ce qui permet à L. Brinton de montrer qu'elles constituent un "microsystème" cohérent et productif (cf. ibid. : 58). Certes, on regrettera que l'argumentation de la linguiste s'appuie si largement sur les catégories de la classification de Z. Vendler (1967), tout comme on pourra déplorer que son approche, compositionnelle, de l'"aspectualité" soit parfois un peu trop simplificatrice. Il n'en demeure pas moins que son travail représente une vraie avancée en matière de traitement de la valeur aspectuelle des particules. 1.2.2.3. Explications : décoloration, métaphore, et autres… Ainsi que nous le laissions entendre en introduction, les linguistes qui se sont penchés sur la question du sens des particules et des phrasal verbs ne se sont généralement pas contentés d'essayer de les classer ; beaucoup se sont également efforcés d'identifier les principes régissant le passage d'une catégorie de sens à une autre. Il s'est notamment agi pour eux de comprendre comment s'opérait le glissement du spatial à l'aspectuel, et du non-idiomatique à l'idiomatique. On notera à cet égard que les combinaisons dans lesquelles la particule revêt une valeur aspectuelle ne sont, d'ordinaire, pas considérées comme idiomatiques. Pour L. Brinton (ibid. : 169),

87

These phrasal verbs are normally equivalent to the corresponding simplex verb and an expression such as to the end, completely, until it is finished, or all of it/them.

Quant à R. Jackendoff (ibid. : 76), il estime que « the meaning is fully predictable ». Quoi qu'il en soit, sauf exception, les explications avancées semblent valoir pour tous les cas de figure. Deux types de processus sont traditionnellement invoqués : la décoloration et la mutation de type métaphorique. Pour les tenants du premier, qui est aussi appelé bleaching dans la littérature anglo-saxonne (cf., par exemple, Brinton, ibid. : 191), les particules auraient subi une perte de substance, un affaiblissement sur le plan sémantique. Comme l'observe L. Brinton (ibid.), « [the particles] are seen as fading gradually from concrete to more abstract meanings » ; G. Curme (op. cit. : 335) ne parle-t-il d'ailleurs pas de « wearing away of the form » et de « words [which] hav lost their original force » ? Ceux qui privilégient la thèse du déplacement de sens de nature métaphorique pensent, eux, que les particules auraient plutôt été affectées par un changement sémantique procédant de ce mécanisme fondamental du fonctionnement langagier par lequel l'existence de propriétés communes à deux notions conduit à la possibilité de représenter l'une au moyen de l'autre (cf. Brinton, ibid. : 192-193 ; Dubois et al., op. cit. : 301-302 ; Groussier et Rivière, 1996 : 118-120). Or, il est assez largement admis que la manifestation la plus répandue de ce phénomène est la représentation des relations non-spatiales comme des relations spatiales. On saisit donc mieux pourquoi cette hypothèse est celle qui a reçu le plus d'attention de la part des linguistes, principalement cognitivistes, qui se sont intéressés à la sémantique des particules au cours des trente ou quarante dernières années (cf. Dirven, 2002 : 483). Parmi eux, certains ont ainsi bâti des raisonnements relativement complexes; dans lesquels le pouvoir explicatif de la métaphore est poussé fort loin, comme en témoignent, entre autres, les exemples cités par R. Dirven dans son article de 2002. Sans en détailler le contenu, on peut tout de même mentionner qu'il y signale que (ibid. : 490) : Hampe (2002: 92)108 claims that the particle up in to face up to is motivated by conceptual metaphors in multiple ways and she makes an important generalisation: “This simultaneous motivation by more than one conceptual metaphor is a very common property of particles in a verb-particle construction.” 108

HAMPE, Beate, 2000 : "Facing up to the meaning of 'face up to': A cognitive semantico-pragmatic analysis

of an English verb-particle construction", in FOOLEN, Ad and VAN DER LEEK, Fredericke (éds.), Constructions in Cognitive Linguistics: Selected Papers from the Fith International Cognitive Linguistics Conference, Amsterdam, 1997, Amsterdam and Philadelphia, John Benjamins, 81-101.

88

Et l'on peut ajouter qu'il s'y fait l'écho d'une analyse de figure out « as an instance of manifold metaphorisation, containing four steps »109 (ibid. : 489), analyse qui repose très explicitement sur l'idée que le processus de "métaphorisation" n'est pas restreint à la particule, qu'il peut, au contraire, concerner chacun des éléments de la combinaison individuellement mais aussi celle-ci dans son ensemble. D'où l'allusion de R. Dirven à « a whole range of partly or globally metaphorised particle verbs » (ibid. : 496). On retrouve cette distinction chez S. Lindstromberg (op. cit.), mais lui ne se contente pas de l'évoquer en passant : il la systématise pour en faire un critère de classement des phrasal verbs à part entière (cf. « phrasal verbs can also be grouped according to the number of elements used metaphorically » (Lindstromberg, ibid. : 244))110. A l'en croire, il est alors essentiel de s'attacher à déterminer si c'est bien le phrasal verb dans son ensemble qui est employé de façon métaphorique, car cette caractéristique peut être à la base d'une classification connexe, établie cette fois en fonction du type de métaphore auquel on a affaire. En effet, pour S. Lindstromberg (ibid. : 245), Phrasal verbs can be grouped into those which (1) derive from a stereotypical image of a vivid one-off event, activity or sequence of events or (2) are expressions of an abstract systemic metaphor.

Et il précise que (ibid.) : The first type differs from the second additionally in that these phrasal verbs are metaphorical as wholes rather than just in part.

109

cf. MORGAN, Pamela S., 1997 : "Figuring out figure out: Metaphor and the semantics of English verb-

particle construction", in Cognitive Linguistics 8(4), 327-357. 110

Notons que l'on trouve déjà l'ébauche d'un tel classement chez D. Bolinger (ibid. : 113-114), lequel opère

une distinction entre « a first-level metaphor [i.e.] one in which the literal meaning of the particle is extended » et « a second-level metaphor [i.e.] one in which the meaning of the phrasal verb as a whole […] is figuratively extended ». Toutefois la lisibilité de cette distinction se trouve brouillée par le fait qu'à ce niveau "métaphorique" l'auteur superpose un niveau dit "stéréotypique", auquel il accorde visiblement une très grande importance (cf. ibid. : 111-131), et qu'il définit comme suit (ibid. : 113-114) : First-level stereotyping is the simple combining of a verb proper with a particle; the meaning is as nearly additive as can be. A second-level stereotype is a phrasal verb that is no longer semantically additive. There is also what might be termed third-level stereotyping, in which the entire verb phrase is frozen. These are 'idioms '.

Selon N. Quayle (ibid. : 237), « Bolinger tente [ainsi] de systématiser la notion qu'il est plus difficile de séparer un verbe et une particule lorsque chacun des éléments possède un sens figuré », mais l'ensemble de son argumentation manque ici trop de clarté pour être un tant soit peu convaincant.

89

Cependant, à bien y regarder, cette opposition supplémentaire n'apporte rien de nouveau du point de vue de l'interprétation, qui souffre, ici comme dans le reste de l'ouvrage, d'un recours excessif à l'extralinguistique111. Elle n'a donc pas lieu d'être. Au demeurant, il nous semble que, de manière générale, on accorde une importance bien trop grande à la métaphore, et nous nous reconnaissons dans les propos de R. Dirven qui dénonce, en termes voilés, « the traditionally heavy reliance on metaphor as an allexplanatory principle for meaning extension » (ibid. : 487). Or, est-on même fondé à voir dans la métaphore un facteur d'explication ? Au vu des travers de l'argumentation développée par ceux qui le prétendent, il paraît légitime d'en douter. En effet, beaucoup d'entre eux, bien loin de livrer une véritable démonstration, clairement étayée, ne proposent que de simples descriptions ou de vulgaires constats. Dès lors, on peut se demander si la métaphore ne serait pas le résultat du changement subi par la particule plutôt que son moteur. Ce n'est certainement pas sans raison que L. Brinton affirme que (ibid. : 194) : they do not explain what features of the semantics of the particles involved permit or even motivate their shift from spatial meanings to aktionsart or aspect meanings.

Pour nous, cette déclaration, qui s'applique tant à la décoloration qu'à la "métaphorisation", doit inciter à une réévaluation de leur pertinence dans l'analyse de l'évolution sémantique que connaissent les particules ; elle est de surcroît révélatrice de la nécessité d'explorer d'autres pistes. Car, en dépit des apparences, d'autres pistes existent bien. On ne saurait en présenter ici un panorama exhaustif, mais on se doit néanmoins d'en mentionner au moins deux112. Dans The Semantics of English Prepositions (2003), A. Tyler et V. Evans ne travaillent pas directement sur les phrasal verbs mais, comme le titre de leur ouvrage l'indique, sur les prépositions. Or, nous l'avons dit, parmi les termes susceptibles de fonctionner comme particule, nombreux sont ceux qui ont des emplois prépositionnels. Rien n'interdit de penser que les hypothèses portant sur les uns valent également pour les autres, d'autant que, chez A. Tyler et V. Evans, la distinction entre spatial particle et preposition n'est pas tranchée puisqu'ils semblent utiliser 111

La remarque qui introduit les commentaires portant sur quelques exemples du premier type en est

particulièrement symptomatique (ibid.) : Knowledge of the world may help us develop explanations for this class of 'vivid image idioms' that are, to varying degrees, plausible. 112

D'autres auraient pu mériter d'être citées. Ainsi P. Busuttil (op. cit.) propose-t-il une hypothèse très

intéressante concernant la genèse des verbes à particule et le développement de leurs différents sens. Malheureusement, la "métaphorisation" s'y voit accorder un rôle encore trop important à notre goût.

90

les deux termes indifféremment. Les deux linguistes s'efforcent de montrer que les différents sens que prennent les prépositions constituent un réseau sémantique (« semantic network ») au sein duquel les relations sont à la fois non-arbitraires et motivées (cf. ibid. : 2-3). C'est la manière dont ils rendent compte de ces relations qui a retenu notre attention. De fait, il nous a paru intéressant qu'ils s'abstiennent ostensiblement de faire appel au concept de métaphore, au motif que l'on a trop souvent tendance à confondre sous cette étiquette deux processus distincts, dont on doit au contraire reconnaître l'apport individuellement (cf. ibid. : 35). Ils les nomment respectivement « experiential correlation » (ibid. : 32) et « perceptual resemblance » (ibid. : 35). Pour bien comprendre de quoi il est question, il convient de savoir qu'au travers de leur étude des prépositions, A. Tyler et V. Evans entendent proposer une théorie « of word meaning and mental representation », en même temps qu'une théorie « of meaning construction or conceptual integration » (ibid. : 3). L'un des principaux postulats qui préside à leur démarche est que (ibid. : 36) : meaning ultimately derives from the complex interaction between real-world experience and conceptual processes which create and organize this experience in meaningful ways.

"Experiential correlation" et "perceptual resemblance" seraient donc deux de ces processus, par lesquels lorsque deux événements, deux états, etc. se manifestent simultanément de manière récurrente, un lien s'établit entre eux, et ce, même si d'ordinaire ils ne présentent aucune similitude. Dans un cas, ce lien est un donné de notre expérience du monde ; dans l'autre, il est le fruit de notre perception et de notre organisation de caractéristiques communes113. Dans tous les cas, ce mécanisme engendre des associations qui deviennent partie intégrante de notre système conceptuel (cf. ibid. : 32-36). Dans leur ouvrage, A. Tyler et V. Evans s'emploient à prouver non seulement que l'"experiential correlation" est la première pourvoyeuse de ces associations, mais aussi, et surtout, qu'elle est le principe qui motive la plupart des extensions de sens que connaissent les prépositions. R. Dirven (ibid. : 484-488) salue les propositions de A. Tyler et V. Evans comme une avancée significative dans l'analyse raisonnée du changement sémantique des prépositions, et il est vrai que lesdites propositions ont le mérite de mettre en évidence l'existence d'une certaine systématicité en la matière. Toutefois, même si les deux linguistes prennent soin de préciser 113

Si l'on peut s'interroger sur ce qui différencie réellement sur le fond ce qu’A. Tyler et V. Evans appellent

« perceptual resemblance » de la métaphore telle qu'elle est définie traditionnellement, il nous semble que la question ne se pose pas pour ce qu'ils nomment « experiential correlation ». En revanche, R. Dirven (ibid. : 488) nous paraît fondé à rapprocher « experiential correlation » et implicature, et à se demander « whether implicature and perceptual resemblance are not just two different names and views of the same phenomenon ».

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que « rather than referring directly to the 'real world', language refers to what is represented in the human conceptual system » (ibid. : 230), leurs explications empruntent, à nos yeux, trop à l'extralinguistique pour être totalement convaincantes. De plus, comment ne pas regretter qu'ils tiennent pour acquis que chaque préposition possède un « primary sense » autour duquel se structure son réseau sémantique (cf. ibid. : 45-50) ? Au final, leur principal mérite est peutêtre de remettre en cause l'hégémonie de la métaphore114. On notera que R. Dirven estime que l'approche de A. Tyler et V. Evans « could profit enormously from a more metonymic orientation » (ibid. : 485), et c'est un jugement auquel nous sommes assez tentée d'adhérer, eu égard aux arguments relativement probants avancés par L. Brinton, lorsqu’elle plaide en faveur de cette représentation des phénomènes. Celle-ci articule son interprétation du changement sémantique subi par les particules autour de l'idée qu'il y a isomorphisme entre le domaine de l'espace et celui des situations. Parlant de « structural parallels », de « diagrammatic iconicity » (ibid. : 197), ou bien encore de « close conceptual fit between the two domains » (ibid. : 236), elle explique qu'il existe (ibid. : 197) : an analogous relation of parts between objects in space (or moving through space) and situations developping through time.

de sorte que (ibid. : 236) : situations are conceptualized as objects with spatial dimensions, and the progress of situations through time is conceptualized as movement through space.

Contrairement à l'hypothèse dite "métaphorique", celle que défend L. Brinton, qui est habituellement qualifiée de "métonymique", ne suppose aucun rapport de similarité entre les constituants des domaines de l'espace et des situations ; elle implique en revanche que ces deux domaines soient régis par le même type de relations combinatoires. C'est très précisément cette proximité structurelle qui motiverait le recours à des termes à valeur spatiale pour marquer des distinctions qui relèvent de l'aspectuel. L'évolution des particules de sens spatiaux à des sens aspectuels ne serait donc qu'un cas particulier de ce mécanisme très général115. Pour nous, on tient là l'une des forces de l'analyse métonymique proposée par L. Brinton, qui est de ne pas être limitée aux seules particules116. Une autre qualité de cette 114

Ajoutons tout de même que l'éclairage précieux qu'ils jettent sur certains aspects du sens de out nous sera

utile dans la suite du présent travail (cf. infra 2.3.3). 115

On se reportera au paragraphe 5.2.5 de l'ouvrage de L. Brinton (ibid.: 197-199) pour une esquisse

d'illustration concrète de la manière dont ce passage du spatial au temporel s'opère. 116

Pour L. Brinton, elle vaut aussi pour ce qu'elle appelle les « aspectualizers », c'est-à-dire l'ensemble des

formes telles que begin, continue ou stop (cf. op. cit. : chapitres 2 et 3).

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analyse est qu’elle évite de justifier les différents sens des particules au coup par coup, de façon ad hoc, révélant par là même combien il est inutile, voire préjudiciable, de les dissocier. Ce faisant, L. Brinton rend justice à l'acuité des observations de D. Bolinger (ibid. : 110), selon lequel Phrasal verbs present a semantic gradient from highly concrete meanings of direction and position to highly abstract meanings akin to aspects.

D'après elle (ibid. : 193), it is the co-existence of spatial and non-spatial meanings in varying intensity […] which gives the impression of a continuum of meaning.

Pour anodine qu'elle paraisse, cette remarque, que L. Brinton n'a malheureusement pas l'occasion de développer plus avant, est en fait essentielle, car reconnaître que les différentes valeurs d'une même particule peuvent se mêler les unes aux autres dans des proportions variables, c'est reconnaître ce qui fait sa richesse, et partant celle des phrasals verbs. Appréhender cette richesse en ces termes permet à la fois d'en saisir toute la complexité et la subtilité et d'en rendre compte d'une manière infiniment plus juste que les innombrables tentatives de classement que nous avons examinées ici. En effet, cette vision des choses est vectrice de bien plus de cohérence et d'unité que ces dernières, comme nous nous efforcerons de le mettre en lumière dans le chapitre 3, en démontrant que la modulation de la pondération entre le spatial et l'aspectuel est la manifestation de la variation, en fonction du contexte, de la réalisation d'une seule et même opération dont la particule est la trace (cf. infra 3.2).

93

1.3. Conclusion : nécessité d'une approche lexicale intégrant syntaxe et sémantique Nous avons été amenée au cours de ce premier chapitre à mettre en évidence à la fois les principaux problèmes d'analyse que posent les verbes à particule et le caractère souvent inadéquat du traitement qui en est généralement proposé. Si l'on a ainsi pu vérifier qu'il est effectivement particulièrement difficile de circonscrire précisément la classe des phrasal verbs et de déterminer avec exactitude la nature de leur second élément, il nous est également apparu que la manière dont les différents ouvrages qui s'emparent du sujet en rendent compte y est pour beaucoup dans le sentiment que l'on a affaire à « une structure mystérieuse et insaisissable dont seuls les anglophones possèderaient le secret » (Quayle, ibid. : 17). De fait, nous avons par exemple conclu que c'est parce que beaucoup d'auteurs se contentent de dresser des listes de sens dans lesquelles les différentes particules se voient attribuer des propriétés qui ne sont pas véritablement les leurs, mais plutôt celles de leurs contextes d'emploi habituels, que leur signification, et partant, celle des verbes à particule, en est venue à être tenue pour aléatoire. Nous avons par ailleurs constaté qu'en s'abritant derrière l'"idiomaticité", dont ils invoquent la toute-puissance à tout propos, ces mêmes auteurs contribuent aussi à propager l'impression d'une opacité irréductible des combinaisons. Quelques-uns, à l'image d’A. McIntyre (op. cit.) s'élèvent toutefois contre une telle vision des phrasal verbs, préférant se donner pour but « to bring order into the apparent semantic chaos often seen as a salient feature of the particle verbs » (ibid. : 95). Ces derniers connaissent malgré tout un succès inégal dans cette entreprise, et nombre des études qui ne sont pas purement descriptives se bornent à opposer valeur spatiale et valeur aspectuelle des particules. Or, nous l'avons dit, la première se voit communément accorder une importance bien trop grande, quand la seconde fait fréquemment l'objet d'un examen aussi désinvolte qu'approximatif, alors même qu'elle constitue une caractéristique essentielle de celles-ci, comme le montre très justement L. Brinton (op. cit) qui s'efforce, elle, de la replacer au cœur du système aspectuel de l'anglais. Dans ces conditions, il nous semble que l'on comprend aisément pourquoi les apprenants, notamment francophones, à qui elle est étrangère, peinent à percevoir la logique de la structure. Par suite, on ne s'étonnera guère que nous soyons persuadée que seule une étude s'attachant à offrir un traitement réellement unitaire des phénomènes peut fournir les moyens de venir à bout des difficultés qu'ils rencontrent.

94

Peu de travaux satisfont à l'exigence de rectitude et de cohérence méthodologique qu'une telle approche implique. L'ouvrage de N. Quayle (op. cit.) est de ceux-là117, ce qui lui confère un statut singulier au sein d'un domaine qui a d'abord et avant tout produit des classifications de toutes sortes. Certes, certains, tels D. Bolinger (op. cit.), ou même A. Kennedy (op. cit.), ont-ils livré un relevé d'observations fines et pertinentes ; et d'autres, à l'instar d’A. McIntyre, et surtout L. Brinton, ont-ils mis en évidence l'existence d'un certain nombre de régularités. Mais N. Quayle est allé au-delà. Il est vrai que sa pratique se fonde sur certains principes, à nos yeux, fondamentaux car seuls à même de garantir une problématisation proprement scientifique des phénomènes. En témoignent notamment les deux remarques qui suivent : Une étude linguistique doit se baser sur un va-et-vient constant entre une théorie et des faits observables, dans le but de découvrir les systèmes qui sous-tendent des phénomènes sans lien apparent. (ibid. : 261) En linguistique, une méthodologie saine se doit d'unir les deux [i.e. cohérence de l'objet à décrire et cohérence de la description et des moyens descriptifs], en restant fidèle à la diversité de l'observable et en maintenant l'hypothèse nécessaire à la cohérence théorique. (ibid. : 69)

En nous inscrivant ici dans le cadre de la TOE, nous ferons nôtres ces principes, puisqu'ils ont été amplement développés tant par A. Culioli118 que par ceux qu'il a inspirés. N. Quayle, lui, a choisi d'opérer au sein de la théorie élaborée par le linguiste G. Guillaume, et généralement connue sous le nom de psychomécanique du langage, dont les outils lui paraissent se prêter tout spécialement à la complexité d'une structure telle que les verbes à particule (cf. ibid. : 20, 72, 259). Partant du constat auquel nous sommes, nous aussi, arrivée dans ce chapitre, à savoir que « la plupart des études qui portent sur le verbe à particule donne[nt] l'impression d'une immense diversité dont seul un dictionnaire peut rendre compte de façon adéquate » 117

Précisons que les qualités dont il est question ne font en aucun cas défaut à l'ouvrage de P. Busuttil (op.

cit.), mais l'auteur y poursuit des objectifs sensiblement différents des nôtres, et de ceux de N. Quayle ; c'est pourquoi nous avons décidé de ne pas revenir dessus dans cette conclusion. 118

Signalons que parmi les textes du linguiste les plus significatifs de ce point de vue, figurent d’un côté

Variations sur la linguistique et Onze rencontres sur le langage et les langues, les deux recueils d’entretiens parus au début des années 2000, et de l’autre un certain nombre des articles qui se trouvent regroupés dans les trois tomes de Pour une linguistique de l’énonciation, en particulier "La linguistique : de l’empirique au formel" (1990 : 9-46), "En guise d’introduction : bribes d’un itinéraire" (1999a : 7-14), "La formalisation en linguistique" (ibid. : 17-29) et "Conditions d’utilisation des données issues de plusieurs langues naturelles" (ibid. : 67-82). Tous témoignent de la grande exigence de scientificité dont A. Culioli a toujours fait montre, lui qui estime qu’« on mérite d’être science » (2002 : 134) et que la linguistique en est une « si elle se pose des questions concernant […] les observations, les raisonnements, les validations » (ibid. : 135).

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(ibid. : 19), il s'applique à établir qu'« il existe, au contraire, un système complexe mais cohérent qui sous-tend les phénomènes observables » (ibid. : 23). A cette fin, il mène une réflexion approfondie autour de deux des problèmes majeurs que posent les phrasal verbs : la polysémie des particules, d'une part, et la relation verbe-particule, d'autre part. Le premier est abordé au travers de l'étude des multiples effets de sens imputés à celle qui est regardée comme la plus polysémique de toutes, up, mais le raisonnement exposé se veut généralisable à l'ensemble d'entre elles. Il a pour assise la manière dont le langage, et l'acte de langage, sont envisagés dans la théorie de G. Guillaume. Pour bien le comprendre, il convient donc de savoir qu'elle a pour postulat fondateur l'existence d'« une opposition fondamentale entre langue et discours » (Quayle, ibid. : 74) : la langue serait le plan du langage en puissance, ou "puissanciel", et le discours celui du langage effectif. Cela signifie, entre autres, que dans cette théorie « la langue est perçue comme un système de représentation par rapport au système d'expression qu'est le discours » (ibid.). Cette dichotomie a pour conséquence première que (ibid.) : Le signifié se trouve dédoublé en un signifié de puissance qui comporte, en langue, la valeur fondamentale d'une forme, et un signifié d'effet, qui est l'actualisation d'une des potentialités de langue, contenues dans le signifié de puissance.

D’où la nécessité de « remonter […] d'aval en amont afin de chercher un système unitaire qui sous-tende les différents effets de sens que l'on constate en discours et qui ont fait l'objet des études jusqu'ici » (ibid. : 74-75). En pratique, N. Quayle passe à son tour en revue les nombreuses significations qui sont associées à up, mais en veillant, lui, à toujours les rattacher à l'une des trois valeurs principales qu'il distingue pour cette particule. Parallèlement, il montre que ces trois valeurs, a priori bien distinctes, sont en fait immédiatement liées les unes aux autres en tant qu'elles correspondent aux différentes phases du mouvement de dématérialisation qui affecte la particule ; c'est-à-dire qu'elles représentent les différents degrés d'allègement de la matière notionnelle de celle-ci, puisqu'en psychomécanique le terme de dématérialisation désigne « la perte de la valeur notionnelle (lexicale) que subit un mot, le plus souvent au profit de la valeur formelle (grammaticale) » (Quayle, 1997 : 63). L’auteur voit dans cet ordonnancement des différentes significations « sur un axe de dématérialisation » la preuve de ce qu'elles sont « conditionnées par un système cohérent » (1994 : 148)119. Il parachève sa démonstration en 119

On comprend alors mieux l'intérêt que porte N. Quayle (cf. ibid. : 70) à la notion de gradience utilisée par

certains linguistes dont D. Bolinger (op. cit.)

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isolant ce qu'il estime être l'« apport constant » de up, autrement dit son signifié de puissance. Tout l'intérêt de cette démonstration réside dans ce qu'elle fait ressortir qu'« un même mot peut être porteur de plusieurs significations sans lien apparent en discours, mais qui forment un système cohérent en langue » (ibid. : 210). La distinction entre représentation et expression que nous évoquions plus haut donne ici sa pleine mesure puisqu'elle « permet de rendre compte de la relation qui doit exister entre cette pléthore d'effets de sens et le système qui sous-tend celle-ci – la même relation de puissance/ effet qui existe entre langue et discours » (ibid. : 143). Toutefois, si nous ne pouvons qu'adhérer à l'idée qu'un système cohérent est à la base de l'apparente hétérogénéité sémantique des particules, nous éprouvons quelques réticences à concevoir ce dernier en termes d'ensemble de potentialités sousjacentes. C'est la raison pour laquelle, au concept de signifié de puissance de la psychomécanique du langage, nous préfèrerons celui de forme schématique de la TOE, qui nous semble moins conditionnant. Cela étant, le raisonnement de N. Quayle, dont nous n'avons évidemment, faute de place, présenté que les grandes lignes, ne nous pose qu'un seul vrai problème : celui de reposer sur le concept de dématérialisation, dont la pertinence nous échappe. Car la dématérialisation n'est rien d'autre qu'une décoloration, comme l'admet d'ailleurs sans détour N. Quayle, qui rapproche très explicitement l'une de l'autre (cf. 1997 : 63). Et si ce linguiste prend la précaution de spécifier que (ibid. : 64) : quel que soit le degré de dématérialisation subi par un mot, celui-ci ne sera jamais total car il restera, même dans les emplois les plus dématérialisés, ne serait-ce qu'une trace du sens lexical initial.

pour nous, il n'en demeure pas moins discutable de rendre compte de la possibilité pour une particule de véhiculer aussi bien des notions extrêmement concrètes que des notions particulièrement abstraites en termes de « perte de contenu lexical » (ibid. : 63), ou bien encore d'« appauvrissement sémique » (ibid. : 69). Du reste, N. Quayle lui-même souligne être « sensible aux connotations fortement négatives de ces [expressions] » (ibid. : 63. Signalons que ce concept de dématérialisation est également au cœur de son analyse de la relation verbe-particule, dont il observe que c'est un point que la plupart des études ont « tendance à éluder » (1994 : 75). Selon lui, tout verbe avec lequel une particule entre en combinaison a nécessairement subi une dématérialisation, si légère fût-elle. Et d'expliquer que (ibid. : 256) :

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Par rapport à la formule (M – q) + q = 1 qui représente l'intégrité notionnelle d'un mot qui entre en discours, la particule représente, dans chacun des verbes à particule, la partie 'q', c'est-àdire le quantum de signification qui manque.

N. Quayle prolonge cette hypothèse120 en posant que le moment où se fait cet apport notionnel détermine deux sous-catégories de verbes à particule : 

soit il intervient tardivement : dans ce cas, le verbe est parfaitement apte à

fonctionner seul en discours et n'est affecté que par une dématérialisation discursive, qui dépend de la situation énonciative (cf. ibid. : 206). L'adjonction d'une particule ne relève donc que d'un choix du locuteur, que celui-ci effectue « en fonction de la visée de discours » (ibid. : 207), c'est-à-dire en fonction de son « vouloir-dire » (ibid. : 104). N. Quayle estime en effet que « l'emploi de la particule […] permet[trait] au locuteur de mettre en évidence la résultativité [du] verbe » (ibid. : 207). En conséquence de quoi, il nomme les verbes à particule ainsi formés « verbes de discours résultatifs » (ibid. : 85). Il précise que « la particule joue [alors] toujours un rôle qui reste externe à la forme verbale » (ibid. : 205). Le caractère tardif de ce processus de formation serait à l'origine de « l'impression ressentie par beaucoup d'anglophones qu'il existe peu de différence entre des paires de verbes tels que eat/eat up, lock/lock up, pack/pack up, etc. » (ibid. : 207). 

soit il intervient précocement : dans ce cas, c'est en langue que le verbe subit une

dématérialisation. L'incomplétude sémantique qui en résulte rend impossible son fonctionnement en discours : l'apport d'un complément notionnel devient, de ce fait, obligatoire. Cette fois, la matière notionnelle de la particule se trouve donc directement intégrée à la matière verbale dématérialisée, donnant ainsi naissance à un verbe que N. Quayle, à la suite de G. Guillaume, qualifie de « nouveau par le sens » (ibid. : 210) et appelle « verbe de langue second » (ibid. : 207). Pour lui, les verbes à particule de ce type constituent des « entiers de langue » (ibid. : 208) ; c'est pour cette raison qu'ils sont « perçus par le locuteur comme des unités sémantiques indissociables » (ibid. : 207). On notera que N. Quayle (ibid. : 256) ajoute que, dans tous les cas, [la particule] doit avoir une affinité notionnelle avec la matière verbale, à laquelle elle fournit cet appoint notionnel, et que la sémantèse du verbe de langue est déterminante dans le choix de

120

On notera que P. Gettliffe (1999 : 112), qui a lu N. Quayle, reprend cette hypothèse à son compte, quoique

sous une forme simplifiée, puisqu'il déclare considérer que le rôle de la particule « consiste à pallier à une insuffisance sémantique du verbe ».

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la particule. […] Quelle que soit sa signification, la particule est toujours apte à rappeler l'existence du verbe dématérialisé avec lequel elle forme le verbe à particule.

Si la manière dont N. Quayle rend compte du rôle de la particule dans les phrasal verbs apporte un éclairage bienvenu sur les mécanismes complexes qui régissent l'interaction entre verbe et particule, l'auteur échoue à nous convaincre entièrement, non seulement à cause de son recours au concept de dématérialisation comme principal principe explicatif, mais aussi parce qu'il accorde une importance, à notre sens, démesurée à la notion de résultativité, soutenant, par exemple, que (ibid. : 181) : l'état résultatif […] est une signification qui caractérise la quasi-totalité des verbes à particule.

ou bien que (ibid. : 186) : toutes les particules verbales possèdent la caractéristique d'exprimer cette notion [de résultativité]

Même si le linguiste défend ici une conception très spécifique de la résultativité – puisque, pour lui, cette dernière « représente la transcendance de l'opérativité verbale » (ibid. : 190), nous restons persuadée qu'une telle lecture des verbes à particule ne saurait s'appliquer qu'à un nombre limité de leurs emplois. Il nous faut encore, pour compléter quelque peu le tableau, forcément partiel et fragmentaire, que nous venons de brosser du travail de N. Quayle, mentionner que celui-ci considère qu'il existe (ibid. : 260) : un continuum [verbe + préposition/adverbe] → [verbe à préposition] → [verbe à particule] où la différence entre ces combinaisons s'expliquerait en termes d'une variation du régime d'incidence.

Pour bien saisir ce qu'il entend par là, on rappellera que « dans le vocabulaire de la psychomécanique, une "incidence" [est] un mécanisme prévisionnel d'apport de matière notionnelle à un support » (Cervoni, op. cit. : 29) ; autrement dit, dans cette théorie, « l'incidence est définie […] comme un mécanisme qui règle le rapport des mots entre eux » (Quayle, ibid. : 87). L'hypothèse avancée par N. Quayle pourrait donc être résumée comme suit : préposition, adverbe et particule représentent toujours un apport de matière notionnelle, mais le moment et le lieu de cet apport peuvent varier, déterminant le type de relation qu'entretiennent verbe et préposition/ adverbe/ particule, et par conséquent le type de combinaison auquel on a affaire. Il va de soi qu'une telle hypothèse contribue largement à clarifier les distinctions et œuvre à un traitement unitaire des phénomènes. De fait, quelles que

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soient les divergences théoriques ou conceptuelles que l'on peut avoir avec N. Quayle, on ne peut nier qu'en s’attachant à réconcilier cohérence de l'analyse et cohérence de la structure, il parvient à restituer de la systématicité au domaine des verbes à particule, même si, comme il le reconnaît lui-même, « tout n'est pas pour autant expliqué » (ibid. : 260). De sorte que nous sommes convaincue qu'il reste de la place pour une nouvelle étude, qui réponde, elle aussi, à la même exigence méthodologique, et qui fasse montre de la même volonté de s'affranchir des logiques de classement traditionnelles. On se souviendra à cet égard que D. Bolinger (op. cit.), et, avant lui, A. Kennedy (op. cit.), avaient déjà, à leur manière, pris position en ce sens, comme en atteste cette déclaration du premier (ibid. : 6) : I do not believe that a linguistic entity such as the phrasal verb can be confined within clear bounds.

La mention de cette déclaration, loin d'être un aveu d'impuissance de notre part, vise à souligner l'importance de mettre l'extraordinaire plasticité de la structure, sa très grande labilité, au centre des analyses. C'est pourquoi l'étude que nous avons entreprise ici revisitera les questions de la polysémie des particules et de la relation verbe-particule en s'efforçant de mettre en œuvre une approche lexicale intégrant syntaxe et sémantique. La nécessité d'une telle approche nous semble en effet être l'enseignement majeur à tirer de la présentation critique que nous venons de proposer dans ce premier chapitre. Nous rejoignons là R. Dirven (2002 : 484) et N. Quayle (ibid. : 65), qui affirment respectivement : The need for a fully integrated syntactic-semantic approach is strongly emphasized [in the present paper]. Il semblerait qu'une division stricte entre les problèmes lexicaux et syntaxiques concernant les verbes à particule soit difficile à maintenir.

Cette division est, du reste, combattue par N. Quayle ; et la psychomécanique, parce qu'elle « repose sur une conception dynamique du langage » (Quayle, ibid. : 74), permet manifestement d'y mettre un terme. Si bien que, malgré les quelques différences de vue que nous avons pu exprimer, il n’aurait sans doute pas été absurde de notre part de vouloir prolonger la réflexion engagée par le linguiste sur les phrasal verbs en up en soumettant ses hypothèses à l’épreuve de ceux en away, off et out afin de mieux en évaluer le pouvoir explicatif. Il se serait toutefois agi d’une solution de facilité, et c’est la raison pour laquelle nous avons préféré chercher à nous inscrire dans un autre cadre théorique, qui soit en définitive plus adapté au développement de la vision renouvelée du fonctionnement des

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verbes à particule dont nous avons esquissé les grandes lignes tout au long du présent chapitre. A ce titre, parmi les diverses théories à avoir permis la formulation d’hypothèses sur les prépositions qui soient réellement dignes d’intérêt et susceptibles d’être étendues aux particules des phrasal verbs de l’anglais, deux ont plus particulièrement retenu notre attention : la théorie culiolienne des opérations énonciatives, d’une part, et la théorie des formes sémantiques, d’autre part. Concernant la première, il suffit de rappeler121 qu’elle a pour objectif final « [la recherche des] invariants qui fondent et règlent l'activité de langage, telle qu'elle apparaît à travers les configurations des différentes langues » (Culioli, 1999a : 96) : autrement dit, elle a pour principal enjeu l’invariance122 derrière les variations123, ce qui ne pouvait manquer de nous interpeller vu les préoccupations qui sont les nôtres. Pour ce qui est de la seconde, P. Cadiot et Y.-M. Visetti en ont jeté les bases dans une série de publications récentes (2001a, 2001b, 2002) : elle « se rattache […] à la conception humboldtienne du langage » (Cadiot & Visetti, 2002 : 20), tout en puisant dans les 121

De fait, la TOE étant aujourd’hui bien connue, il nous a semblé superflu d’en proposer ici une

présentation détaillée, d’autant que d’autres avant nous se sont livrés à cet exercice et que l’on pourra se reporter à leurs travaux à toutes fins utiles. Tout au plus mentionnerons-nous quatre de ces travaux, qui font référence et apportent chacun un éclairage différent sur la théorie : la présentation, très générale, de C. Fuchs et P. Le Goffic (1992), qui resituent la TOE dans un panorama de la linguistique du 20 ème siècle, se voit complétée par celle, beaucoup plus contextualisée, d’E. Gilbert (1993) qui en aborde les principaux concepts à travers une application à l’anglais. C’est également, dans une certaine mesure en tout cas, la perspective adoptée par J. Bouscaren et J. Chuquet (1987) dont l’ouvrage, comme son titre l’indique, se veut un véritable Guide pour l’analyse linguistique et a, de fait, une vocation largement didactique. Quant à J.-J. Franckel et D. Paillard (1998), ils proposent une réflexion approfondie sur ce qui fonde la TOE et en donnent ainsi une « lecture orientée » (ibid. : 52). Signalons pour terminer que l’on pourra se référer à C. Fuchs (1981) pour une clarification « historique et critique » (ibid. : 35) concernant le terme même d’énonciation et ce qu’impliquent « les problématiques énonciatives » (ibid.) dans leur ensemble. 122

Soulignons que S. de Vogüé consacre tout un article (2006) à ce qu’elle appelle l’« invariance

culiolienne ». La présentation qu’elle en offre permet d’en apprécier la portée réelle (ibid. : 302) : Le concept d’invariant n’est pas seulement l’une des marques de fabrique auxquelles se reconnaît la démarche culiolienne. Les enjeux qu’il recouvre, la méthode d’approche qu’il engage, en font d’abord un outil radical et ambitieux pour repenser ce qui peut faire l’unité du langage par delà la diversité des langues naturelles, mais aussi pour repenser les modalités mêmes de l’activité langagière par delà l’expression de contenus distingués et stabilisés. 123

Dans ces conditions, comme l’explique A. Culioli (2002 : 103) pour lequel il s’agit d’une question

véritablement essentielle, le rôle du linguiste va précisément consister à « articule[r] l’hétérogénéité », dans un va-et-vient incessant entre l’observation et la théorisation, entre l’empirique et le formel (cf., entre autres, 1990 : 23 et 2002 : 136).

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problématiques phénoménologiques et gestaltistes. Il est à noter que ces deux théories ne sont pas sans présenter quelques similarités de principe, au premier rang desquelles figurent le fait qu’elles relèvent toutes deux d’approches qui dépassent le simple cadre de la linguistique124, et un rejet absolu des « logiques d’appartenance catégorielle » (Cadiot & Visetti, 2001a : 3) qui aboutissent à une réduction/ simplification du langage. Néanmoins, la théorie des formes sémantiques se démarque nettement, et explicitement, de la TOE sur un certain nombre de points décisifs – refus de recourir à un métalangage125, rejet d’une « conception par trop immanentiste de la construction du sens » (ibid. : 2), mise en question de la formulation des invariants, notamment126.

124

Il y a ainsi toujours eu chez A. Culioli une volonté d’ouverture à d’autres disciplines, non seulement à

l’intérieur du champ des sciences humaines mais également au-delà (cf., par exemple, 2006 : 368). De plus, sa démarche tout entière est nourrie par un questionnement d’ordre philosophique qui lui imprime sa direction et agit comme un véritable garde-fou épistémologique (cf., entre autres, 1990 : 45, 1999a : 7 et 1999b : 68). 125

Pour A. Culioli, au contraire, il est impératif de se doter d’une métalangue qui réponde à des critères

d’objectivité et de rationalité, c‘est-à-dire une métalangue qui soit à la fois stable, maîtrisée et « dans une relation d‘extériorité par rapport à son objet » (1990 : 21). Ainsi seulement, le linguiste sera-t-il, selon lui, en mesure d’éviter les écueils inhérents à sa condition de sujet énonciateur, puisque la construction d’un tel système de représentation métalinguistique va permettre les généralisations et les comparaisons et, partant, permettre de faire émerger des régularités et de l’homogénéité. 126

Il serait sans nul doute tout à fait intéressant d’examiner point par point les critiques que P. Cadiot et

Y. -M. Visetti émettent à l’encontre de la linguistique culiolienne et d’y répondre systématiquement mais il ne nous appartient pas de le faire ici. Toutefois, il est une de leurs objections que nous ne pouvons pas ignorer (Cadiot et Visetti, 2001a : 186) : c'est la distinction même entre forme schématique et notion qui fait problème. Les langues ne procèdent pas ainsi, […]. (Nous soulignons).

Il nous semble en effet qu’elle relève d’un problème épistémologique que soulève J.-B. Grize dans les lignes qui suivent (Bresson et Grize, 1995 : 63) : Si je dis avec Culioli Elle fait de la couture pour les gens du quartier, j’applique sans doute des opérations sur quelque chose, mais sur quoi ? Ce sont les linguistes, les psychologues et les logiciens qui répondent qu’il s’agit de notions. De là à soutenir que moi, sujet naïf et parlant, j’utilise en mon intimité des opérations d’extraction, de fléchage et de parcours, ce ne peut être qu’une façon de parler. Façon utile, dans la mesure où elle permet de rendre compte de beaucoup de phénomènes observables, mais dont rien selon moi ne permet de penser qu’elles correspondent biunivoquement à des opérations effectives de la production énonciative. Aucun physicien de ma connaissance ne dirait qu’un quanton choisit ses moments angulaires de sorte qu’ils soient multiples d’entiers ou de demi-entiers. Pourquoi nous posons-nous la question de savoir si nos sujets font ce qui nous permet de représenter les phénomènes que nous observons ?

Voilà qui ne préjuge en rien de la pertinence générale des observations de P. Cadiot et Y.-M. Visetti sur la linguistique d’A. Culioli, mais qui rappelle utilement le recul qui devrait s’imposer à toute entreprise de

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Ainsi qu’en témoignent divers articles (Cadiot, 2002b, 2002c ; Visetti & Cadiot, 2002), l’exemple des prépositions joue un rôle important dans les travaux de P. Cadiot et Y.-M. Visetti, à la fois comme point de départ et comme première application de leur construction théorique. Il aurait donc pu être intéressant d’examiner si une analyse en termes de motifs, profils et thèmes – les trois strates ou régimes de sens que distinguent les deux auteurs – dans la mesure où elle amène à reconsidérer la question de la polysémie (cf. Cadiot & Visetti, 2001a : 165-175 ; 2001b), pouvait s’appliquer aux particules et éclairer leur fonctionnement. Cependant, ce cadre interprétatif est encore en plein devenir, tandis que celui proposé par A. Culioli, même s’il n’est en aucun cas figé127, a déjà atteint une certaine forme de "maturité", qui a permis le développement d’hypothèses, à notre sens, bien plus abouties. Nous pensons plus spécialement à celles émises par J.-J. Franckel et D. Paillard à la faveur d’un travail de longue haleine sur les prépositions du français (cf. Franckel, 2005 ; Franckel & Paillard, 1997a, 1997b, 1999, 2007 ; Paillard, 2002a), lesquelles nous ont semblé extrêmement prometteuses en vue d’une transposition aux particules de l’anglais. En conséquence, nous avons décidé de nous efforcer de faire la preuve de ce qu'en opérant dans le cadre de la TOE, il devient possible d'articuler, d'une manière enfin satisfaisante, les différentes dimensions des problèmes que posent les verbes à particule, attendu que les principes qui sous-tendent cette théorie favorisent une prise en compte véritablement globale des phénomènes. On cherchera en particulier à montrer que la très grande souplesse d'analyse qu'elle autorise concourt à une meilleure appréhension des mécanismes qui régulent la structure sans toutefois rien occulter de sa richesse, et ce, parce que la TOE est avant tout une théorie des observables128, c'est-à-dire « un instrument de découverte de phénomènes » théorisation du langage quant à sa capacité à parvenir à la vérité de son objet. Ce qui, au demeurant, vaut aussi bien pour la théorie des formes sémantiques que pour la TOE. 127

Comme le remarque D. Paillard (2006 : 181), « la théorie est a priori irréductible à tout figement sous la

forme d’une doxa » car il y a chez A. Culioli une volonté de « refondation permanente » (ibid.) de celle-ci, qu’il revendique d’ailleurs ouvertement (cf. 2002 : 232). On notera que cela n’est en rien contradictoire avec la grande stabilité des principes fondamentaux sur laquelle la théorie repose, et qu’A. Culioli revendique tout aussi ouvertement (cf. ibid. : 231). Pour un éclairage sur les différents développements et évolutions qu’a connu la TOE au fil du temps, et notamment sur la façon dont certains concepts ont pu prendre le pas sur d’autres, on pourra se reporter à J.-J. Franckel et D. Paillard (1998). 128

Chez A. Culioli, le mot observables désigne « ce qui peut être ramené, ou doit être ramené, à une

modélisation, c’est-à-dire à une représentation qui va permettre d’établir une relation entre la représentation et le phénomène empirique » (2005 : 197). Précisons que le linguiste considère la démarche d’abstraction que cela suppose comme absolument indispensable, de sorte que son approche se distingue d’autres dans lesquelles les

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(Culioli, 2002 : 103). Nous espérons ainsi être en mesure, entre autres, de redonner sa juste place à la question aspectuelle, et d'établir qu'une réinterprétation de la diversité du rôle de la particule dans les phrasal verbs, et plus généralement dans la relation prédicative129, en termes de variabilité de son degré d'intégration au schéma du verbe offre une alternative avantageuse à l'hypothèse de N. Quayle en la matière.

données occupent également une place essentielle (cf. les approches dites corpus-driven) en cela qu’elle repose sur le principe que l’objet de la linguistique n’est pas un donné mais un construit. 129

Précisons, à la suite de J. Chuquet et al. (2010 : 14), qu’ Il existe deux façons de définir ce terme: a) Une façon non technique qui est de désigner par “relation prédicative” la structure syntactico-sémantique avant qu’elle ne devienne un énoncé […]. Cette définition pourrait se rapprocher de celle de “proposition” dans la grammaire traditionnelle. b) Une façon plus précise qui permet d’insérer le terme parmi les différentes étapes de la constitution d’un énoncé, dans le cadre de la TOE : Il s’agit d’une relation organisée, par repérages successifs, entre termes eux-mêmes représentants des notions.

On pourra se reporter à la suite de cette entrée du Glossaire français-anglais de terminologie linguistique pour plus de détails concernant la manière dont « l’ordre des opérations constitutives d’une relation prédicative » (ibid. : 15) est conçu dans la TOE. Il suffira ici d’ajouter que, dans ce cadre, la relation prédicative est considérée comme « la première étape dans la construction d’un énoncé, avant tout opération de détermination : choix du temps, d’un aspect, d’une modalité pour le verbe, choix d’un déterminant pour les noms » (Bouscaren & Chuquet, op. cit. : 9).

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2. AWAY, OFF ET OUT : PRESENTATION GENERALE

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2. AWAY, OFF ET OUT : PRESENTATION GENERALE Ainsi que nous l’avons annoncé en introduction, nous entendons montrer qu’il est possible de dégager pour toute particule une forme schématique stable, définie à partir d’opérations de repérage abstraites et susceptibles d’intégrer les modifications et variations dues au co-texte. Or, pour être en mesure d’atteindre un tel objectif, une parfaite connaissance de l’ensemble des emplois de l’unité que l’on souhaite caractériser est un préalable indispensable. C’est donc ce à quoi nous allons nous efforcer de parvenir ici pour away, off et out. Pour ce faire, nous nous proposons, dans un premier temps, d’examiner successivement les données étymologiques, les définitions fournies par les différents types de dictionnaire, les éléments apportés par les grammaires, et, enfin, les analyses présentées dans les ouvrages consacrés aux particules, aux prépositions et/ ou aux phrasal verbs. Cette démarche vise à nous permettre d’appréhender au mieux la variété des valeurs et des contextes d’emploi de chacune des trois particules qui nous intéressent afin de réussir à dégager ce qui forme leur identité, c’est-à-dire « le rôle spécifique qu’elle[s] joue[nt] dans [les] interactions constitutives du sens des énoncés dans lesquels elle[s] [sont] mise[s] en jeu » (Franckel & Paillard, 2007 : 12). Nous prolongerons ensuite ce travail par l’étude d’un certain nombre de combinaisons, de façon à mettre les hypothèses qui auront ainsi émergé à l’épreuve des faits, et à développer d’autres pistes de réflexion.

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2.1. Away 2.1.1. Remarques historiques Away a pour origine « [the] phrase, ON prep., and weg, WAY, i.e. on (his, one’s) way, ‘on’ (as in ‘move on’), and thus ‘from this (or that) place’ » (OED). L’OED et l’ODEE soulignent que le composé on weġ prend la forme affaiblie a-weg ou aweġ dès le vieil-anglais tardif. Suivront de nombreuses autres formes puisque l’OED recense 22 graphies différentes, l’orthographe actuelle étant apparue dès le 14ème siècle. La catégorie syntaxique à laquelle aweġ appartient est une donnée relativement assez incertaine : comme le souligne P. Gettliffe (1999 : 70), « selon le dictionnaire consulté [il est donné] soit uniquement comme particule, soit comme particule et préfixe ». En effet, l’OED affirme que « in earlier Eng[lish] [it was] used as a separable verbal prefix, standing before the verb », tandis que L. Brinton (1988 : 215) le classe parmi ce qu’elle appelle les « innovated forms », c’est-à-dire « those verb particles which do not correspond to prefixes » (ibid. : 220). Enfin R. Hiltunen (1983 : 195) demeure prudent sur le sujet, écrivant : « aweg (onweg) has […] been treated as a phrasal adv[erb]130 in the present study, but the possibility of a prepositional aweg cannot be ruled out completely », avant de renvoyer au seul et unique exemple de son corpus allant dans ce sens. Quoiqu’il en soit, P. Gettliffe (ibid. : 72) et L. Brinton (ibid.) nous indiquent que la particule aweg, même si elle est moins que courante que t et up par exemple, est déjà d’un emploi régulier en vieil-anglais. Le premier (ibid. : 74) expliqu’« elle avait le sens qu’elle a toujours en A.M. d’éloignement »131, et la seconde (ibid. : 220-221) signale, elle, que : [it] already [exhibited] quite varied usage [as it occurred] with verbs of motion (especially [ge]wītan) with its directional meaning […], but also with verbs of driving (adrīfan is very common), taking, removing, tearing, etc. with both directional and telic meanings […].

Notons au passage que l’auteur considère que « in the latter usage, it resembles of or of- » (ibid. : 221). L. Brinton, tout comme P. Gettliffe (ibid.), relèvent l’existence d’emplois figurés dès le vieil-anglais, ce que confirme R. Hiltunen (ibid. : 196). Ce dernier met en évidence que 130

Dans son étude, Hiltunen (20-21) distingue deux types de particules adverbiales : les « phrasal adverbs »,

c’est-à-dire « [adverbs] that indicate location or direction (or both) and do not normally appear as prepositions », et les « prepositional adverbs », c’est-à-dire « [items] which are with both [preposition and adverb] functions in OE ». 131

Il parle aussi de séparation mais il nous semble que ce terme ne doit pas être traité comme équivalent

d’éloignement et que, de surcroit, il s’applique mieux à off qu’away comme nous le verrons en 2.2.

107

« the eMe examples differ from the OE ones in having an abstract object ». Ainsi retrouve-ton en moyen-anglais « les sens d’éloignement, de séparation, privation », mais également « des emplois figurés, les combinaisons ayant alors le sens de disparition, de cessation ou de rejet » (Gettliffe, ibid. : 95). En effet, comme le remarque L. Brinton (ibid. : 228), « although awei has both directional and telic meaning […], the focus seems to be on the telic meaning of the particle: ‘out of existence’ or ‘from contact or possession’ », ce sens étant attesté dès le 12ème siècle d’après l’ODEE. Par ailleurs, L. Brinton (ibid.) cite de nombreux exemples dont elle affirme que le sens de awei peut y être qualifié de "métaphorique". Les contextes d’emploi de away se sont considérablement élargis en moyen-anglais et, si l’on en croit l’étude menée par D. Spasov (1966 : 24) sur un certain nombre de pièces de théâtre, cette particule fait même partie de celles qui ont acquis le plus de nouveaux sens (8) à cette époque. Ce développement s’est du reste poursuivi au 16ème siècle avec l’apparition de pas moins de 5 nouvelles acceptions. C’est le cas notamment de celle de « onward in time, on, continuously, constantly ; with the idea of continuance of action and progress » dont l’OED situe les premiers exemples à cette époque et dont l’émergence n’est guère surprenante étant donné l’origine de away.

2.1.2. L’approche taxinomique L’étude des dictionnaires de l’anglais contemporain nous montre que le sens de away a peu évolué par rapport à ce que nous venons de décrire. Il va sans dire que, comme le soulignent P. Gettliffe (ibid. : 107) et R. Hiltunen (ibid.), beaucoup des verbes à particule créés du moyen-anglais jusqu’au 19ème siècle sont tombés en désuétude et ont été remplacés par d’autres, mais la valeur de away, elle, est demeurée relativement stable. 2.1.2.1. Les dictionnaires unilingues L’examen des entrées de ces dictionnaires est intéressant car les définitions qui y sont données sont intimement liées au contexte. Or, comme nous l’indiquions plus haut, il nous est indispensable de bien connaître l’ensemble des configurations dans lesquelles on peut employer away avant de pouvoir en établir une forme schématique. L’OED attribue à away seize sens qui sont répartis en trois sections (« Of motion in place, removal », « Of action » et « Of position »), et vont du plus général – « from this (or that) place, to a distance » – au plus particulier – « of the condition resulting from deprivation, loss, or extinction: gone (from existence); vanished, destroyed, consumed, dead; fainted ». D’autres dictionnaires moins exhaustifs, tels que le CCDT, le CED ou le LDELC, dénombrent

108

tout de même entre cinq et sept sens pour cette particule, qui est pourtant loin d’être la plus répandue. A titre d’exemple, voici la définition proposée par le LDELC qui, en tant que dictionnaire d’apprenants, présente l’intérêt d’aller droit aux valeurs contextuelles les plus courantes : 1. from here or from there; to or at another place: Go away. 2. at a stated distance in space or time: He lives three miles away. 3. into a safe or enclosed place: I’ve put the milk away (in the fridge) 4. so as to be gone or used up: The sounds died away. 5. all the time, continuously : They worked away all day.

Comme on peut le constater, on retrouve les principaux sens que l’on a vus en s’intéressant à l’étymologie de away. On remarquera d’ailleurs à cet effet que, dans le LDELC comme dans tous les autres dictionnaires, celui qui apparaît en premier est « showing distance or movement from a particular place, position, person, or time » (CCDT), c’est-à-dire l’idée d’éloignement qui existait déjà dès le vieil-anglais. De même, il conviendra de noter que le LDELC invite ici le lecteur à comparer away à out en opposant les exemples « they’re away on holiday » et « they’re out for lunch », tandis que dans cette acception le CED donne off comme synonyme de away. L’OED établit, lui aussi, ce lien avec off dans une définition (« from actual adherence, contact, or inclusion ») qui nous en apprend au moins autant sur off que sur away. Ce rapprochement effectué par les dictionnaires entre away et les deux autres particules que nous étudions est évidemment tout à fait significatif. On signalera encore que la définition que le LDELC donne en 3 est également présente dans les autres dictionnaires, où place se trouve souvent qualifié de usual ou proper. Toutefois, il nous semble que les effets de sens véhiculés par ces différentes qualifications ne sont pas imputables à away, mais plutôt au verbe avec lequel la particule est associée, ou au contexte (cf. le in the fridge de la définition du LDELC) ; en d’autres termes, c’est à une interprétation purement spatiale de away que l’on a alors affaire. Enfin, il n’est sûrement pas anodin que le CED propose out of existence comme équivalent de la définition 4 du LDELC, ni que le CCDT et l’OED utilisent respectivement gradually et in most cases gradual dans les leurs. 2.1.2.2. Dictionnaires de verbes à particule Pour mieux cerner les sens de away, on peut également avoir recours aux dictionnaires de phrasal verbs destinés aux apprenants (qu’ils soient rédigés en anglais ou en français). Leur approche diffère quelque peu de celle des dictionnaires unilingues, puisque les définitions qu’ils donnent de chaque particule sont étroitement liées au sémantisme des verbes avec

109

lesquelles celles-ci se combinent, bien plus qu’au contexte à l’échelle de l’énoncé comme c’était le cas précédemment. Ils constituent ainsi un excellent point de départ pour se demander ce qui permet à telle ou telle particule d’entrer dans telle ou telle combinaison. Ces dictionnaires sont, rappelons-le, globalement assez hétérogènes, vu que certains se contentent de fournir des définitions des différents phrasal verbs qu’ils recensent sans dire un mot sur les particules elles-mêmes (ODPV, CPVD), tandis que d’autres incluent également une liste détaillée des sens que prennent les principales particules dans les phrasal verbs. Cela donne parfois lieu à des intitulés pour le moins curieux – comme épuiser quelque chose dans le HVA (2004 : 82), sous lequel on rencontre l’exemple « he has drunk his entire inheritance away » – ou franchement obscurs car trop vagues – comme métaphoriquement dans le Dictionnaire sélectif des phrasal verbs (Bouscaren et Burgué, 2003 : 13), avec en guise d’exemple « he gave away all his money to charities »132. La plupart d’entre eux s’accordent cependant à considérer que away exprime l’éloignement. Ainsi M. Riccioli et B. Bazin (1995 : 41) écrivent-ils « sens général : position OU mouvement d’éloignement » et L. Davenport (2006 : 8) inscrit-elle un lapidaire éloignement à la rubrique « SENS GENERAL propre ou figuré ». La définition que l’OPVDLE offre du sens général de away manque peut-être singulièrement de précision (« the basic meaning of away indicates movement to a different place ») mais on se doit de citer le commentaire qui l’accompagne : « off can be used instead of away with a similar meaning ». Etablir une telle synonymie est certes exagéré mais il n’en demeure pas moins que ce rapprochement entre les deux particules est lourd de sens. Sur ce point, on remarquera que, si L.A. Hill fait preuve de plus de mesure que l’OPVDLE, sa classification des sens de away comporte tout de même cinq renvois à off (1968 : 27-29). Il ne s’arrête du reste pas là et suggère aussi de comparer away à out pour deux de ses emplois, ainsi qu’à on lorsque la particule signifie « ‘onwards in time’, or ‘continuously’ » (ibid.). C’est donc tout un réseau de relations sémantiques possibles qui se dessine là. 132

La confrontation de ces différentes listes de sens et des exemples choisis pour les illustrer est révélatrice

la difficulté que présente l’exercice. Pour preuve, sous enlever ou se débarrasser de quelque chose, le HVA (ibid. : 82) propose l’exemple « maybe someone with a van could take the wardrobe away ». On trouve également un exemple en take away (« his driving licence was taken away from him ») dans l’ouvrage de M. Riccioli et B. Bazin (1995 : 43), mais cette fois la rubrique est intitulée éloigner, se séparer de. Enfin, dans le Dictionnaire sélectif des phrasal verbs de C. Bouscaren et J.-C. Burgué (ibid. : 12), c’est encore un autre exemple en take away (« he took away all my jewels ») qui sert à illustrer un sens dont le titre est éloignement par rapport à l’endroit où quelqu’un ou quelque chose se trouve. Et l’on pourrait multiplier les exemples de ce type à loisir.

110

Comme nous avons eu l’occasion de le faire remarquer, certains ouvrages sont plus complets que d’autres, et c’est notamment le cas du CCDPV dont le Particles Index s’avère relativement instructif concernant away. Les sept sens suivants y sont distingués : 

1 Movement : « away is used in literal combinations to indicate movement in a

direction farther from you, or movement from the place where you are or were ». Sont regroupés sous ce titre des phrasal verbs tels que break away, come away, move away, ou bien encore run away. Il apparaît clairement que ce sont en fait les verbes qui apportent l’idée de mouvement alors que away indique que l’on a affaire à un déplacement de type éloignement. On aboutit donc à des combinaisons qui signifient partir et qui n’ont finalement pas grand-chose de "phrasal". 

2 Withdrawing and non-involvement : « away occurs in combinations which

have meanings to do with someone avoiding or withdrawing from an activity, or ceasing to be involved in an activity. They can be regarded as metaphorical uses of the previous group ». Le CCDPV classe ici, entre autres, back away, frighten away, keep away, shrink away, shy away, etc. Certaines des combinaisons en question ont un sens concret, d’autres sont plus abstraites, mais c’est à nouveau du verbe que vient le sens dégagé par le dictionnaire alors que away exprime là encore l’éloignement. 

3 Removing, transferring, and separating : « away is used in combinations with

transitive verbs to indicate that something is taken from the place where it was or taken from the person who had it before. […] Away occurs with intransitive verbs […] to indicate that something becomes separated from the thing that it was attached to ». Les phrasal verbs cités incluent, par exemple, snatch away, throw away et sign away. Ici aussi, c’est plutôt du côté du verbe qu’il convient de chercher la valeur mise en avant par le CCDPV. Certains d’entre eux ont d’ailleurs un sens très précis correspondant à la manière de procéder et away, une fois de plus, marque l’éloignement. 

4 Storing, hiding, and isolating : « you use away in phrasal verbs which have

meanings to do with putting things in a safe place, or storing or hiding them ». On mentionnera, à titre d’exemple, bury away, file away, stash away et tuck away. Comme on peut le constater, la plupart des verbes entrant dans ces combinaisons veulent précisément dire ranger ou cacher. La notion d’éloignement véhiculée par away ne fait donc que renforcer cette idée. L’examen des quatre premières catégories identifiées par le CCDPV montre donc que c’est en fait le sens des verbes eux-mêmes (d’ailleurs reflété par les différents titres) qui a permis ces regroupements. Le sens de away est donc beaucoup plus homogène qu’on pourrait le croire au 111

premier abord, cette particule ne faisant ici qu’indiquer l’éloignement, concret ou abstrait, par rapport à une valeur repère. On notera cependant qu’il existe une certaine complémentarité – on pourrait même parfois parler de convergence – entre les sens des constituants des combinaisons en question. Les trois dernières catégories de la classification du CCDPV diffèrent des précédentes en cela que la particule constitue alors bien le dénominateur commun. 

5 Getting rid of things and destroying things : « away is used in combinations,

mainly with transitive verbs, where you are saying that something is removed entirely ». D’après cette définition, la différence avec le "sens 3" résiderait donc dans le entirely, qui semble suggérer que l’on a affaire au sens dit "télique" de away. Il s’agit en réalité d’une catégorie assez hétérogène. Certains des phrasal verbs regroupés là par le CCDPV sont tout à fait semblables à ceux classés en 3 et appartiennent de fait à cette catégorie. Pour les autres en revanche (tels que burn away, idle away et wash away), on peut effectivement envisager que le processus exprimé par le verbe va jusqu’à son terme, et il est possible que cet effet de sens, qui a pour conséquence que ces combinaisons signifient getting rid of things, soit à mettre sur le compte de away. 

6 Disappearing : « You use away in combinations to indicate that something

gradually disappears or is gradually destroyed until it does not exist at all ». Die away, ebb away, fade away et trail away constituent quelques-unes des combinaisons qui figurent sous ce titre, et qui appellent le même type de commentaires que ceux que nous venons juste de formuler. On remarquera que l’on retrouve ici l’idée que l’on a affaire à un processus graduel, que nous avions relevée dans une des définitions données par le CCDT et l’OED, et qui est également présente dans la définition correspondante de L.A. Hill (ibid. : 28). 

7 Continuous activity : « you use away with intransitive verbs describing

processes or activities in order to indicate that the process or activity continues throughout a period of time ». Cela concerne des phrasal verbs tels que grind away, peg away et tick away. Là encore, le dénominateur commun est away qui semble permettre à ces combinaisons de prendre un sens continuatif lorsque le verbe dénote un procès duratif et un sens itératif lorsque le verbe dénote un procès ponctuel. Concernant ce dernier point, le dictionnaire de verbes à particule le plus complet est sans nul doute celui d’A. Castagna, qui expose la situation en ces termes (1995 : 23) :

112

La seconde [valeur de away] indique que l’action du verbe est persistante, ou de plus en plus intense. Aucune valeur spatiale : smoke away! ne veut pas dire "allez fumer ailleurs" mais "Fumez tant que vous voulez, ne vous gênez pas !"

L’exemple donné par l’auteur met clairement en lumière le caractère adverbial de away dans ces combinaisons. Par ailleurs, A. Castagna souligne un aspect de cette valeur rarement mentionné par les autres dictionnaires, à savoir l’idée d’intensité de l’action, et surtout il l’illustre d’une liste de 35 phrasal verbs accompagnés chacun d’un exemple. Quels que soient les défauts de la classification des sens de away réalisée par le CCDPV, il nous semble que la brève analyse à laquelle nous venons de nous livrer a permis de faire émerger trois valeurs principales pour cette particule : 

d'une part, pour reprendre les termes d’A. Castagna (ibid.), « [une] première,

assez nettement spatiale, indique l’éloignement : parfois l’objet concerné par l’action est détruit ou disparaît » ; 

ensuite un sens que l’on qualifiera provisoirement de "télique" ;



enfin une valeur de type continuative/itérative.

On aboutit donc à une vision beaucoup moins hétérogène que celle proposée par la plupart des dictionnaires qui ne cherchent jamais à saisir si une valeur unitaire sous-tend les multiples effets de sens qu’ils recensent. 2.1.2.3. Grammaires Pour la LGSWE (1999 : 78), away appartient à la catégorie des « adverbial particles »133. La CoGEL (1985 : 516), elle, inclut away dans sa liste des « common adverbs realizing spatial relations », et plus particulièrement parmi ceux qui « can be used both for position and direction » (ibid.). Elle signale également qu’elle fait partie des particules qui ne peuvent être qu’adverbe spatial, tout en précisant que « [it] correspond[s] to [the] complex preposition away from » (ibid. : 1151). Cette dernière figure dans son tableau « [of] the dimensional orientation of the chief prepositions of space » (ibid. : 674), où elle est représentée ainsi :

133

On se souviendra que l’ouvrage utilise ce terme pour designer « a small group of short invariable forms

with a core meaning of motion and result » (ibid.)

113

Il conviendra de rester prudent car c’est bien d’un schéma du sens de away from, et non de away, qu’il s’agit là. C’est du reste ce que souligne l’opposition que la CoGEL établit entre away from et at (ibid. : 677-678), away from étant littéralement définie comme « not ‘at’ ». Enfin, cette grammaire range away au nombre des « particle[s] [which] may have an intensifying or aspectual force, as in […] chatter away » (ibid. : 1152). L’ouvrage reprend cet exemple un peu plus loin lorsqu’il affirme que, dans certains cas, « it is the particle which establishes a family resemblance » (ibid. : 1162), ce qu’il illustre comme suit : ‘persistent action’ chatter away work away

beaver away fire away

On retrouve là une des valeurs "aspectuelles" que l’on avait vues en examinant les définitions que proposent les différents types de dictionnaires, et notamment la classification du CCDPV. La CaGEL, quant à elle, ne fait aucune mention de cette caractéristique : sa présentation fait uniquement état des propriétés spatiales de away (2002 : 648-649)134. On retiendra surtout qu’on y retrouve l’idée d’une opposition avec at, que l’on avait déjà relevée dans la CoGEL. Les auteurs indiquent en effet que away, qu’ils considèrent comme une « source preposition »135, c’est-à-dire comme exprimant « [the] initial location [in] a change of location », « is also used for static location, where it constrats with at » (ibid. : 648). Eux non plus n’hésitent pas à présenter explicitement away comme le « negative » de at (ibid. : 649). Au final, il apparaît que les grammaires anglaises fournissent relativement peu d’indications quant au sens de away, et que leurs descriptions sont massivement dominées par le spatial136. Ce défaut n’est pas aussi présent dans la Grammaire Anglaise en contexte de

134

Toutefois, dans le paragraphe qu’ils consacrent aux « verbal idioms containing intransitive prepositions »

(ibid. : 283), les auteurs remarquent que « one type of extended meaning commonly found involves what we have called aspectuality » (ibid. : 284). Ils donnent alors, entre autres exemples, « [37] ii beaver away, fire away, work away; […] », avec pour seul commentaire « the examples in [ii] have such aspectual meanings as repetition and duration » (ibid.). On ne sait donc ni comment ils rendent compte de l’émergence de ce "sens aspectuel", ni quel rôle ils attribuent à away dans ce cas. 135

Rappelons que, comme les auteurs le signalent d’emblée, « this book employs a definition of the category

of prepositions that is considerably broader than those used in traditional grammars of English » (ibid. : 598). Pour eux, away est donc une "intransitive preposition" (ibid. : 281). 136

Une grammaire scolaire telle que La Grammaire anglaise de l’étudiant de S. Berland-Delépine (2000) ne

serait pas vraiment d’un plus grand secours car elle se contente de poser une liste de sens sans chercher à établir

114

J.-C. Souesme, qui « s’appuie directement sur la théorie […] dite des Opérations Enonciatives » (2003 : 1). Bien entendu, l’auteur estime que « away est un adverbe indiquant l’éloignement d’un espace donné » (ibid. : 46). Cependant, il ne s’arrête pas là et il explique que (ibid.) : De la valeur d’éloignement, l’on arrive […] à l’idée de se séparer de quelque chose au lieu de la garder à soi, idée contenue dans give something away par exemple, qui au niveau métaphorique reviendra à signifier ‘révéler quelque chose de secret’. […] On passe à une valeur aspectuelle de franchissement de la borne de droite d’un procès ; ce n’est plus l’éloignement en soi qui est pris en compte mais l’état résultant de celui-ci, à savoir la disparition, comme dans : pass away, ou bien encore dans : while away the time qui a le sens de ‘tuer le temps’.

Certes les raccourcis sont nombreux dans cette brève analyse, mais elle a le mérite de suggérer une manière de concevoir comment s’effectue le passage d’une valeur de away à l’autre, même si l’idée de franchissement de la borne de droite ne nous semble pas forcément aller de soi avec cette particule.

2.1.3. Autres approches A côté des grammaires et des dictionnaires, d’autres ouvrages sont susceptibles de nous en apprendre un peu plus sur away : il s’agit des différents travaux qui ont été consacrés aux particules, aux prépositions et/ou aux phrasal verbs. Signalons pour commencer que away ne figure pas dans la liste des particules dont A. Kennedy (1920) examine le sens de façon plus ou moins détaillée, et n’apparaît donc qu’une seule fois au cours de son étude, dans l’exemple suivant où, comme on peut le constater, elle alterne avec off : « sign off or away property » (ibid. : 27). D. Bolinger, lui, consacre deux pages à cette particule. En voici l’essentiel (1971 : 102104) : le moindre lien entre ceux-ci, à la manière des dictionnaires unilingues et d’apprenants. Pour l’auteur, les principales significations de away sont (ibid. : 94) : a. Eloignement : Take all these papers away. b. Disparition complète : The snow has melted away. c. Entrain : She laughed away to her heart’s content. d. Action faite sans délai ni restriction : Fire away!

Que entrain soit considéré comme l’un des effets de sens véhiculés par away semble pour le moins curieux et met en évidence un problème déjà observé à maintes reprises dans d’autres ouvrages : la confusion entre le sens de la particule et celui du contexte dans lequel elle est employée (ici le syntagme prépositionnel to her heart’s content paraît jouer un rôle crucial dans l’interprétation proposée).

115

[…] away displays only two, fairly compact, semantic areas. The first centers about the literal meaning of “to (at) a distance from the scene,” the second is aspectual – a kind of intensive perhaps definable by the legal phrase “without let or hindrance.” The first meaning can occur with either intransitive or transitive verbs and is extended figuratively to cover “escape, deprivation, securing from view,” and the like: […]. The second meaning occurs normally only with intransitives. One can indulge in aspect chopping and distinguish iteratives and inceptives within the more general meaning of “without restraint”: […].

Pour illustrer ce que recouvre le "premier sens", le linguiste propose, entre autres exemples, « he walked (stole, crept, flew, ambled) away » (ibid. : 103). On pourrait lui objecter que ce type de combinaison n’a pas grand chose de "phrasal" puisqu’il est composé d’un manner of motion verb137 et d’une particule qui précise la nature du déplacement ainsi exprimé (ici l’éloignement). Rappelons qu’on avait déjà pu observer le même problème lorsqu’on s’était intéressé à la classification du CCDPV (cf. « 1 mouvement ») ; on le retrouve également dans les listes dressées par A. Castagna (cf. par exemple bus away, dart away, dash away, flap away, hop away, lollop away, scud away, slouch away, totter away, etc.). Pour ce qui est du "second sens", un exemple tel que « the cat sat there, purring contentedly away » (ibid. : 117) met clairement en évidence le statut adverbial de away dans les combinaisons concernées. D. Bolinger apporte aussi d’intéressantes précisions syntaxiques à leur sujet, expliquant (ibid. : 104) : When the underlying meaning is transitive, the object appears regularly introduced by at, but sometimes by on or with: […].

Ainsi peut-on dire « he keeps writing away at his books », mais pas « he keeps writing away his books », ni « he keeps writing his books away » (ibid.)138. L’auteur attire alors l’attention sur le fait que (ibid.) : This restriction makes it impossible to use away with verbs whose meaning do not imply an incise effect on the object: […].

A cet égard, deux des paires d’exemples qu’il oppose sont particulièrement parlantes (ibid.) :

137

Ce terme, introduit par D. Slobin dans l’article "Two Ways to Travel: Verbs of Motion in English and

Spanish" (1996), désigne des verbes de mouvement qui sont spécialisés dans l’expression du mode de déplacement. 138

A ce propos, R. Jackendoff (2002 : 77-78) souligne que « all “conative” at-PPs such as (23e), [Billy

bashed away at the piano], seem eminently acceptable. In fact some verbs such as carve are happy in the conative frame only if away is present (23f), [Simmy was carving *(away) at the roast] ».

116

Hazel sat blinking away. He’s up there conducting away.

*Hazel sat blinking away at her eyes. *He’s up there conducting away at the orchestra.

En définitive, D. Bolinger opère donc la même forme de distinction qu’A. Castagna et évite ainsi le piège du morcellement que l’on avait pu reprocher aux différentes sortes de dictionnaires. Toutefois, même s’il postule que « there is no real borderline between nonaspectual and aspectual uses of the particles, but rather a gradient » (ibid. : 98), il nous semble que sa présentation de away tend à séparer ces deux emplois d’une manière un peu trop marquée, et, surtout, ne permet pas de voir quelle valeur unitaire pourrait les sous-tendre. Par ailleurs, D. Bolinger passe totalement sous silence la question d’une éventuelle valeur "télique" de away. C’est d’autant plus fâcheux que l’on trouve, parmi ses exemples transitifs du "premier sens", l’énoncé « the acid ate away the exposed parts » (ibid. : 103). Or, à la lumière des définitions que les dictionnaires donnent de eat away, une paraphrase par the acid ate the exposed parts completely paraît tout à fait envisageable. Cela montre bien que l’hypothèse que l’on a alors affaire à un emploi " télique" de away devrait être prise en considération. Cette lacune est, du reste, commune aux ouvrages de D. Bolinger et A. Castagna, puisque ce dernier ne fait, lui non plus, aucune mention de la possible "télicité" de away. Néanmoins, à l’instar de celle de D. Bolinger, la série d’exemples qu’A. Castagna (ibid. : 23-30) rassemble sous « valeur spatiale » contient quelques énoncés où la valeur de away pourrait être qualifiée de "télique". Citons ainsi « he had softly and suddenly vanished away » et « pictures in our minds that thirty years have been unable to wear away » (ibid. : 29). Sur ce point, c’est du côté du travail de L. Brinton qu’il faut se tourner. En effet, cette dernière inclut away dans sa liste des particules qui « indicate the endpoint of an action » (1988 : 169), c’est-à-dire « that express a telic notion » (ibid. : 168). On regrettera cependant que l’exemple choisi pour illustrer le "caractère télique" de away, à savoir « she is throwing away her money » (ibid.), ne soit pas plus probant. Ainsi celui de D. Bolinger que nous venons de commenter paraît-il plus convaincant, alors même qu’il n’est pas classé comme tel. Au demeurant, L. Brinton reprend certaines des observations de D. Bolinger à son compte : elle signale notamment que, dans certains cas, away « mark[s] continuative/iterative aspect ; that is [it] portray[s] a situation which may otherwise have stopped as continuing, or [it] portray[s] the situation as repeated »139 (ibid. : 175). Elle précise alors que (ibid.) :

139

Pour L. Brinton (ibid.), on, along et away sont les seules particules à pouvoir être employées avec cette

valeur. On retrouve là le rapprochement avec on établi par L.A. Hill (cf. p. 110).

117

the aspectual meaning of the [particle] depends on the aktionsart qualities of the verb: with punctual or telic situations, which cannot be continued, or with inherently iterative situations, the [particle] express[es] the iterative (18a), whereas with durative situations, which can be continued, they mark the continuative (18b)

et elle illustre son propos à l’aide des exemples suivants : (18) a. The carpenter chipped away at the plaster b. He worked away at the problem for hours

On notera que ces exemples renvoient directement aux remarques syntaxiques de D. Bolinger que nous avons mentionnées ci-dessus140. A en croire L. Brinton, away aurait donc non pas un, mais deux, "sens aspectuels", comme le laissent d’ailleurs entendre les périphrases, souvent maladroites, des dictionnaires que nous avons étudiées précédemment. Remarquons au passage que away est la seule des particules auxquelles L. Brinton s’intéresse qui présenterait ainsi deux "sens aspectuels". C’est vraisemblablement la raison pour laquelle la linguiste la met à chaque fois un peu à part, écrivant d’abord « less frequent [is] away » (ibid. : 169) puis « occasionally away » (ibid. : 175). On peut en effet supposer que cette ambivalence de away, si elle est avérée, s’accompagne d’une moindre spécialisation. Dans English Prepositions Explained, S. Lindstromberg (1998) ne fait, lui non plus, aucune mention d’un "sens télique" de away141 ; toutefois, il n’en propose pas moins une description très intéressante de cette particule. Il commence par souligner que from est

140

On trouvera d’autres exemples de cet emploi de away, ainsi que quelques remarques supplémentaires sur

son fonctionnement syntaxique, dans R. Jackendoff (2002). L’auteur considère alors away comme une « aspectual particle » (ibid. : 77) et suggère que les exemples du type « Bill slept/ waltzed/ drank/ talked/ read/ sneezed away » peuvent être paraphrasés par « Bill kept on V-ing », soulignant que « the meaning is fully compositional » (ibid.). 141

On trouve toutefois dans son ouvrage l’exemple que voici (ibid. : 49) : (79) Then the music died away

Or le phrasal verb die away est fréquemment utilisé pour illustrer la "valeur télique" de away (cf., entre autres, le fait que ce verbe à particule figure dans l’un des exemples du point 4 de la définition de away du LDELC, « so as to be gone or used up »). Pour S. Lindstromberg, il s’agit ici d’un emploi de away de type « extension métaphorique », dans lequel on a un Landmark abstrait, et dont il rend compte ainsi (ibid.) : In (79), died away is an expression of the systematic metaphor ‘to exist is to be here; not to exist is to be away from here’.

On remarquera que ce commentaire, qui vise à justifier l’existence de tels exemples, n’est en rien incompatible avec le fait de considérer que l’on aurait affaire à la "valeur télique" de away.

118

obligatoire quand on veut spécifier un Landmark (ici une provenance, une origine)142 (ibid. : 46). Puis, il affirme qu’il existe une différence de sens significative entre from et away from, mais déclare en revanche que « away and away from generally mean the same thing » (ibid.). Il nous semble que l’auteur établit là une équivalence quelque peu hâtive : par conséquent, il conviendra de faire preuve de circonspection vis-à-vis de certaines de ses observations. Pour lui, « away is the direct opposite of toward » (ibid.) et « [it] entails ‘decrease in nearness’ » (ibid. : 258). Il suggère de représenter cette particule comme suit :

On le voit, ce schéma n’est pas sans rappeler celui de la CoGEL. Il met en évidence que « the starting point may either be in contact with the Landmark or only near it », puisque « the dotted line is intended to indicate a part of the path that may or may not have been travelled » (ibid. : 47). En résumé, away « is neutral about the location of the starting point » (ibid. : 46). S. Lindstromberg développe ensuite ce point en opposant The car sped away à The car sped on et The car sped off (ibid. : 58). Il met tout d’abord en avant qu’avec on The meaning is that the car continued along a route already begun. There is some implication that movement was (partially) interrupted.

En ce qui concerne the car sped off, il considère que « off the spot the car had been standing on »143 est alors sous-entendu ; en d’autres termes, « off suggests either that the car had been stopped or that it had slowed down quite considerably » (ibid.). Enfin, il estime que (ibid.) : Like off, away is neutral about whether a route was being continued or not. Unlike on, away is wholly neutral about whether the car stopped, or even if it slowed down. Unlike both off and on, away is neutral about whether the car was actually ever even at the implied Landmark […].

142

La CaGEL fait le même usage du terme Landmark que Lindstromberg et en propose la définition suivante

(ibid. : 648) : In formulating expressions about spatial relationships, typically one entity is taken as a reference point (or area) with respect to which another is located. Let us call the reference point or area the landmark and the item whose location or movement is specified the trajector. (Souligné dans le texte)

Il apparaît donc que, d’une manière générale, Landmark est un terme relativement neutre, correspondant grosso modo à un repère. Ici, c’est la présence de la préposition from qui fait varier l’interprétation et incite à le traduire plutôt par provenance/origine. 143

Souligné dans le texte.

119

Cette comparaison permet de comprendre que, même si une origine est effectivement sousentendue144 (ici « the implied Landmark […] is the location of the speaker » (ibid.)), avec away rien n’indique si le trajet part de là ou non. Signalons pour terminer que S. Lindstromberg s’intéresse à quelques exemples dans lesquels « away means ‘continuation without limit’ » (ibid. : 48), « ‘without end’ […] or, by extension, ‘with abandon’ » (ibid. : 257). D’après lui, cet effet de sens « is entirely consistent with away’s latent lack of end-point focus. (cf. the icon  --- which includes no indication of endpoint.) » (ibid.). A nos yeux, cela ne peut constituer qu’un début d’explication de la valeur continuative/ itérative de away mais il n’en s’agit pas moins d’un point de départ prometteur, comme nous aurons l’occasion de le vérifier un peu plus loin. De plus, l’idée que away serait caractérisé par un « lack of end-point focus » explique que S. Lindstromberg évite de parler d’un sens "télique" pour cette particule. C’est donc là une hypothèse que nous devrons à l’évidence veiller à approfondir afin de trancher définitivement cette question.

2.1.4. Une autre valeur ? Etude de cas On se souviendra que dans l’article "The Discontinuous Verb in English" (1965), A. Live pose que « the role of the particle […] approaches the aspectual » (ibid. : 443), et elle illustre son propos en présentant ce que sont, pour elle, les valeurs aspectuelles de up, out, off, back et away. Concernant cette dernière, elle écrit (ibid. : 436-437) : Away [does] not combine with as wide a variety of verbs [as up, out, et off]; moreover it is difficult to differentiate [its] locative use from [its] combinatory effects. Away approximates the iterative or the durative in hammer away (at), eat away (at), chug away, bang away, tear away (at) but the inchoative in imperatives (Fire away! Talk away! Sing away!).

En l’absence de plus de précisions, on peut supposer que ce qu’elle appelle locative use correspond aux emplois de away mettant en jeu ce que l’on a désigné sous le nom de valeur d’éloignement. On retrouve aussi dans ce commentaire l’idée qu’il existe une valeur de away de type continuative/ itérative. Toutefois, il va de soi que l’élément le plus intéressant de cette citation est l’affirmation selon laquelle cette particule aurait une valeur inchoative. Or, aucun 144

En fait, comme le souligne la CaGEL, « away is understood as “away from source x”, with this

unspecified source recoverable from the context » (ibid. : 1554). La grammaire illustre ce point comme suit : In [Don’t wander away] it is implicitly deictic, with the speaker as deictic centre: “away from here, i.e. where I am now”. In [The bird perched on the balcony rail and then flew away again] the interpretation is derived anaphorically: “flew away from the balcony rail”.

C’est pourquoi cet ouvrage considère que away fait partie des éléments « [which] can serve either as deictic markers or as anaphoric markers » (ibid. : 1455).

120

des ouvrages que nous avons consultés ne fait état d’une telle possibilité de façon aussi catégorique qu’A. Live. En réalité, nombre d’entre eux la passent complètement sous silence ; quant aux autres, ils restent très allusifs, se contentant d’évoquer cette éventualité incidemment, à l’instar de D. Bolinger qui se borne à constater que « one can indulge in aspect chopping and distinguish iteratives and inceptives within the more general meaning of “without restraint” » (ibid. : 104). Du reste, il ne fournit qu’un seul exemple de ce type, « Fire away ! », qui se trouve isolé au milieu d’une série qui relève plutôt du continuatif/ itératif. Le CCDT, lui, propose un très énigmatique « sens 5 », intitulé « as one wishes » et illustré d’un laconique « ask away », une combinaison qui ne figure comme phrasal verb dans aucun dictionnaire. Pour ce qui est de R. Jackendoff, il relègue ce point dans une note qu’il rédige à propos de l’exemple « Judah jumped away » (2002 : 78) et dans laquelle il explique que (ibid. : 93) : This has, in addition to the desired iterative reading, an inceptive reading along the lines of ‘gather up one’s nerves and V’, as in Jump away!

On remarquera que le linguiste a recours à l’impératif pour rendre cette interprétation plus évidente. Signalons enfin la réflexion suivante chez D. Spasov (op. cit. : 50) : In ‘to fire away’, ‘speak away’, ‘sing away’ the semantic content of the action is the same as with the corresponding simple verbs, though the introduction of the adverbial component has brought about a certain change in the character of the verb by reducing the duration of the action to its initial moment only.

C’est finalement dans le HVA, l’OED et le Webster que l’on rencontre les passages les plus explicites, puisque le premier donne comme « sens 8 » de away « début d’une action », accompagné de l’exemple « could I ask some questions ? – sure, fire away », et que le second offre, dans l’article qu’il consacre à la particule, la définition suivante : Straightway, forthwith, directly, without hesitation or delay; chiefly colloquial in imperative sentences, as Fire away! = proceed at once to fire, begin immediately […].

Quant à la définition du Webster, elle est très voisine de celle de l’OED, mais elle est illustrée d’un exemple quelque peu surprenant, « the troops were ordered to fire away », dans lequel le verbe fire est employé littéralement, et où away semble avoir un statut purement adverbial. Par ailleurs, on notera que, parmi les verbes à particule qu’A. Live cite comme représentatifs de cette valeur inchoative de away, seul fire away parait faire l’unanimité : dans leurs définitions de cette combinaison, le CCDPV, l’ODPV, l’OPVDLE, le CPVD, le LDELC et le CED mettent tous en avant son caractère inchoatif (cf., à titre d’exemple, « used to tell

121

somebody to begin asking questions or to begin to speak » (OPVDLE)). Cependant, il convient de souligner que ces différentes définitions sont quasiment toujours précédées d’une mention du type usually imperative ou always an order, ce qui n’est pas anodin. On ne manquera pas non plus d’observer que, chez A. Castagna (ibid. : 31), la rubrique « intensité et/ou persistance de l’action » contient un exemple en fire away (« “Fire away!” he said »), que l’auteur glose en ces termes : « posez vos questions, je vous écoute ». Ceci est assorti d’un renvoi à ask away (ibid. : 30), en face duquel on a comme exemple « Can I ask you something? – Ask away! » qui est traduit par « allez-y, posez votre question ! ». Une idée qui est également présente dans la définition de fire away de l’OED qui paraphrase ce verbe d’un « to ‘go ahead’ »145. En revanche, pour ce dictionnaire, ask away signifie plutôt : « to do away with by asking ». Les définitions de talk away fournies par le CCDPV et l’OPVDLE, à savoir « if you talk away, you talk continuously for a period of time » et « to talk without stopping for a period of time » respectivement, semblent indiquer que ce phrasal verb relève plutôt de la valeur continuative de away. C’est d’ailleurs ce que suggère le fait qu’il soit classé sous « 5. Action continue » dans l’ouvrage de M. Riccioli et B. Bazin (ibid. : 46) et sous « 7 Continuous activity » dans le CCDPV. Au demeurant, on pourra être surpris de ne pas le retrouver dans la rubrique équivalente des listes dressées par A. Castagna mais parmi les phrasal verbs pour lesquels ce dernier considère que c’est la « valeur spatiale » de away qui s’exprime. Il propose ainsi l’exemple « Anna Freud did talk away the disturbances of speech », qu’il rend en français par « c’est un fait qu’en parlant à ses analysants, A. Freud a guéri des troubles du langage » (ibid. : 29). Comme on peut le constater, il y a là une parenté certaine avec les schémas résultatifs, mais rien qui puisse être qualifié d’inchoatif. Enfin, le seul dictionnaire dans lequel sing away apparaisse est l’OED, qui distingue deux sens pour ce verbe : d’une part « to take, drive, force, etc. by or with singing », dont le premier exemple attesté, qui date de 1650, est « to be chirpingly drunk, and sing away sorrow » - auquel cas away se trouve en concurrence avec forth, off et out of ; et d’autre part, « to spend or pass away (life) in singing », qui est accompagné de l’exemple « the winged habitants, that in the woods their sweet lives sing away ». Sing away figure en outre dans un exemple de la rubrique « 3. Continuer quelque chose pendant un certain temps » du HVA : « she was in the bath, singing away to herself ». Les descriptions de D. Bolinger (ibid. : 104)

145

Il est intéressant d’observer que notre requête dans le BNC n’a retourné aucune occurrence se rapprochant

de l’exemple utilisé dans la définition du Webster.

122

et d’A. Castagna (ibid. : 31) incluent, elles aussi, un énoncé de ce type. Toutefois, le point qui a le plus retenu notre attention est que ce phrasal verb y est également utilisé pour illustrer la valeur d’éloignement de away. Chez D. Bolinger, on rencontre ainsi « they sang away their blues » (ibid. : 103), et chez A. Castagna « why don’t you sing your worries away? » (ibid. : 28). Ces deux exemples sont identiques : sing away peut y être paraphrasé par to get rid of something by singing et il va sans dire que cela rappelle à nouveau les schémas résultatifs. Mais, on remarquera surtout que away paraît ici fonctionner comme un moyen d’ajuster deux notions a priori incompatibles. En effet, il est clair que blues et worries ne font pas partie des termes normalement susceptibles d’occuper la place de complément d’objet de sing car ils ne renvoient pas à du "singable". Par ailleurs, l’idée de faire disparaître quelque chose n’entre pas dans les propriétés habituellement associées à sing. La conclusion qui s’impose, au vu de l’ensemble de ces éléments, est qu’il n’y a pas, à proprement parler, de valeur inchoative de away. Il s’agirait plutôt d’un effet de sens à mettre sur le compte de l’association de cette particule avec le verbe fire (dont le sémantisme se prête à une telle interprétation), mais aussi, et avant tout, de l’utilisation de l’injonction sous la forme d’un impératif. C’est du reste ce que semble corroborer une recherche dans le BNC. On y trouve 19 occurrences de fire away, toutes à l’impératif et revêtant toutes un caractère inchoatif. L’exemple (3) en est représentatif : (3) "Look, Laura, I really need to be clear about one or two things before I can see my way forward." "Fire away then," said Laura happily. "First, can I trust Inspector Spruce?" "Yes," said Laura decisively. (HA2 2362)

Lorsqu’on s’intéresse aux autres formes verbales, les occurrences se font plus rares puisqu’elles sont seulement au nombre de 8 (5 au participe présent et 3 au prétérit). Qui plus est, fire away y prend un sens complètement différent, ainsi que le met en lumière l’exemple (4) : (4) Fraser, trying to emulate the success of the jeep raid, managed to drive into a trench, which alerted the enemy defences. They fired away with wild abandon, but luckily with little accuracy, and he was able to extricate himself. (AR8 1223)

On a alors manifestement affaire à la valeur itérative de away et, comme l’indique S. Lindstromberg à propos d’un exemple similaire, « the meaning of away is that […] the shooters were firing not only steadily but in a fashion that was at least relatively unrestrained » (ibid. : 48). C’est ce que souligne la présence du syntagme prépositionnel with wild abandon en (4). On pourrait donc proposer une traduction de fire away proche de celle

123

que M. Riccioli et B. Bazin (ibid. : 45) donnent de blaze away, à savoir « maintenir un feu nourri contre ». En ce qui concerne talk away, une requête dans le BNC livre des résultats assez conformes à ce que l’examen des différents dictionnaires et autres ouvrages avait révélé. Aucune des 19 occurrences en question n’est à l’impératif et ne peut être considérée comme ayant une valeur inchoative. A l’image de l’exemple (5), 14 d’entre elles (4 au prétérit progressif, 3 au présent simple, 3 au participe présent, 2 au prétérit simple, 1 au present perfect et 1 base verbale) mettent en œuvre la valeur continuative de away : (5) Sometimes she tries to overcome her shyness and pays me a visit in my room; but though I talk away desperately in my appalling Hindi just so she will stay, quite soon she jumps up and runs away. (G3M 1041)

Pour ce qui est des 5 autres occurrences (3 en to + base verbale, 1 au gérondif et 1 au present perfect), 2 sont en tous points semblables à l’exemple d’A. Castagna que nous avons mentionné un peu plus tôt. Les 3 autres, quant à elles, semblent mêler propriétés des schémas résultatifs et valeur continuative de away, comme on peut s’en rendre compte à la lecture de l’exemple (6)146 : (6) We were at Oxford together, Robert and I, and have often talked the night away in former times, mingling literature and politics and cheap red wine with the cigarette smoke and the laughter and the brittle pile of old Al Bowlly records […]. (ADA 456)

On notera d’ailleurs que cette double composante sémantique est assez nettement mise en relief par la définition de talk away de l’OED, « to spend or pass away (time, and the like) in or by talking », qui s’accompagne, de plus, d’un exemple remarquablement parlant : « we have already talked away two miles of our journey ». Il va de soi qu’un tel exemple appelle le même type de commentaires que ceux que nous ont inspirés les exemples en sing away de D. Bolinger et A. Castagna. En effet, comment ne pas s’interroger sur ce qui permet à talk de prendre comme complément d’objet two miles of our journey, expression qui n’appartient en aucun cas au "-able" de ce verbe ? Ici aussi, away paraît rendre compatibles deux notions qui ne le sont pas d’ordinaire147. 146

Ces exemples sont typiques de ce que R. Jackendoff (1997) nomme la « ‘time’-away construction ». Il

s’agit là d’un emploi très intéressant de away qui demanderait à faire l’objet d’une analyse approfondie, ce qui ne pourra malheureusement pas être le cas ici. 147

Tout bien considéré, il n’est pas inenvisageable que ce soit également le rôle joué par away dans

l’exemple « the acid ate away the exposed parts » (Bolinger, ibid. : 103), ce type d’emploi étant impossible lorsque eat est utilisé seul. Il semble en tout cas que la combinaison eat away pose véritablement problème,

124

Concernant sing away justement, on ne rencontre dans le BNC que 4 occurrences de ce phrasal verb, dont aucune n’est à l’impératif (1 en to + base verbale, 1 au gérondif, 1 au participe présent et 1 au prétérit progressif). En fait, elles mettent toutes en jeu la valeur continuative de away. Force est donc de constater qu’on ne trouve aucune occurrence pour faire pendant aux exemples de D. Bolinger et A. Castagna qui avaient éveillé notre attention. Enfin, il convient de signaler qu’il existe bien quelques occurrences de ask away : elles sont au nombre de 14 dans le BNC et sont très semblables à celles de fire away, puisqu’elles sont invariablement à l’impératif et présentent un caractère inchoatif indéniable, à l’image de celle de l’exemple qui suit : (7) "What's bothering you now?" he asked. "I'm trying to screw up enough courage to ask you a favour," she muttered, flushing. "Ask away." "Could I possibly borrow some money?" she asked, turning in her seat to look at him. (JYC 1834)

A nos yeux, il ne fait de nouveau aucun doute que cette valeur n’est pas imputable à away, mais à la modalité de l’assertion choisie, les gloses proposées par Castagna (que l’on a citées plus haut) étant particulièrement éloquentes de ce point de vue. Pour conclure, si l’article d’A. Live a le mérite de mettre en avant un effet de sens méconnu de certaines combinaisons en away – dont il conviendra de tenir compte, il n’évite cependant pas l’écueil d’attribuer à la particule une valeur qui résulte en réalité du contexte dans lequel elle est employée. De fait, ce qui ressort de l’analyse à laquelle nous venons de nous livrer n’est pas le caractère supposé inchoatif de away, mais plutôt la valeur de type « intensité/ persistance »148 de cette particule. Nous avions jusqu’à présent choisi de parler de valeur continuative/ itérative, adoptant ainsi la terminologie utilisée tant par L. Brinton (cf. away « mark[s] continuative / iterative aspect » (ibid : 175)) que par les dictionnaires unilingues (cf. « continuously » dans les définitions du CED, du CCDT et du LDELC). Or, cette appellation, quoique pratique, est peut-être un peu réductrice. En effet, elle pourrait avoir tendance à nous amener à négliger une dimension de cette acception de away. Il n’est sans doute pas anodin que D. Bolinger (ibid. : 103) préfère les expressions « without let or hindrance » et « without restraint », que C. Bouscaren et J.-C. Burgué (ibid. : 13) aient recours à la formule « longue durée, intensité », et que S. Lindstromberg (ibid. : 257) juge nécessaire de préciser « ‘without end’ […] or, by extension, ‘with abandon’ ». A quoi on peut ajouter le puisque D. Bolinger cite l’exemple en question comme représentatif du sens « to (at) a distance from the scene » (ibid. : 102), c’est-à-dire de la valeur d’éloignement de away, tandis qu’A. Live, elle, le mentionne pour illustrer que « away approximates the iterative or the durative ». 148

Faute de mieux, nous reprenons là les termes d’A. Castagna (ibid. : 23).

125

fait que l’on trouve les adjectifs intensifying et persistent dans les commentaires de la CoGEL. L’expression intensité et/ ou persistance de l’action n’est certes pas exempte de défauts, mais elle présente l’avantage de regrouper tous les emplois de away qui sont de l’ordre du continuatif (cf. persistance) ou de l’itératif (cf. intensité)149, tout en englobant un certain nombre d’autres effets de sens apparentés.

149

Il convient de préciser ici que ce sont les phrasal verbs qui ont un sens continuatif ou itératif, mais qu’à ce

stade, rien n’indique si cette valeur vient de la particule ou si elle est induite par la configuration dans laquelle celle-ci est employée.

126

2.2. Off 2.2.1. Remarques historiques Comme l’explique l’OED, off [is] originally the same word as of, […] ; off being at first a variant spelling, which was gradually appropriated to the emphatic form, i.e. to the adverb and the prepositional senses closely related to it, while of was retained in the transferred and weakened senses, in which the prep[osition] is usually stressless and sinks to (əv). Off appears casually from c 1400, but of and off were not completely differentiated till after 1600.

Le dictionnaire ajoute même que « of was sometimes used even in the 17th c[entury] ». A la suite de l’OED, mais également de W. Skeat (1958 : 409) ou de P. Gettliffe (op. cit. : 75), on ne saurait donc que trop insister sur le fait qu’à l’origine off n’était ni plus ni moins qu’une simple variante graphique de of. On remarquera au passage que, contrairement à celle du composé on weġ qui a pris de multiples formes au cours des siècles (cf. supra 2.1.1), l’orthographe de of est demeurée relativement stable puisque, hormis l’alternance avec off, l’OED ne fait état de l’existence que de deux variantes. Cet ouvrage indique par ailleurs que : The primary sense was away, away from, a sense now obsolete, except in so far as it is retained under the spelling OFF.

précisant que : From its original sense, of was naturally used in the expression of the notions of removal, separation, privation, derivation, origin or source, starting-point, spring of action, cause, agent, instrument, material, and other senses, which involve the notion of taking, coming, arising, or resulting from.

Ainsi que le souligne P. Gettliffe (ibid. : 70), en vieil-anglais of est clairement plurifonctionnel : il « apparaît […] comme préposition […], comme préfixe verbal […] et particule » (ibid. : 30). R. Hiltunen (op. cit. : 204) mentionne même l’existence d’emplois, plus rares cependant, dans lesquels il endosse « an adv[erbial] function ». En fait, alors que « in Old English, most [verbal prefixes] occur only occasionally as adverbial particles, usually with quite literal meaning », « of [...] show[s] fairly full development as verb [particle] » (Brinton, op. cit. : 217) et fait partie de celles qui « sont [déjà] d’un emploi régulier » (Gettliffe, ibid. : 72). P. Gettliffe (ibid. : 75) estime qu’à cette époque « on le rencontre surtout pour exprimer la séparation physique ou l’éloignement ». L. Brinton semble partager ce point de vue puisqu’elle écrit (ibid.) :

127

Of most commonly denotes ‘separation, removal, privation’ […], notions which combine directional and telic meanings, especially with verbs of physical action, such as cut, carve, hew, pull, drive, knock, wring, etc.

Toutefois, elle s’arrête sur un exemple dans lequel « the particle occurs with a verb not naming a physical movement », et pour elle « this usage seems to suggest that the change from directional to telic meaning has progressed quite far in Old English » (ibid. : 218). Elle considère donc of comme l’une des « most common telic particles in Old English » (ibid. : 226). R. Hiltunen (ibid.), quant à lui, cite une série d’exemples « where of conveys a resultative meaning ». Selon P. Gettliffe (ibid. : 92), of fait partie des particules « existant déjà en V.A. [qui connaissent] le développement le plus spectaculaire », et en moyen-anglais il « exprime l’éloignement, la séparation […] mais aussi la cessation […] [et] a d’autres emplois avec différents sens figurés » (ibid. : 97). C’est ce que semble confirmer L. Brinton, qui commente une série d’occurrences de put off et break off en ces termes (ibid. : 227) : « the putting off of earthly things, of events, or of fears and the breaking off of activities are, of course, figurative ». D’après elle, « as in Old English, of may have both directional and telic meaning with verbs of cutting, but it occurs with these senses with a wider variety of verbs » ; elle mentionne même un exemple dans lequel « it seems purely telic in meaning » (ibid. : 226). Le développement des sens de of/off ne cesse dès lors de se poursuivre : l’étude menée par D. Spasov (op. cit. : 24) fait ainsi apparaître que c’est l’une des particules qui acquiert le plus de nouveaux sens au 18ème siècle, alors même que les données recueillies par l’auteur enregistrent un recul de l’emploi des phrasal verbs durant cette période. Enfin, cette évolution ne s’est pas arrêtée là puisque, comme le souligne P. Gettliffe (ibid. : 107), off fait partie des particules qui continuent à gagner en importance en anglais contemporain.

2.2.2. L’approche taxinomique 2.2.2.1. Les dictionnaires unilingues La longueur des définitions de off proposées par les dictionnaires unilingues semble corroborer cette affirmation. L’OED ne lui consacre pas moins de trois pages (contre une seulement à away), recensant 24 sens pour ses emplois adverbiaux et 10 sens pour ses emplois prépositionnels, soit un total de 34 sens – total qui ne tient pas compte des 8 sens supplémentaires que ce dictionnaire prête à off lorsqu’il apparaît dans des locutions et autres expressions idiomatiques. Cette inflation n’épargne du reste aucun des différents dictionnaires que nous avons consultés : à titre d’exemple, on signalera que le LDELC, dont nous

128

déclarions plus haut qu’il allait droit aux valeurs contextuelles les plus courantes du fait de sa vocation de dictionnaire d’apprenants, dénombre, lui, 21 sens pour off (emplois adverbiaux et prépositionnels confondus). Il n’y a pourtant rien d’étonnant à cela si l’on considère que les définitions données par ce type de dictionnaire sont étroitement liées au contexte. Or, off étant d’un emploi beaucoup plus fréquent que away150, par exemple, il s’ensuit une multiplication des contextes dans lesquels il peut apparaître. La définition de l’OALD en fournit un bon aperçu, tout en ayant le mérite d’être l’une des plus succinctes : adv. 1 away from a place; at a distance in space or time: I called him but he ran off. 2 used to say that sth has been removed: He’s had his beard shaved off. 3 starting a race: They’re off (= the race has begun). 4 no longer going to happen; cancelled: The wedding is off. 5 not connected or functioning: Make sure the TV is off. 6 (especially BrE) (of an item on a menu) no longer available or being served: Sorry, the duck is off. 7 away from work or duty: I’ve got three days off next week. 8 taken from the price: All shirts have / are 10% off. 9 behind or at the sides of the stage in a theatre. prep. 1 down or away from a place or at a distance in space or time: They were still 100 metres off the summit. 2 leading away from sth, for example a road or room: We live off Main Street. 3 used to say that sth has been removed: You need to take the top off the bottle first. 4 away from work or duty: He’s had ten days off school. 5 away from a price: They knocked £500 off the car. 6 off of (non-standard or NAmE, informal) off; from: I got it off of my brother. 7 not wanting or liking sth that you usually eat or use: He’s finally off drugs (= he no longer takes them).

On remarque tout d’abord que, plus encore peut-être que dans le cas de away, ce sont bien le verbe auquel est associé off et le contexte dans lequel il est employé qui motivent la délimitation des différents sens qui lui sont attribués et leur définition. Ceci vaut d’ailleurs quel que soit le dictionnaire consulté : ainsi le CCDT propose-t-il « in or into a state of sleep: doze off » et le CED « removed from contact with something, as clothing from the body: the girl took all her clothes off ».

150

Dans le BNC, off apparaît à la fréquence de 701,11 occurrences par million de mots (avec 70 185

occurrences au total), contre une fréquence d’occurrence de 500,91 par million de mots pour away (qui totalise 50 144 occurrences).

129

Par ailleurs, à l’instar de l’OALD, beaucoup de dictionnaires définissent off en des termes quasi-identiques à ceux employés pour away (cf. « at a stated distance in space or time »). Qui plus est, ils utilisent away (from) pour le caractériser151. Ceci n’est guère étonnant au regard de l’étymologie de off puisque, on s’en souvient, l’OED donne away, away from comme « primary sense » de of. Il nous semble toutefois qu’établir ainsi une telle synonymie est peu judicieux : s’il est incontestable qu’il convient de rapprocher off et away, définir l’un à l’aide de l’autre est exagéré et ne peut que poser problème. Au chapitre des rapprochements possibles, on notera que l’on trouve out dans trois des définitions que le CED propose (« out from the shore or land », « out of contact ; at a distance » et « out of the present location »). Ce lien avec out est également établi par le LDELC qui explique l’un de ses exemples à l’aide de cet adverbe : « Catch this bus and get off (=out of the bus) at the station ». Enfin, off est mis en relation avec une troisième préposition, puisque le LDELC et l’OED invitent le lecteur à le comparer à on, qui est, parfois, tout simplement présenté comme son contraire. La définition de l’OALD est relativement complète et représentative à une exception près : elle ne fait aucune mention de l’existence d’un sens télique de off. L’ensemble des autres dictionnaires en fait pourtant état (cf., par exemple, « so as to be completely finished or no longer there » dans le LDELC, ou « so as to exhaust or finish ; so as to leave none ; to the end ; entirely, completely, to a finish » dans l’OED). Ce sens télique est défini d’une manière assez similaire à ce que l’on avait pu voir avec away. Toutefois, il existe une différence notable entre les deux, qui réside dans le fait que l’on trouve l’adverbe completely là où l’on avait plutôt gradually dans le cas de away. Enfin, on ne peut conclure cette brève présentation des définitions proposées par les dictionnaires unilingues sans signaler qu’à côté des emplois comme adverbe et comme préposition, il existe des emplois de off comme adjectif, comme nom, et même comme verbe. Tous dérivent de l’emploi adverbial de off puisque, comme l’indique l’OED à propos de l’adjectif, il s’agit de « the adv[erb] used attrib[utively] » ; quant aux emplois en tant que substantif ce sont des « absolute or ellipt[ical] uses of the adj[ective] ». Enfin, en tant que verbe, on a affaire à des « elliptical […] uses of OFF adv[erb] ». Les premiers exemples datent tous de la seconde moitié du 17ème siècle. La délimitation entre emplois adverbiaux et emplois adjectivaux n’est, du reste, pas toujours facile à opérer, comme en témoigne le fait que les différents dictionnaires ne s’accordent pas tous sur la manière de classer certains exemples 151

De ce point de vue-là, la définition la plus édifiante est sans nul doute le « away from being on » que l’on

trouve dans l’OED.

130

pourtant tout à fait semblables. En tant que nom, off est surtout lié au vocabulaire du cricket, mais il sert également à désigner « the start of a race » (OED). En tant que verbe, l’emploi principal, assez récent puisqu’il remonte à la fin des années soixante, appartient à l’argot des Noirs Américains aux Etats-Unis : to off veut alors dire to kill. 2.2.2.2. Dictionnaires de verbes à particule A la manière des unilingues, ceux des dictionnaires de verbes à particule qui se risquent à dresser une liste détaillée des sens de off s’égarent en les multipliant de façon ad hoc ; de sorte que les listes en question ne font que refléter le sens pris par les différentes combinaisons et ne fournissent que des indications indirectes sur celui de la particule elle-même. De plus, dans le cas présent, on observe une relative fluctuation dans les dénominations d’un ouvrage à l’autre : contrairement à ce que l’on a pu voir avec away, dont toutes les caractérisations utilisaient le nom éloignement, ici aucun terme ne se détache significativement des définitions de off. Ce flottement résulte vraisemblablement du fait que ces dictionnaires ont tendance à opérer un classement des différents phrasal verbs formés avec une particule donnée et à imputer à cette particule le sens attribué à chacune des catégories identifiées. Ainsi citera-ton, entre autres intitulés curieux, le « changement, dégradation de quelque chose » du HVA (op. cit. : 93) et le « mettre en valeur » de M. Riccioli et B. Bazin (op. cit. : 137), ou bien encore l’idée d’« essor » mentionnée par P. Gettliffe (ibid. : 109), qui, lui, prend au moins la précaution d’écrire que « off poursuit son développement dans des combinaisons qui expriment […] »152. Comme nous avons eu l’occasion de le signaler à plusieurs reprises, les deux dictionnaires en anglais qui proposent une liste de sens pour chaque particule (à savoir l’OPVDLE et le CCDPV) n’évitent pas l’écueil dont il vient d’être question ; en ce qui concerne off, ce sont même eux qui offrent la liste plus longue, recensant chacun 14 sens. Malgré de légères différences de formulation, ils sont, à une exception près, d’accord l’un avec l’autre. Voyons donc ce qu’un bref examen de ces classifications peut nous apprendre. A cet effet, voici les éléments essentiels de celle du CCDPV : 1 Departure. Blast off, head off, run off, ship off, etc. 2 Removing and disposing. Cut off, scrub off, slip off, tick off, etc. 3 Obstructing and separating. In several phrasal verbs with off, the verb indicates a type of barrier, and the combination has the meaning of obstructing, blocking or separating. Cone off, curtain off, divide off, rope off, seal off, etc. 152

Nous soulignons.

131

4 Rejecting. Sometimes [combinations] refer to abandoning a particular habit or thing, […]. Other combinations imply that you are ignoring something. Brush off, laugh off, lay off, shrug off, slough off, swear off, etc. 5 Preventing and protecting. Fend off, stave off, ward off, warn off, etc. 6 Beginning. You can use off to imply starting to do something, […]. Combinations with transitive verbs convey a sense of causing something to begin. Kick off, lead off, set off, start off, touch off, trigger off, etc. 7 Stopping and cancelling. Phrasal verbs with off can also imply the ending of something. Call off, rain off, shut off, switch off, trail off, etc. 8 Decreasing. Off is frequently used to show that something decreases. […] Off sometimes combines with verbs formed from adjectives to indicate that something gradually has less of a quality. Cool off, ease off, tail off, wear off, etc. 9 Finishing and completing. People often use off to indicate that an activity or process is completed. Bring off, finish off, polish off, round off, etc. 10 Consuming. Dine off, feed off, live off, run off, sponge off, toss off, work off. 11 Falling asleep. Doze off, drift off, drop off, get off, go off, nod off. 12 Displaying. Finish off, mouth off, set off, show off, sound off. 13 Deceiving. Fob off, goof off, palm off, pass off as, play off against, rip off, skive off, throw off. 14 Exploding and firing. Fire off, go off, let off, loose off, set off.

Signalons d’emblée que c’est la catégorie 11, « Falling asleep », qui est absente de la classification de l’OPVDLE : à sa place on a « being absent from work or school ». Il s’agit là de l’un de ces choix arbitraires opérés par les dictionnaires dont nous faisions état un peu plus tôt (cf. supra p. 110). La preuve en est que take off et skive off, qui sont cités comme exemples de phrasal verbs dans lesquels off signifie « being absent from work or school », se trouvent classés, dans la même acception, respectivement sous « 7 Stopping or cancelling » et « 13 Deceiving » par le CCDPV. Toutefois, on comprend bien que cela n’a pas grande importance au regard du sens de off lui-même. En effet, lorsque l’on examine la liste des verbes à particule regroupés sous 11, on se rend immédiatement compte que l’idée de sommeil n’est en aucun cas le fait de off, mais plutôt celui des verbes auxquels il est associé153. Ainsi doze signifie-t-il « to sleep lightly or intermittently » et nod « to let the head fall forward through drowsiness; be almost asleep » (CED). Il convient en revanche de se demander pourquoi off s’associe avec ces verbes et ce qu’il apporte à ces combinaisons. On peut penser qu’il s’agit ici de quelque chose de l’ordre du passage d’un état à un autre, ce qui expliquerait qu’avec ces

153

A l’exception de get et go.

132

phrasal verbs, il soit question d’endormissement et non plus de dormir, comme lorsque les verbes sont employés seuls. On peut mener un raisonnement similaire à propos des sens 10, 12, 13 et 14 identifiés par le CCDPV, à savoir considérer qu’ils sont entièrement imputables aux verbes. Reste évidemment, là encore, à cerner précisément le rôle joué par off. Au demeurant, les combinaisons que l’on trouve sous 10 sont particulièrement intéressantes car, comme le souligne le CCDPV, « on can often be used with a similar meaning ». Or, on, on l’a vu en 2.2.2.1, est traditionnellement présenté comme le contraire de off, tant en ce qui concerne leurs valeurs spatiales respectives qu’en ce qui concerne leurs valeurs aspectuelles, puisque off est censé avoir un sens "télique" et on un sens continuatif (cf., entre autres, D. Bolinger (op. cit. : 107) et L. Brinton (ibid. : 175)). On peut donc légitimement s’interroger sur ce qui, dans le cas précis de ces quelques verbes, rend leur alternance possible. Le sens 6 pose le même problème que les sens 10 à 14 : le CCDPV attribue à off le fait que les combinaisons en question expriment l’idée de commencement alors qu’il est évident, au vu des verbes avec lesquels la particule est associée (lead, trigger, etc.), que c’est de ce côtélà qu’il faut chercher l’origine de cet effet de sens. On évite ainsi de laisser entendre que off peut prendre des valeurs totalement opposées puisque, à première vue, les sens 7 à 9 auraient pu sembler en complète contradiction avec 6. Il conviendra naturellement de se demander ce qui permet à off de s’associer aussi bien avec des verbes du type start qu’avec des verbes du type finish. On peut d’ores et déjà avancer qu’il s’agit à nouveau en quelque sorte de marquer le passage d’un état à un autre. Concernant 7 à 9 justement, un certain nombre de remarques s’imposent. Tout d’abord, il nous semble qu’il n’y a pas lieu de procéder à un tel découpage (qui, de toute manière, ne fait que refléter le sens des verbes eux-mêmes), et qu’une même valeur de off est à l’œuvre dans tous les cas : sa valeur "télique". On notera par ailleurs que, dans sa définition de 8, le CCDPV utilise l’adverbe gradually, ce que fait également l’OPVDLE pour la catégorie correspondante de sa classification (cf. « off can be used with some verbs to express the idea of something gradually decreasing in strength or effect »). Ces deux dictionnaires paraissent donc contredire les unilingues puisque, comme nous l’avions signalé un peu plus haut, ceuxci n’emploient jamais cet adverbe dans leurs définitions de off : on avait relevé à la place la présence de completely. Toutefois, on peut s’interroger sur ce qu’entendent décrire le CCDPV et l’OPVDLE avec gradually : est-ce off ou bien le verbe auquel il est associé ? Cool et dry, pour ne citer que ces deux exemples, renvoient à des notions que l’on peut parfaitement qualifier de graduelles. C’est donc un point qu’il était nécessaire de soulever, mais il convient 133

de ne pas en tirer de conclusions trop hâtives quant à la "télicité" de off, comme l’a montré notre étude de away. Du reste, 9 est bien intitulé « finishing and completing »154, et la catégorie qui lui fait pendant dans l’OPVDLE « finishing completely ». Le commentaire qui l’accompagne est, quant à lui, particulièrement intéressant : Off can be used with some verbs to emphasize that something is completely finished. Often these are verbs that can also be used on their own with a similar, but weaker, meaning.

Le HVA (ibid.) semble appuyer cette observation puisque l’une des valeurs qu’il attribue à off est formulée comme suit : « pour intensifier le sens d’un verbe », ce qui est illustré par l’énoncé « the scripwriters have decided to kill off the character ». On trouve également une remarque similaire chez L.A. Hill (op. cit. : 108), à savoir « off often merely strengthens the meaning of the verb », remarque accompagnée, entre autres exemples, de l’énoncé « you had better finish off your letter before you go to bed ». Qu’il s’agisse de kill off ou de finish off, on peut se demander ce qui justifie la présence de off et ce que l’utilisation du verbe à particule apporte de plus que celle du verbe simple. Les termes employés par les trois ouvrages que nous venons de citer ne sont certes pas forcément des plus judicieux, mais les travaux en question ont le mérite d’attirer l’attention sur un aspect des combinaisons en off qui se doit d’être étudié. Pour l’instant nous nous contenterons de signaler que cela nous évoque la remarque de L. Brinton (ibid. : 174-175) que voici : Finally, one would not expect telic particles to occur redundantly with accomplishment verbs, yet quite frequently one finds concatenations such as heal up, flatten out, clean up, wrap up, bring out, cool off/down, and fill up. Traugot (1982:252)155 suggests that the particle serves to make a ‘covert’ endpoint ‘overt’, while Lindner (1983:169ff.) 156 argues that in different contexts accomplishment verbs ‘vary relatively widely with respect to the actual extent of the process that is profiled’ (p. 170); the particle serves to ‘profile’ the goal.

Reste un dernier point à traiter concernant cette classification des sens de off par le CCDPV : celui de la "synonymie" avec away. En effet, ce dictionnaire accompagne sa présentation de « 1 Departure » de la remarque suivante : « when off is an adverb, away often

154

Nous soulignons.

155

Traugott, Elizabeth C. 1982. From prepositional to textual and expressive meanings: some semantic-

pragmatic aspects of grammaticalization. In Winfried P. Lehmann and Yakov Malkiel (éds.), Perspectives on historical linguistics, 245-71. (Current Issues in Linguistic Theory, 4.) Amsterdam and Philadelphia: John Benjamins. 156

Lindner, Susan J. 1983. A lexico-semantic analysis of English verb-particle constructions with out and up.

Indiana University Linguistics Club.

134

has a similar meaning ». On trouve également un commentaire de ce genre dans l’OPVDLE (cf. « [off] is often used with verbs of movement to indicate movement away from a place […]. Off can sometimes be replaced by away in this meaning »). Quant à L.A. Hill, non seulement il renvoie à away à 6 reprises, mais il l’utilise aussi pour définir un sens de off (cf. « off meaning ‘at a distance [from]’, or ‘away [from]’, in space or time, with no motion implied » (ibid. : 107)), ainsi qu’un certain nombre d’expressions en off. On retrouve donc là le rapprochement avec away que l’on avait déjà remarqué dans les dictionnaires unilingues. On avait alors souligné à quel point établir une synonymie entre ces deux particules nous semblait problématique. Le problème se pose d’ailleurs d’une manière bien plus aiguë dans le cas présent car, à côté de L. Davenport (op. cit. : 8) qui emploie deux termes bien distincts pour définir le sens général de away et de off (à savoir, respectivement, éloignement et séparation), d’autres auteurs utilisent indifféremment le même – éloignement – pour les deux particules. Ainsi chez M. Riccioli et B. Bazin le "sens général" est-il formulé de telle sorte qu’on est inévitablement amené à s’interroger sur la différence qu’il y a entre les deux (cf. « position ou mouvement d’éloignement » versus « exprime la distance, l’éloignement » (ibid. : 41, 122)). Ce ne sont pas les seuls à proposer une définition ambiguë puisque C. Bouscaren et J.-C. Burgué (op. cit. : 15) écrivent que « off indique aussi le départ, l’éloignement (comme away mais avec quelque chose de moins définitif) ». Cette comparaison est a priori loin d’être inintéressante, mais elle mériterait de plus amples explications, car on se demande tout de même comment les auteurs parviennent à identifier une telle nuance de sens, et, surtout, ce qu’elle recouvre exactement. C’est visiblement pour les combinaisons qui signifie s’éloigner, partir que off est le plus proche de away, comme le montrent les exemples « the car slowly moved off » – que le HVA (ibid. : 92) traduit par la voiture s’éloigna lentement157, et « the two lovers walked away hand in hand » – que M. Riccioli et B. Bazin (ibid. : 42) traduisent par les deux amoureux s’éloignèrent main dans la main158 ; tout ceci n’étant pas sans rappeler les exemples en speed away et speed off analysés par S. Lindstromberg (cf. supra p. 119). Si nous maintenons qu’il est hasardeux de postuler un rapport de synonymie entre away et off, il est cependant indéniable qu’il existe une relative proximité sémantique entre ces deux particules, du moins en ce qui concerne leurs emplois spatiaux avec des verbes exprimant un mode de déplacement. Nous reviendrons

157

Nous soulignons.

158

Nous soulignons.

135

sur cette question plus en détail en 2.2.4. à travers l’analyse du fonctionnement d’un certain nombre de paires de phrasal verbs en away et off. On ne peut terminer ce tour d’horizon des dictionnaires de verbes à particule sans mentionner les définitions du sens de off que proposent C. Bouscaren et J.-C. Burgué et A. Castagna car elles se distinguent des autres. Ces auteurs n’évitent certes pas l’écueil de l’éloignement mais pour C. Bouscaren et J.-C. Burgué (ibid.) Off marque l’interruption du contact, la rupture de la continuité. Off marque aussi la rupture avec le moment présent, d’où un nouveau départ, la création d’un état différent (amélioration ou détérioration).

Quant à A. Castagna (op. cit. : 74, 78), il considère que off a pour « valeur générale » la « discontinuité », ce qui, selon lui, se traduit comme suit : Valeur spatiale sans mouvement : isolement, coupure – création d’une limite, d’une séparation Valeur non spatiale : début, ou fin, d’une action, qui parvient à son terme en créant un état de choses nouveau

Il convient d’être prudent car les termes rupture et discontinuité ont un sens bien précis dans la métalangue de la TOE, qu’ils n’ont vraisemblablement pas chez ces auteurs159. Toutefois, au vu du vocabulaire employé et de la manière dont ces définitions sont formulées, il nous semble légitime de nous orienter vers une interprétation du sens de off en terme de franchissement de la frontière, d’où l’idée de passage d’un état à un autre (voire de passage à l’état résultant) que nous avons déjà évoquée. Reste bien évidemment à comprendre précisément à quel type de mécanisme on a affaire pour déterminer avec exactitude l’opération dont off est la trace. C’est la tâche à laquelle nous commencerons à nous atteler en 2.2.4. 2.2.2.3. Grammaires Les grammaires anglaises étant aussi peu prolixes concernant off qu’elles le sont concernant away, notre présentation sera relativement brève. D’emblée, on note que, dans ce cas aussi, c’est le spatial qui domine les descriptions. La LGSWE (op. cit. : 78) classe off avec away, parmi les « adverbial particles »160 mais, à la différence de away, off fait partie des 159

On ne trouve, dans les deux ouvrages concernés, aucune mention de la perspective théorique dans laquelle

ils auraient été rédigés. 160

Pour mémoire, il s’agit de « a small group of short invariable forms with a core meaning of motion and

result » (ibid.)

136

« forms which […] can also be used as prepositions » (ibid.). On retrouve cette catégorisation dans la CoGEL puisque off y apparaît dans la liste des « particles [which] can be either prepositions or spatial adverbs, and in the latter function are known as ‘prepositional adverbs’ » (op. cit. : 1151). Dans cet emploi, off figure aux côtés de away parmi les « common adverbs realizing spatial relations [which] can be used for both position and direction » (ibid. : 516). Par ailleurs, la CoGEL inclut off dans son tableau récapitulant « the dimensional orientation of the chief prepositions of space » (ibid. : 674), en donnant la représentation suivante :

On signalera encore que off se trouve alors en face de on, et que cette opposition est explicitée un peu plus loin quand off est formellement défini comme « ‘not on’ » (ibid. : 678). La CaGEL fait elle aussi état de cette opposition, décrivant off comme « the semantically negative [counterpart] of on » (op. cit. : 648). Or, cet ouvrage indique que « the prototypical situation for on is one in which trajector and landmark are in physical contact with each other » (ibid. : 650), ce qui incite donc à penser que off exprime la séparation. C’est du reste ce que spécifie clairement S. Chalker (1984 : 236), pour qui off signifie « detached, separated ». Pour en revenir à la CaGEL, précisons enfin que ses auteurs (ibid. : 281) considèrent off comme une « prepositional particle » et soulignent que « the preposition can also be transitive »161 ; pour eux, off, tout comme away, est une « source preposition », c’està-dire qu’elle indique « [the] initial location [in] a change of location », et « [it] can also be used for static location » (ibid. : 648). Pour en terminer avec ce tour d’horizon des grammaires, intéressons-nous à la Grammaire Anglaise en contexte de J.-C. Souesme, car c’est finalement dans cet ouvrage que l’on trouve les éléments les plus éclairants concernant le sémantisme de off. En effet, selon l’auteur (op. cit. : 50) : OFF est l’opposé de on ; cette préposition indique la perte de contact avec un autre élément, le départ, la séparation. […] 161

On se souviendra que la CaGEL « employs a definition of the category of prepositions that is considerably

broader than those used in traditional grammars of English » (ibid. : 598).

137

En tant que particule, off garde la même valeur de départ, de séparation, de rupture : […]. Off permet de prendre en compte l’état résultant incluant la disparition de ce que représente soit le sujet du verbe dans le cas d’un verbe intransitif : […] soit le complément d’objet s’il s’agit d’un verbe transitif : […].162

On retrouve là sensiblement la même terminologie que celle employée par C. Bouscaren et J.-C. Burgué (op. cit.) et A. Castagna (op. cit.), à la nuance près que J.-C. Souesme, lui, indique clairement qu’il « s’appuie directement sur la théorie […] dite des Opérations Enonciatives » (ibid. : 1). La présentation qu’il fait de off tend à nous conforter dans l’idée qu’une interprétation en terme de franchissement de la frontière pourrait être appropriée. Toutefois, à ce stade de l’analyse, nous préférons éviter de trop nous avancer quant à la nature exacte de l’opération qui est en jeu : à notre sens, la "séparation" n’est pas obligatoirement une incarnation de la rupture.

2.2.3. Autres approches Parmi les travaux qui traitent des particules, prépositions et/ou phrasal verbs, c’est le English Prepositions Explained de S. Lindstromberg (op. cit.) qui s’avère le plus intéressant et le plus complet concernant off. La description que l’auteur y fait de cette particule repose sur deux points-clés : d’une part la présentation de off comme appartenant au « system of prepositions of ‘separation’ » (ibid. : 40), dont out ferait également partie. En effet, pour lui, avec off « [there is] emphasis on definite separation of Subject from Landmark » (ibid. : 56), affirmation qu’il répète à plusieurs reprises, écrivant notamment un peu plus loin que « off always indicates separation of Subject and Landmark » (ibid. : 201). D’autre part, off est systématiquement présenté comme le contraire de on. Ainsi S. Lindstromberg se contente-t-il pour définir l’un de ses emplois d’un laconique « off is the opposite of ont »163 (ibid. : 55). Et il prend par ailleurs soin de souligner que « in phrasal verbs, as in other contexts, off generally constrasts in meaning with on » (ibid. : 262). S. Lindstromberg (ibid. : 55) reconnaît en fait deux emplois à off, l’un comme « preposition of path » – c’est-à-dire comme préposition indiquant une "trajectoire" – et l’autre comme « preposition of place » – c’est-à-dire comme préposition marquant une position, emplois qu’il représente respectivement comme suit :

162

Nous soulignons.

163

Il précise ailleurs (ibid. : 52) que « the superscript ‘t’ stands for touch for the reason that ont means

‘Subject touches Landmark’. Ont means ‘contact with surface’ and is also used to say that the surface of the Landmark is the end of a path ».

138

Comme on peut le remarquer, ces schémas, qui renvoient très nettement à l’idée de séparation, sont quasiment identiques à ceux proposés par la CoGEL (cf. supra p. 137). S. Lindstromberg apporte tout de même quelques précisions supplémentaires. Tout d’abord, il insiste sur le fait que « off involves a fairly clear conception of the Landmark. That is, it is a surface. What is more, the Subject’s path begins at the surface of the Landmark – not, for example, just beneath it » (ibid. : 45). Par ailleurs, il indique que « as a preposition of place off means ‘not in contact with’, but tends to suggest that contact of Subject and Landmark has occurred in the past or might occur in the future » (ibid. : 55), même s’il nuance son propos en ajoutant que « in some contexts off does not imply former or possible contact but instead simply highlights the fact of separation ». Quoi qu’il en soit, le repère semble devoir jouer un rôle crucial dans l’interprétation du fonctionnement de off. A priori, c’est là une différence majeure avec away. Enfin, S. Lindstromberg attire l’attention sur certaines valeurs que peut prendre off : Off can mean ‘farther into the future’ when the image of horizontal separation […] is applied to time: (68) In 1855 the American Civil War was still five years off. (ibid. : 69) ‘off’ is not available, invalid, not happening, defunct. (ibid. : 65) ‘off’ is bad. (ibid. : 66)

Pour lui, l’existence de ces deux dernières valeurs est intimement liée à l’opposition entre on et off, et s’explique ainsi (ibid. : 65) : Ont and off figure prominently in systems of everyday metaphor. For example, the notion that object A is on something (such as a table), suggests that A is not only visible but easily accessible. ‘Visible’ and ‘accessible’ in turn suggest ‘existing’, ‘current’ (as opposed to ‘defunct’) and, by further extension, ‘good’. The notion that object A is off something (like a table) suggests that A is less visible and less accessible. (Think of an object which has fallen off a table onto the floor.) By extension, off suggests ‘not current’, ‘defunct’, ‘bad’. 164

Une telle explication, aussi séduisante soit-elle d’un point de vue intuitif, n’est pas satisfaisante d’un point de vue linguistique car elle repose uniquement sur le recours à notre connaissance du monde. Quelques remarques simples, concernant deux des exemples utilisés par S. Lindstromberg, peuvent nous fournir les prémisses d’un raisonnement plus pertinent. Les exemples en question sont les suivants (ibid.) : 164

Souligné dans le texte.

139

(49) on/off duty/call/guard (50) on/off the team

Dans un énoncé tel que X is on the team, X est repéré par rapport à the team et on le construit comme appartenant à the team. Avec off, X est toujours repéré par rapport à the team mais cette fois comme n’y appartenant pas, ou plutôt plus, car il semble que le repérage instauré par on serve de référence implicite. La "séparation" que marque off apparaît donc être ici de l’ordre du changement de localisation, ce terme étant, pour l’instant, à prendre au sens le plus large. Pour ce qui est de duty/call/guard, la seule différence est que on ne construit plus une relation d’appartenance mais une propriété temporaire du sujet, une sorte d’état, dont off va indiquer qu’il a pris fin. Il est intéressant de remarquer qu’avec ces deux exemples, on se situe dans une opposition de type "binaire", dans un système dans lequel seules deux valeurs, contradictoires, sont possibles. Cela favorise sans doute l’alternance entre on et off. Toutefois, on peut supposer que, si l’on travaillait sur un système "ouvert", non restreint, on incarnerait toujours la valeur de référence, mais que off pourrait alors uniquement marquer que cette valeur n’est plus vérifiée ; une nouvelle valeur ne pourrait a priori être construite que par un élément extérieur. En tout état de cause, on retrouve donc, avec ces exemples, l’idée de passage d’un état à un autre, mais aussi d’une localisation à une autre, que l’on a déjà évoquée à plusieurs reprises et qui semble constituer une caractéristique essentielle du fonctionnement de off. Il n’y a finalement qu’une seule valeur de off que S. Lindstromberg ne mentionne pas165. D’autres auteurs, eux, en font état, mais on remarquera que la terminologie employée pour la décrire est assez fluctuante et pas toujours très heureuse. Ainsi, pour A. Kennedy (op. cit. : 21), « in a few instances, such as finish off, hit (it) off, pair off, point off, sugar off, taper off, the particle implies […] orderliness or completion »166. Si le terme completion parait 165

Pour être juste, S. Lindstromberg ne passe pas cette valeur totalement sous silence puisqu’il écrit

(ibid. : 23-24) : There is a class of phrasal verbs which are sometimes called perfectives. These extremely common expressions each consist of a main verb plus up, down, out, off, or through […]. In any case, perfective verbs all have to do with the notions of completeness and thoroughness, […].

On le voit, cette remarque pose doublement problème puisque, d’une part la terminologie employée est maladroite, perfective étant loin d’être un terme adéquat comme nous avons pu le voir (cf. supra p. 85-86), et que, d’autre part, l’auteur ne dit rien du rôle de la particule dans la construction de cette valeur. 166

Précisons que l’auteur distingue quatre autres sens pour off, à savoir « separation or departure », « relief or

release », « riddance or extermination », et enfin « removal » (ibid. : 20-21). Les exemples choisis pour les illustrer montrent que ces "catégories", telles que A. Kennedy les conçoit, sont assez hétéroclites, certaines

140

relativement acceptable, orderliness en revanche semble particulièrement mal choisi. Quant aux phrasal verbs cités comme exemples, ils ne sont guère probants : deux d’entre eux (point off et sugar off) ne figurent dans aucun de nos quatre dictionnaires de référence, suggérant qu’il s’agit de combinaisons tombées en désuétude, et, pour la majorité des autres, il est difficile de saisir en quoi ils relèveraient d’une telle valeur. Seul finish off semble vraiment à sa place, mais il va de soi que le verbe finish est pour beaucoup dans l’idée de completion. A. Live, elle, considère que « off contributes a terminative slant » (op. cit. : 436), mais sa liste d’exemples (« pay off, write off, shut off, call off, sleep off, swear off, finish off ») n’est pas forcément beaucoup plus convaincante que celle d’A. Kennedy. On ne trouve, en revanche, aucune liste d’exemples chez D. Bolinger, pour qui off est une particule « signifying result » (ibid. : 134). Enfin, L. Brinton l’inclut dans sa liste des « particles which most frequently indicate the endpoint of an action » (ibid. : 169). Du reste, elle est sans conteste la plus explicite sur ce point, comme en témoignent les deux citations suivantes : In Modern English, […], up, down, off, out, through, and away may indicate either directionality or boundedness […]. (ibid. : 195) […] typically telic nature of verbal particles such as up, down, off, over, away and through in Modern English […]. (ibid. : 184)167

L’ensemble des commentaires de ces différents auteurs semble donc aller dans le sens de l’existence d’une valeur "télique" de off, comme notre examen des définitions et classifications des dictionnaires, unilingues et de verbes à particule, le laissait déjà supposer.

2.2.4. Etude de cas Avant de voir comment on peut rendre compte du fonctionnement de off dans une approche énonciative, il nous a semblé indispensable de revenir sur le problème de la "synonymie" de off avec away pour le traiter de manière plus approfondie. Afin d’essayer de mieux cerner les phénomènes en jeu, nous avons décidé de nous intéresser aux données présentées dans l’ouvrage d’A. Castagna. On l’a vu, selon cet auteur, dans sa valeur spatiale, away « indique l’éloignement » (ibid. : 23). Et il distingue deux valeurs spatiales de off, selon qu’il y a ou non mouvement : s’il y a mouvement, il considère que off, lui aussi, exprime

appellations étant à prendre dans un sens très large et d’autres recouvrant au contraire quelque chose de très spécifique. De plus, les exemples en question posent le même problème de pertinence que celui que nous mettons en évidence à propos de « orderliness or completion ». 167

Nous soulignons.

141

« l’éloignement » (ibid. : 74). Nous avons pensé qu’une comparaison des verbes avec lesquels ces deux particules apparaissent lorsqu’elles ont ce "sens" pourrait s’avérer intéressante168. L’examen des listes établies par A. Castagna révèle que 29 verbes se combinent à la fois avec away et avec off dans le cas qui nous préoccupe. Ce sont back, blow, carry, cast, chuck, clear, come, draw, drop, get, go, hop, hustle, make, march, move, nip, peel, run, send, set, slink, sneak, stalk, steal, stray, take, tow, et whisk. Or, dans leur valeur spatiale d’éloignement, away et off s’associent respectivement avec 156 et 85 verbes. Cela semble donc suggérer : 

d’une part que away est bien plus spécialisé dans l’expression de cette valeur

d’éloignement que ne l’est off ; 

d’autre part que les verbes exprimant un mode de déplacement dont le sens est le

plus spécifique ne s’associent qu’avec l’une des deux particules. En effet, on peut remarquer qu’une majorité des verbes de la liste ci-dessus a un sens assez général. Cela tendrait donc à mettre en évidence l’existence d’une vraie différence de sens entre away et off, puisque les verbes les plus spécialisés, dont on peut supposer qu’ils ont des propriétés plus contraignantes, paraissent sélectionner la particule la plus en adéquation ces propriétés. Toutefois, on ne peut ignorer le fait que, selon les dictionnaires, une forte proportion des combinaisons en away et off formées à partir des verbes de la liste que nous avons dressée sont synonymes dans au moins une de leurs acceptions. Il y en a même quelques-unes pour lesquelles les deux particules semblent pouvoir alterner librement. Afin de vérifier à quel point nos deux particules peuvent effectivement se substituer l’une à l’autre, l’étude d’un certain nombre d’occurrences issues du BNC s’impose donc à ce stade. Parmi les 20 paires de phrasal verbs de la liste ci-dessus qui semblent être synonymes dans au moins une de leurs acceptions, nous avons décidé de nous intéresser à celles formées à partir des verbes hustle, nip, peel, sneak, tow et whisk. En effet, puisqu’il s’agit de s’assurer s’il y a véritablement lieu de parler de synonymie entre away et off, il nous est apparu naturel, au moment d’opérer notre choix, de privilégier les combinaisons pour lesquelles les exemples d’A. Castagna sont parmi les plus proches. De plus, si nous avons préféré retenir des 168

Il va de soi que, compte-tenu de la nature de l’exercice auquel nous nous livrons ici, les conclusions

auxquelles nous pourrons aboutir seront à prendre avec précaution. Nous sommes bien évidemment tributaires des données présentées par A. Castagna, des critères plus ou moins arbitraires qui ont présidé à leur sélection et de leur caractère forcément contraint. Tout en ayant conscience des limites d’un tel cadre, nous considérons qu’il doit tout de même permettre d’effectuer un certain nombre d’observations instructives.

142

combinaisons a priori relativement peu fréquentes, ce n’est pas uniquement pour des raisons pratiques : nous avons pensé qu’il pouvait être intéressant, dans le cadre d’une démarche purement exploratoire comme celle-ci, de sortir du répertoire des verbes habituellement cités comme exemples. 2.2.4.1. Peel Nous commencerons donc par la paire peel away/ peel off et signalerons tout d’abord que l’OPVDLE est le seul dictionnaire de verbes à particule à proposer une définition de la combinaison en away. Elle est formulée en ces termes : « to come off the surface of sth ; to remove a thin layer from the surface of sth », et suivie de la mention « see also peel sth off, peel sth off sth ». La définition que l’on trouve en face de l’entrée en question est rigoureusement identique à celle que nous venons de citer. Ce n’est toutefois pas le seul sens de peel off, qui, toujours selon l’OPVDLE169, signifie également : to remove some or all of your clothing, especially sth that fits tightly to remove some notes from a thick pile of folded or rolled paper money (of cars, aircraft, etc.) to leave a group and turn to one side

De façon quelque peu surprenante, c’est un exemple correspondant en tout point à cette dernière définition, « some of the marchers were exhausted and began to peel away » (ibid. : 26), qu’A. Castagna a choisi pour illustrer le sens de peel … away ! L’exemple en off retenu, « Cook peeled the paper off and held the fish to her nose » (ibid. : 75), n’appelle quant à lui aucun commentaire particulier. Qu’en est-il donc exactement ? Une requête dans le BNC nous a fourni 54 occurrences de peel away et 186 de peel off, toutes formes verbales confondues. Cela fait de peel off le phrasal verb en off de loin le plus répandu de notre sélection, peel away n’étant, lui, distancé que par whisk away. Le tableau qui suit présente une synthèse de la répartition des occurrences en question en fonction de leur sens :

169

On notera que l’on retrouve des définitions tout à fait similaires dans les trois autres dictionnaires de

verbes à particule qui nous ont servi de référence.

143

Peel away Nb d’occ.

To remove - an article of clothing - notes - something abstract - peel - other To remove : total To come off To leave a formation

5 0 8 2 21 36 13 5

Peel off

% du nb total % des occ. du d’occ. sens remove

9,3 0 14,8 3,7 38,9 66,6 24,1 9,3

13,9 0 22,2 5,5 58,3 ― ― ―

Nb d’occ

58 11 6 10 51 136 35 15

% du nb total % des occ. du d’occ. sens remove

31,2 5,9 3,2 5,4 27,4 73,1 18,8 8,1

42,6 8,1 4,4 7,3 37,5 ― ― ―

A la lecture de ce tableau, un premier constat s’impose : la répartition générale est sensiblement la même pour les deux verbes à particule. Contrairement à ce que les dictionnaires semblaient suggérer, peel away, quoique nettement moins répandu que peel off, est donc loin d’être d’un usage marginal et présente en fait strictement le même éventail de sens. Voyons à présent ce qui se cache derrière ces chiffres. Pour ce qui est des occurrences qui signifient to leave a formation, on peut affirmer qu’il existe une différence entre celles en away et celles en off. En effet, une majorité de ces dernières (12 sur 15) est accompagnée d’un élément venant spécifier soit la direction prise, soit, plus rarement, le point de départ, tandis que ce type d’indication est quasiment toujours absent dans le cas des occurrences en away. Les exemples (8) à (10) visent à illustrer ces particularités : (8) Three planes swooped in, fast and low. They banked and peeled away, seeking their hostile prey. (G1S 490) (9) Two clipped young Gurkhas peel off to the side as the Queen stands before the two great thrones, flanked by a clutch of Yeomen of the Guard, pikes resting on their shoulders. (ADB 19) (10) Another dragon had peeled off from the circling dots overhead and was gliding towards them. (HA3 2941)

Ces exemples nous incitent à penser que, si le sens global des deux combinaisons est très proche, le choix d’employer l’une ou l’autre est cependant significatif, car on ne met pas l’accent sur le même aspect de la situation selon la particule en jeu. Avec away, c’est très classiquement l’éloignement qui prime. Pour des raisons qui restent à déterminer off, lui, semble permettre, ou tout au moins faciliter, l’introduction de certaines précisions. Ce sont probablement les occurrences qui signifient to come off qui sont les plus semblables, ce qui pourrait expliquer l’équivalence établie par l’OPVDLE. Comme le montre

144

la série d’exemples qui suit, les contextes d’emploi de peel away et peel off sont alors extrêmement proches : (11) An easy solution to this problem is to use a wallpaper steam stripper and hand scraper: the adhesive just peels away from the wall, without damaging the plaster behind. (ECJ 1052) (12) It was an old farm building with numerous rooms with empty window sockets and a leaking roof; the floors were stone and the plaster was peeling off the walls everywhere. (EE5 967) (13) In most cases it is important to use a special primer first, or else the paint will flake and peel away, following a chemical reaction between it and the raw concrete. (GV1 251) (14) In St Servatius this phenomenon has meant that large areas of the interior walls have been eaten away to a depth of more than a centimetre and the paint layers on the walls are beginning to peel off. (ALV 162) (15) Their skin peeled away and shrivelled while tears of agony rolled from their little red eyes. (CN1 1607) (16) The 43-year-old mum went through six weeks of agony after her skin literally peeled off. (CH6 4682)

Force est de constater que dans ce cas les deux combinaisons ont l’air d’être parfaitement interchangeables. Examinons à présent les occurrences qui signifient to remove, qui sont à la fois les plus nombreuses et les plus hétérogènes. Afin de tenter d’y voir plus clair, nous les avons classées en fonction du sens de l’expression qui occupe la place de complément d’objet (ou de sujet dans le cas du passif), et avons ainsi obtenu les sous-catégories mentionnées dans le tableau ci-dessus. Toutefois, comme le fait apparaître ledit tableau, 37,5% des occurrences en off dont il est question et surtout 58,3% des occurrences en away échappent à ce classement. Ces chiffres, corrélés au fait que 42,6% de ces occurrences de peel off signifient to remove an article of clothing, semblent indiquer que cette combinaison a un sens beaucoup plus spécialisé que peel away. Que peut-on en conclure ? Tout d’abord, il convient d’être prudent et de ne pas attribuer à off, ou à away du reste, un effet de sens qui serait en réalité le fait de peel. On signalera à cet effet que B. Levin (1993 : 130) classe peel parmi les « Verbs of Removing » : une grande partie de l’idée de séparation exprimée par ces combinaisons lui est donc imputable, même si off, tout comme away, doit apporter quelque chose de bien particulier, sans quoi leur présence n’aurait pas lieu d’être. La preuve en est que, au sens de « to remove (the skin, rind, outer covering, etc.) of ( a fruit, egg, etc.) » (CED), peel est habituellement employé seul : avec seulement 2 et 10 occurrences respectivement, peel away et peel off ne sont que très marginalement utilisés avec

145

cette valeur. Le deuxième point sur lequel on doit s’attarder, c’est le fait qu’une proportion importante d’occurrences de peel off signifient to remove an article of clothing. Pour B. Levin, peel fait partie d’un groupe de verbes dont le sens peut être paraphrasé par « “remove X from (something)”, where X is the noun zero-related to the verb » (ibid.), soit dans le cas qui nous intéresse « remove peel from (something) ». Même sans faire intervenir une interprétation en termes de glissement métaphorique, que de toute façon nous rejetons, on comprend assez bien que, notionnellement, les vêtements puissent être considérés comme un type de peel. Par contre, on peut légitimement se demander pourquoi c’est majoritairement off que l’on trouve lorsque l’on a affaire à ce type d’emploi. Ce n’est, au demeurant, pas un phénomène isolé puisque, dans l’entrée qu’il consacre à take off, l’OPVDLE donne l’indication suivante : peel sth off - remove sth - strip off - take sth off - undress These verbs mean to take clothes off your body

Et l’on pourrait encore ajouter d’autres phrasal verbs à cette liste, tels que ease off, fling off, slip off, ou tear off. Il va de soi qu’à chaque fois, le verbe joue un rôle déterminant dans l’expression de l’idée que quelque chose est enlevé, en venant spécifier de quelle manière. Toutes ces combinaisons constituent de fait une façon non neutre, "qualifiée", de dire se déshabiller, enlever un vêtement. Par ailleurs, concernant off, le fait qu’un exemple du type he peeled off his shirt puisse être paraphrasé par he peeled his shirt off his body suggère que l’on est dans un cas où cette particule indique qu’un contact prend fin. Enfin, il n’aura pas échappé à notre lecteur qu’il est ici question d’un domaine qui met typiquement en jeu un couple de valeurs, à savoir être habillé/ déshabillé. Passons maintenant brièvement en revue les rares occurrences de peel away qui relèvent de ce sens, et comparons-les à quelques occurrences de peel off, afin d’essayer de comprendre pourquoi le premier est si rare dans cette acception. (17) It took Robyn ages to peel away the sodden material from her frigid skin. (HGT 291) (18) She put the lanthorn down and made herself quietly continue to ease the sticky shirt from his body. It was glued in places by dried blood, and he flinched as she peeled it away. (C85 2462) (19) She always felt half-naked when he looked at her, as if his eyes were able to peel away her clothes. (GUP 828) (20) His eyes seemed to be stripping the robe from her shoulders, peeling it away, fold by fold, to leave her standing there before him, naked and raw. (H97 2036) (21) As if he, too, was perplexed, the man frowned, then he lifted off his helmet and peeled away the balaclava. (JY9 960)

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On remarque que, dans l’exemple (17), peel away est suivi de from her frigid skin tandis que, dans l’exemple (18), she peeled it away est précédé de to ease the sticky shirt from his body. A une exception près (cf. ci-dessous), on ne trouve jamais ce type de précision avec peel off, qui semble ne pas en avoir besoin. De plus, il ne s’agit visiblement pas juste de (se) déshabiller, mais véritablement de (se) mettre à nu. Les exemples (19) et (20), eux, mettent en avant l’idée de déshabiller quelqu’un du regard. Comme l’indique la présence dans le contexte des adjectifs half-naked et naked and raw respectivement, ce qui importe alors c’est moins de mettre fin au contact des vêtements avec la peau que le résultat de cette action, c’est-à-dire que le corps soit exposé à la vue. En définitive, il n’y a que dans l’exemple (21) que peel away signifie purement et simplement enlever un vêtement170. On a là quelque chose de très similaire à ce que l’on trouve avec peel off, comme l’illustre l’exemple (22), qui est représentatif des occurrences considérées : (22) The day was growing warm and Fen peeled off his sweater. (HHA 618)

L’immense majorité des occurrences de peel off ne signifie donc rien d’autre que se déshabiller, enlever tel ou tel vêtement ou accessoire. Or, se déshabiller, ce n’est ni plus ni moins que mettre fin au contact d’un vêtement avec sa peau : cela va tellement de soi qu’aucune précision supplémentaire n’est nécessaire. A telle enseigne qu’il existe un nombre non négligeable d’occurrences où peel off est employé intransitivement, comme dans l’exemple (23) : (23) His jersey clung to his chest in large damp patches. "You looks hot, why don't you peel off?" (CAB 1487)

Signalons qu’en (23), comme en (22) du reste, l’accent n’est pas mis sur l’état résultant du déshabillage, mais sur sa cause (cf. la présence dans le contexte de « his jersey clung to his chest in large damp patches » en (23), et de « the day was growing warm » en (22)). Finalement, on ne rencontre que deux exemples ressemblant à ceux en peel away : (24) But despite the laugh it has given us girlies at the expense of the hairy brigade, the material has its disadvantages. When you peel off your fleecy top from your fuchsia thermal underwear, the static electricity is sufficient to heat and light Linlithgow for a week. (AS3 548) (25) He tried to imagine what it would be like to peel off the outfit from the girl, dragging it down softly from her shoulders, to disclose the tender flesh beneath. (GUP 323)

170

On notera cependant que le terme balaclava ne désigne pas un vêtement ordinaire, mais un vêtement

ayant la propriété de recouvrir la tête et le cou. L’exemple (21) a donc en commun avec les précédents l’idée de mettre à nu, de "révéler" quelque chose.

147

Dans l’exemple (24), on peut penser que c’est le fait que your fleecy top n’est pas directement en contact avec la peau, et que cela joue un rôle significatif, qui justifie la présence de from your fuschia thermal underwear. Cet exemple se distingue tout de même de ceux en peel away en cela que la description a pour objet ce qui se passe quand on enlève le vêtement, et non le fait de l’enlever dans le but d’exposer/ révéler le corps à la vue. Quant à l’exemple (25), il s’apparente clairement à (19) et (20), à la nuance près que, plutôt que de déshabiller quelqu’un du regard, il s’agit d’imaginer ce que cela ferait de déshabiller la personne : l’expression dragging it softly from her shoulders semble indiquer qu’ici on insiste surtout sur l’acte de déshabillage en lui-même. Toutefois, il convient de reconnaître que cet exemple est extrêmement proche des deux autres, et en particulier de l’exemple (20), même si l’on peut avancer que l’idée d’une "révélation"171 est à attribuer à la présence de la proposition « to disclose the tender flesh beneath ». Au final, si peel away est marginal dans cette acception, c’est vraisemblablement parce que away est beaucoup moins adapté à son expression. En effet, comme on a pu le voir dans la partie précédente, avec cette particule le point de départ reste toujours quelque chose de flou : on ne sait jamais s’il y avait contact ou simplement proximité plus ou moins immédiate. Avec off, en revanche, le contact avec le point de départ est toujours sous-entendu, si bien que, souvent, ce dernier n’a pas besoin d’être exprimé. Pour formuler cela en des termes plus linguistiques, on peut dire que la relation à l’origine n’est pas la même avec ces deux particules et que ce qu’elles construisent, ou marquent, par rapport à cette origine n’est pas de même nature. D’où le fait que le tableau ci-dessus ait mis en évidence une répartition différente au sein de la catégorie to remove : si off est le seul à pouvoir apparaître lorsque le C1 est du type notes, c’est probablement parce que, dans ce cas aussi, l’idée de contact est importante, tandis qu’elle l’est vraisemblablement beaucoup moins lorsqu’il est question de choses abstraites, ce qui expliquerait que, proportionnellement, away soit plus fréquemment employé dans ce type de contexte. Lorsqu’elles se trouvent associées à peel, nos deux particules forment donc des combinaisons dont le sens est indéniablement très voisin. Néanmoins, au vu des différentes observations que nous venons de faire, nous maintenons qu’il est imprudent de parler de synonymie à leur propos. 171

Compte-tenu du très faible nombre d’occurrences de peel away signifiant se déshabiller, il est difficile de

se prononcer sur l’idée de "révélation" qui semble en émerger : s’agit-il d’une propriété directement imputable à away, ou d’un simple effet de sens à mettre sur le compte du contexte, et notamment de peel ? Auquel cas resterait encore à expliquer pourquoi il apparaît lorsque ce verbe est associé à away, et pas quand il est en combinaison avec off.

148

2.2.4.2. Hustle Poursuivons notre exploration avec hustle. Ni hustle away, ni hustle off ne figurent dans nos quatre dictionnaires de verbes à particules de référence. Les exemples qu’en donne A. Castagna (ibid. : 26, 75) sont très voisins : The buyer of a £20 M Picasso was hustled away and let secretly out. He was hustled off by secret police.

En fait, avec respectivement 10 et 4 occurrences dans le BNC, il s’agit, comme on pouvait s’y attendre, de deux combinaisons très peu communes. Pour ce qui est de hustle away, on remarque que, pour 9 occurrences sur 10, on a affaire à un emploi adverbial de la particule, comme l’illustre l’exemple (26) : (26) He was hustled away by some of the extra police officers drafted in for the case. (CBF 13137)

Cet exemple permet de constater qu’avec away c’est manifestement l’idée d’éloignement qui domine. Les occurrences en off, elles, ont une toute autre physionomie, cette particule étant ici majoritairement employée comme préposition (3 occurrences sur 4). Ainsi que le met en évidence l’exemple (27), dans ce cas, ce qui importe, c’est l’idée d’avoir mis fin à un "contact" : (27) Marco grabbed Tabitha and hustled her off the quay. (CJA 3312)

Il serait évidemment dangereux de chercher à tirer des conclusions à partir d’un échantillon de données aussi limité. Il nous semble toutefois qu’on peut affirmer sans risque que, si l’idée d’éloignement caractérise parfaitement ce qu’apporte away, cela est beaucoup moins vrai en ce qui concerne off. 2.2.4.3. Tow Tow away et tow off sont deux combinaisons pour lesquelles les exemples proposés par A.Castagna (ibid. : 29, 77) sont quasiment identiques, semblant de ce fait suggérer une totale interchangeabilité : Their car was towed away by the police. The boat was towed off by river police.

On notera cependant que seul tow away figure dans les dictionnaires de verbes à particule, où il est défini en ces termes : « remove a vehicle, esp[ecially] one that is illegally parked, by attaching it by a rope to another vehicle » (ODPV). C’est a priori représentatif du fait que tow

149

off est très peu usité, puisqu’on n’en trouve que 10 occurrences dans le BNC, tandis que tow away, avec 26 occurrences, est légèrement plus répandu. Comme l’indique l’ODPV, ce sont presque systématiquement des noms désignant des types de véhicules (cars, caravans, etc.) qui occupent la place de complément d’objet de tow away (ou celle de sujet quand l’occurrence est au passif). Ainsi : (28) Four cars damaged in the pile up have been towed away for forensic tests. (K1Y 1269) (29) Councils will get sweeping powers to impose fines and tow away caravans illegally parked on private land. (CH6 8464)

En revanche, dans le cas de tow off, ces termes, bien que majoritaires, ne sont pas les seuls possibles : on voit également apparaître cattle et whale. Il s’agit là de la première différence notable entre les deux combinaisons. Il en existe une deuxième, probablement plus significative encore : alors qu’environ 1 occurrence en away sur 2 signifie, pour reprendre la traduction suggérée par A. Castagna (ibid. : 29), « remorquer et mettre en fourrière », 1 seule occurrence en off revêt ce sens. Avec cette particule, le point essentiel est qu’il est mis fin à un "contact", ce terme étant bien entendu à prendre au sens large et correspondant grosso modo, dans le cas présent, à une localisation. C’est ce que montre l’existence de 3 occurrences où off est employé prépositionnellement, donc suivi d’une expression désignant le point de départ, et de 2 autres où ce dernier est sous-entendu, ainsi que l’illustrent les exemples qui suivent : (30) After Charlie was carried off the aircraft, it was unable to even taxi and I had to be towed off the runway. (CLV 480) (31) Many of these cars had to be towed off by a tractor which, like our forward line, itself became bogged down in midfield. (FR9 545)

Il apparaît clairement que l’idée d’éloignement, si toutefois on veut considérer qu’elle est bien présente dans ces exemples, n’est qu’un effet de sens très secondaire, conséquence indirecte du fait que off indique qu’il est mis un terme à une localisation. Avec away, en revanche, elle est fondamentale. De plus, tow fait partie de ce que B. Levin (ibid. : 132) nomme les « Verbs of Sending and Carrying », à propos desquels elle apporte la précision que voici (ibid. : 136) : These verbs relate to the causation of accompanied motion. None of them lexicalize a particular direction of motion. Instead, the members of this class differ from each other in meaning with respect to the manner/means of motion. The direction of motion must be overtly specified in a prepositional phrase.

Or, si away paraît éventuellement capable de doter ce verbe d’une direction, à voir les exemples (30) et (31), cela ne semble pas être le cas de off. On peut supposer que c’est la

150

raison pour laquelle tow off, contrairement à tow away, est parfois suivi d’un syntagme prépositionnel indiquant une direction ou une destination : (32) […] the garage will come there very quickly and they will tow you off into the nearest exit […]. (KNF 766) (33) "What members really want is to be got going again and not just towed off to a garage. (K2K 196)

Il conviendra d’affiner et d’étayer ce qui n’est encore qu’une intuition mais, à la lumière des exemples, il paraît une nouvelle fois difficile de maintenir que off exprime l’éloignement, ou que les deux particules sont synonymes et, par conséquent, interchangeables. 2.2.4.4. Sneak Nous pouvons à présent passer à sneak away et sneak off. Signalons pour commencer que seul l’ODPV en fait mention, la définition qu’il en donne étant formulée en ces termes : sneak across, along, away, etc move across etc quietly and furtively: Her mother … has to sneak off when no one’s looking.

Ainsi que cette définition le met en évidence, dans cette acception, sneak est typiquement ce qu’on appelle un manner of motion verb. B. Levin (ibid. : 267), qui le classe comme tel, indique qu’il appartient au sous-groupe des « Run Verbs », et explique que : Although these verbs describe the displacement of an object in a particular manner or by a particular means, no specific direction of motion is implied unless they occur with an explicit directional phrase.

Voyons comment cela se traduit au niveau du fonctionnement des deux combinaisons que nous considérons ici. Avec seulement 16 occurrences pour celle en away et 22 pour celle en off dans le BNC, la première remarque qui s’impose, c’est qu’elles sont d’un usage relativement peu fréquent. Concernant sneak away, il apparaît évident que les occurrences sont toutes bâties selon le schéma manner of motion verb + adverbe indiquant la nature d’un déplacement – dans le cas présent, l’éloignement, comme le montre l’exemple (34) qui en est représentatif : (34) Then he paused before demanding, "Answer me this ... if it was an accident and you're not a vandal, but rather, as you would clearly have me believe, an honest, decent, upright citizen, why did you try to sneak away? (H97 164)

La situation est quelque peu différente avec sneak off. En effet, certaines occurrences sont suivies d’un syntagme prépositionnel indiquant une direction ou une destination :

151

(35) I'm too old to be sneaking off to the loo every time I want a joint. (GUN 281)

d’autres d’une proposition subordonnée en to ou d’un syntagme prépositionnel exprimant le but (ou la cause) : (36) The following year, in May, I sneaked off to audition for Tiller without my mother's knowledge. (B34 1172)

d’autres, enfin, sont coordonnées par and à une proposition exprimant quelque chose qui s’apparente là encore au but (ou à la cause) : (37) When you feel your temper fraying over the festive period and are on the verge of hurling some rather choice insults, sneak off and read The Bedside Book of Insults by William Cole & Louis Phillips (£7.95, John Murray). (C9X 557)

Au total, ce phénomène concerne 17 occurrences sur 22, et il en existe même 3 qui cumulent deux de ces éléments : (38) And he boobed when he sneaked off to an isolated toilet for a crafty fag – because his foreman was in the next cubicle. (HAF 665)

Ces observations iraient donc dans le sens de ce que l’on a vu un peu plus haut avec tow, à savoir que off ne paraît pas en mesure de doter le verbe auquel il est associé d’une direction. Ici aussi, off met fin à une localisation, impliquant, de fait, un changement de localisation. Cependant, seule la présence d’un syntagme prépositionnel ou d’une proposition subordonnée en to permet de construire une nouvelle localisation – qu’elle soit effective ou seulement visée, ce qui explique vraisemblablement leur grande fréquence d’occurrence. L’idée d’éloignement paraît donc à nouveau totalement secondaire, alors qu’elle est, une fois de plus, au premier plan avec away. On notera qu’on retrouve là un phénomène que nous avions entrevu lorsque nous avions traité des exemples de S. Lindstromberg, « on/ off duty/ call/ guard » et « on/ off the team » (cf. supra p. 140). En effet, comme nous l’avions alors constaté, off semble bien marquer le passage d’un état à un autre, ou d’une localisation à une autre, mais, lorsqu’il opère dans un univers dont les valeurs ne sont pas restreintes, il ne peut qu’indiquer que l’état, ou la localisation, initial n’est plus vérifié. Les particularités des occurrences de sneak off, et dans une moindre mesure de tow off, que nous venons de relever ne sont donc en rien anodines. D’une part, elles constituent une différence significative avec les occurrences en away, ce qui remet en cause le postulat d’une synonymie entre les deux particules un peu trop hâtivement émis par certains dictionnaires. D’autre part, elles concourent à identifier ce qui fait la spécificité du fonctionnement de off. De plus, et malgré toutes les réserves que l’on pourrait émettre concernant les verbes étudiés

152

ici et les raisons qui ont présidé à leur choix, il semble qu’il ne s’agisse pas là d’un cas isolé, et que nous soyons en face de propriétés communes à un certain nombre de phrasal verbs en off : whisk off, par exemple, présente des caractéristiques similaires comme nous allons le voir maintenant. 2.2.4.5. Whisk On précisera d’emblée que c’est un verbe nettement moins marginal que les deux précédents puisque notre requête dans le BNC en a fourni 52 occurrences – pour 65 de whisk away. On peut considérer que les exemples donnés par A. Castagna (ibid. : 30, 77) sont relativement représentatifs de ce à quoi l’on a affaire avec ces deux combinaisons : A man carrying a pistol was whisked away by security forces. He whisks them off to a safe place.

Ces exemples illustrent ce que l’on pourrait appeler la "valeur principale" de whisk away et whisk off, et que l’ODPV, dans une entrée commune, décrit en ces termes : « take (sb/sth) away suddenly, as if by magic ». L’examen des occurrences des deux combinaisons que l’on trouve dans le BNC nous a permis d’identifier deux autres emplois que l’on pourrait décrire de la façon suivante : 

to remove with a quick sweeping movement : (39) So far she had felt very little because she had been well prepared, but she did not have

the necessary audacity to simply whisk the cloth away. (HGD 3518) 

to move quickly : (40) Before I could reply, she'd whisked off, running up the aisle after the last leaver,

waving her little red hat at me from the doorway like a rallying signal. (FEE 1763)

Ne représentant respectivement que 11,6% et 1,9% des occurrences en off, et 32,3% et 6,2% des occurrences en away, ces deux emplois sont nettement plus rares ; nous nous concentrerons donc sur la valeur dite "principale", qui est de loin la plus intéressante. Comme nous le signalions plus haut, les occurrences de whisk off et de sneak off présentent des caractéristiques très semblables. Ainsi, sur les 46 occurrences dont il est ici question, 42, soit 91,3%, sont-elles suivies d’un élément venant préciser une destination (ou tout au moins un but). Dans le détail, on note que 86,9% de ces occurrences sont accompagnées d’un syntagme prépositionnel désignant une direction ou une destination, à l’image de celle de l’exemple choisi par A. Castagna que nous avons cité ci-dessus. 19,6% des occurrences sont,

153

elles, suivies d’une proposition subordonnée en to ou d’un syntagme prépositionnel indiquant le but (ou la cause), comme dans l’exemple (41) : (41) Although it was very late, Otto whisked us off to dine that night at a restaurant some way along the coast. (FAT 1006)

Enfin, à l’instar de celle de l’exemple (42), 15,2% des occurrences combinent les deux types de précisions : (42) Whisk your children off to Rovaniemi on Finland's Arctic Circle to see Santa's reindeer and his elves in the toy workshop. (CB8 739)

Preuve supplémentaire du rôle crucial que jouent les éléments en question, la présence de la préposition to dans la proposition subordonnée interrogative indirecte de l’exemple qui suit : (43) No, I, I gather he has taken a long weekend, I don't know where he's whisked himself off to, but I'm afraid I won't be here, er next week […]. (HM5 295)

On le voit, ces différents exemples viennent clairement appuyer l’analyse que nous avons commencée à développer en étudiant sneak off : off semble bel et bien indiquer la fin d’une localisation et marquer ce que l’on pourrait appeler un "basculement", mais la présence d’un syntagme prépositionnel (ou d’une subordonnée en to) est quasiment indispensable à l’expression d’un changement de localisation car, lorsqu’on travaille en dehors d’un système mettant en jeu deux valeurs en opposition, cette particule n’est en aucun cas capable de construire une nouvelle localisation et celle-ci doit donc l’être contextuellement. Quelques mots à propos de whisk away à présent. Il suffira de dire que, globalement, on retrouve ici le même contraste qu’entre sneak away et sneak off. Certes, 31,7% des occurrences relevant de la "valeur principale" de cette combinaison sont suivies d’un syntagme prépositionnel indiquant une destination. Toutefois, on remarque que, dans la moitié des cas, cette dernière est formulée d’une manière relativement imprécise. (44) est indubitablement l’exemple le plus frappant à cet égard : (44) They climbed into their chauffeured car and were whisked away to heaven knew where, and I thought frustratedly about time and the little of it there was left in Winnipeg. (BP9 2424)

Une fois encore, il est évident qu’avec away c’est l’éloignement qui prime, ce qui explique sans doute qu’une majorité d’occurrences de whisk away soient employées seules. Et l’on comprend donc que le choix d’une particule plutôt que l’autre n’est pas sans conséquence, puisqu’il permet de mettre l’accent soit sur l’éloignement, soit sur le changement de

154

localisation. A nouveau, la proximité sémantique entre les deux combinaisons est indéniable, sans que l’on puisse néanmoins parler de synonymie. 2.2.4.6. Nip Nous terminerons donc par nip qui ne figure que dans l’OPVDLE et l’ODPV. Ce dernier en propose les deux définitions suivantes : nip across, along, away etc move sharply, hurry, across etc : ‘I must just nip out to the shops before the children come home from school.’ Finding himself without money, Belloc nipped off to the provinces to give some lectures. nip off remove (sth) with a sharp cutting or pinching action: He nipped off the side shoots from the geraniums.

L’OPVDLE, quant à lui, ne mentionne que nip off, et seulement dans la seconde acception signalée par l’ODPV. Enfin, A. Castagna (ibid. : 75) a pour nip off un exemple de facture classique, correspondant à la première définition citée ci-dessus : You nipped off bloody quick after school.

En revanche, l’exemple qu’il donne pour nip away (ibid. : 26) est quelque peu surprenant : If you like dahlias large, nip away the lateral flower buds.

Comme on peut le constater, cet exemple constituerait une parfaite illustration de la deuxième définition de l’ODPV consacrée à … nip off ! Est-ce à dire que nip away et nip off sont synonymes dans cette acception ? En fait, cela semble fort peu probable étant donné que notre requête dans le BNC ne nous a fourni aucune occurrence de la première combinaison. En ce qui concerne la seconde, par contre, nous avons obtenu 27 occurrences, qui se répartissent entre les deux valeurs décrites par l’ODPV. Par commodité nous y réfèrerons sous les appellations de "valeur 1" et "valeur 2". Sur ces 27 occurrences, 17 (soit 63%) relèvent de la valeur 1 et 10 (soit 37%) de la valeur 2. L’exemple de l’ODPV que nous avons reproduit plus haut et l’exemple (45) que voici permettent de se faire une idée de ce à quoi on a affaire dans ce dernier cas : (45) Carefully nip off older flowers on cyclamen and African violets, leaving no stalks which can rot. (C9C 774)

On peut considérer que nip signifie alors « to catch or rightly compress, as between a finger and the thumb, pinch » (CED), et exprime donc une manière de procéder, tandis que off indique très littéralement la fin d’un contact, la séparation.

155

Pour ce qui est des 17 occurrences de la valeur 1, elles présentent des caractéristiques sensiblement identiques à celles que nous venons de voir avec sneak off, tow off, et surtout whisk off. Ainsi, il n’y a que 29,4% de ces occurrences qui sont employées seules. Les autres sont accompagnées soit d’un syntagme prépositionnel indiquant une destination – concernant 52,4% des occurrences, ce cas de figure est le plus fréquent, soit d’une proposition subordonnée en to ou d’un syntagme prépositionnel exprimant le but – ce cas de figure, plus minoritaire, représente tout de même 23,5% de ces occurrences. A titre d’illustration : (46) I don't know what view of these events my uncles took as we woke them early and followed them around as faithfully as any spaniel – maybe that was why they often nipped off to the pub in the evenings. (EVH 130) (47) Breakfast listeners were left in silence when two radio presenters nipped off for a coffee during the news – and got locked out of the studio. (CH2 7862)

Le fonctionnement de cette combinaison semble donc corroborer nos hypothèses concernant le rôle de off dans ce type de contexte, à savoir le fait qu’il marque la fin d’une localisation sans toutefois être à même d’en construire une nouvelle. Puisque, faute d’occurrences à étudier, il nous est impossible de comparer nip off à nip away, nous avons pensé qu’il pourrait être intéressant de le confronter à nip out, les exemples de l’ODPV (cf. ci-dessus) semblant suggérer une certaine proximité sémantique entre ces deux combinaisons. On trouve 37 occurrences de nip out dans le BNC, dont 32 sont à rapprocher de la valeur 1 de nip off et 5 à rapprocher de sa valeur 2. Ces dernières sont tout à fait semblables à celles en off. Pour s’en convaincre, on pourra comparer l’exemple (48) à l’exemple (45), ou à celui de l’ODPV : (48) Nip out side-shoots the moment they appear, to concentrate energy into the growing tip and fruit production. (ACY 926)

Les 32 autres occurrences sont également très voisines de leurs homologues en off. Ainsi : (49) If the (human) player needed for the next match has nipped out to the bog or something, the match can be postponed until the end of the week's fixtures. (EB6 274)

Cependant, si le pourcentage d’occurrences employées seules (31,2) est sensiblement le même, on remarque que nip out, contrairement à nip off, est majoritairement suivi d’un élément exprimant le but, qu’il s’agisse d’un syntagme prépositionnel en for : (50) A worker was fired after nipping out for a Coke and ice during a 15-hour shift at a sweltering print works, a tribunal heard yesterday. (CH6 191)

d’une proposition subordonnée en to :

156

(51) When they said it was almost a certainty, I made an excuse and nipped out to see Purvis. (HWL 607)

ou d’une proposition indépendante coordonnée par and : (52) Forster was sorely tempted to nip out and confirm that the noise was coming from George by twiddling the volume and tuner, but fought down the urge. (BPA 2306)

Cela concerne 62,5% des occurrences en question. A l’inverse, cette combinaison n’est que rarement accompagnée d’un syntagme prépositionnel indiquant une destination (15,6% des occurrences seulement), et 3 fois sur 5 un élément exprimant le but vient s’ajouter à celui-ci. Si l’on voulait caricaturer un peu ces différences, on pourrait dire que one nips off to such or such place alors que one nips out to do such or such thing. Comme nous le soulignions plus haut, off exprime à nouveau un certain type de "séparation", et l’on peut supposer que out est également capable d’indiquer quelque chose de cet ordre. Toutefois, avec cette particule, la question ne doit pas se poser en termes de changement de localisation. Pour confirmer cette hypothèse, il faudrait bien entendu travailler sur un plus grand nombre de combinaisons : nous nous efforcerons donc d’approfondir cette comparaison lorsque nous nous intéresserons à out. 2.2.4.7. Conclusions La première conclusion qui s’impose à l’issue de l’étude de ces quelques paires de phrasal verbs est qu’il est erroné de considérer que away et off sont synonymes. En dépit d’une proximité sémantique indéniable, qui est la raison d’être-même du présent travail, il apparaît clairement que ces deux particules ne sont véritablement interchangeables que dans de très rares cas. Pour cette raison, on prendra soin de réserver l’usage du terme éloignement à la seule caractérisation de away. En ce qui concerne off, on privilégiera, en revanche, les expressions séparation et interruption d’un contact, que proposent certains auteurs, au premier rang desquels S. Lindstromberg. Elles ne sont certes pas sans défaut mais ne posent aucun problème majeur, à condition de les prendre dans leur acception la plus large. Elles permettent en effet de décrire le rôle joué par off, aussi bien lorsqu’il est associé à des verbes tels que peel ou nip (au sens de pinch) – auquel cas, comme nous l’avons vu plus haut, les termes en question s’appliquent stricto sensu – que lorsqu’il est associé à d’autres verbes tels que sneak ou whisk – auquel cas ces termes sont à interpréter comme recouvrant quelque chose qui est de l’ordre d’une localisation. Car la deuxième conclusion à laquelle les quelques pages qui précèdent nous amènent, c’est que off, lorsqu’il entre dans des combinaisons du type de celles que nous venons 157

d’examiner, indique un changement de localisation, ou plutôt le passage d’une localisation à une autre. On peut même être plus précis et avancer que off marque ce "passage" en luimême, ce "point de basculement", puisque, ainsi que nous avons pu le voir, il lui est impossible de construire une nouvelle localisation. Sur ce point, il serait donc à rapprocher de away, ce qui explique sans doute en partie qu’ils puissent parfois se substituer l’un à l’autre. Par contre, les deux particules divergent quant à la nature de la relation à l’origine qu’elles construisent. Comme le souligne S. Lindstromberg (cf. supra p. 139), dans ce type de contexte, off sous-entend toujours l’existence préalable d’un rattachement direct à l’origine, alors qu’avec away cette idée est totalement absente. Dans un exemple tel que (30), I had to be towed off the runway, on voit que dans un premier temps I est repéré par rapport à the runway172 et entre dans une relation d’identification avec the runway du point de vue de l’existence. Off vient alors construire un changement de localisation, cette fois au sens que la TOE donne à cette expression, c’est-à-dire instaure une relation de différenciation entre I et the runway, là encore sur le plan de l’existence. Puisqu’il va de soi que les emplois de off ne se limitent pas à ce type d’exemple, dans le chapitre 3 nous nous efforcerons de développer cette ébauche d’analyse en tentant de tous les englober.

172

Rappelons que dans la TOE, « le repérage est l’opération de base dans la construction de la référence »

(Bouscaren et Chuquet, 1987 : 177). Cette « opération de détermination d’un repéré par mise en relation avec un repère » (ibid.) peut prendre trois valeurs : identification (notée =), différenciation (notée ≠) et rupture (notée ω).

158

2.3. Out 2.3.1. Remarques historiques Concernant l’étymologie de out, les différents ouvrages consultés sont comparativement beaucoup moins diserts qu’ils ne le sont à propos de celle de away ou de off. Ils se contentent en effet de le rattacher au préfixe verbal sanskrit ud-, voulant dire ‘out’ (OED, mais aussi ODEE, Skeat et Webster), et à l’indo-européen ud, qui signifie ‘up, out, away’ (Klein, ainsi que Gettliffe et Skeat), sans fournir plus d’explications. Tout juste peut-on signaler que l’OED fait état du développement de 12 variantes orthographiques au cours des siècles, la graphie actuelle étant apparue dès le 13ème siècle. Par ailleurs, il convient de noter que la catégorie syntaxique à laquelle appartient out semble faire débat. P. Gettliffe (op. cit. : 70) le considère comme un opérateur plurifonctionnel, indiquant que, « outre [son] emploi éventuel comme préposition ou adverbe », il peut être utilisé comme préfixe et comme particule. L. Brinton (op. cit. : 215), en revanche, le classe parmi ce qu’elle appelle les « innovated forms », c’est-à-dire les particules qui « function only as adverbs, not as verbal prefixes, in Old English ». Dans une note, elle apporte cependant la précision suivante (ibid. : 281) : De la Cruz (1972a: 80)173 recognizes two major groups of adverbial particles: those found as prefixes and prepositions and those not. The latter group, he divides into particles etymologically related to prefixes, such as up and t, and those not related […].

Si elle reconnaît l’existence de ce lien, elle estime toutefois que « the forms are sufficiently distinct to be considered separate » (ibid.). Elle mentionne également le fait que « Quirk and Wren174 list t- and up- as prefixes », mais choisit de l’ignorer au motif que « they are extremely rare as verbal prefixes in Old English » (ibid. : 208). On le voit, un certain flou règne sur cette question, qui autorise toutes les interprétations. Quant à la possibilité pour out d’être employé prépositionnellement, à en croire les observations de R. Hiltunen (op. cit. : 212), elle semble pour le moins hypothétique : Its prepositional use in OE is, if possible, even more limited than that of up […]. […] I have found [no example] in the present corpus.

173

DE LA CRUZ,

Juan M., 1972a. "The origins of the Germanic phrasal verb". Indogermanische Forschungen

77:73-96. 174

QUIRK, Randolph & WRENN, C.L., 1957. An Old English grammar, 2nd edn. London and New York:

Methuen.

159

L’OED paraît du reste confirmer ce constat : pour lui, out « [is] orig[inally] only an adv[erb] » ; de plus, l’ouvrage fait valoir que « the prepositional sense […] is regularly expressed by adding of », et ce, dès le vieil-anglais, sous la forme t of. Dans tous les cas, il est incontestable que t compte parmi les particules qui sont déjà d’un emploi régulier en vieil-anglais (Gettliffe, ibid. : 72). Selon P. Gettliffe, « c’est sans doute avec up la plus fréquente des particules » (ibid. : 78). Il est rejoint sur ce point par L. Brinton (ibid. : 222), qui affirme que « both t and up are frequent and well-established adverbial particles in Old English ». L’auteur explique que t may be used with verbs of motion and of communication with more or less literal directional meaning […], but is more often used with verbs of casting, pouring, freeing, leading, putting, etc. with combined spatial and aktionsart meaning.

Elle ajoute, exemples à l’appui, que « t often has a strong telic sense, though it does not lose its directional meaning altogether » (ibid. : 223). Les commentaires de P. Gettliffe vont dans le même sens : il remarque en effet qu’« au sens littéral […] [cette particule] apparaît avec de nombreux verbes de mouvement ou de déplacement », et relève en outre qu’elle « prend quelquefois le sens de complétude [et] apparaît aussi avec un certain nombre de verbes dans des sens figurés » (ibid. : 78-79). On signalera qu’il propose au passage un exemple dans lequel « [out] prend le sens de "away" » (ibid.) Comme le souligne P. Gettliffe, « les particules qui avaient déjà des emplois au sens figuré en V.A., telles up, out et down, s’associent avec des verbes de plus en plus nombreux » (ibid. : 92) en moyen-anglais. On ne s’étonnera donc pas que out fasse partie de celles qui connaissent « le développement le plus spectaculaire » (ibid.), ainsi que le montre le tableau établi par D. Spasov (op. cit. : 24), dans lequel on peut voir que out est, après up, LA particule qui acquiert le plus de nouveaux sens en vieil-anglais (5), mais surtout en moyen-anglais (15). Pour P. Gettliffe, les phrasal verbs formés avec out « peuvent avoir divers sens figurés, tels que "extériorisation", "inchoation" ou "achèvement, destruction" » (ibid. : 98) et « certaines combinaisons, telles fall out, deviennent opaques ». L. Brinton (ibid. : 229) ne dit rien d’autre : Out(e) occurs with a wide variety of verbs with a strong telic and little directional meaning, especially in the sense ‘to an end’, ‘into prominence’, and ‘to extinction’.

Si l’on peut tirer une conclusion de ces quelques remarques, c’est que out semble avoir connu une évolution assez semblable à celle de away et de off, à la nuance près, cependant, qu’il

160

parait avoir développé un sens "télique" plus précocement, et de façon plus marquée, que les deux autres particules que nous étudions ici. Notons pour terminer que out n’a cessé de gagner de nouveaux sens, comme le met en évidence le tableau de D. Spasov (ibid.). C’est même la seule particule à en avoir acquis sans discontinuer sur l’ensemble de la période considérée, à savoir du vieil-anglais à la fin du 19ème siècle. Enfin, out figure au nombre des quelques particules dont l’importance ne cesse de croître en anglais contemporain (Gettliffe, ibid. : 107).

2.3.2. L’approche taxinomique 2.3.2.1. Les dictionnaires unilingues Pour avoir confirmation de l’exactitude de cette affirmation, on pourra se référer au travail sur corpus des linguistes à l’origine de la LGSWE. Ils ont observé que « a few adverbial particles are particularly productive in combining with lexical verbs to form common phrasal verbs » (op. cit. : 412), et ont pu constater que out demeure toujours la particule la plus répandue après up (ibid. : 413). Le BNC corrobore du reste ce résultat, puisque out y apparaît à la fréquence de 2 034,18 occurrences par million de mots (avec un total de 203 634 occurrences), contre une fréquence d’occurrence de 2 141,55 par million de mots pour up (qui en totalise 214 382). Pour mémoire, on rappellera que away et off y ont une fréquence d’occurrence de 500,91 et 701,11 par million de mots respectivement. Il n’est donc pas surprenant que l’OED consacre 4 pages à out et lui attribue 67 sens, un chiffre qui n’inclut ni les 7 sens qu’il lui prête lorsqu’il entre dans des locutions et autres expressions idiomatiques, ni les 29 sens qu’il distingue quand il est employé prépositionnellement avec of. L’ouvrage indique en effet que OUT OF

prep[ositional] phr[ase], on account of its syntactic unity, and its importance as a

preposition, is in this Dictionary treated as a Main word.

Il s’agit là, nous semble-t-il, d’un choix judicieux, commun à un certain nombre de dictionnaires, au premier rang desquels le LDELC. Cependant, d’autres, à l’instar du CED, préfèrent présenter les emplois adverbiaux et prépositionnels avec of au sein d’une même entrée, au détriment, pourrait-on leur reprocher, d’une certaine clarté. La question de la délimitation des emplois adverbiaux et adjectivaux de out n’est visiblement guère plus facile à trancher et, comme dans le cas de off, une relative imprécision prévaut sur ce point, puisqu’une majorité d’ouvrages évite soigneusement de les dissocier.

161

Après ces quelques remarques préliminaires, venons-en donc au sens de out, tel qu’il est décrit par les dictionnaires unilingues. A cet effet, considérons la définition proposée par le LDELC : 1 away, from the inside ; in or to the outdoors, the outside etc: Open the bag and take the money out. 2 a) away from home or from a building: Let’s have an evening out at the theatre. b) not in one’s usual place; absent: I’m afraid Mr Jones is out/has just gone out. 3 away from land, town, or one’s own country: They live right out in the country. 4 a) away from a surface or edge: a piece of land jutting out into the sea b) away from a set of things: Pick out the best of the apples. 5 to a number of people or in all directions: to hand out drinks/exam papers 6 a) so as to be clearly seen, shown, understood etc: Their secret is out. b) open and not secretive, especially about homosexuality: He isn’t out to his parents yet. 7 in a loud voice; aloud: Read/Call out the names. 8 completely; so as to be finished: to clean out the room 9 so as to no longer exist: to wash out the dirty marks 10 a) (of a fire or light) no longer burning: The fire’s gone out. b) (of a machine) no longer working; not in order: The elevator’s out again. 11 (so as to be) no longer conscious or awake: He was knocked out in the second round of the fight. 12 not longer in a position of power: They were voted out at the last election. 13 no longer fashionable: Long skirts went out last year. 14 completely unsuitable or impossible: That suggestion’s absolutely out. 15 (of a guess or sum, or the person responsible for it) wrong: You’re badly out in your calculations. 16 a) (of a player or team in a game such as cricket or baseball) no longer allowed to take part, according to the rules: Andrew is out at second base. b) (of the ball in a game such as tennis or basketball) outside the line 17 (of the tide) away from the coast; low 18 (after a superlative) ever; existing: He’s the stupidest man out.

On notera, pour commencer, que cette définition, tout comme celles de away et de off, est largement influencée par les verbes auxquels la particule s’associe, et par le contexte dans lequel elle peut être employée. Il s’agit là d’une constante quel que soit le dictionnaire considéré, et cela donne une nouvelle fois lieu à des formulations extrêmement maladroites et/ ou obscures, ainsi que l’illustre le point 5 de la définition ci-dessus qui, sans exemple, serait vraisemblablement totalement incompréhensible. L’une des caractéristiques les plus frappantes de l’ensemble des descriptions en question est qu’elles ont toutes recours à away (from) pour définir out. On se souviendra que l’on avait 162

rencontré le même problème en étudiant les entrées des dictionnaires consacrées à off. Toutefois, contrairement à ce que l’on avait alors pu voir, ici, cela ne semble en aucun cas suggérer la moindre synonymie entre les deux particules. Au demeurant, on ne peut manquer d’observer que out, à l’inverse de away et off, ne fait l’objet d’aucun rapprochement : tout juste l’OED l’oppose-t-il plus ou moins explicitement à in175. En fait, c’est le lecteur attentif qui saura déceler, dans les présentations des dictionnaires, des similitudes entre certains emplois de off et de out, et qui, par conséquent, pourra être tenté d’essayer les comparer. Ainsi, la définition « (of a fire or light) no longer burning – (of a machine) no longer working ; not in order » (cf. 10 ci-dessus) en évoque-t-elle immanquablement une autre, relative à off celle-ci, « (especially of a machine or electrical apparatus) not working ; not operating ». La différence entre les deux sens ainsi décrits est assez facile à mettre en évidence – le premier peut être paraphrasé par out of order, le second par not in operation (on se situe alors dans un cas typique d’opposition avec on, comme le signale d’ailleurs le LDELC) – mais il n’en demeure pas moins qu’il y a là une proximité sémantique indéniable entre les deux particules. On peut également remarquer que le « no longer conscious or awake » du LDELC (cf. 11 ci-dessus) n’est pas sans rappeler le « into an unconscious state ; into sleep » de la définition de off du Webster, ou le « in or into a state of sleep » de celle du CCDT. La ressemblance est à nouveau troublante, même si les exemples176 semblent indiquer qu’avec out, on joue principalement sur la perte de conscience, tandis qu’avec off, c’est plutôt l’idée d’endormissement qui est privilégiée. Le Webster donne aussi « away from a job or task », assorti de l’exemple « took time out for a cigarette », comme sens de out. On peut, bien entendu, le considérer comme un cas particulier du point 2 de la définition du LDELC ; néanmoins, une telle présentation a le mérite d’inviter à une comparaison avec le sens « away or free from regular work » de off (LDELC). Enfin, on conviendra qu’il existe une parenté évidente entre la définition « away from or contrary to one’s normal or usual state of mind or manner of behavior » (Webster) et le sens « (of behaviour) not quite right ; not as good as usual » attribué à off par le LDELC. Certes, la prudence doit être de mise car les comparaisons que nous venons de suggérer sont tributaires des choix opérés par les dictionnaires dans la formulation de leurs définitions. Cependant, la possibilité même d’effectuer de tels rapprochements est extrêmement intéressante car elle montre que off et out, 175

Pour être tout à fait complet, il convient de préciser que l’on trouve bien la mention « opposite in » dans le

LDELC, mais elle se trouve reléguée au niveau du point 16 de la définition proposée. 176

Cf., entre autres, He was out for more than an hour and came round in the hospital (OALD) versus dozed

off for a while (Webster).

163

sans entrer dans une relation de synonymie, sont indiscutablement très proches l’un de l’autre d’un point de vue sémantique, du moins pour certains de leurs emplois. C’est un phénomène sur lequel nous ne manquerons donc pas de revenir. Parmi les autres éléments dignes d’être relevés, on citera le fait que toutes les définitions de out, à l’image de celle du LDELC (cf. 8 ci-dessus), font état de l’existence d’un sens "télique" de cette particule, sens qui est défini en des termes tout à fait similaires à ceux employés pour décrire le sens "télique" de off. On retiendra encore que le Webster signale que out « [is] used as an intensive with numerous verbs ». Enfin, on mentionnera la possibilité pour out d’être employé comme adjectif, comme nom, mais aussi comme verbe177. L’emploi comme adjectif pose, à la majorité des dictionnaires, les problèmes que l’on sait et sur lesquels nous ne reviendrons pas (cf. supra p. 130). Toutefois, l’OED, lui, explique qu’il s’agit de : OUT adv[erb] used attrib[utively] by ellipsis of a [participle] (as lying or the like), or by taking the predicative use of the adv[erb] (as in ‘which side is out ?’) as adj[ective], and using it attrib[utively] (the out side) or by resolution of compounds with out- (e.g. out-worker, out worker).

Il en fait remonter les premiers exemples au milieu du 13 ème siècle. Parmi les différents sens que prend out en tant qu’adjectif, contentons-nous simplement d’évoquer celui qui est apparu le plus récemment (1966), que le français a rapidement emprunté à l’anglais et dont le Petit Robert donne comme équivalents hors jeu et hors du coup. On remarquera que, dans cette acception, l’OED oppose explicitement out à in. Out a commencé à pouvoir être utilisé comme nom au début du 17ème siècle : il s’agit alors, indique l’OED, de « the adv[erb] OUT, used [substantively] as a name for itself, or elliptically with some [substantive] understood ». On le trouve surtout dans quelques expressions populaires ou dialectales, telles que to make an out. Pour finir, si le verbe out a bien pour origine l’adverbe vieil-anglais

t, l’OED ajoute tout de même la précision suivante :

« perh[aps] formed anew in ME ». Quoi qu’il en soit, il fait son apparition dès le 11ème siècle, avec le sens : To put out, turn out, drive out, expel, reject, get rid of, discharge, dismiss, oust (from a place, office, possession, etc.); to do out or deprive (of a possession).

177

L’OED signale l’existence d’un emploi de out comme interjection, mais il s’agit alors soit de l’adverbe –

auquel cas il y a ellipse du verbe – soit d’une exclamation jugée archaïque ou dialectale par le dictionnaire.

164

Alors que de nombreux autres emplois, qui s’étaient développés plus tardivement, sont désormais tombés en désuétude, celui-ci perdure, l’OED fournissant ainsi un intéressant exemple datant de 1968 : « no one throws things away any more. They ‘out’ them ». Signalons enfin, pour l’anecdote, l’existence d’une acception argotique d’origine pugilistique de ce verbe out, « to ‘knock out’ or disable (an opponent) ; hence, To render insensible, or kill, by a blow ; also, to murder », car notre lecteur se souviendra sûrement avoir vu que le principal sens de off en tant que verbe était justement to kill. 2.3.2.2. Dictionnaires de verbes à particule La principale difficulté, lorsque l’on parcourt les dictionnaires de verbes à particule afin de mieux cerner le sens de out, c’est l’abondance des données à prendre en compte. Comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises, out est en effet la particule la plus répandue après up et la plupart des ouvrages fourmillent par conséquent d’exemples visant à illustrer son fonctionnement et le type de combinaison qu’elle peut former. Ainsi le CCDPV inclut-il 410 phrasal verbs en out, contre "seulement" 134 en away et 233 en off. A. Castagna (op. cit.), quant à lui, en mentionne un total de 460. Cependant, on remarque qu’au-delà des inévitables variations dans les formulations, les descriptions sont finalement assez homogènes ; bien plus en tout cas que pour off. Certes, tel dictionnaire va préférer mettre en avant tel sens plutôt que tel autre, tandis qu’un autre manuel fera le choix inverse mais, globalement, c’est une relative stabilité qui domine. Tous s’accordent par exemple à considérer que le sens général de out peut être défini comme « dehors, vers l’extérieur » (Riccioli et Bazin, op. cit. : 156). Beaucoup, à l’instar de L. Davenport (op. cit. : 8), utilisent en fait l’expression « mouvement vers l’extérieur », mais il nous semble qu’il convient ici d’être circonspect vis-à-vis du terme mouvement car, ainsi que nous avons pu le remarquer en étudiant away, cette idée ne vient vraisemblablement pas de la particule, mais des verbes auxquels elle se trouve associée dans les combinaisons les plus littérales. Examinons donc, pour nous faire une idée plus précise sur cette question, la liste des sens que le CCDPV attribue à out. Cela nous permettra également de balayer l’ensemble des phénomènes à l’œuvre avec cette particule. Les points essentiels de cette classification sont les suivants : 1 Leaving. You use out in literal combinations to indicate movement from the inside of somewhere to the outside. […] In and into often have opposite meanings. Check out, come out, move out, set out, start out.

165

2. Removing, excluding, and preventing. Out occurs in a large number of combinations which mean ‘remove’, ‘get rid of’, or ‘force to leave a place’. […] Other combinations express ideas of preventing something from being seen or heard. […] Some combinations express ideas of avoiding becoming involved or of preventing people from becoming involved in a situation. […] Some other combinations indicate that someone or something is considered and perhaps accepted or admitted for a while but is then rejected. Block out, boot out, root out, rule out, scrape out. 3 Searching, finding, and obtaining. Dig out, find out, puzzle out, worm out. 4 Appearing. Out also occurs in combinations which refer to the way something suddenly happens or appears. Many of these combinations contain an idea of something having been hidden or unseen, and then being revealed. Break out, leap out, pop out, slip out. 5 Locations outside and away from home. Camp out, eat out, sleep out. 6 Producing and creating. A number of phrasal verbs with out have the meaning of producing or emitting sounds, smells, light, heat, and so on. […] You can also use out in combinations such as churn out and turn out that refer to producing things quickly and in large quantities. Bark out, blare out, ring out, shine out, spurt out, yell out. 7 Increasing size, shape, or extent. Broaden out, flesh out, pad out, sprawl out. 8 Thoroughness and completeness. You use out with verbs which describe activities in order to indicate that the activity is done thoroughly or completely. […] Some of the combinations involve verbs that are also adjectives, such as clean out, dry out, and thin out, which mean to become or make very clean, dry, or thin. Argue out, tidy out, write out. 9 Duration and resisting. Out is used in phrasal verbs to indicate that people or things do an activity or continue to exist until the activity is completed, until a period of time is over, or until an aim is achieved, even though this may be difficult. Hold out, last out, ride out. 10 Ending or disappearing. Out occurs in combinations with verbs which refer to activities in order to indicate that the activity ends completely. Conk out, die out, snuff out, wear out, wipe out. 11 Arranging, dividing, selecting, and distributing. Dish out, parcel out, single out, sort out. 12 Paying attention and awareness. Look out, mind out, watch out. 13 Supporting and helping. Bear out, help out, straighten out. 14 Attacking, criticizing, and protesting. Deal out, fight out, lash out.

Le CCDPV dénombre donc 14 sens pour out. Cela fait de sa classification l’une des plus détaillées, avec celle de l’OPVDLE qui, elle, en recense 18. Toutefois, ce découpage très poussé n’est garant ni de plus d’exactitude, ni de plus de clarté, car il conduit à postuler l’existence de catégories qui finissent par friser l’absurde, à l’image de ce « recording on paper » créé de façon purement ad hoc pour regrouper des combinaisons telles que copy out et write out, et qui, a priori, ne reflète en rien le sens de out. Comme on a pu s’en apercevoir précédemment, le CCDPV n’échappe d’ailleurs pas à cette dérive et son « 12 Paying attention 166

and awareness », par exemple, est d’une pertinence très discutable. Un autre problème se pose, et ce de manière bien plus aiguë que pour away ou pour off : lorsque l’on s’intéresse de plus près au détail des combinaisons classées dans les différentes catégories proposées – que ce soit par le CCDPV ou par l’OPVDLE, du reste, car, au final, leurs classement se recoupent, on constate que la plus grande hétérogénéité règne au sein de celles-ci. Il faut alors bien prendre conscience que ce problème résulte du fait que out se combine avec une très grande variété de verbes, et non d’un caractère fondamentalement multiple du sens de cette particule. Car il nous semble au contraire que ce sens peut être ramené à une valeur de base que l’on pourrait décrire en ces termes : l’idée de franchissement d’un périmètre. Nous pensons en effet qu’il faut abandonner l’expression mouvement vers l’extérieur : de fait, comme nous nous y attendions, l’analyse des combinaisons les plus littérales de la classification du CCDPV révèle d’une part que l’idée de mouvement est loin d’être omniprésente, et d’autre part que, lorsqu’elle entre effectivement en jeu, elle est véhiculée par le verbe 178 et non par out qui, lui, indique plutôt à quel type de déplacement on a affaire. Il va de soi que la formule franchissement d’un périmètre doit ici être prise dans son acception la plus large. Elle permet de conserver l’idée de passage de l’intérieur vers l’extérieur, qui est indéniablement à l’œuvre dans des combinaisons très littérales telles que back out, squeeze out, ou même sob out179. Elle a aussi le mérite d’étendre cette idée afin de décrire l’apport de out aux phrasal verbs dont le sens est plus abstrait : la particule semble alors marquer qu’une limite est, ou a été, franchie. Les combinaisons que le CCDPV classe sous « 7 Increasing size, shape, or extent » paraissent ainsi relever de ce cas de figure, et l’on comprend bien que le terme limite doit, lui aussi, être considéré dans toute son extension, ce qu’il désigne pouvant aussi bien être concret qu’abstrait, physique que temporel, comme le montrent les exemples (53) et (54) : (53) He was, Owen judged, about fourteen, a little below medium height and slim, although already showing signs of broadening out like his uncle. (J10 1806) (54) Their main concern was that independent arbitration would drag out negotiations and prevent them complying with the MMC proposals to free pubs from the tie by the deadline of November 1992. (A14 772)

L’idée de franchissement d’un périmètre permet également de rendre compte des deux sens a priori contradictoires que la classification du CCDPV attribue à out, à savoir « 4 Appearing » et « 10 Ending or disappearing ». On peut effectivement avancer que, dans un cas comme 178

Il s’agit alors, comme avec away et off, majoritairement de manner of motion verbs.

179

On remarque au passage que l’idée de « production of sounds or speech by a human voice » mise en avant

par le CCDPV dans sa description des combinaisons de ce type est purement imputable aux verbes.

167

dans l’autre, une seule et unique valeur de out intervient : l’idée qu’une limite est franchie, ce qui se traduit par l’expression d’un changement d’état ou de situation, comme le suggèrent les définitions proposées par L.A. Hill (op. cit. : 136, 140) pour décrire les deux sens en question – cf. « ‘from a state of quietness into a state of activity’ or ‘into a state of greater activity’ » et « ‘from being alive/ active/ visible/ fashionable/ current into a state of extinction’ » respectivement. Or, il est parfaitement concevable qu’en fonction du contexte, et notamment du verbe auquel la particule est associée, ce changement puisse correspondre tout aussi bien à l’apparition d’un nouvel état ou d’une nouvelle situation qu’au passage à l’état résultant, d’où les deux sens identifiés par le CCDPV. L’analyse de quelques combinaisons en 2.3.4. devrait nous permettre de tester cette hypothèse plus avant et de commencer à cerner en quoi l’opération dont on vient d’esquisser les contours diffère de celle dont off est la trace. En attendant, comment ne pas voir dans la manière dont A. Castagna (ibid. : 95) présente le sens de out un signe de ce qu’il s’agit là d’une piste de réflexion des plus crédibles ? L’auteur donne en effet comme paraphrase de la valeur centrale de cette particule « passage d’un point à un autre », et, surtout, il définit sa valeur non spatiale comme consistant dans le « passage de l’inachevé à l’achevé », précisant même que « l’action tend vers un résultat et l’atteint parfois ». Remarquons encore que C. Bouscaren et J.-C. Burgué (op. cit. : 16) paraissent, eux aussi, appuyer cette idée puisqu’ils indiquent que « out marque […] l’extension de l’activité jusqu’à son point maximum, la sortie de la situation existante ». Enfin, et cela établirait clairement tout l’intérêt de cette proposition, il nous semble qu’il doit être possible de mettre en évidence que la valeur "télique" de out, dont l’ensemble des dictionnaires fait état sous une forme ou sous une autre, n’est qu’un aspect de cette idée de franchissement d’un périmètre. Concernant cette dernière valeur, nous nous devons de signaler ici ce commentaire, particulièrement intéressant, fait par l’OPVDLE, et sur lequel nous aurons l’occasion de revenir un peu plus loin (cf. infra p. 174-175) : Out is often used to create new verbs that mean you have completely finished doing something and can do no more. For example: I’m all partied out (= I have been to so many parties that I can’t go to any more).

Un certain nombre d’autres observations méritent également d’être mentionnées. On citera en premier lieu le fait que quelques ouvrages semblent aller dans le sens du Webster qui, nous l’avons vu en 2.3.2.1., considère que out « [can be] used as an intensive ». Ainsi M. Riccioli et B. Bazin (ibid. : 168) intitulent-ils l’une des catégories de leur liste des sens de out « faire quelque chose à fond », tandis que le CCDPV souligne, lui, que « often, out just emphasizes the action described by the verb, rather than changing its meaning ». On observera par ailleurs 168

que les dictionnaires de verbes à particule, contrairement aux unilingues, n’hésitent pas à opposer explicitement out à in : C. Bouscaren et J.-C. Burgué (ibid. : 15), par exemple, débutent leur présentation par la formule « à l’opposé de in, out marque […] ». Quant à L.A. Hill (ibid. : 134-143), il renvoie à in à pas moins de 15 reprises. Cet auteur invite aussi son lecteur à comparer out à off, entre autres pour les emplois du type « ‘in[to] a state of not being alight/ burning’ ». On se souviendra que c’est là un rapprochement que nous avions envisagé lorsque nous avons étudié les entrées des dictionnaires unilingues. Nous avions alors constaté qu’il était impossible de substituer ces deux particules l’une à l’autre sans altérer le sens des exemples proposés. Mais on trouve dans le HVA (op. cit. : 97) et chez M. Riccioli et B. Bazin (ibid. : 166), pour ne citer qu’eux, des exemples où, cette fois, cela paraît parfaitement faisable : cf. « switch the garage light out » et « Don’t forget to turn the lights out when you leave » respectivement. C’est donc là un point qu’il nous faudra absolument examiner plus en détail. Pour terminer, on notera qu’une majorité de dictionnaires donnent leaving ou partir comme "sens premier" de out, tout comme ils le font pour away et pour off. Ainsi que nous l’avons déjà laissé entendre, dans tous les cas, ce sens est en grande partie imputable aux verbes avec lesquels ces trois particules se trouvent alors associés. De plus, il semble que la manière de "partir" diffère avec chacune d’entre elles. Toutefois, force est de reconnaître que cela n’a rien d’anodin et ne peut que témoigner de l’existence d’un minimum de propriétés communes à ces trois unités, un fait qu’il nous faudra inévitablement prendre en compte lorsque nous chercherons à établir leurs formes schématiques respectives. 2.3.2.3. Grammaires Les éléments que les grammaires fournissent à propos de out sont aussi succincts que dans le cas de away et de off. On retiendra tout d’abord que la LGSWE (op. cit. : 78) le classe parmi les « adverbial particles »180 et considère que out fait partie de celles « [which] cannot also be used as prepositions [but] can be part of complex prepositions or extended prepositional phrases ». La CoGEL et la CaGEL nuancent toutefois ce propos : la première souligne qu’en anglais britannique, out est un « adverb […] which correspond[s] to [a] complex preposition », alors qu’en anglais américain, out « can be either [a] preposition or [a]

180

On se souviendra qu’il s’agit là de la dénomination utilisée par cet ouvrage pour désigner « a small group

of short invariable forms with a core meaning of motion and result » (ibid.).

169

spatial adverb » (op. cit. : 1151). Quant à la seconde181, elle indique que « the transitive use seen in He jumped out the window is normal in AmE, but not in BrE » (op. cit. : 281), précisant plus loin que (ibid. : 639): Out usually takes an of PP : an NP complement is primarily AmE (or informal), and generally restricted to NPs determined by the in combination with such verbs as look, jump, go, etc.

Ce point d’usage étant clarifié, intéressons-nous maintenant à la manière dont les grammaires décrivent les emplois de out. Pour la CaGEL, c’est, au même titre que away et off, une « source preposition », c’est-à-dire qu’elle marque « [the] initial location [in] a change of location », et « [it] can also be used for static location » (ibid. : 648). La CoGEL ne dit pas autre chose, qui la place au rang des « common adverbs realizing spatial relations [which] can be used for both position and direction » (ibid. : 516). Et, comme dans le cas de away et de off, ces deux dimensions font l’objet de deux schémas distincts au sein du tableau dans lequel cette grammaire récapitule « the dimensional orientation of the chief prepositions of space » (ibid. : 674). Pour être tout à fait exact, c’est en fait out of, et non out, qui figure effectivement dans le tableau en question, ce qui doit nous inciter à prendre cette représentation avec un certain recul, mais ne lui retire néanmoins rien de son intérêt. La voici donc :

On remarquera en passant que la CoGEL et la CaGEL s’accordent alors pour opposer out à in, l’une le définissant explicitement comme « [‘not in’] » (ibid. : 678), et l’autre y voyant « the semantically negative counterpart of in » (ibid.). C’est finalement la CoGEL qui apporte la contribution la plus pertinente concernant le sémantisme de out. Cet ouvrage l’utilise en effet pour illustrer le fait que, parfois, « it is the particle which establishes a family resemblance » (ibid. : 1162), et propose à cette fin l’exemple qui suit (ibid. : 1163) :

181

Rappelons que la CaGEL, qui considère out comme une « prepositional particle » (op. cit. : 281),

« employs a definition of the category of prepositions that is considerably broader than those used in traditional grammars of English » (ibid. : 598).

170

‘endurance’ draw out last out

eke out hold out

Les auteurs ajoutent que « completion can also be signalled by out, as in find out, point out, seek out, figure out, work out, etc. » (ibid.), ce qui va bien dans le sens de l’existence d’une valeur "télique" que nous évoquions un peu plus haut. Signalons encore, à la suite cette fois de la CaGEL, que out figure au nombre des « directional prepositions [which] are frequently found functioning as pre-head modifiers in PPs », comme en témoigne l’exemple « I saw you last night [out on the edge of town] » (ibid. : 645). Pour terminer, on se doit de citer J.-C. Souesme, dont la Grammaire Anglaise en contexte offre une description de out qui est loin d’être dénuée d’intérêt (op. cit. : 51) : Out sera utilisé seul comme particule pour marquer la sortie d’un domaine. Cette valeur se retrouve en premier sur le plan spatial : […]. Cette notion de sortie d’un domaine se manifeste sur le plan métaphorique avec la valeur ‘apparaître’ lors de son emploi dans : burst out, break out ou encore celle de ‘délivrer’ dans bring out the news, give out a secret, l’état résultant étant la découverte elle-même, l’obtention de ce que l’on recherchait, valeur que l’on observe dans find out, point out, work out par exemple. Nous aurons également une valeur aspectuelle métaphorique correspondant à l’idée de disparition dans : blow out, burn out, cross out, fade out, wipe out ainsi que dans sell out : […].

L’analyse mériterait d’être affinée, notamment en ce qui concerne les diverses formes que semble pouvoir prendre l’état résultant, car trop de choses y sont laissées à l’appréciation du lecteur, mais il s’agit tout de même là d’une hypothèse prometteuse qui vient prolonger et compléter celle que nous avons commencé à développer dans la partie précédente. Il paraît en effet parfaitement vraisemblable que l’idée de franchissement d’un périmètre ou d’une limite puisse se traduire en terme de sortie du domaine notionnel dans la TOE. C’est donc l’un des points que nous nous efforcerons de vérifier dans le chapitre 3 du présent travail.

2.3.3. Autres approches Nous débuterons une nouvelle fois notre tour d’horizon des travaux consacrés aux particules et/ ou aux verbes à particule par The Modern English Verb-Adverb Combination, l’ouvrage de référence que l’on doit à A. Kennedy. Ce dernier ouvre sa présentation des valeurs de out sur le constat que « with one exception, out is the most commonly used of all the particles which we are examining » et que « its values are, as a rule, clearly

171

distinguished » (ibid. : 21). La liste qu’il en dresse est, comme on pourra s’en rendre compte, tout à fait classique (ibid. : 21-22) : - literal use, expressing direction outward or out from : branch out, broaden out, deal out, hand out, lengthen out, spread out. - removal or separation : back out, buy out, cross out, crowd out, keep out, pick out, sell out and verbs pertaining to household activities such as air out, brush out, clean out, rinse out, wash out, wring out. - completeness or finality : carry out ‘to complete’, feather out, hammer out, hew out, leaf out, map out, measure out, plan out, win out, work out. - openness or publicity which does not necessarily imply completeness : blaze out, blossom out, boom out, break out ‘to become prevalent’, call out ‘to call loudly’, hatch out, pay out (money), ring out, weigh out (groceries, etc.). - exhaustion or extinction : blot out, blow out ‘to extinguish’, close out (a stock of goods), die out, fade out, freeze out, go out ‘to become extinguished’, peter out ‘to tire out’, strike out, tire out, wear out.

Soulignons que, contrairement à ce que l’on avait pu voir dans le cas de off, ici, dans l’ensemble, les exemples sont plutôt bien choisis, et surtout qu’assez peu sont tombés en désuétude. On pourra toutefois s’étonner que find out et try out soient utilisés pour illustrer l’affirmation suivante (ibid. : 22) : There are, of course, a few combinations with out which have become so commonplace that out is almost inexpressive and the verb itself has nearly lost its earlier individuality.

Les autres exemples cités incluent give out, look out et make out. Même si l’on peut comprendre ce qui a pu amener l’auteur à émettre un tel commentaire, nous nous inscrivons en faux contre lui car il revient à nier la spécificité, pourtant bien réelle, de l’apport de out à ces combinaisons. En revanche, A. Kennedy a, nous semble-t-il, entièrement raison de préciser que « [it is] the inherent meaning of the verb [which] frequently gives to the combination with out the idea of openness or publicity » (ibid.). Un dernier point de cette description mérite toute notre attention : il s’agit du fait que A. Kennedy établit clairement un lien entre le sens de « completeness or finality » et le sens littéral de out. En effet, il affirme que (ibid. : 21) : It is not difficult, in most of the combinations of this group, to find a suggestion of the literal in the particle out, and yet it is probably true that most speakers feel the completeness or finality of the action rather than direction or separation, which lurks very dimly in the mental background of the speaker if at all.

172

Il ne s’arrête du reste pas là puisqu’il introduit le sens de « exhaustion or extinction » en ces termes (ibid. : 22) : The idea of direction or removal is carried to the ultimate conception of exhaustion or extinction.

On le voit, A. Kennedy suggère donc très explicitement que les deux principaux sens abstraits de out découlent directement de son sens littéral, ce qui plaide en faveur de notre hypothèse selon laquelle la valeur de cette particule, tout comme celle de away et de off, est relativement homogène. Ce n’est malheureusement pas l’impression qui se dégage des quelques pages que D. Bolinger consacre à out. Il faut dire que l’auteur y manque de clarté : on peut ainsi, entre autres, se demander ce que les expressions « literal ‘centrifugal’ meaning » (op. cit. : 104) et « literal resultant-condition meaning » (ibid. : 105) recouvrent exactement. En fait, une grande partie de son développement souffre d’une absence totale d’explications, avec pour conséquence que les différentes séries d’exemples proposées paraissent souvent aléatoires. Savoir que « the aspectual meanings [of out] are more opaque [than those of up] » (ibid. : 104) n’avance guère le lecteur si cette remarque ne s’accompagne d’aucun éclaircissement. D’autant que D. Bolinger affirme par ailleurs que « turn out, grind out, and spin out tend to be iterative, while write out, print out, work out, and put out are perfective » (ibid. : 97-98) sans indiquer quel rôle il attribue aux verbes associés à out dans l’émergence de ces effets de sens. On pourra tout de même retenir au moins deux points de cette présentation, dont l’intérêt réside dans les éléments nouveaux qu’ils apportent par rapport à ce que nous avons déjà pu apprendre sur cette particule. D’une part, sa comparaison des sens aspectuels de out et de up amène D. Bolinger à noter que out « is mainly restricted to native, or at least to nonlearned, verbs » (ibid. : 104) tandis que up « is the particle with virtually unlimited freedom to attach » (ibid. : 101). Cette observation est illustrée par un certain nombre d’exemples, parmi lesquels ceux qui suivent : Can you furnish up this apartment ? Can you fit out this expedition? *Can you equip out this expedition?

Elle est également étayée et complétée par un passage sur les possibilités de combinaison de out avec les verbes excavate et dig (ibid. : 105) :

173

Similarly when excavate and dig are used in the “affect” sense of “expose to view”, with which out has its literal resultant-condition meaning, out is acceptable with either verb; but when the same two verbs have the “effect” sense of “create”, and out then resembles an affix (excavare = out-dig), out can be used only with dig : With that machine they were able to excavate out the safe that had plunged into the basement with the fire. With … they were able to dig out…. *With a machine that size it’s easy to excavate out a big hole. With a machine that size it’s easy to dig out a big hole.

D’autre part, D. Bolinger (ibid. : 106) met en lumière l’existence d’un sens largement ignoré par les listes des dictionnaires182 : The meaning “exhausted” is found in passives that may relate to reflexives: We’ve talked ourselves out. We’re all talked out. I’ve written myself out. I’m all written out. or to middle voice: My energy played out. My energy is all played out. or to nothing, that is, no corresponding active construction: *I tuckered out. ?It tuckered me out. I’m all tuckered out. ?I pooped out. *It pooped me out. I’m all pooped out.

D. Bolinger s’arrêtant là, il faut se tourner vers R. Jackendoff (2002) si l’on veut en savoir un peu plus à propos de ce type d’exemples183. Le linguiste leur consacre en effet quelques lignes de son article sur les constructions à particule de l’anglais, expliquant que (ibid. : 85) : Another apparently recent class involving out is totally productive. For example, if I have been knitting or programming for the last six hours straight, I may say (47a). I may conceivably also say (47b), an idiomatic use of the resultative with a so-called fake reflexive. (47) a. I’m (all) knitted/programmed out. b. I(’ve) knitted/programmed myself out.

Il ajoute que But this odd combination is not confined to verbs. If I’ve drunk 14 cups of coffee in the course of a morning I might utter (48a), and if I’ve watched 14 Edward G. Robinson movies in a row I might even utter (48b). 182

A l’exception notable de l’OPVDLE : cf. l’exemple I’m all partied out cité p. 168.

183

Il est à noter que, parmi les verbes cités par D. Bolinger, poop out et tucker out figurent dans l’article de

R. Jackendoff, mais comme exemples d’une autre construction (ibid. : 73-74) : In this class the “verb” need not be a verb or even an independently attested word. They all mean roughly ‘go into an unusual mental state’; the particle is always out. The class is semiproductive because each example (and its meaning) must be learned individually, hence lexically listed.

174

(48) a. I’m (all) coffeed out. b. I’m Edward G. Robinsoned out.

Il nous semble qu’il va de soi que ce serait un tort d’attribuer l’idée de fatigue/ épuisement à la seule particule out, comme D. Bolinger le laisse entendre : l’apparition de cet effet de sens est plus vraisemblablement le fruit de l’ensemble de la construction dans laquelle elle entre. C’est du reste l’hypothèse avancée par R. Jackendoff (ibid.) : What would seem to be stored in the lexicon for this case is again an idiomatic construction, roughly of syntactic form (49a) and meaning (49b). (49) a. [AP V/N + -d [prt out]] b. ‘worn out from too much V-ing/too much N’

Pour lui, « the model for this construction is rather clear: it is an extension of tired out, worn out, burned out, and so forth » (ibid.). Soulignons qu’il est rejoint sur ce point par S. Lindstromberg (1998 : 266) qui considère que : Probably by analogy with tired out, colloquial language (especially American) features such expressions as I’m all sung out, meaning ‘I can’t sing any more; I’ve passed the limit of how much I can sing.

Cette manière de rendre compte de cette construction paraît certes tout à fait recevable, mais on peut cependant légitimement s’interroger sur les raisons qui font que out y participe et se prête à une telle interprétation. Pourquoi n’a-t-on pas plutôt away, off, ou même une toute autre particule à la place ? Peut-être peut-on trouver un élément de réponse dans le fait que, comme nous l’avons souligné plus haut, out marque qu’une limite est, ou a été, franchie. Or, on remarquera que le commentaire que fait S. Lindstromberg (ibid.) au sujet de tire out, à savoir que « another possible view of being tired out is that one has exceeded the limit of one’s energy », s’applique parfaitement aux exemples dont il est ici question puisqu’il s’agit justement de dire que l’on a dépassé les limites de la résistance physique du sujet. On peut donc présumer que out marque le passage d’un état à un autre, tandis que le verbe auquel il associé indique de quelle manière ce changement d’état s’opère. Parmi les autres ouvrages qui s’intéressent, de près ou de loin, à out figure celui de L. Brinton, même si la linguiste s’y montre particulièrement succincte concernant cette particule. Pour elle, out, tout comme away et off, fait partie des « particles which most frequently indicate the endpoint of an action » (op. cit. : 169), ce qui l’amène à conclure que « [it] typically mark[s] telic aktionsart » (ibid. : 237). A. Live (op. cit. : 436), qui s’avère aussi peu loquace que L. Brinton, défend, elle aussi, l’idée qu’il existe un sens "télique" de out puisqu’elle affirme que : 175

Out contributes a connotation of thoroughness and culmination (work out, puzzle out, carry out, fight out, wear out, seek out, sweat out, buy out, sell out, burn out, think out, turn out ‘end’, give out ‘be exhausted’).

On notera néanmoins au passage une différence dans la terminologie employée par cet auteur pour qualifier l’apport aspectuel de out – pour lequel, donc, elle parle de « thoroughness and culmination » – et celui de off – pour lequel elle préfère parler de « terminative slant » (ibid.). Or, la notion de culmination ne va pas sans rappeler les commentaires du Webster sur la possibilité pour out « [to be] used as an intensive ». Toutefois, n’oublions pas qu’A. Live (ibid. : 437) estime que « almost all the particles represent some variant of the intensive or the terminative – or both » et que cette observation s’applique sans conteste à out. On peut tout de même supposer que, dans la mesure où off et out sont la trace de deux opérations distinctes, la télicité n’est pas construite de la même façon avec ces deux particules, et que c’est ce que reflète la formulation adoptée par A. Live. Examinons

pour

terminer

les

ouvrages

English

Prepositions

Explained

de

S. Lindstromberg (op. cit.) et The Semantics of English Prepositions d’A. Tyler et V. Evans (2003). Il nous a paru opportun de traiter les descriptions de out qui y sont proposées en parallèle car, bien que n’ayant ni les mêmes ambitions ni les mêmes objectifs, ces travaux s’inscrivent tous deux dans une perspective cognitiviste et, à ce titre, tendent à se compléter, voire à se recouper. Dans les deux cas, l’analyse repose en grande partie sur ce qui est présenté comme étant le "sens de base" de out. Pour S. Lindstromberg, « the prototypical meaning of out [is] ‘across a perimeter and going farther from’ » (ibid. : 33), tandis que pour A. Tyler et V. Evans « the primary meaning associated with out designates a spatial relation in which the TR is exterior to a bounded LM »184 (ibid. : 200). Ils précisent par ailleurs que « the functional element associated with out is non-containment » (ibid. : 201). Les schémas utilisés pour représenter ce "sens de base" révèlent une certaine divergence dans la manière de l’envisager :

184

Chez A. Tyler et V. Evans (ibid. : 12), le terme trajector or TR désigne « the focal element which follows

the trajectory » et le terme landmark or LM « the [locating], backgrounded element ». Pour eux, si « a number of spatial particles appear to mediate relations in which the dimensions of the LM are essentially irrelevant » (ibid : 178), il existe « a set of spatial particles, in, into, out, out of, and through, which are sensitive to certain dimensions of the LM, namely the dimensions which collectively give rise to the notion of boundedness ». Ils définissent alors « a bounded LM as one that possesses an interior, a boundary and an exterior » (ibid.).

176

S. Lindstromberg (ibid. : 40) A. Tyler et V. Evans (ibid.)

Comme on peut le voir, S. Lindstromberg, lui, entend souligner que (ibid.) : As a preposition of path, out always refers to a path whose starting point is inside an area or space but whose endpoint is not. Out is used especially when such a path crosses one of the boundaries of an area or space […].185

L’auteur insiste tout particulièrement sur ce dernier point puisqu’il ajoute ensuite que « out highlights the notion ‘exit through a boundary’ » (ibid. : 41) et, plus loin encore, que « out is used to indicate passage beyond some kind of boundary » (ibid. : 266). Il n’est alors guère étonnant qu’il donne out comme faisant partie intégrante du « system of prepositions of ‘separation’ » de l’anglais (ibid. : 40), à l’égal de off. A quelques considérations extralinguistiques près, c’est donc là une vision du sémantisme de out relativement proche de la nôtre que met en avant S. Lindstromberg. En revanche, et malgré une apparente ressemblance, le schéma d’A. Tyler et V. Evans traduit, lui, une conception sensiblement différente. La remarque qui suit est particulièrement éclairante à cet égard (ibid. : 133) : These authors186 also represent a number of other prepositions which we do not believe have inherent orientation, such as out […], with arrow diagrams.

Il est évident que, même s’il ne figure pas nommément dans la liste des linguistes qui sont ainsi critiqués, S. Lindstromberg ne se trouve pas moins implicitement visé par ce commentaire. Dans ces conditions, quelles conclusions peut-on tirer de la confrontation des points de vue de S. Lindstromberg et d’A. Tyler et V. Evans ? Il n’aura pas échappé au lecteur attentif que, placés côté à côte, leurs schémas évoquent fortement la représentation de out (of) proposée par la CoGEL (cf. supra p. 170). Or, on se souviendra que les auteurs de cette grammaire considèrent que les principales « prepositions of space » peuvent tout aussi bien désigner une « destination » qu’une « position » (ibid. : 674). Il semble donc que les divergences observées entre les analyses de S. Lindstromberg et A. Tyler et V. Evans tiennent au fait que, pour des motifs qui sont 185

Souligné dans le texte.

186

FRANK, Marcella, 1972: Modern English : A Practical Reference Guide, Englewods Cliffs, NJ: Prentice

Hall, et QUIRK et alii. (1985).

177

largement passés sous silence, chacune privilégie une "composante" différente du sens de out, destination pour la première et position pour la seconde. Si l’on ne peut que convenir que le terme destination est passablement mal choisi, il nous paraît cependant difficile de nous ranger à l’avis d’A. Tyler et V. Evans et de nier l’existence de toute orientation inhérente à out187. Toutefois, la position qu’ils défendent nous incite à nuancer quelque peu la nôtre : peut-être avons-nous jusqu’à présent accordé trop de poids au franchissement (de limite) en lui-même alors qu’il est tout à fait possible que ce qui prime avec out soit plutôt les conséquences de ce franchissement, c’est-à-dire le fait d’"être à l’extérieur", ainsi que semblent le suggérer A. Tyler et V. Evans. Une telle hypothèse reste à vérifier mais elle a sans conteste le mérite de poser une différence plus nette entre ce que marquent respectivement out et off. Si l’idée de passage, qui constitue un ressort essentiel du fonctionnement de off, est sans doute également présente avec out, il est vraisemblable que le rôle qu’elle joue alors soit d’une toute autre nature. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question d’ici peu. En attendant, le schéma d’A. Tyler et V. Evans appelle un dernier commentaire. En effet, comment ne pas remarquer que, là où S. Lindstromberg utilise une ligne pleine pour représenter son carré, eux préfèrent recourir à une ligne en pointillés ? Un détail en apparence anodin qui est en fait lourd de sens (ibid. : 201) : The shaded sphere represents the TR while the dashed square represents the covert bounded LM. The LM is covert in the sense that it is not profiled by out, […].

Au fond, S. Lindstromberg ne dit pas autre chose lorsqu’il souligne que « of is necessary whenever the Landmark is specified »188 (ibid. : 33), mais il ne développe pas cette réflexion plus avant. En revanche, A. Tyler et V. Evans placent clairement l’idée qu’avec out « the LM is covert » au cœur de leur raisonnement. Pour eux, elle explique que « out seldom functions as a preposition » (ibid.) et, par conséquent, permet de comprendre les différences de fonctionnement qui peuvent exister entre out et out of. S’ils reconnaissent que « many of the senses associated with out also apply to out of », ils affirment cependant que « a key difference […] is that in such senses out of overtly codes the LM » (ibid. : 212). Ils justifient cette position en arguant que « [out of] inherits the functional element of ‘intrinsically related’ from of » (ibid.), ce qui les amènent à conclure que « in spatial scenes mediated by out of, the 187

D. Slobin (1996 : 196) ne prend-il pas out comme exemple de ce que « in English, a satellite to the verb

[…] conveys the core information of the path of movement » ? 188

On pourrait cependant avancer que, dans les exemples mettant en jeu wear out, coffee out, etc. (cf. supra

p. 174-175), un Landmark est bien spécifié, sans qu’on ait besoin d’avoir recours à of : il serait dans wear, coffee, etc. eux-mêmes.

178

TR is conceptualized as having originated in the interior of the LM » (ibid : 213). On saisit alors mieux sur quoi ils fondent leur conception très restrictive du sens de out que nous avons exposée plus haut. La distinction ainsi établie entre out et out of est peut-être trop tranchée, mais elle doit néanmoins nous interpeller quant à ce que sont réellement les propriétés intrinsèques de out, et nous inviter à la plus grande prudence lorsque nous sommes amenés à travailler sur des occurrences où cette particule est associée à of. Sorties de la stricte description du "sens de base" de out, les présentations de S. Lindstromberg et d’A. Tyler et V. Evans ont tendance à tourner un peu au catalogue de sens, à la manière des listes dressées par les dictionnaires par exemple. Toutefois, elles s’en démarquent sur un point, qu’elles sont, de fait, les seules à traiter : la question du point du vue. Sous des formulations légèrement différentes, mais faisant dans tous les cas abondamment appel à l’extralinguistique, S. Lindstromberg et A. Tyler et V. Evans mettent en évidence le rôle crucial qu’il joue dans l’interprétation d’un certain nombre d’emplois de out. Le premier soulève le problème en ces termes (ibid. : 37) : Observer’s viewpoint Suppose Person C leaves a house. Person A, who stays inside the house, may say, “C has gone out”. Person B, who has been waiting outside the house, may say, “C has come out”. (Person C, having come out, will be aware of both viewpoints.) This is important to remember because some metaphorical uses of out reflect the only viewpoint of Person A while others reflect only the viewpoint of Person B.

Les seconds, eux, l’abordent au travers de l’étude des deux groupes de sens suivants : 

« The Vantage Point is Interior Cluster » (ibid. : 204) : selon A. Tyler et V. Evans,

« our experience with bounded LMs often involves the viewer being inside the LM ». Or, ils avancent que « a number of implicatures arising from this particular vantage point have come to be conventionally associated with out » (ibid.). Le point crucial de ce cas de figure est que « the TR is exterior to the LM, even though the vantage point is interior », avec pour effet que « the TR is understood as being outside the boundaries in which the experiencer is located » (ibid. : 205). 

« The Vantage Point is Exterior Cluster » (ibid. : 206) : A. Tyler et V. Evans

remarquent qu’à l’inverse « in many everyday spatial scenes involving bounded LMs, the scene is construed such that the vantage point is exterior to the LM », et ils soulignent que « this way of viewing a spatial scene has [also] given rise to a number of distinct senses associated with out » (ibid.).

179

En tout état de cause, les auteurs s’accordent sur la façon dont le sens de out est affecté en fonction du point de vue en jeu : 

soit il est à l’intérieur, auquel cas « out = ‘not here/not there’ = ‘not

existing/dead’ », car « a resultant situation is characterized as a case of the disappearance of something from an earlier situation » (Lindstromberg, ibid.). A. Tyler and V. Evans précisent que « in this sense being out is construed as non-desirable » et que « the notion of being out designates an unfavourable situation » (ibid. : 205). Cela concerne des exemples tels que « The Air Force has taken out [=’destroyed’] twelve bridges » (Lindstromberg, ibid.) ou « They voted out the unpopular member » (Tyler et Evans, ibid.). 

soit il est à l’extérieur, auquel cas « out = ‘in the open’, ‘not hidden’ =

‘understandable’ or ‘available’ », puisque « something previously inside, therefore hidden, comes out and is visible or, by further metaphorical extension, is understandable or available » (Lindstromberg, ibid. : 38). On s’intéresse alors à des exemples comme « She told him right out she didn’t like his ugly face » (Lindstromberg, ibid.) ou « The secret is out » (Tyler et Evans, ibid. : 207). Tout l’intérêt d’une telle lecture des données est qu’elle permet de rendre compte d’une manière plus satisfaisante des valeurs a priori contradictoires que peut prendre out, ainsi que le mettent en évidence A. Tyler et V. Evans (ibid.) : By virtue of positing that spatial experience is ‘cut up’ into spatial scenes, which can be viewed from different and distinct perspectives, we have a way of understanding why out can be associated with contrary readings, a Lack of Visibility Sense, as in examples such as : The light is out [cannot be seen], which contrasts with the Visibility Sense : The sun is out [can be seen].

On n’aura pas oublié que, grâce à un examen critique des descriptions de away, et, surtout, de off, nous avions aisément pu montrer que les valeurs opposées identifiées par les dictionnaires pour chacune de ces deux particules, et qu’ils leur attribuaient, résultaient en fait de leur association avec tel ou tel type de verbe. Or, on le voit, ici la situation est tout autre car out est, ou tout au moins peut être, employé seul. Comme nous l’avions indiqué lorsque nous avons étudié la classification du CCDPV, dont les sens « 4 Appearing » et « 10 Ending or disappearing » englobent respectivement ce qu’A. Tyler et V. Evans appellent « Visibility Sense » et « Lack of Visibility Sense », il nous semble qu’une seule et unique valeur de out intervient dans les deux cas. Une interprétation en termes de différence de point de vue vient donc éclairer cette hypothèse d’un jour nouveau. Il ne s’agit aucunement d’affirmer que out détermine la perspective adoptée, ou plutôt la manière dont il est repéré, mais au contraire de

180

considérer que l’opération, stable, dont cette particule est la trace se prête à des variations du type de repérage dont elle fait l’objet, et qui sont vraisemblablement fonction de facteurs liés au contexte immédiat. Il va de soi que ce qui nous intéresse ici, c’est moins le détail des sens concernés, et décrits assez justement par S. Lindstromberg et A. Tyler et V. Evans, que le fait que ce problème du point de vue, et donc de la façon dont le repérage est construit, ne semble vraiment se poser en ces termes que pour out. Nos analyses de away et de off n’ont en effet révélé aucun phénomène semblable. Ce sera bien évidemment l’un des enjeux de la partie que nous consacrerons à out dans le chapitre 3 que de déterminer comment cette problématique peut être reformulée dans le cadre de la TOE, au sein de laquelle la question du repérage occupe, on le sait, une place privilégiée. Quelques éléments méritent encore d’être mentionnés pour que notre présentation des contributions de S. Lindstromberg et d’A. Tyler et V. Evans soit complète. On peut ainsi difficilement passer sous silence le fait que ces linguistes reconnaissent à out une valeur "télique". Pour A. Tyler et V. Evans (ibid. : 204), dans un certain nombre d’exemples, « there is a meaning of completion associated with out », auquel cas « out can be paraphrased by the lexeme completely [and] designates the endpoint of a process ». On remarque qu’on retrouve là une description très proche de celle proposée par L. Brinton. Chez S. Lindstromberg, la terminologie employée n’est pas tout à fait la même, mais le constat reste similaire puisque l’auteur fait état de l’existence d’un « ‘perfective’ meaning » de out (ibid. : 36). Selon lui, deux sens en relèvent plus particulièrement, qu’il nomme « ‘extension beyond former boundaries’ » (ibid. : 35) et « ‘from the beginning to the end’ » (ibid. : 36). L’intitulé de ce dernier parlant de lui-même, nous ne nous attarderons pas dessus. Le premier, en revanche, appelle quelques précisions : l’idée est que « the original boundaries [of something] have been passed », que « limits […] are extended » (ibid. : 35). Pour illustrer son propos, S. Lindstromberg choisit comme exemple prototypique « Let’s roll out the carpet and see what it looks like », dont il explique le sens comme suit (ibid.) : Before being rolled out, a carpet occupies a compact cylindrical space. After being rolled out, the carpet extends beyond this space. […] the carpet has gone ‘out’ of [the original boundaries].

Si, au premier abord, l’exemple retenu peut paraître trop littéral, on s’aperçoit en fait que, contrairement à d’autres plus abstraits, il présente précisément l’avantage de mettre clairement en évidence le fait que, comme nous le pressentions (cf. supra p. 168), la valeur "télique" de out découle directement de son "sens de base". S. Lindstromberg rejoint donc en cela A. Kennedy, dont nous avions signalé qu’il établissait explicitement un lien entre un sens 181

dit de « completeness or finality » et le sens littéral de out. Or, même si nous avons souligné que l’analyse de ce sens en termes de franchissement de périmètre doit être maniée avec précaution car out ne saurait y être réduit, il s’agit néanmoins d’un aspect essentiel du sémantisme de cette particule. Et l’on voit bien ici que c’est à cause de cette problématique de franchissement de limite/ de "situation à l’extérieur" qui lui est inhérente que out est à même de construire l’aboutissement d’un procès. Il est alors très vraisemblable qu’il s’agisse là de la raison qui amène S. Lindstromberg (ibid. : 193) à affirmer que : Perfective out […] is less abstract then perfective up. That is, the chain of meaning extension from the root literal meaning to the metaphorical usage is shorter.

La question du « perfective meaning » de out est en effet l’occasion pour l’auteur de proposer un rapprochement très intéressant, avec up. Voici ce qu’on peut en retenir (ibid.) : As with up, sometimes at least two different senses seem to operate simultaneously. Thus, in (49), out contributes the following two notions, neither of which is contributed by up if it occurs in the same context. One of these notions is ‘extension’ […] which, by metaphor, suggests ‘process’ as opposed to ‘sudden change’. The other notion is sheer ‘outness’; that is, that the moisture is literally out of the cake. (49) This cake is all dried out. In the same context (491) up contributes only the perfective notion that the drying process has been pretty well completed: (491) This cake is all dried up.

Cette comparaison demanderait à être approfondie, mais une telle tâche dépasse largement le cadre que nous nous sommes fixés pour le présent travail. Toutefois, il nous semble que l’on peut considérer la démonstration de S. Lindstromberg comme relativement convaincante, autrement plus en tout cas que la réflexion de D. Bolinger que nous avions mentionnée à la page 173 et selon laquelle « the aspectual meanings [of out] are more opaque [than those of up] » (ibid. : 104). Nous pensons au contraire que le lien entre sens littéral et "valeur télique" est bel et bien plus immédiat avec out qu’avec up, comme l’avance S. Lindstromberg.

2.3.4. Etude de cas Il est maintenant temps de mettre à l’épreuve des faits les différentes pistes de réflexion et hypothèses qui ont émergé de l’analyse de la littérature consacrée à out à laquelle nous venons de nous livrer. Il nous a semblé qu’il pourrait être judicieux de débuter cette partie en

182

examinant les combinaisons que out forme avec hustle, sneak, tow et whisk189. En effet, un tel travail devrait compléter d’une manière profitable celui déjà accompli en 2.2.4. 2.3.4.1. Tow Intéressons-nous donc, dans un premier temps, à tow out. Ce dernier ne figure dans aucun des quatre dictionnaires de verbes à particule qui nous servent de référence. En revanche, A. Castagna (ibid. : 104) en propose l’exemple suivant : The tanker was towed out to sea, still blazing fiercely. 190

En fait, tow out, avec seulement 16 occurrences dans le BNC, est une combinaison qui n’est guère plus répandue que tow off (10 occurrences), et guère moins que tow away (26 occurrences). Parmi les caractéristiques les plus significatives des occurrences en question, on relèvera d’abord que out, tout comme off, est ici régulièrement employé prépositionnellement (25% et 30% des occurrences respectivement) – ce qui n’est jamais le cas de away. La nature des termes qui servent alors de repère est assez révélatrice : tandis qu’avec out, on trouve the back of the van, the harbour, the drift et the floods, c’est-à-dire des termes dont on peut considérer qu’ils constituent ce qu’A. Tyler et V. Evans (ibid. : 178) appellent un « bounded LM »191, avec off, on a the bank192, the runway et the beach, c’est-à-dire des termes que l’on peut qualifier de "unbounded". Il s’agit là d’une différence importante, comme le montrent les exemples (56) et (30) : (56) Slowly the ship was towed out of the harbour and past Beenbeg Point. (EWH 786) (30) After Charlie was carried off the aircraft, it was unable to even taxi and I had to be towed off the runway. (CLV 480)

189

Il semble que out ne s’associe pas à peel (ou alors de manière extrêmement marginale), puisqu’une

requête dans le BNC ne nous a fourni aucune occurrence. 190

On pourra comparer cet exemple à ceux que l’auteur donne pour tow away et tow off, à savoir, et pour

mémoire (ibid. : 29, 77) : Their car was towed away by the police. The boat was towed off by river police.

Rappelons tout de même que nos analyses nous avaient amenée à conclure que l’interchangeabilité entre les deux particules ainsi suggérée n’était qu’apparente. 191

Si cette propriété est loin d’être immédiatement associée à the floods, il nous semble toutefois qu’elle est

indéniablement présente dans l’exemple en cause : (55) Farmers left their water logged fields and towed cars out of the floods using their tractors. (HAD 309) 192

Au sens de « the side of a river » (OALD).

183

En effet, il apparaît clairement qu’il est tout à fait impossible de substituer off à out (of), et vice versa. Les occurrences de tow out présentent une autre particularité, qui concerne le type de termes susceptibles d’occuper la place de complément d’objet (ou de sujet du passif)193. Certes, on a très classiquement affaire à un nom désignant un bateau (ship, boat, tanker, etc.), ou un véhicule (car, van, etc.), dans 9 occurrences sur 16. Cependant, on remarque que c’est lorsque tow est associé à out que les termes qui ne renvoient pas à un moyen de transport sont les plus nombreux et que l’éventail des possibilités est le plus large, avec des expressions aussi diverses que the carcase (qui correspond ici au cadavre d’un chien), the biggest floating pontoon, ou bien encore sections of the bridge. Enfin, il convient de signaler que l’exemple d’A. Castagna est relativement représentatif des occurrences sur lesquelles nous avons travaillé, en cela que, comme 31% d’entre elles, il met en jeu un syntagme prépositionnel indiquant une direction ou une destination. Est-ce à dire que out, à l’image de off, n’est pas en mesure de doter le verbe auquel il est associé d’une direction ? Il est encore un peu tôt pour se prononcer sur ce point, mais nous avons le sentiment que la problématique n’est pas tout à fait la même avec ces deux particules. De fait, si l’on reprend l’exemple (56), on observe que out of the harbour y est coordonné à past Beenbeg Point. Il s’agit à l’évidence de l’enchaînement de deux syntagmes prépositionnels servant à décrire une trajectoire, ce qui suggère que out peut parfaitement contribuer à l’expression d’une orientation. Force est de reconnaître que cette configuration ne représente qu’une proportion minime des emplois de cette particule, mais, à nos yeux, l’existence même de quelques occurrences attestées de ce type194 n’en demeure pas moins significative. Il va de soi que l’on pourrait nous opposer que le fait que out est employé prépositionnellement dans l’exemple (56) joue un rôle décisif dans l’interprétation que nous en donnons, et que l’on pourrait toujours insérer off dans une structure similaire à partir d’un exemple comme (30). Dans l’absolu, cette objection paraît complètement légitime, mais il s’avère que nous n’avons trouvé aucune occurrence comparable mettant en jeu off, et ce, qu’il soit associé à tow ou à l’un des autres verbes auxquels nous nous sommes intéressée. Là encore, même si nous avons pleinement conscience du caractère forcément partiel des analyses que nous avons menées, cela nous semble significatif, et nous sommes donc tentée d’avancer que l’adjonction d’un syntagme prépositionnel répond vraisemblablement à des contraintes de nature différente avec

193

On notera au passage que ce terme renvoie au patient dans le scénario notionnel du procès « tow ».

194

Nous aurons l’occasion d’en mentionner d’autres dans la suite de cette étude de cas.

184

off et avec out. La suite de notre étude devrait nous aider à cerner plus précisément ce qu’elles sont dans le cas de ce dernier. Au vu de ces diverses observations à propos de tow out et du travail effectué en 2.2.4 sur tow away et tow off, on peut d’ores et déjà dresser le constat suivant : tow away est à la fois la combinaison la plus fréquente et la plus spécialisée. Le terme qui instancie le rôle de patient est alors très majoritairement un type de véhicule, et environ 50% de ces occurrences signifient « remorquer ET mettre en fourrière », pour reprendre la formule proposée par A. Castagna (ibid. : 29). Ce qui importe, c’est que le véhicule est éloigné, donc enlevé, et le repère reste toujours totalement secondaire. Avec tow off comme avec tow out, en revanche, le repère, qu’il soit explicité ou non, revêt en général une grande importance. Toutefois, ainsi qu’on a pu le remarquer, chaque particule appelle un type de repère bien particulier – "unbounded" pour off et "bounded"195 pour out – montrant bien, s’il était besoin, qu’elle est la trace d’une opération tout ce qu’il y a de plus spécifique. Cela n’est évidemment pas sans conséquence pour les deux combinaisons qui nous occupent. Dans les deux cas, il s’agit de remorquer le patient ; mais avec tow off, il est question de le dégager de l’endroit où il était bloqué – une panne ou une défaillance semble en effet toujours plus ou moins sous-entendue : ce qui compte, c’est qu’il est mis fin à une localisation qui, contextuellement, est construite comme problématique. Avec tow out, parce que la notion qui sert de repère est structurée de telle sorte qu’elle inclut une limite et que out indique que cette limite est franchie, on a plutôt l’idée d’un déplacement d’un lieu à un autre. Il semblerait que ce dernier puisse être défini par défaut comme tout ce qui n’est pas le repère, lorsque out est employé seul, ou bien précisé par l’adjonction d’un syntagme prépositionnel. On remarquera que cela n’exclut en rien la possibilité d’une panne ou une défaillance comme avec off, mais ce n’est pas du tout systématique, ce qui peut expliquer pourquoi les termes qui instancient le rôle de patient sont plus variés avec out. On entrevoit donc comment, en s’associant à un même verbe, nos trois particules forment des combinaisons dont le sens, bien que relativement proche, est néanmoins bien distinct. 2.3.4.2. Hustle Penchons-nous à présent sur hustle out. Tout comme hustle away et hustle off, cette combinaison n’est mentionnée par aucun des quatre dictionnaires de verbes à particule que 195

Nous conserverons temporairement les termes anglais car leurs équivalents français – ouvert et fermé, de

par leur appartenance à la métalangue de la TOE, ont des implications théoriques dont nous préférons nous affranchir à ce stade.

185

nous avons consultés. Avec 19 occurrences dans le BNC, c’est pourtant la moins rare des trois196. A. Castagna, lui, en cite bien un exemple (ibid. : 99) : He looked at his watch, said cheerio and hustled out.

mais il convient de souligner que dernier n’est guère représentatif des données auxquelles nous avons effectivement eu affaire. De fait, à l’instar de celles de hustle away et hustle off, la totalité des occurrences de hustle out fournies par le BNC est employée soit avec un complément d’objet, soit à la forme passive. Par ailleurs, une majorité d’entre elles (58%) met en jeu un emploi prépositionnel de out. On retrouve alors ce que l’on vient d’observer en étudiant tow out, à savoir que les termes qui servent de repère peuvent être considérés comme des "bounded LM" ; ici, on a, entre autres, the building, the kitchen, ou bien encore the church. Notons également que la nature du repère joue à nouveau un rôle déterminant dans l’association du verbe avec out plutôt que off, et réciproquement, comme l’illustrent les exemples qui suivent : (57) He had hustled her out of the kitchen into the boudoir and kissed her on the lips, slipping his arm round her waist. (APM 2362) (58) Some people began to throw stones, the police hustled the teller off the pitch into a police car and drove him hurriedly away. (ADW 97)

En effet, il apparaît clairement que la seule véritable différence entre ces deux occurrences réside dans le caractère soit "bounded" soit "unbounded" du repère, avec pour conséquence qu’il ne saurait être question de substituer off à out (of), ou vice versa. En revanche, en l’absence de tout contexte, on pourrait parfaitement envisager de remplacer out par away, et inversement, dans les exemples (59) et (60). Certes, la nuance de sens propre à chaque occurrence en serait altérée, mais l’idée générale, que l’on pourrait gloser par "se débarrasser d’une personne", serait préservée. (59) I entered the Tourist Police at the head of the four of us in a mood for answers. […] Ignominiously, I was hustled out after my second question clutching my scrap of question paper. (HH8 531) (60) "Jacques." One of the men was singled out with an imperative finger, which was then stabbed at Sabine. "Take her wherever she wants to go. Only get her off this estate now, you understand? Before more damage is done," he added in an undertone. It was unjust and degrading to be hustled away like this, Sabine thought. (APC 1409)

196

Pour mémoire, une requête dans le BNC ne nous avait permis de travailler que sur 10 occurrences de

hustle away et 4 de hustle off.

186

Comme on peut le constater, ici aussi, c’est le type de repérage en jeu qui permet d’expliquer les choix opérés. Dans l’exemple (60), le repère reste relativement flou : si les apparences donnent à penser que c’est this estate, d’une manière générale, qui remplit ce rôle, on peut malgré tout très bien imaginer qu’il s’agisse en fait plus spécifiquement de l’endroit où se trouve he. Quoi qu’il en soit, il est indéniable que l’important est d’éloigner la personne, ce qui est très explicitement souligné par la présence de Take her wherever she wants to go. Only get her off this estate now. Dans ces conditions, employer out à la place de away paraît difficile. L’exemple (59), au contraire, contient un repère sans aucune ambiguïté – the Tourist Police – et, qui plus est, construit comme ayant la propriété d’être "bounded", d’où l’apparition de out, et non de away. On comprend que, dans ce cas, ce qui compte est de faire sortir la personne. Du reste, c’est vraisemblablement de cette façon que serait traduite l’occurrence de hustle out en question, tandis que l’on traduirait plutôt celle de hustle away de l’exemple (60) par faire quitter les lieux. Ces différents éléments nous semblent donc constituer une nouvelle preuve de ce que l’association d’un même verbe avec nos trois particules produit des combinaisons qui peuvent avoir un sens très voisin mais ne sont toutefois pas librement interchangeables, car adaptées chacune à un type de contexte bien particulier. Signalons enfin l’existence de deux occurrences qui viennent manifestement confirmer la possibilité pour out de participer à l’expression d’une orientation. (61) And despite Robbie's protest that his daughter might also scold if he brought home an unexpected extra guest, the Reverend Mr Taylor hustled them out of the church and towards the adjoining house. (HHA 1635) (62) She put her arm round his shoulders and hustled him out and upstairs before he recovered himself. (EFJ 1411)

L’exemple (61) est en tous points semblable à l’exemple (56) : out y est employé prépositionnellement et l’on se trouve de nouveau face à deux syntagmes prépositionnels coordonnés servant à décrire une trajectoire. Dans l’exemple (62) en revanche, c’est à l’aide d’un out adverbial et coordonné à un autre adverbe qu’une trajectoire est définie. Pour nous, une telle configuration, qui fait tout l’intérêt de cet exemple, montre que l’orientation fait bien partie des propriétés intrinsèques de out, contrairement à ce qu’affirment A. Tyler et V. Evans (ibid. : 133 ; cf. supra p. 177). Ce n’est donc pas que le fruit de son association à of, même si nous admettons volontiers que celle-ci en facilite assurément l’expression.

187

2.3.4.3. Whisk Bien qu’il ne totalise que 14 occurrences dans le BNC, et soit donc, de ce fait, nettement moins courant que whisk away et whisk off (65 et 52 occurrences respectivement), whisk out mérite tout de même qu’on lui consacre quelques lignes. Sa relative rareté explique sans doute que cette combinaison n’apparaisse ni dans les différents dictionnaires de verbes à particule que nous utilisons, ni chez A. Castagna (op. cit.). Au vu des occurrences fournies par le BNC, on peut cependant affirmer qu’elle présente le même éventail de sens que whisk away et whisk off, à la nuance près que la répartition en est quelque peu différente, comme le met en évidence le tableau qui suit : whisk away :

whisk off :

whisk out :

% d’occurrences signifiant…

% d’occurrences signifiant…

% d’occurrences signifiant…

to move quickly

6,2

1,9

35,7

to remove with a quick sweeping movement

32,3

9,6

7,1

to take away as if by magic

61,5

88,5

57,1

Si to take away as if by magic constitue donc le sens principal des trois combinaisons, on remarque que whisk out se distingue des deux autres en cela que to move quickly représente une proportion importante de ses emplois. Toutefois, compte-tenu de la faiblesse du nombre d’occurrences concernées, il est ici difficile de proposer une comparaison en bonne et due forme. Tout au plus peut-on relever que c’est dans ce cas que la proximité sémantique entre whisk away, whisk off et whisk out est maximale, et que seule la nature du terme-repère paraît pouvoir expliquer que l’une ou l’autre des trois particules soit privilégiée. Signalons par ailleurs que les caractéristiques des occurrences de whisk out dont il est question sont très similaires à celles des occurrences de tow out et hustle out que nous venons d’examiner, à savoir que out y est régulièrement employé prépositionnellement (2 occurrences sur 5, soit 40%) et que le terme-repère, qu’il soit explicité ou non, est de type "bounded". Les exemples (63) et (64) sont globalement représentatifs de ce à quoi on a alors affaire : (63) Gathering their satisfied nods and muttered agreement, she smiled and whisked out. (APW 3205) (64) Freeing herself from his arms, she picked up the coffee pot and whisked out of the kitchen before he could take hold of her again. (G1S 1699)

188

Dans la mesure où whisk out n’est que très peu répandu, les occurrences relevant du sens to take away as if by magic, quoique majoritaires, ne sont guère nombreuses (8), ce qui complique à nouveau la comparaison. Néanmoins, on peut tout de même observer que out, contrairement à away et à off, est principalement employé prépositionnellement (62,5%), avec comme repères des termes très concrets, tels que a Soviet military hospital et the bathroom, et d’autres qui le sont moins, ainsi que l’illustrent les exemples (65) et (66) : (65) The paper would be whisked out of the cynical ghetto of Fleet Street, and away from distorted, degenerate London priorities – back to basics and closer to "the people". (CHU 842) (66) Little Kylie was whisked out of oblivion and into the far-flung, glittering realm of fame and fortune. (ADR 15)

L’exemple (65) est intéressant à double titre : tout d’abord, le syntagme prépositionnel en out (of) y est coordonné à un syntagme prépositionnel en away (from), l’effet produit n’allant pas sans rappeler les exemples (56) et (61), dans lesquels il s’agissait de décrire une trajectoire. Sauf qu’ici, et c’est notre second point, le terme qui sert de repère présente un degré certain d’abstraction. Si l’on essaie de "manipuler" cet énoncé, on remarque que l’on pourrait parfaitement avoir away (from) à la place de out (of) : le sens en serait légèrement modifié, mais il resterait bien formé. En revanche, il paraît difficile de remplacer away (from) par out (of) : distorted, degenerate London priorities ne possède visiblement pas les propriétés requises pour fonctionner comme repère avec out. Voilà qui semble donc confirmer d’une part qu’avec away la nature du repère n’a qu’une importance secondaire, voire marginale ; et d’autre part qu’avec out ce repère doit impérativement être d’un type bien spécifique197. Néanmoins, cette contrainte n’empêche en rien les termes jouant ce rôle d’être extrêmement diversifiés. Ainsi l’exemple (66), qui ressemble fort au précédent en ce sens qu’il s’apparente lui aussi à (56) et (61), met-il en jeu un terme-repère nettement plus abstrait198 que ceux que nous avions vu jusqu’à présent. 197

L’exemple (67) se révèle assez éclairant de ce point de vue : (67) They were whisked away from the theatre by an ever vigilant matron, who stood over them while they had their dreaded wash with cold water from the jug and basin in their room. (B34 191)

On conviendra que l’on aurait très bien pu utiliser out (of) au lieu de away (from), the theatre remplissant a priori tous les critères d’un "bounded LM". Mais, ce faisant, on aurait mis l’accent sur le caractère "bounded" de the theatre alors que celui-ci semble être neutralisé par la présence de away (from), avec pour effet que ce qui prime ici est très clairement la notion d’éloignement. 198

Précisons que, contrairement aux apparences, out of oblivion ne constitue en rien une expression figée. En

effet, sur les 254 occurrences de oblivion que l’on relève dans le BNC, celle de l’exemple (66) est la seule dans laquelle ce nom forme un tel syntagme prépositionnel. En revanche, il se trouve précédé par into à 74 reprises, ce

189

Toujours à propos des occurrences signifiant to take away as if by magic, mentionnons pour terminer que 62,5% d’entre elles sont suivies d’un élément de précision quant à la direction/ destination ou au but. C’est nettement moins que dans le cas de whisk off (91,3%), mais surtout ces éléments se distinguent de ceux qui accompagnent les occurrences de ce dernier par leur caractère plus flou, moins "défini" : on ne trouve, par exemple, aucun syntagme prépositionnel en to + nom de lieu, alors que ceux-ci sont omniprésents avec whisk off. Or, nous avons vu en 2.2.4 que cela tenait au fait que off marque la fin d’une localisation sans toutefois être à même d’en construire une nouvelle. On peut donc supposer que c’est un problème qui ne se pose pas lorsque l’on emploie out. Cela nous amène à émettre l’hypothèse suivante : si, comme nous le pensons, il est bien question, avec cette particule aussi, de construire une nouvelle localisation, celle-ci ferait partie des propriétés qui lui sont inhérentes ; en d’autres termes, elle serait intrinsèquement véhiculée par out. Que l’on considère un instant l’exemple que voici : (68) "Come on," she said, and whisked him out of the bathroom. (EFJ 503)

Selon notre hypothèse, dans un tel exemple, out indiquant que les limites du repère, the bathroom, ont été franchies, être out of the bathroom constituerait en soi une nouvelle localisation, définie par défaut comme tout ce qui n’est pas le repère, c’est-à-dire tout ce qui est autre que the bathroom. Cette nouvelle localisation, cet "ailleurs", peut éventuellement être explicité, d’où la possibilité – mais non l’obligation – de voir apparaître les éléments de précision que nous avons décrits. Cet embryon d’analyse demande bien évidemment à être développé et affiné, mais il nous semble que l’on pourrait ainsi rendre compte de certaines des différences que nous avons observées entre les occurrences en off et en out d’un même verbe. 2.3.4.4. Sneak Avec 68 occurrences dans le BNC, sneak out n’est certes pas d’un usage très fréquent, mais il est tout de même nettement plus répandu que les combinaisons que nous venons d’étudier, ou que sneak away et sneak off (16 et 22 occurrences respectivement). Il apparaît d’ailleurs aux côtés de ces derniers dans l’OPVD, qui se trouve être le seul dictionnaire à en faire état. La définition en question, on s’en souviendra (cf. supra p. 151), est formulée comme suit :

qui suggère que l’on doit plutôt considérer out of oblivion comme une simple variation de cette séquence, dont, au demeurant, chacun des constituants conserve son sens.

190

sneak across, along, away, etc move across etc quietly and furtively: That was the summer when we used to sneak out and slide down haystacks.

A. Castagna (ibid. : 102) propose lui aussi un exemple de cette combinaison : He sneaked out of school. (quitter l’école en douce)

que l’on pourra comparer à ceux qu’il donne pour sneak away et sneak off (ibid. : 28, 76) : The actor weaves in and out of the fancy-dress revellers, then sneaks away. "No sneaking off to the pictures", she said. (filer au cinéma en douce)

On va le voir, les exemples choisis par A. Castagna sont relativement représentatifs. Ainsi est-ce bien out qui est employé prépositionnellement de la manière la plus significative, même si ce cas de figure ne concerne ici que 27,9% des occurrences. On a alors globalement affaire, comme précédemment, à des termes-repères de type "bounded LM", the house et the office étant les deux plus courants. Il en est toutefois d’autres, tels que war et bad acting, qui correspondent à des états ou des situations beaucoup moins concrets, ce qui confirme la possibilité pour out d’être associé à des repères très variés que nous évoquions plus haut. Enfin, trois exemples paraissent être un peu à part : (69) Sir Denis will be able to have his round of golf from now on without the hassle of sneaking clubs out the side exit of Number 10. (G2C 1207) 199 (70) From Montrose, on 3 February 1716, he wrote a final despairing appeal to the French regent seeking immediate help, but the following day he sneaked out of the back door of his house, just as his father had left Whitehall nearly 30 years before […]. (BNB 327) (71) Time to get out of there before she was roped in to help, she thought, and sneaked out of the main doors into the deluge that was still cascading down. (AN7 595)

En effet, the side exist of Number 10, the back door of his house et the main doors ne constituent pas des "bounded LM" stricto sensu : ces différentes expressions désignent plutôt un élément appartenant à la limite d’un "bounded LM", lequel est d’ailleurs explicitement mentionné dans les deux premières. L’élément en question possède de ce fait la propriété de pouvoir être "franchi", ce qui explique sans doute que lesdites expressions puissent fonctionner comme repère avec out. Cependant, il s’agit vraisemblablement d’un cas limite, d’où l’existence d’énoncés tels que ceux des exemples (72) et (73) :

199

Cet exemple relève du commentaire de la CaGEL (ibid. : 639), que nous avons cité à la page 170, sur les

emplois prépositionnels de out. A savoir, pour mémoire : Out usually takes an of PP: an NP complement is primarily AmE (or informal), and generally restricted to NPs determined by the in combination with such verbs as look, jump, go, etc.

191

(72) Another trip to the Ibrox superstore beckons for McLean this afternoon, and the United manager would dearly love to sneak out by the tradesmen's entrance after slipping the points into his travelling bag, leaving Rangers to balance the books in a highly competitive Premier Division. (A5U 463) (73) Then she knew that she needed not to sneak out by the convenient back exit, but to leave through the front entrance, trusting its outrageous, ostentatious vulgarity to reassure and comfort her. (A6J 1813)

Ici, on peut avancer que ce sont les qualifications dont font l’objet entrance et exit qui les empêchent de fonctionner directement avec out (of), les propriétés ainsi mises en avant prenant visiblement le pas sur celle d’être "franchissable". Autre point sur lequel les exemples retenus par A. Castagna sont assez fidèles à la réalité des données fournies par le BNC : les éléments de précision, puisque 77,3% des occurrences de sneak off en sont suivies, contre seulement 25% de celles de sneak away et 19,1% de celles de sneak out. On notera que les caractéristiques de ces éléments sont très similaires à celles observées jusqu’à présent ; on retrouve notamment le fait que ceux qui accompagnent les occurrences en out paraissent souvent moins précis, à telle enseigne qu’on peut parfois être amené à hésiter à les prendre en compte comme tels. Ceci dit, dans l’ensemble, les différences sont relativement ténues et sneak away, sneak off et sneak out sont probablement, de toutes les combinaisons que nous avons eu l’occasion d’examiner, celles qui présentent la plus grande proximité sémantique. Cette proximité sémantique est du reste reflétée par le choix de l’OPVD d’en donner une définition commune, ou bien encore par le fait que le Robert et Collins décrit sneak away et sneak off au sein d’une même entrée, avec comme traduction s’esquiver, s’éclipser. Sneak out, lui, apparaît dans le corps de l’entrée consacrée à sneak, traduit par sortir furtivement, mais il nous semble que, dans de nombreux cas, s’esquiver ou s’éclipser seraient tout aussi appropriés. Par ailleurs, un certain nombre d’occurrences sont à rapprocher les unes des autres. Ainsi de (74) et (75), ou de (76) et (36) : (74) He would sneak out to look at real girls and eat real food. (G1T 1550) (75) Clothes buying is hardly Yuri's preferred foreign pastime, though:"When I travel, I prefer to sneak off to look at cars and buy accessories for the ones I have at home […]. (A7N 600) (76) He especially didn't like to think what would happen if his mother ever discovered that he was going to sneak out of the house to attend an illegal meeting a few days hence. (EVG 224) (36) The following year, in May, I sneaked off to audition for Tiller without my mother's knowledge. (B34 1172)

192

Comme on peut le constater, la ressemblance est frappante, et il apparaît clairement que la seule véritable différence est, une nouvelle fois, la nature du repère en jeu. Remarquons au passage que, même lorsqu’il reste sous-entendu, ce dernier est toujours plus clair, plus facilement identifiable avec out : choisir cette particule, c’est incontestablement mettre en avant le caractère "bounded" du repère. Pour terminer, signalons que 9 des 68 occurrences de sneak out sont transitives200. Ce qui est intéressant, c’est la relative diversité des termes pouvant occuper la place de complément d’objet : il peut tout aussi bien s’agir de noms désignant un objet concret, que de pronoms renvoyant à un animé humain, que d’expressions correspondant à une idée/ un fait abstrait. Les occurrences dont le complément d’objet est un objet concret ou un animé humain sont sensiblement identiques : que le repère soit exprimé ou sous-entendu (auquel cas il est cependant facile à identifier), il est toujours question de faire sortir le complément de ce repère, de lui en faire franchir les limites. Au final, ces occurrences sont très voisines des occurrences intransitives que nous venons d’examiner, et dont on pourrait considérer que le terme en position de sujet – qui est quasi-systématiquement un animé humain – se comporte à la fois comme l’agent et le patient du procès sneak. En revanche, les deux occurrences dont le complément d’objet est une idée/ un fait abstrait nous semblent appeler un autre type d’analyse : (79) One Budget custom which will never fade is the habit of astute information providers with bad news on their hands to use the furore over taxes to sneak out the unpalatable truth. (K51 1255) (80) Labour accused the Government of "sneaking" out the announcements which were a "kick in the teeth to the people of Britain". (CFB 221)

En effet, dans ce cas, il est nettement plus difficile de déterminer précisément quel est le repère et l’on peut être tenté d’avancer que ces deux énoncés relèvent de ce dont S. Lindstromberg (ibid. : 38) rend compte sous le titre « out = ‘in the open’, ‘not hidden’ = ‘understandable’ or ‘available’ ». Sneak out se traduirait alors vraisemblablement par révéler/ 200

Seules 2 occurrences de sneak off sont transitives et elles présentent peu ou prou les mêmes

caractéristiques que ses occurrences intransitives. Là aussi, la principale différence avec sneak out tient à la nature du repère. Il n’existe aucune occurrence transitive de sneak away mais on pourra toujours comparer les deux exemples suivants : (77) Old Fishfinger is a regular visitor to the PFK offices, from which he occasionally manages to sneak away with a few reader's queries. (C97 388) (78) My agent explained that it was a highly secret document, but that he had a friend in the London office who might be able to sneak out a copy. (C9U 1062)

193

dévoiler/ divulguer furtivement/ discrètement/ à la sauvette. Voilà qui incite à se demander si out ne serait pas ici bien plus prédicatif que sneak, lequel ne jouerait en fait qu’un rôle de circonstant. C’est un point qui mériterait d’être creusé, mais on voit bien que, si l’idée qu’une limite est franchie est toujours présente, le franchissement en lui-même est, cette fois, complètement occulté : seul compte le fait d’être "de l’autre côté", "à l’extérieur", et ses conséquences. 2.3.4.5. Start On s’en souviendra sûrement, les verbes hustle, sneak, tow et whisk avaient à l’origine été sélectionnés pour approfondir la question d’une éventuelle "synonymie" entre off et away. Toutefois, s’intéresser aux combinaisons que out forme avec ces différents verbes et les comparer à celles en away et en off s’est avéré tout aussi instructif. Afin d’enrichir le tableau ainsi obtenu, et en particulier de mieux cerner les spécificités de off et de out, nous souhaitons à présent étudier une paire de phrasal verbs plus répandus et notre choix s’est porté sur start off/ start out. En effet, S. Lindstromberg (ibid. : 265) a attiré notre attention sur ce dernier au chapitre 22 de son ouvrage, intitulé Prepositions in phrasal verbs, dans lequel il passe en revue, pour chacune des prépositions qu’il examine, quelques « representative phrasal verbs », au nombre desquels figure donc start out. L’analyse proposée est des plus succinctes : start out (on a journey) : Out may derive from the fact that journeys are often begun from within enclosed spaces such as dwellings or bounded areas such as camps, settlements, towns and cities.

Une telle explication nous a semblé tout à fait insuffisante, notamment parce qu’elle élude le problème posé par start off dont le sens est a priori très voisin et ne saurait cependant en aucun cas être justifié en ces termes. Sans avoir la prétention de nous livrer à une étude exhaustive des phénomènes en jeu, nous pensons qu’il doit nous être possible d’en rendre compte d’une manière plus satisfaisante. Tout d’abord, il convient de signaler que le sens décrit par S. Lindstromberg n’est pas le seul que prennent start off et start out. Selon les découpages auxquels ils procèdent, la plupart des dictionnaires leur en reconnaissent entre 3 et 5 et entre 2 et 4 respectivement. Le CCDPV est peut-être l’ouvrage qui fournit les définitions les plus claires et les plus complètes des emplois de ces deux phrasal verbs. Les voici :

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start off. 1. When people or vehicles start off, they begin to move and go somewhere. When they started off again he was unconscious… Move off and set off mean almost the same as start off. 2. To start off in a particular state, position, or manner means to be in that state or position or to act in that manner at the beginning of a process, existence, or career. I started off as a bookseller in Bristol… 3. To start someone off means to cause them to begin doing something. I shall start them off and let them finish four or five tasks… Set off means almost the same as start off. 4. To start a process off means to cause it to begin. I asked a simple little question to start the interview off… start out. 1. If you start out, you begin to move and go somewhere. They started out to church… Set off, set out and start off mean almost the same as start out. 2. To start out doing something or being something means to do it or to be it at the beginning of a situation, process, career, or existence. What started out as fun for the parents becomes an endless chore… Start off means almost the same as start out, and end up means the opposite. 3. If you start out to do something, you intend to do it. You’ve done what you started out to do… Set out means almost the same as start out.

Comme on peut le constater, ce dictionnaire donne explicitement start off et start out pour synonymes dans deux de leurs acceptions, to begin to move et to begin in a particular way. C’est ce point que nous avons voulu explorer plus avant, car nous savons d’expérience que ce type de synonymie est loin d’aller de soi. Pour ce faire, nous avons eu recours au BNC qui nous a fourni un total de 909 occurrences de start off et de 482 occurrences de start out, toutes formes verbales confondues. Dans la mesure où cela constituait une masse de données à traiter très importante, nous avons décidé de nous concentrer sur les occurrences signifiant to begin to move, qui nous sont apparues comme les plus pertinentes en vue de compléter le travail effectué jusqu’ici. Nous n’examinerons donc pas celles relevant des autres sens dans le détail, mais nous nous réservons le droit d’en commenter quelques exemples représentatifs, ou plus particulièrement éclairants. Si start off est, de loin, la plus fréquente des deux combinaisons, start out est, proportionnellement, celle qui est la plus utilisée dans le sens qui nous occupe, puisque 68 de ses occurrences (soit 14,1%) en relèvent, contre seulement 63 (soit 6,9%) de celles de start off. On le voit, cette acception ne concerne en réalité qu’un pourcentage relativement faible des occurrences de ces deux phrasal verbs. Elle n’en demeure pas moins digne d’intérêt pour autant, ne serait-ce qu’en raison de la nature du verbe start. En effet, l’existence même d’une telle acception peut paraître surprenante si l’on considère que, contrairement aux verbes que

195

nous avons examinés précédemment, qui expriment tous, peu ou prou, un mode de déplacement, start fait avant tout partie de la classe des « aspectual verbs », dont B. Levin (op. cit. : 274) explique que « [they] describe the initiation, termination, or continuation of an activity ». D. Bailey, qui présente lui aussi start comme un « "aspectual" verb » (1992 : 185), apporte par ailleurs la précision suivante (ibid. : 192) : [the notional domain of start] has an organising centre with the value of "impulsion" or "triggering off"

La notion de "déclenchement" sous-tendrait donc l’ensemble des emplois de start. On comprend bien alors que l’idée de mouvement n’est pas au cœur des propriétés de ce verbe, mais il faut prendre garde de ne pas l’attribuer trop hâtivement à off et à out, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises. On peut néanmoins supposer qu’elle est une conséquence de ce que ces deux particules indiquent, chacune à sa manière, un "changement de localisation". Penchons-nous maintenant sur les caractéristiques des occurrences auxquelles on a affaire. Lorsqu’on les parcourt, on ne peut manquer d’être frappé par la très grande similitude entre celles en off et celles en out, comme l’illustrent les quelques paires d’exemples qui suivent : (81) He put his arm around his friend's shoulder and grinned widely as they started off. (EA5 145) (82) We had misty rain as we started out but the sun came out just as we got to the rapids. (BMF 520) (83) Stephen started off again and the others began to follow him. (FU2 1557) (84) Sheepishly he collected them from the back door and they started out again. (ATE 2170) (85) He went outside, shutting the large doors silently and started off down the concrete road. (AT4 3666) (86) As he and Hasan and Maisie started out down Wimbledon Park Road, he remembered something the headmaster had said to him, quite soon after he had started teaching the reception class. (HR8 1687)

Force est de reconnaître que les deux combinaisons paraissent ici librement interchangeables. Du reste, il convient de signaler que l’on rencontre assez peu d’exemples où substituer l’une à l’autre semble totalement exclu. Cela ne doit cependant pas occulter le fait que l’on peut aisément identifier de légères variations dans leurs contextes d’emploi respectifs. Celles-ci concernent principalement les éléments de précision qui peuvent les accompagner. La première remarque qui s’impose est que seuls 44,1% des occurrences de start out sont suivies de tels éléments, contre 58,7% de celles de start off. Mais, au-delà de ces chiffres, une

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autre différence, plus significative, se fait jour, qui a trait à la nature même de ces éléments. Ainsi trouve-t-on près de 4 fois plus d’expressions indiquant une direction ou une destination avec start off qu’avec start out, ce qui est cohérent avec nos observations précédentes. On notera au passage que start off est la seule des combinaisons en off que nous avons examinées jusqu’ici pour laquelle les syntagmes prépositionnels en to + nom de lieu sont minoritaires : nous y voyons l’indice de ce que l’essentiel, dans le cas présent, est moins de construire une nouvelle localisation que de mettre un terme à l’ancienne. La prépondérance des syntagmes prépositionnels purement directionnels, quant à elle, confirme bien l’incapacité de cette particule à doter le procès auquel elle est associée d’une orientation. Pour ce qui est de start out, 40% des éléments de précision consistent en un syntagme prépositionnel en on, tel que celui de l’exemple (87) : (87) She lived in Half Moon Crescent (he had checked the number and the street before he'd started out on his trek, […]). (H7F 1473)

Ces syntagmes prépositionnels qui désignent, grosso modo, le type de trajet entrepris, existent aussi avec start off, mais de façon beaucoup plus marginale, puisqu’ils représentent à peine 8% des éléments de précision accompagnant ce verbe. S’il est incontestable que les deux combinaisons sont extrêmement proches, nous sommes tentée d’avancer que les diverses particularités que nous venons de relever traduisent tout de même une distinction sémantique entre elles : start off serait préféré lorsqu’il s’agit de dire to begin to move, tandis que l’on privilégierait plutôt start out pour tout ce qui est de l’ordre de to begin a journey. Deux paramètres nous semblent plaider en faveur de cette hypothèse : d’une part, le fait que bus et train puissent être sujets de start off201 ; et d’autre part, la faculté qu’a start out de figurer dans des exemples plus abstraits que (87)202 (car le trajet entrepris n’est pas nécessairement physique), signe de l’affinité de ce phrasal verb avec cet emploi. Par ailleurs, on notera que cette hypothèse est tout à fait en accord avec les propriétés de off et de out que nous avons mises en évidence : en effet, off marquant le passage d’une localisation à une autre, un "basculement", cette particule paraît tout particulièrement compatible avec 201

Cf., à titre d’illustration : (88) The bus threw itself into gear, coughed, and started off noisily. (ALL 2373) (89) But the train started off again, and she nearly lost her balance; and still nobody moved. (BMU 328)

Soulignons qu’on ne trouve aucun exemple de ce type avec start out. 202

Ainsi (90) The series is geared towards the needs of amateur painters starting out on the road to success. (G21 176)

Il n’existe pas vraiment d’exemple équivalent avec start off.

197

l’idée d’impulsion véhiculée par start, qu’elle viendrait en quelque sorte renforcer. La conséquence en est qu’avec start off on aurait tendance à insister sur le "démarrage" en luimême. Cela explique pourquoi on a pu remarquer que l’essentiel avec cette combinaison est qu’il soit mis fin à une localisation. Lorsque start est associé à out, en revanche, la notion de franchissement inhérente à cette particule implique que l’on se trouve d’emblée projeté dans une nouvelle localisation. Cela est également parfaitement compatible avec l’idée d’impulsion, mais l’effet produit n’est pas le même : start out mettrait plutôt l’accent sur ce qui a commencé, qui correspond souvent à une nouvelle phase et est régulièrement explicité à l’aide d’un syntagme prépositionnel en on, ainsi qu’on pu a le voir203. Evoquons enfin un dernier point à propos des éléments de précision, à savoir qu’une proportion relativement faible, mais cependant non négligeable, d’occurrences de start out (11,8%), mais aussi de start off (12,7%), est suivie d’un syntagme prépositionnel désignant un point de départ ; une caractéristique dont on observe qu’elle est concomitante de l’absence d’occurrences prépositionnelles tant de out que de off, ainsi que de la difficulté à identifier clairement le repère lorsque celui-ci n’est pas explicitement mentionné au moyen d’un des syntagmes prépositionnels en question. Si ce cas de figure n’est pas totalement inhabituel avec off, il contraste par contre fortement avec ce à quoi nous avait accoutumé out. D’autant plus que, même lorsqu’un repère est exprimé, il ne présente pas forcément le caractère

203

Ces quelques remarques sur les éléments de précision accompagnant start off et start out nous semblent

apporter un éclairage intéressant sur les commentaires de D. Bolinger (ibid. : 117) à propos de set off/ set out – paire de phrasal verbs très proche de celle qui nous occupe ici (cf. la définition du CCDPV citée ci-dessus). Selon l’auteur, We would probably regard to set out (on a journey) and to set off (on a journey) as equally stereotyped, yet the examples So off they set on one of the longest journeys in history. *So out they set on one of the longest journeys in history suggest that off has kept more of its literal directional meaning.

Certes, il serait imprudent de généraliser à set off et set out les hypothèses auxquelles nous sommes parvenue pour start off et start out, mais on peut tout de même se demander s’il est très judicieux de choisir set off on a journey comme exemple prototypique du fonctionnement de cette combinaison. Par ailleurs, au vu des données que nous lui avons présentées, notre lecteur ne pourra que convenir que parler de « directional meaning » pour off est des plus discutable. Quant à l’impossibilité de placer out en position initiale, elle nous paraît plutôt liée au fait que cette particule, contrairement à off, construit une nouvelle localisation et ne peut donc pas jouer sur l’idée de "déclenchement"/ "démarrage".

198

"bounded" qui primait ailleurs. Les exemples (91) à (93) permettent de prendre la mesure de ce phénomène : (91) "We started out from Chaura," one of them began, "early, before the sun was up. (BNU 1857) (92) If you go twice as fast as something else, and you started out at the same instant from the same spot, you'd go twice as far - which is what you found. (FNW 1422) (93) I used to start out away from the shop about er ten o'clock, half past ten, you see, in the morning and go down the Fen […]. (K65 136)

Certes, on peut, à la suite de S. Lindstromberg (cf. citation p. 94), considérer que les villes constituent des « bounded areas », mais, dans un exemple tel que (91), cette propriété se trouve manifestement effacée par l’utilisation de from. De fait, le propre de cette préposition est « to refer to situations in which the idea of crossing a border does not merit emphasis » (Lindstromberg, ibid. : 41). Qui plus est, from peut introduire des repères pour lesquels cette question ne se pose même pas, comme spot dans l’exemple (92) qui pourrait difficilement fonctionner directement avec out. Notons au passage que le fait que from semble, pour ainsi dire, "neutraliser" certaines propriétés des termes auxquels il est associé explique que l’on puisse voir apparaître comme syntagmes prépositionnels servant de repère à start off aussi bien from home que from the same point. Tout ceci n’est pas anodin, et il faut envisager que l’absence d’emploi prépositionnel et le recours à from, qui, d’une certaine manière, abolit la distinction "bounded"/ "unbounded", contribuent sans doute dans une large mesure à la très grande proximité sémantique entre start off et start out, pour ce qui est de cet emploi tout au moins. Ajoutons pour terminer que la série d’exemples que nous venons d’examiner nous incite à penser que out est beaucoup plus étroitement lié à start qu’il ne l’était aux verbes que nous avons étudiés précédemment. Comme le révélait, entre autres, l’existence de nombreuses occurrences dans lesquelles il était employé prépositionnellement, out entretenait alors des rapports très lâches avec les verbes en question. Ici, la nécessité de faire intervenir un syntagme prépositionnel en from pour construire un repère, repère qui, du reste, peut ne pas posséder les propriétés habituellement requises par out, montre que la situation est très différente. On peut supposer que l’on est dans un cas où la particule serait intégrée au "scénario" du verbe, qu’elle viendrait "retravailler". Cette hypothèse, qui mériterait bien entendu d’être développée, nous parait également s’appliquer à off. Quoi qu’il en soit, il nous semble que nos propositions d’explication de la façon dont off et out interagissent avec start ne sont pas uniquement valables pour les occurrences signifiant to

199

begin to move, et qu’elles peuvent, au contraire, être étendues à l’ensemble des occurrences des deux phrasal verbs. Pour étayer cette affirmation, nous nous appuierons sur deux observations que nous ont permis de réaliser les données fournies par le BNC. En premier lieu, alors qu’on dénombre à peine une dizaine d’occurrences transitives de start out (soit 2,1% du total des occurrences de ce verbe), on en recense 73 de start off (soit 8%). Comment interpréter cet écart ? La réponse à cette question réside dans les caractéristiques des occurrences de start off considérées, qu’illustrent les exemples (94) et (95) : (94) Except perhaps, another New Zealander, Professor Ernest Rutherford, who, at Manchester University, succeeded in splitting the atom and in the process started off a chain of events that would be even more shattering than that set off by two shots. (ATE 3264) (95) To start off Changez's career in the grocery business, Anwar instructed him to work on the till, where you could get by with only one arm and half a brain. (C8E 970)

On le voit, une majorité de ces occurrences joue sur l’idée de "déclenchement", et, si elle prédomine si nettement, c’est vraisemblablement parce que start n’est pas employé seul. De fait, comme nous l’avons souligné plus haut, off est particulièrement bien adapté à l’expression de ce type d’effet de sens car cette particule marque un passage, un "basculement" (d’une localisation à une autre). Son association avec start permet donc de mettre l’accent sur l’instant où le "coup d’envoi" d’un processus ou d’un événement est donné. Il existe visiblement une sorte de synergie entre ce verbe et cette particule, qui pourrait être à l’origine du fait que start off est presque deux fois plus répandu que start out. Par ailleurs, ce n’est sûrement pas un hasard si start off est celle des deux combinaisons qui est le plus fréquemment suivie d’un syntagme prépositionnel en with (34,5% contre 17,8%), tandis que start out est celle qui est le plus souvent accompagnée d’un syntagme prépositionnel en as (20,3% contre 6,2%). Les exemples (96) et (97) permettent de comprendre à quel type d’occurrences on a alors affaire : (96) For those who didn't go, they started off with a rather perfunctory "Summer Babe", trawled through most of the album and then went through two shambolic encores. (CK4 3383) (97) Mr Magaziner started out as a fan of the Canadian "single-payer" model and a supporter of price controls. (CRA 965)

Il s’agit donc a priori d’occurrences qui relèvent de l’acception to begin in a particular way, acception dans laquelle les dictionnaires, on s’en souviendra, tiennent start off et start out pour synonymes. Or, si le sens général est effectivement sensiblement identique, il est indéniable, au vu des chiffres que nous venons de mentionner, que, dans cet emploi, chacun de ces deux phrasal verbs a tendance à privilégier un certain type de contexte. Start off

200

insistant sur le déclenchement en lui-même, les syntagmes prépositionnels en with servent visiblement à préciser les circonstances (manière, moyen, etc.) qui entourent cet instant, et rendent ainsi possible son inscription dans une succession d’événements telle que celle présente dans l’exemple (96). Pour mieux saisir l’affinité de start out avec les syntagmes prépositionnels en as, il convient d’avoir à l’esprit que as « implique une identification de l’occurrence repérée [ici, Mr Magaziner] à l’occurrence repère [ici, a fan of …] » (Gilbert, 2006 : 287-288). Suivant les cas, on construit donc un état ou une propriété du sujet. Or, comme nous l’avons remarqué précédemment, être out, c’est être "de l’autre côté", "à l’extérieur" : lorsqu’on opère sur des états, et non plus des localisations, cela suppose que l’on se trouve dans un autre état que celui qui joue le rôle de repère. Dans la mesure où start a la valeur d’"impulsion" ou "triggering off" que l’on sait, l’opération dont out est la trace a pour effet de mettre en relief le nouvel état ou la nouvelle propriété, que le syntagme prépositionnel en as vient expliciter. D’après les éléments qui se dégagent de l’analyse à laquelle nous venons de nous livrer, il semblerait que l’on soit bien dans un cas où la particule est intégrée au "scénario" du verbe. Toutefois, off et out ne paraissent pas retravailler le scénario de start de façon majeure et il serait probablement plus judicieux de parler de modulation de ce scénario : to start off/ out c’est avant tout to start, d’où la possibilité de substituer l’un à l’autre dans la quasi-totalité des contextes. 2.3.4.6. Conclusions A la faveur de l’étude de ces quelques combinaisons en out, et notamment grâce à leur comparaison avec les phrasal verbs en off correspondants, un certain nombre de points intéressants sont apparus, sur lesquels nous estimons qu’il est important de revenir en guise de conclusion. Tout d’abord, nous pensons avoir clairement montré qu’il n’existe pas de relation de synonymie entre ces deux particules. Rappelons à cet effet que off met fin à une localisation, et qu’il lui est impossible d’en construire une nouvelle (sauf dans le cas particulier d’une opposition de type "binaire") : off marque donc ce passage (d’une localisation à une autre), ce "point de basculement" en lui-même. Or, nos diverses analyses nous ont permis de comprendre que out joue plutôt sur le franchissement d’une limite, c’est-àdire sur le fait d’aller, ou d’être, au-delà d’une limite, ce qui est très différent, comme en témoigne la possibilité pour cette particule de contribuer à l’expression d’une orientation. En conséquence, alors que off conserve toujours les traces d’un rattachement direct à l’origine, out porte en lui-même la définition d’une nouvelle localisation. Cela n’exclut en rien qu’il y

201

ait référence à un repère, mais out pose la nouvelle localisation comme tout ce qui est autre que ce repère, introduisant ainsi une véritable coupure avec lui. Par ailleurs, dans la mesure où out dénote un franchissement, la notion qui sert de repère doit normalement inclure une limite, et c’est pourquoi, à la suite d’A. Tyler et V. Evans (op. cit.), nous avons utilisé l’expression bounded LM pour la désigner. Il va de soi que le terme limite s’entend ici au sens le plus large possible. De cette manière, on peut rendre compte du fonctionnement de toutes les combinaisons, finalement assez littérales, sur lesquelles nous venons de travailler, et qui mettent en jeu des "localisations". Mais il est vraisemblable que cette explication doit pouvoir être étendue à l’ensemble des configurations dans lesquelles out opère sur du quantifiable. Reste le cas des états, que nous avons à peine effleuré lorsque nous nous sommes intéressée à start out. La problématique n’est alors plus la même : en effet, les états n’ayant, par définition, ni premier ni dernier point, on ne peut plus raisonner en termes de limite. Il nous semble que, dans ces conditions, l’idée de franchissement suppose le passage sur un autre plan, ou dans un autre domaine, avec d’autres propriétés ; autrement dit, le passage à un autre état. Il nous faudra, bien évidemment, développer les tenants et les aboutissants de cette hypothèse dans le chapitre 3, mais elle permet d’ores et déjà de mieux comprendre comment out peut admettre une aussi grande variété de repères (cf., par exemple, war et bad acting, que nous citions à propos de sneak out). Pour terminer, voyons brièvement ce qu’elle implique pour les deux occurrences transitives de sneak out dont le complément d’objet est abstrait. (79) One Budget custom which will never fade is the habit of astute information providers with bad news on their hands to use the furore over taxes to sneak out the unpalatable truth. (K51 1255) (80) Labour accused the Government of "sneaking" out the announcements which were a "kick in the teeth to the people of Britain". (CFB 221)

Si, comme nous l’avions remarqué, seul compte le fait d’être "de l’autre côté", "à l’extérieur", c’est très probablement parce que out vient marquer que l’on passe d’un état de référence, où un élément est caché (importance pour cela de la question du point de vue ; cf. supra p. 179180), à un autre état. Or, dans le cas présent, cela ne peut signifier qu’une seule chose : que ce qui était caché est, ou a été, révélé. Dans un exemple tel que (66)204, en revanche, la situation est plus ouverte, d’où l’intérêt de préciser la nature exacte du nouvel état à l’aide du syntagme prépositionnel into the far-flung, glittering realm of fame and fortune.

204

Pour mémoire : (66) Little Kylie was whisked out of oblivion and into the far-flung, glittering realm of fame and fortune. (ADR 15)

202

3.

VERBES

A

PARTICULE

:

UNE

NOUVELLE

APPROCHE

203

3. VERBES A PARTICULE : UNE NOUVELLE APPROCHE Ainsi que nous l’avons évoqué en conclusion du Chapitre 1, nous entendons, dans ce troisième et dernier chapitre de notre travail, jeter les bases de ce que pourrait être une analyse renouvelée du fonctionnement des verbes à particule dans le cadre proposé par la TOE. Pour ce faire, nous serons inévitablement amenée, dans un premier temps du moins, à introduire ceux des "outils" développés par A. Culioli et ses héritiers que nous jugeons les plus propices à la réussite d’une telle entreprise. Il va cependant de soi que cette présentation, pour théorique qu’elle puisse paraître, sera surtout guidée par le souci constant de faire la preuve de la pertinence des principes et concepts en question pour un traitement cohérent et unitaire des phrasal verbs. Comme nous l’avons déjà souligné à la suite de N. Quayle (1994 : 75 ; cf. supra p. 97), « dans les analyses du verbe à particule […], il y a souvent une tendance à éluder l’un des problèmes fondamentaux posés par cette structure, à savoir la relation qui existe entre le verbe et la particule ». C’est la raison pour laquelle notre exposé s’organisera autour des deux axes suivants : 

d’une part, l’étude du fonctionnement général des prédicats205, à travers la

présentation d’un format de description non rigide ; 

et d’autre part, à partir de l’exemple du triplet de particules que nous nous

sommes donné ici, la proposition d’un mode d’appréhension du fonctionnement de ces items dans leur globalité et leur homogénéité ; avec pour objectif prioritaire et permanent de mettre en lumière les différents aspects de l’articulation entre ces deux paramètres, c’est-à-dire de replacer la question du rôle de la particule au sein de la relation prédicative au centre des préoccupations.

205

Le terme prédicat est ici à prendre au sens large : il « désigne le verbe et ses compléments » (Bouscaren &

Chuquet, 1987 : 9).

204

3.1. Décrire les prédicats Il n’est nullement anodin qu’A. Kennedy, dont nous avons eu l’occasion de signaler qu’il était le précurseur des études portant sur les phrasal verbs (cf. supra. 1.1.2), consacre l’une des huit sections que compte son ouvrage (1920) aux « General effects of combination » : l’association avec une particule peut, en effet, modifier, parfois même radicalement, le fonctionnement d’un prédicat, comme en attestent les trois paires d’exemples qui suivent. (98) When Hilary cast her eyes up in supplication, he laughed. (H9V 116) (99) James Gilbey, whose intimate phone call to Diana was taped, yesterday laughed off suggestions that he was going to be her public escort. (CBF 10199) (100) The Captain smoked imported Marlboro cigarettes. (CJT 443) (101) Mr. Jack My hon. Friend, in his inimitable style, has smoked out one of the hidden parts of the Opposition's agenda. (HHV 22606) (102) A jay flew out of a nearby tree, startling them with its clattering wings, and then they heard the unmistakable sound of distant adult voices calling. (APU 510) (103) And when Derek emphasized, as he was determined to, that the contents of the letters supported his brother's protests of his innocence, Golding heard him out with patient inscrutability. (G0N 1091)

La paire (98, 99) illustre une modification qui concerne le type de construction verbale : alors que laugh est habituellement intransitif, laugh off, lui, est strictement transitif. Off "transitiverait" donc laugh. Pour ce qui est de la paire (100, 101), c’est la nature des termes pouvant remplir la fonction d’objet qui se trouve affectée, smoke n’acceptant un complément tel que one of the hidden parts of the Opposition’s agenda que lorsqu’il est associé à out. Enfin, la paire (102, 103) montre comment out, en dotant d’un dernier point un procès comme hear qui n’en est a priori pas pourvu, permet de construire l’accomplissement. Si ces différents changements, qui sont les plus fréquents, ont souvent été répertoriés, ils n’ont que rarement été étudiés – en ordre dispersé qui plus est – n’autorisant pas la formulation d’hypothèses globales solidement étayées. Nous sommes persuadée que la seule voie pour remédier à cette lacune est de se pencher en détail sur la question de la description des prédicats, préalablement à toute tentative d’analyse des verbes à particule. De fait, à notre sens, chercher à comprendre les ressorts de l’interaction entre verbe et particule implique avant tout chose d’appréhender au mieux les mécanismes qui régissent le fonctionnement du verbe (et de ses compléments). C’est la raison pour laquelle nous allons, dans cette première partie du chapitre 3, nous attacher à montrer comment l’adoption d’un format de description qui ne soit ni rigide ni figé permet un traitement plus satisfaisant, car plus unitaire, de la

205

typologie des procès et de la transitivité, deux points dont tant le chapitre 1 que la série d’exemples ci-dessus ont fait ressortir qu’ils étaient incontournables quand on s’intéresse aux phrasal verbs. Or, nous le verrons, ces deux points, qui se trouvent habituellement très nettement dissociés, s’avèrent en fait étroitement liés.

3.1.1. Typologie des procès Pour l’heure, au vu du flou qui règne autour de la question de la typologie des procès – et, plus généralement, autour de tout ce qui relève des problématiques aspectuelles – il nous a semblé nécessaire de débuter cette partie en essayant d’en clarifier quelque peu les tenants et les aboutissants, et ce afin d’être mieux à même d’exposer ensuite ce qu’apporte la TOE en la matière. 3.1.1.1. Cadre général : problématiques aspectuelles Notons d’abord qu’il ne serait guère judicieux de soulever le problème de la typologie des procès sans s’être auparavant assuré de ce que l’on entend par aspect. En effet, ce n’est pas sans raison que, dans leur introduction aux actes d’un colloque consacré au sujet, J. David et R. Martin (1980 : 7) soulignent « combien est difficile le maniement de la notion d’aspect ». Cette difficulté de maniement trouve son origine dans « une singulière divergence dans les approches »206 (ibid.) dont il se suit que « l’explosion terminologique est inévitable, et [que] c’est une rude tâche d’articuler les distinctions plus ou moins subtiles et plus ou moins pertinentes que, sous des étiquettes diverses, les linguistes peuvent faire »207 (ibid. : 8). De 206

Il est intéressant d’observer qu’A. Borillo et al. (1998 : i) dressent un constat assez similaire dans leur

introduction au recueil d’articles Regards sur l’aspect, dont la parution est pourtant beaucoup plus récente. 207

On remarquera que M. Gross, dans le même ouvrage, est beaucoup plus virulent lorsqu’il dénonce

l’« inventivité terminologique » (1980 : 71) qui règne dans le domaine de l’aspect. Pour lui, les linguistes ont tendance « à choisir des termes sans résonance intuitive comme égressif et semelfactif, ou bien des termes qui obscurcissent le jugement par leur pédantisme comme itératif ou fréquentatif » (ibid. : 72 ; souligné dans le texte) et la définition de ces termes savants « ne peut être obtenue que de façon indirecte, par une analyse étymologique du terme et, le plus souvent, par une étude biographique de son auteur (sic) » (ibid. : 71-72). Si A. Culioli (2002 : 41) se montre nettement plus mesuré, il n’en est pas moins critique à l’égard de ces termes qui, à l’en croire, favoriseraient les malentendus. Il estime en effet que « des notions comme « duratif », « imperfectif », « perfectif », ne sont appréhendées qu’à demi-mot ; « duratif », intuitivement, on voit que « ça dure », que ce n’est pas « ponctuel », c’est tout » (ibid.). Il pourrait être intéressant de savoir ce qu’il pense des notions de « indefinitely durative », « ingressively durative », « terminatively durative » et « continuatively durative », qui ne sont que quelques-unes des distinctions que proposait H. Poutsma (1926 : 287-290) en matière d’aspect, et qui montrent bien que le problème est loin d’être nouveau.

206

fait, on ne peut que s’accorder avec J. David et R. Martin (ibid.) pour constater que le terme d’aspect est employé pour désigner un ensemble de marques très hétérogènes : tantôt l’aspect s’exprime par des oppositions flexionnelles ou thématiques, tantôt par des moyens lexicaux (système préfixal, périphrases verbales…), tantôt il se loge dans le contenu sémantique du verbe lui-même

C’est pour tenter de différencier les divers phénomènes que recouvre le terme d’aspect que certains ont cherché à appliquer à des langues telles que le français et l’anglais (pour ne citer que ces deux-là) une distinction pertinente pour les langues slaves, celle entre aspect et Aktionsart : on distingue pour les langues slaves, depuis S. Agrell 208, aspect, concernant la façon d’envisager l’action verbale et appartenant à la grammaire, et « modes » ou « espèces » d’action (Aktionsarten), concernant la façon « objective » dont l’action verbale se déroule ou se réalise et appartenant au lexique (par ex. « effectif », « perduratif », « cursif », « terminatif », « inchoatif » etc.). (Coseriu, 1980 : 18)

Or, si, dans le principe, le bien-fondé d’une telle distinction est indiscutable, il n’en demeure pas moins que toutes les langues ne disposent pas de moyens identiques pour rendre une même valeur "aspectuelle" : ce qu’une langue donnée exprimera par l’intermédiaire du lexique, une autre pourra l’exprimer par le biais de la grammaire. Comme le démontre E. Coseriu, « on n’a [donc] pas de raison pour identifier l’aspect tout court à l’aspect grammatical slave » (ibid.). Pour signaler que le terme d’aspect englobe un ensemble de faits de nature différente tout en évitant le type de confusion que nous venons de dénoncer, on pourra préférer utiliser l’opposition entre aspect grammatical – qui est le « produit d’un repérage » (Bouscaren & Chuquet, 1987 : 163) et par lequel « l’énonciateur indique comment et dans quelle mesure son propre point de vue209 modifie sa présentation du procès prédiqué » (Groussier & Rivière, 1996 : 20) – et aspect lexical – qui « est lié aux propriétés de la notion prédicative210 à partir de laquelle est construit un domaine notionnel » (Bouscaren & Chuquet, ibid.)211. A priori, les 208

AGRELL, Sigrud, 1908 : Aspektänderung und Aktionsartbildung beim polnischen Zeitworte, Lunds

Universitets Årsskrift, Lund. 209

Souligné dans le texte.

210

Souligné dans le texte.

211

Il convient néanmoins de manier cette opposition avec prudence car, bien que largement admise, elle n’est

toutefois pas universelle. Ainsi, pour M. Wilmet (1980 : 60-61), « depuis S. Agrell […], les linguistes allemands confondent sous le nom d’Aktionsart diverses indications concernant tantôt le procès en soi, envisagé de son terminus a quo à son terminus ad quem, tantôt une phase quelconque de son déroulement ». C’est pourquoi il

207

effets de sens véhiculés par les particules qui conduisent à leur attribuer des propriétés aspectuelles, voire même à les qualifier d’aspectual particles (cf. infra 1.2.2.2), relèvent plutôt de l’aspect lexical. Il va de soi que c’est également le cas du fonctionnement des verbes dont l’étude a engendré tout ce pan des "recherches aspectuelles" que l’on appelle aujourd’hui typologie des procès. 3.1.1.2. Définition et problème des critères C. Fuchs (1991 : 9), en introduction à un recueil d’articles consacré au sujet, précise ce qu’il faut entendre exactement par là : Au départ, le terme « type de procès » renvoie à l’idée de caractéristiques temporelles internes au lexème verbal […]. Les types de procès sont ainsi conçus : - comme relevant d’un plan lexical-notionnel, par opposition aux valeurs temporelles et aspectuelles induites par les marqueurs d’actualisation du prédicat dans l’énoncé (temps morphologiques, adverbes, etc.), - comme caractérisables au niveau des unités lexicales verbales, d’où l’assimilation entre typologies de procès et typologies de verbes (ou de locutions verbales) : l’idée étant que dans un dictionnaire, chaque entrée lexicale verbale pourrait se voir assigner une description du point de vue du type de procès auquel elle renverrait (ex. savoir : statif ; manger : processus ; etc.).212

Même si, comme le souligne ensuite C. Fuchs, il s’agit là d’une entreprise dont la mise en œuvre semble bien peu réaliste, il n’en reste pas moins indéniable que les verbes d’une langue n’ont pas tous le même "comportement", et on a l’intuition que des régularités existent. Le problème réside en fait dans la manière d’en rendre compte. Le premier écueil à éviter est d’« élaborer une classification à prétention universelle qui, se dégageant très vite des propriétés strictement linguistiques des unités, ne constituerait qu’une ajoute une distinction supplémentaire à celles sur lesquelles, il le reconnaît lui-même (ibid. : 52), on s’accorde habituellement. Il préfère donc distinguer -

un aspect grammatical qui est « marqué par les temps grammaticaux et les périphrases aspectuelles »

(Gosselin & François, 1991 : 42) ; -

un aspect sémantique qui « caractérise un événement verbal dans sa nature objective » (Wilmet,

ibid. : 61) ; -

et un aspect lexical qui « isole un moment du procès ou précise la place dudit procès dans une chaîne

d’événements [et] s’exprime par le truchement de périphrases verbales, de circonstants et d’affixes » (ibid. : 63). On le voit, c’est le terme d’aspect sémantique qu’il utilise pour désigner ce que l’on a plus communément coutume d’appeler aspect lexical, ce terme revêtant donc chez lui une toute autre signification. 212

Souligné dans le texte.

208

caractérisation des événements extra-linguistiques » (Fuchs & Léonard, 1979 : 316). En effet, comme nous l’avons déjà suggéré un peu plus haut, chaque langue représente le monde à sa manière et dispose de moyens qui lui sont propres pour le faire. Si cela ne signifie en aucun cas que toute relation d’analogie ou d’équivalence est à exclure, cela implique en revanche que ce serait une erreur que de chercher à appliquer telles quelles à une langue les distinctions établies pour une autre. En théorie, toute subdivision devrait donc pouvoir « se justifier par des critères de nature strictement linguistique et ne pas faire appel à une quelconque perception intuitive que l’on aurait d’un événement extra-linguistique » (ibid. : 320). Or, en pratique, cette condition est loin d’être toujours vérifiée. C. Fuchs (1991 : 12) fait par exemple remarquer que « pour représenter les types de procès, nombre de travaux ont recours à des traits sémantiques213 ». Mais il apparaît qu’il n’est pas rare que ces traits « semblent […] reposer sur des considérations d’ordre extra-linguistique » (ibid. : 13). C’est que le choix des traits à prendre en compte dans l’élaboration d’une classification ne va pas de soi. Par conséquent, il n’est pas étonnant que « les typologies recourant à de tels traits divergent sur trois points : le nombre, la nature et la structuration des traits retenus » (ibid. : 12). On saisit alors mieux pourquoi la typologie des procès n’échappe pas, elle non plus, aux divergences terminologiques et comment on aboutit, là encore, à une multiplication des caractérisations. En outre, les traits dont il est question sont généralement binaires, définis en tout ou rien, ce qui ne va pas sans poser problème lorsque « l’on quitte le terrain balisé des exemples-typiques pour celui, plus mouvant, des corpus attestés » (ibid. : 14). Dans ce cas, il devient souvent beaucoup plus difficile de se prononcer sur le statut des énoncés testés. Enfin, toutes ces classifications reposent sur l’existence de tests permettant de mettre en évidence les propriétés qui en caractérisent les différentes classes, mais ces tests « ne font que consigner des observations de cooccurrence possible ou impossible entre certaines formes et telle ou telle classe : en eux-mêmes ils ne fournissent aucun principe explicatif, et demandent à être interprétés » (ibid. : 11), ce qui est largement négligé. On le voit, la question des critères sur lesquels fonder une classification est éminemment délicate et elle est encore compliquée par le fait que l’on peut légitimement se demander « à quel point les propriétés des types de procès [sont] intrinsèques aux unités lexicales qui les manifestent […] ? » (Rivière, 1993 : 116). Comme le souligne l’auteur (ibid.), La tentation est toujours grande d’attribuer au verbe, unité lexicale prise isolément, des propriétés intrinsèques. Cependant, dès qu’on tente de pratiquer systématiquement une

213

Souligné dans le texte.

209

classification des procès à partir d’une liste de verbes, les cas d’incertitude se multiplient. Or, si on place le verbe dans un contexte, ces cas d’incertitude se résolvent : ceci revient à reporter sur le contexte la constitution des propriétés. Par procès, donc, je dirai qu’il faut entendre un ensemble notionnel complexe dans lequel l’unité lexicale qu’est le verbe est certainement partie prenante (dans une proportion mal déterminée) mais où les termes qui entourent le verbe (notamment sujet ou objet mais aussi des compléments circonstanciels) ont un rôle décisif. De plus, le type de quantification qui affecte ces termes est essentiel. On ne peut juger d’un type de procès qu’en considérant l’ensemble de la prédication, y compris la quantification des termes qui la composent.

B. Victorri et C. Fuchs (1996 : 180-181) ne disent rien d’autre quand ils affirment : L’aspect, comme d’autres propriétés d’un énoncé comme les modalités par exemple, peut être considéré comme une caractéristique globale de l’énoncé qui n’est pas spécifiquement liée à telle ou telle unité : en particulier, le verbe lui-même en tant qu’unité lexicale, le temps verbal, tel ou tel adverbe (dit justement "aspectuel") ou un complément circonstanciel temporel, parfois même proposition circonstancielle, tous ces éléments, et bien d’autres encore, […] jouent un rôle important dans la détermination de l’aspect, et il y aurait un certain arbitraire à l’attribuer à un seul d’entre eux.

On comprend donc que « c’est toute la construction syntaxique de la phrase214 (sans parler d’éventuels indices interphrastiques) qui est vue concourir à la caractérisation des types de procès » (Fuchs, 1991 : 10) ; et c’est la raison pour laquelle on est progressivement passé de typologies de procès à des « typologies de prédications », « de situations, voire même de structures énonciatives »215 (ibid.), ce qui a contribué, un peu plus encore, à la prolifération des classifications. Il serait hors de propos de chercher à en dresser ici une liste exhaustive, aussi renvoyonsnous notre lecteur à l’article de L. Gosselin et J. François, "Les typologies de procès : des verbes aux prédications". Il y trouvera « une présentation synthétique des grands types de procès » (Fuchs, ibid. : 9) qui vise à « clarifier […] le niveau d’application de la classification proposée (radicaux verbaux, verbes, syntagmes verbaux, prédications élémentaires ou élargies, conceptualisation de procès) » (Gosselin & François, 1991 : 23). Retenons tout de même que (ibid. : 34) : Les travaux consacrés (essentiellement ou accessoirement) à la classification des prédications entrent grossièrement dans deux sous-ensembles selon qu’ils tiennent compte ou non des catégories de l’agentivité et de la causativité. Le premier sous-ensemble est articulé autour du couple {représentation d’état vs. événement}, le second autour du triplet 214

Souligné dans le texte.

215

Souligné dans le texte.

210

{représentation d’état vs. événement vs. action}. Les travaux du premier groupe ne portent (ou n’entendent porter) que sur le déroulement du procès (domaine traditionnellement assigné à la sémantique de l’Aktionsart ou « mode d’action », c’est-à-dire au caractère aspectuel de la prédication), nous les qualifierons donc d’aspectuels. […] Ceux du second groupe portent à la fois sur le déroulement du procès et sur le mode de participation des entités entre lesquelles le procès se noue (domaine de la sémantique des rôles actanciels), nous les qualifierons à ce titre d’actanciels-aspectuels.216

Illustration : la classification de Vendler Parmi toutes les classifications qui ont pu être proposées, il en est cependant une dont on ne peut pas passer ici l’existence sous silence tant sa prédominance est forte. Il s’agit de celle établie par Z. Vendler (1967), qui est non seulement l’une des plus connues, mais qui est également, et de loin, celle qui a donné lieu au plus de tentatives de remaniement, d’adaptation, etc. – aussi bien de la part des linguistes anglo-saxons que de leurs homologues français au demeurant217. Or, comme nous l’avions signalé plus haut (cf. supra p. 87), cette classification est précisément celle sur laquelle s’appuie L. Brinton dans The Development of English Aspectual Systems : Aspectualizers and Post-verbal Particles. Nous aurions donc parfaitement pu être tentée de l’utiliser et/ ou de l’adapter à notre tour, d’autant plus que certains linguistes énonciativistes s’y sont essayés avant nous. C’est par exemple le cas de C. Rivière (op. cit.) qui fait ce choix dans le cadre d’une étude du concept de durée. Il présente alors brièvement ce qu’il estime être les critères « les plus maniables » (ibid. : 117) de cette classification, tout en concédant qu’ils « demanderaient sans doute à être affinés » (ibid. : 118). G. Mélis (1998 : 157), quant à lui, va bien plus loin puisque, dans un article consacré à ING/BE+ING, il annonce son intention de montrer, à travers la mise en parallèle des formes nominales et verbales, qu’une typologie des procès d’inspiration vendlérienne (accomplissement/ achèvement/ activité/ semelfactif) peut être réorganisée autour d’autres paramètres, qui nous semblent plus économiques en termes d’élaboration théorique et moins dépendants de la réalité extra-linguistique, tels que les facteurs qualitatif QLT (propriété) et quantitatif QNT (occurrence) dégagés dans la théorie des opérations énonciatives.

216 217

Souligné dans le texte. C. Marque-Pucheu (1998 : 115) montre cependant que « la transposition des classes de l’anglais au

français n’est pas toujours évidente », citant à titre d’exemple le fait que « les verbes acceptant is –ing ne coïncident pas forcément avec les équivalents français acceptant être en train de » (ibid. : 113).

211

Quoi qu’il en soit, force est de constater que la classification de Z. Vendler ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes, comme le montrent fort justement J. Bouscaren et al. (1993 : 10) qui considèrent que Comme la plupart des classifications utilisées en syntaxe, celle de Vendler doit être maniée avec prudence. Elle débouche en effet très vite sur des raisonnements circulaires : quand on dit, par exemple, que les verbes statifs ne sont pas utilisés en anglais avec be+ing tout en définissant les verbes statifs comme étant ceux qui ne sont pas utilisés avec la forme en be+ing. Il faudrait donc essayer de se donner des grilles de fonctionnement indépendantes des critères syntaxiques, ce qui est difficile dans le cadre élaboré par Vendler puisque la typologie n’y est définie que comme la manifestation du comportement syntaxique (présence ou absence de tel type de verbe dans telle structure syntaxique).

D’autres auteurs, à l’instar de C. Marque-Pucheu (1998 : 122), soulignent, eux, « le manque d’homogénéité de certaines classes de Vendler », une critique au reste valable à plus d’un titre : 

d’une part, les cas particuliers étudiés par cette linguiste révèlent « l’existence de

propriétés communes à plusieurs éléments de classes différentes » (ibid. : 114), ce qui remet en cause le caractère véritablement discriminant de cette classification. 

d’autre part, et c’est, pour nous tout au moins, le point le plus ennuyeux,

Z. Vendler illustre les quatre classes qu'il distingue tantôt par un verbe employé seul, tantôt par un verbe suivi d’un complément. Ainsi prend-il comme exemples prototypiques run et push a cart pour les activités, run a mile et draw a circle pour les accomplissements, reach the top et spot the plane pour les achèvements, et love et believe in the stork pour les états (ibid. : 100 sqq.). Or, une telle disparité est forcément problématique quand, comme c’est le cas ici, elle n’est assortie d’aucune réflexion sur la part prise par le complément, dont nous aurons l’occasion de voir plus loin (cf. infra 3.1.2.2) combien elle peut être essentielle. Il nous semble pourtant évident que la différence de fonctionnement entre run et run a mile tient à la présence de l’objet a mile, ce qui devrait être signalé explicitement. Par ailleurs, il apparait assez clairement que l’objet ne joue pas le même rôle dans push a cart, run a mile et reach the top, mais Z. Vendler néglige également de se pencher sur cette question. Enfin, quand il fournit une liste détaillée d’exemples d’accomplissements (ibid. : 107), il met sur un même plan des séquences verbe + syntagme nominal objet (paint a picture, etc.), verbe + particule (grow up), verbe + syntagme prépositionnel (recover from an illness) et verbe + syntagme adjectival (get ready for something), là encore sans la moindre explication ou

212

analyse. Au final, il est donc difficile, voire impossible, de déterminer sur quoi opère réellement sa catégorisation, ce qui lui retire l’essentiel de son intérêt. Au vu de ces différentes failles, la classification de Z. Vendler ne nous a pas paru un cadre approprié au traitement des phénomènes qui nous préoccupent. 3.1.1.3. Enjeux théoriques et questions pratiques Une fois que l’on a saisi ce que recouvrent les termes types de procès et typologie des procès, on peut être amené à se demander pourquoi ce domaine des "recherches aspectuelles" constitue un terreau si fertile ; d’où l’importance, à nos yeux, d’exposer ici, ne serait-ce que de façon succincte, les raisons qui conduisent les linguistes à s’y intéresser. C. Fuchs (1991 : 15) se montre particulièrement éclairante sur ce point : Il est clair que l’établissement de ces typologies répond, en premier lieu, au désir de comprendre et de théoriser un phénomène sémantique : il s’agit pour le linguiste de cerner la façon dont la langue traduit le réel et représente les situations référentielles. Mais les typologies de procès sont également utilisées comme des indices permettant à leur tour de rendre compte d’autres fonctionnements sémantiques : il arrive souvent en effet que pour décrire le sens en contexte de telle forme (tel adverbial, telle modalité, …) il faille préalablement avoir établi le type de procès en jeu, dans la mesure où le sens de la forme étudiée en dépend.

L’intérêt de l’étude des types de procès ne se limite donc en aucun cas aux enjeux théoriques que représentent la compréhension de ce qui différencie un procès d’un autre et l’élaboration de classifications sur la base des regroupements qui peuvent être opérés. De fait, le type de procès en jeu participe de manière décisive à l’interprétation du sens et du fonctionnement des autres constituants d’un énoncé, ce qui n’est pas sans implications. Ainsi, lorsque l’on se livre à des analyses portant sur ce point, est-on inévitablement confronté au problème de ce que C. Fuchs (ibid.) appelle le « calcul opératoire du type de procès », c’est-à-dire au problème de savoir comment « établir des règles prédictives » (ibid. : 16) : il se trouve en effet que les tests que nous avons mentionnés plus haut permettent uniquement de faire des constatations a posteriori, de sorte que la formulation de prédictions procède d’une toute autre logique. Comme l’indique C. Fuchs (ibid.), « la voie classique en la matière est celle de la compositionnalité »218, dont C. Fuchs et al. (1991 : 157) proposent la définition suivante : Le principe de compositionnalité pose que la signification d’un groupe d’unités linguistiques peut être déduite/prédite à partir des significations individuelles de chacune de ses

218

Souligné dans le texte.

213

unités, articulées entre elles par des relations de composition, qu’une théorie sémantique a précisément pour tâche de décrire.

Pour A. Borillo, l’aspect lui-même est de nature compositionnelle, ce qu’elle expose en ces termes (1991 : 100-101) : la valeur aspectuelle de la situation219 en jeu ne peut être établie que par une intégration progressive de tous les constituants contenant des éléments qui participent à sa définition, et que je rappellerai ici dans l’ordre où je les ai évoqués très brièvement : 1° verbe lexical, 2° prédicat, 3° sujet, 4° temps verbal, 5° adverbial […] Ainsi aux cinq constituants que j’ai mentionnés pour l’élaboration d’une stratégie d’analyse compositionnelle de l’aspect vient s’ajouter un constituant supplémentaire de taille : 6° contexte discursif.220

C’est donc, par élargissements successifs des éléments pris en compte, un véritable « calcul algébrique du sens » (Fuchs, 1991 : 16) qui s’opère, et la valeur aspectuelle d’un énoncé est ainsi conçue comme la somme des valeurs des marqueurs, lexicaux et grammaticaux, qui constituent cet énoncé. La conception de l’aspect défendue par A. Borillo, et le principe de compositionnalité en général, laissent toutefois beaucoup à désirer, tant d’un point de vue pratique que d’un point de vue théorique221, et il n’est donc guère étonnant que d’autres approches aient progressivement vu le jour, qui visent à instaurer un calcul plus global du sens. Avant de présenter en détail l’une de celles développées dans le cadre de la TOE, revenons d’abord brièvement sur le rôle joué par le type de procès dans l’interprétation du sens et du fonctionnement des autres constituants d’un énoncé en nous arrêtant un instant sur l’article de 1991 de C. Fuchs et al., "Polysémie, glissements de sens et calcul des types de procès". De fait, ce dernier fournit une excellente illustration de la nécessité de parvenir à mettre en place des stratégies d’analyse qui rendent compte de ce rôle de façon satisfaisante, et constitue à ce titre une parfaite introduction à notre propre réflexion. Les auteurs (ibid. : 137) y expliquent chercher à « calculer la signification effective prise par un marqueur polysémique dans un 219

A. Borillo (ibid. : 97) indique qu’elle utilise « le terme de "situation" […] comme terme générique pour

désigner les diverses catégories d’actions, d’événements, de procès, d’états qu’expriment les énoncés du langage » (souligné dans le texte.). 220

Souligné dans le texte.

221

Le lecteur pourra se reporter à S. Auroux (1995 : 33-35) dans lequel l’auteur soulève quelques-uns des

problèmes que pose l’hypothèse de compositionnalité du sens. Il trouvera également quelques éléments de critique de cette hypothèse dans C. Fuchs (1991) et C. Fuchs et al. (1991).

214

contexte d’emploi particulier », et il s’avère dès le départ que le type de procès est le paramètre principal des règles qu’ils proposent pour prédire la valeur en contexte des deux marqueurs qu’ils ont retenus comme exemples (à savoir encore et pouvoir). Comme ils le soulignent (ibid. : 148), cela signifie donc qu’ils « [souhaitent] pouvoir considérer le type de procès comme une donnée de départ connue et stable, comme un indice univoque à partir duquel calculer la valeur du marqueur polysémique étudié ». On remarquera au passage que cette attitude n’est pas propre à C. Fuchs et al. puisqu'on la retrouve dans l’étude de nombre d’éléments autres que les marqueurs polysémiques. En effet, afin de mener à bien l’examen d’un constituant donné d’un énoncé, on est souvent amené à supposer le problème des types de procès résolu et à adopter l’une des positions existantes ; c’est d’ailleurs, dans une certaine mesure, ce que nous serons conduite à faire ici-même. Il faut cependant bien admettre que « la détermination et la stabilité du type de procès ne laissent pas d’être problématiques » (ibid.), et c’est précisément ce que C. Fuchs et al. (ibid. : 155) mettent en évidence dans leur travail, dont il ressort que le type de procès apparaît non [pas] comme une donnée de départ, mais au contraire comme le résultat final de tout le calcul222 interprétatif sur l’énoncé (quitte à ne plus l’appeler « type de procès » mais « situation (ou représentation) événementielle » par exemple). Et, […], la valeur de encore et de pouvoir s’intègre alors à son tour comme l’un des paramètres contribuant à ce calcul global du sens.

Selon les auteurs (ibid. : 164), la conséquence en est que : On est alors conduit à une vision plus globale223 du problème : tous les indices contribuent à construire la signification de l’énoncé pris comme un tout, et c’est en fonction de ce tout que l’on peut assigner à chaque constituant une valeur sémantique. Le calcul des valeurs des différentes caractéristiques sémantiques (types de procès, valeur aspectuelle, valeur modale, …) doit donc se mener « de front », à partir de toutes les formes présentes dans l’énoncé.

Dans cette approche de la typologie des procès, qui, sur ce point, rejoint celle que nous avons choisi d’adopter et que nous allons maintenant présenter, l’analyse des types de procès est donc conçue comme indissociable de celle des autres constituants de l’énoncé, et réciproquement. On s’aperçoit alors que les disjoindre répond exclusivement à des exigences pratiques ; en d’autres termes, ce sont uniquement les besoins d’une étude particulière qui poussent à aborder le problème du sens de l’énoncé sous un angle plutôt qu’un autre. La question des types de procès étant cruciale pour la compréhension de bien d’autres 222

Souligné dans le texte.

223

Souligné dans le texte.

215

phénomènes, on comprend mieux l’intérêt constant qu’elle suscite et pourquoi elle continue à faire l’objet de nombreuses recherches. Signalons à cet égard, pour terminer, que les types de procès n’intéressent pas seulement les linguistes, mais « également, à des titres divers, les spécialistes du traitement automatique du langage, et les psychologues » (Fuchs, 1991 : 15). C’est donc bien, comme indiqué par C. Fuchs dans le titre de son article224, « un carrefour théorique interdisciplinaire ».

3.1.2. La typologie discret-dense-compact Force est ainsi de constater que les questions que soulèvent toutes les tentatives de caractérisation des types de procès que nous venons de mentionner, loin d’être triviales, sont d’une grande complexité car elles touchent à la structuration même du sens des énoncés. Dès lors, on ne peut que déplorer que beaucoup échouent à rendre pleinement compte de cette complexité, faute, notamment, de traiter l’ensemble des paramètres effectivement mobilisés de manière adéquate, à l’image de toutes les approches qui relèvent de la sémantique compositionnelle. Il ressort de cet état des lieux qu’il est absolument impératif d’adopter un point de vue radicalement différent sur ces questions. Ce point de vue, que notre rapide évocation de l’article de Fuchs et al. (op. cit.) nous a permis d’introduire, et qui se trouve défendu par un certain nombre de travaux linguistiques, dont ceux qui s’inscrivent dans la mouvance culiolienne, B. Victorri (1995 : 88) le résume en ces termes : on considère que les différents marqueurs qui s’agencent dans un énoncé vont apporter chacun leur spécificité propre, […], et qu’ils vont se spécifier l’un l’autre en même temps qu’ils vont contribuer à la construction de la signification globale. Il y a donc là aussi l’idée d’une construction dynamique, avec un ensemble d’interactions qui entrent simultanément en ligne de compte.

Cette position est en parfait accord avec l’un des principes clés de la théorie d’Antoine Culioli, qui est que le sens n’est pas un donné mais un construit – le linguiste estimant de surcroît que cette construction s’effectue selon des modalités non linéaires, ce qui le conduit à poser que (1990 : 27) : A une construction séquentielle, où l’on balaierait la chaîne d’un bout à l’autre sans retour, il faut substituer une conception plus complexe d’opérations enchevêtrées avec des retours en arrière, des anticipations, des constructions et déconstructions d’unités à partir de repères variables, des calculs en cascades dont on conserve la mémoire à travers les transformations et déformations. 224

Nous renvoyons d’ailleurs notre lecteur audit article pour une brève présentation des implications de la

typologie des procès pour les deux domaines en question.

216

On trouve, chez D. Paillard et S. Robert (1995 : 138), la reformulation suivante qui éclaire très judicieusement ce que cela implique pour les questions qui nous préoccupent ici : Cette conception du langage remet en cause radicalement le principe de compositionnalité selon lequel le sens d’un énoncé ne serait que le produit de l’addition des sens de ses différents constituants. Au contraire, on pose ici que le sens est le fruit de mises en relations successives qui chacune produisent des déterminations nouvelles. Ce tissu de relations est contraint et informé par les marqueurs. Il s’agit alors d’un véritable processus de construction du sens dans lequel la structure interfère avec le sens. Cela signifie qu’il n’y a pas d’un côté une syntaxe autonome et de l’autre une sémantique générale, mais des mécanismes généraux “recombinants”.

Il va de soi que nous ne pouvons que partager ces vues, la revue de travaux que nous avons effectuée dans le Chapitre 1 nous ayant amenée à conclure à la nécessité d’une approche lexicale des particules intégrant syntaxe et sémantique. De fait, nous sommes convaincue qu’il est indispensable de s’engager dans une démarche qui permette de prendre en considération les divers types de mécanismes qui articulent les propriétés des différentes unités en jeu dans un énoncé pour pouvoir appréhender pleinement le rôle joué par la particule dans la relation prédicative, c’est-à-dire pour pouvoir saisir en quoi les propriétés de celle-ci viennent affecter cette articulation. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de délaisser les typologies de procès "classiques" au profit de la tripartition discret-densecompact (ci-après DDC), élaborée dans le cadre de la TOE en conformité avec les principes que nous venons d’exposer225. Signalons dès à présent que, par commodité, nous emploierons le terme de typologie pour la désigner mais qu’il serait, à la vérité, plus juste d’y référer comme à une grille d’analyse de la variation sémantique des procès et de leurs fonctionnements. A ce titre, comme nous allons le montrer, la typologie DDC est bien plus qu’une simple et banale classification. En effet, même si la question des types de procès en elle-même constitue une préoccupation majeure de J.-J. Franckel, D. Paillard et S. de Vogüé, ses principaux promoteurs (cf. de Vogüé, 1987, 1989 ; Franckel & Paillard, 1989, 1991, 1992 ; Paillard, 1992), ceux-ci indiquent clairement que les enjeux en sont nettement plus larges. Ainsi S. de Vogüé (1989 : 1) insiste-t-elle sur le fait que « les concepts de discret, de dense et de compact renvoient à certains types de rapports complexes qui s’avèrent réguler l’ensemble des opérations énonciatives ». Quant à 225

La TOE étant un cadre d’une grande souplesse, elle a engendré un certain nombre de modèles d'analyse

des types de procès, dont DDC est, à nos yeux, le plus fidèle à la philosophie de la démarche initiée par A. Culioli. On trouvera présentés chez L. Gosselin et J. François (ibid. : 54-61) deux autres de ces modèles, élaborés par C. Fuchs et A.-M. Leonard et par J.-P. Desclès respectivement.

217

J.-J. Franckel et D. Paillard (1991 : 131), ils considèrent que « le programme de recherche engagé par cette problématique […] implique la généralisation d’une appréhension transcatégorielle de phénomènes habituellement traités dans le cadre d’une catégorie unique ». De fait, le grand mérite de leurs travaux est de mettre en évidence qu’« une valeur donnée relève d’opérations qui traversent différentes catégories » (ibid. : 114). On notera par ailleurs qu’au fil des articles que les trois linguistes consacrent à DDC s’ébauche également une vision renouvelée de la catégorie de l’aspect, « la thèse […] défendue [étant] que l’aspect consiste dans la manière dont sont construites les diverses occurrences d’un procès »226 (de Vogüé, 1987 : 48). Il s’agit là d’une manière tout à fait originale et pertinente de redéfinir ce que l’on a appelé plus haut aspect lexical, qui est envisagé non plus comme propriété sémantique de tel ou tel procès, ni comme procès dans son développement, mais comme l’intersection de ces deux conceptions. Ce changement de perspective est d’autant plus significatif que, selon J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 118), « le départ entre ce qui revient à un terme et ce qui revient à l’influence du contexte (c’est-àdire de l’emploi syntaxique) peut se reformuler dans le cadre de la construction d’occurrence ». Il ne nous semble donc pas exagéré d’affirmer que DDC est un véritable modèle d’organisation de la réflexion concernant la structuration du sens au niveau de l’énoncé, dont la portée, en cohérence avec les fondements de la théorie culiolienne, n’est en aucun cas limitée à une seule langue. 3.1.2.1. Présentation générale Précisons d’abord qu’à l’origine de la typologie DDC telle que nous allons la décrire ici, il y a des travaux d’A. Culioli sur le domaine nominal dans lesquels il entend déjà « articuler les opérations de détermination, d’une part, et les opérations d’ordre aspectuel et modal, d’autre part » (1999b : 49). Dès le départ, il raisonne en terme de modes de construction d’occurrences, même si cela ne deviendra totalement explicite qu’un peu plus tard (cf. ibid. : 14). Il est donc somme toute assez naturel que J.-J. Franckel, D. Paillard et S. de Vogüé aient ensuite cherché à étendre cette approche des phénomènes au domaine verbal. Dans un premier temps, leurs propositions, quoique ambitieuses dans l’esprit, ont peiné à se démarquer 226

Précisons d’emblée qu’« une occurrence [de P] est un événement énonciatif qui délimite une portion

d’espace/temps spécifiée par la propriété P » (Culioli, 1999b : 11). Par conséquent, « une occurrence n’est pas de même nature qu’une unité lexicale. Une unité lexicale constitue un fragment d’énoncé et se présente comme une donnée directement observable, alors qu’une occurrence est une entité abstraite correspondant au résultat d’une construction mobilisant des déterminations très diverses » (Franckel et Paillard, ibid. : 133).

218

réellement des classifications "traditionnelles", la typologie DDC se trouvant directement appliquée aux unités lexicales. Les procès étaient alors vus comme « [posant] une contrainte a priori sur le type de construction pouvant être mis en œuvre » (de Vogüé, 1987 : 60) et les divers comportements qu’un même procès est susceptible de présenter étaient expliqués par les recatégorisations dont celui-ci peut faire l’objet, c’est-à-dire par la possibilité pour certains facteurs contextuels de le faire passer d’un fonctionnement à un autre. Cependant, la problématique a peu à peu évolué, marginalisant la thématique de la recatégorisation au profit de l’idée qu’avec DDC « se met en place une forme de typologie qui classe non plus des unités, ni même des blocs d’unités ou des syntagmes, mais des configurations de déterminations227 dont il s’agit de repérer dans leur articulation les sources éventuellement très diverses » (Franckel et Paillard, 1991 : 131). On est donc passé d’un stade de la théorie où l’existence d’une catégorisation dans l’absolu (sur laquelle des recatégorisations pouvaient intervenir) n’était pas remise en cause à un stade où le fonctionnement en situation est devenu la clé de voûte du système, puisqu’à présent « la grille discret-dense-compact […] [est affectée] non pas [aux] unités lexicales mais aux fonctionnements qu’elles contraignent et déterminent »228 (ibid. : 116). Ce renversement de posture est essentiel car, en reconnaissant ainsi qu’« une même unité [peut] correspondre à plusieurs types d’occurrences en fonction des déterminations en jeu »229 (ibid.), on se donne enfin les moyens de rendre compte efficacement du fait qu’un procès donné puisse endosser différents comportements. Et il va de soi que cette position, qui fait du fonctionnement des procès un construit et non pas un donné, évitant, par suite, de les enfermer dans des catégories rigides, est nettement plus fidèle aux principes qui président à la démarche culiolienne. Nous allons maintenant pouvoir exposer ce que sont les principales caractéristiques de la typologie DDC, mais rappelons d’abord que, dans la mesure où cette typologie s’occupe de classer des configurations de déterminations, elle a donné lieu à une variété de descriptions selon l’aspect de ces configurations privilégié par l’auteur. Il convient cependant de garder à l’esprit qu’il ne s’agit jamais que de points de vue différents sur les diverses facettes d’un 227

Souligné dans le texte.

228

Cela se retrouve jusqu’au niveau terminologique puisque fonctionnement et comportement sont préférés à

classe et catégorie. 229

Cette manière de voir repose sur le principe, souvent invoqué par J.-J. Franckel et D. Paillard, « selon

lequel la pluralité, voire la disparité des valeurs associables à un marqueur, résulte de spécifications différentes d’une seule et même opération invariante dont ce marqueur est la trace » (ibid. : 114), principe qui est à la base même du concept de forme schématique que nous présenterons plus loin (cf. infra 3.2.1).

219

même "objet". C’est la présentation proposée par J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 116-119) que nous avons décidé de reprendre ici car elle est, de loin, celle qui offre la vision d’ensemble la plus claire et la plus aboutie. On en retiendra les points suivants : […] une occurrence [est] un événement énonciatif qui met en place un rapport variable entre deux formes de délimitation d’une notion : - délimitation quantitative, notée Qnt, associable à l’ancrage spatio-temporel de l’occurrence. - délimitation qualitative, notée Qlt : une occurrence de la propriété P peut être de l’ordre du vraiment P, pas vraiment P, ou encore pas du tout P. Le rapport entre ces deux formes de délimitation n’est pas stabilisé d’emblée […] [et il] est susceptible de donner naissance à une infinité de variations singulières. Il nous paraît possible toutefois de dégager un ensemble de régularités, à condition : - de faire une distinction entre les déterminations externes et les déterminations internes qui interviennent dans la construction d’une occurrence, - de considérer l’articulation entre ces deux déterminations comme le lieu d’un calcul, prenant en compte affinités et contraintes. Par déterminations externes, il faut entendre l’ensemble des déterminations situationnelles qui relèvent du repérage aux paramètres origines de l’énonciation : S (sujet) et T (temps), et contextuelles, issues d’autres termes de la relation […]. Par déterminations internes, nous entendons celles qui organisent, de façon propre au lexème, une partie des rapports entre délimitation Qnt et délimitation Qlt. La structuration plus ou moins forte de ces rapports se traduit par une indépendance plus ou moins grande par rapport aux déterminations externes […].230

Ce qui conduit J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid.) à caractériser le discret, le dense et le compact comme suit : 

discret : Une occurrence relève du discret lorsque s’établit un rapport entre délimitation Qnt et

délimitation Qlt de cette occurrence indépendamment de son ancrage temporel. Cela signifie d’une part que l’occurrence fait l’objet d’une délimitation Qnt-Qlt hors du plan temporel, d’autre part que l’ancrage situationnel ne peut qu’entériner ce rapport. […] 

dense : L’occurrence n’est délimitée que par le biais de son ancrage situationnel. Une

occurrence de procès construite comme dense correspond à un procès qui se qualifie de son «être là» ou de sa survenue. Cet ancrage dans le temps indépendamment de toute forme d’anticipation ou de construction subjective relève d’une forme de contingence. Elle n’est pas par elle-même associée à une délimitation qualitative. […] 230

Souligné dans le texte.

220



compact : Il s’agit d’une configuration où une délimitation qualitative ne se trouve relayée par

aucune délimitation Qnt. Il n’y a pas construction d’occurrence. L’actualisation d’un procès compact passe par sa mise en relation à un support externe. Celle-ci permet son actualisation sans pour autant qu’en résulte une délimitation Qnt. […] 231

On notera que les deux auteurs (ibid. : 120) insistent beaucoup sur le fait que « discret, dense et compact correspondent à des configurations types […], pas à des unités types »232. Cela implique que la typologie DDC n’est en aucun cas un moule que le linguiste peut plaquer sur les énoncés qu’il rencontre dans sa pratique, ces derniers – comme nous aurons l’occasion de le voir – pouvant s’avérer nettement plus complexes, en raison de l’infinité des variations que peut connaître la pondération entre déterminations internes et déterminations externes, entre délimitation Qnt et délimitation Qlt. Ce point est absolument capital car lui seul permet de comprendre l’origine de la diversité des fonctionnements d’une même unité. En effet, comme l’expliquent J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid.), une unité lexicale donnée se prête à la construction de divers types d’occurrences, en fonction des propriétés propres de cette unité, c’est-à-dire des configurations de rapport Qnt-Qlt qu’elle rend possibles (déterminations internes) et de son environnement qui stabilise l’une de ces configurations, à travers un jeu de spécifications réciproques (déterminations externes).

En témoigne la série d’exemples qui suit : (104) When Swindon first played Tranmere back in December, a power surge sent the sparks flying, blew a fuse box and a floodlight failure abandoned the game. (K1G 118) (105) As luck would have it, a furious wind was blowing on the day of their arrival, by hired minibus. (ABW 861) (106) Wind sites must be placed where the wind blows fairly constantly; most of them are situated around the coast. (BN4 180)

Si tous ces exemples mettent bien en jeu le même procès blow, les différentes occurrences construites n’en sont pas moins d’une grande hétérogénéité, précisément pour les raisons invoquées par J.-J. Franckel et D. Paillard dans le passage que nous venons de citer. En (104), la présence d’un complément d’objet correspondant à un élément spécifique extrait d’une classe joue un rôle déterminant dans la construction d’une occurrence de type discret233 (alors 231

Souligné dans le texte.

232

Souligné dans le texte.

233

Le paragraphe 3.1.2.2 nous permettra de préciser la nature exacte du rôle joué ici par le complément

d’objet.

221

que l’ancrage situationnel apporté par le prétérit et le repère when Swindon first played Tranmere back in December est, lui, totalement secondaire). En (105), c’est la forme en be + ing, parce qu’elle présente le procès dans son déroulement, qui contribue, de manière décisive, à la mise en place d’une occurrence de type dense, dont la délimitation, purement quantitative, a pour origine le morphème du prétérit porté par le prédicat et relayé par le circonstant on the day of their arrival. On comprend que même si wind se trouve qualifié par l’adjectif furious, l’essentiel est que some blowing took place (on that day). Enfin, en (106), il n’y a pas véritablement construction d’une occurrence mais plutôt prédication d’une propriété, grâce au présent simple, qui a une valeur générique et n’implique aucun ancrage situationnel. On a donc affaire à du compact, dont le caractère intrinsèquement qualitatif est du reste souligné par le syntagme adverbial fairly constantly. Au final, l’analyse, extrêmement succincte nous l’admettons, de ces quelques exemples montre, nous semble-t-il, qu’appréhender les phénomènes en ces termes permet de mieux tenir compte de leur diversité, tout en en offrant une vision beaucoup plus unitaire. Signalons, pour terminer, l’importance de bien distinguer le rapport entre délimitation Qnt et délimitation Qlt, qui définit les « configurations de base » (ibid. : 118) que sont le discret, le dense et le compact, des paramètres qui, par leur interaction, instaurent ce rapport. De fait, c’est à ces paramètres qu’il convient de s’intéresser en premier lieu afin de voir comment déterminations externes et déterminations internes s’articulent, car ce n’est qu’à cette condition que l’on peut dire vers quel fonctionnement tend l’occurrence de procès que l’on examine. On retrouve là une idée déjà mise en avant par C. Fuchs et al. (cf. supra p. 214-215), à savoir que l’identification du fonctionnement d’un procès, à l’image de ce fonctionnement lui-même, n’est pas un point de départ mais un aboutissement, celui d’un véritable calcul interprétatif. 3.1.2.2. Les paramètres de la variation A la lumière de ce qui précède, il apparaît clairement que, pour mener à bien ce calcul, il est indispensable de saisir parfaitement les ressorts qui gouvernent les paramètres qu’il mobilise. Il serait bien entendu hors de propos de passer ici en revue l’ensemble de ces paramètres, aussi nous préoccuperons-nous uniquement de ceux qui nous semblent avoir une pertinence directe pour l’analyse du fonctionnement des verbes à particule. Partant, nous nous cantonnerons à l’étude du rôle joué par l’objet et, plus marginalement, par le sujet, car, à notre sens, c’est au niveau des arguments qu’interviennent les changements de comportement les plus significatifs entre verbe simple et phrasal verb correspondant.

222

Considérations terminologiques Avant d’aller plus loin, une remarque terminologique s’impose : puisque nous avons décidé de travailler dans le cadre de la TOE, nous n’utiliserons pas ici les termes de sujet et d’objet mais ceux de complément de rang zéro (C0) et complément de rang un (C1) qu’elle leur préfère, un choix qui n’est pas du tout indifférent et auquel nous souscrivons pleinement. C’est pour s’affranchir des ambiguïtés inhérentes au cortège d’acceptions qui sont attachées aux termes de sujet et d’objet qu’A. Culioli a proposé ces notations. De fait, comme le rappellent J.-J. Franckel et D. Paillard (1992 : 29), la notion de complément d’objet est beaucoup trop vague, attendu qu’elle recouvre un ensemble de phénomènes particulièrement hétérogènes, et, qui plus est, mal circonscrits234. A l’inverse, « le C1 ne désigne par lui-même rien d’autre que le terme qui complète un schéma syntaxique occupé par un verbe, sans rien préjuger des relations qu’il entretient avec lui » (ibid. : 30-31). Il y a, pensons-nous, de grands avantages à se défaire ainsi des a priori véhiculés par l’expression complément d’objet235, comme, par exemple, celui de permettre de se demander si, dans certains cas, le rôle de la particule d’un phrasal verb ne pourrait pas être considéré comme similaire à celui rempli par le C1. Le C0, quant à lui, a un statut singulier, mais uniquement parce que sans cet élément « il n’est pas de phrase possible (d’où le rang zéro) dans des langues comme l’anglais ou le

234

Il s’agit du reste là d’un constat largement partagé, qui a donné lieu à quantité de réponses très diverses

dont J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 30) ne se font que très brièvement l’écho. Citons ici, parmi bien d’autres existant, la position d’A. Vassant qui, dans un article (1994) s’inscrivant dans le cadre de la théorie guillaumienne, dénonce, elle aussi, « l’inadéquation de la définition traditionnelle [du cod] » (ibid. : 28), et s’efforce de montrer qu’il est en fait possible de « cerner la spécificité de la notion d’objet » (ibid. : 23). Pour elle, qui répète avec insistance que « le cod n’est pas impossible à définir », « il faut avoir recours à une corrélation de critères pour y parvenir » (ibid. : 39) ; en d’autres termes, « il faut donc se donner des critères de reconnaissance précis » (ibid. : 28), qui ne pourront être mis en œuvre avec toute la rigueur et la systématicité nécessaire qu’à la condition de « disposer d’une théorie générale des faits qui constituent une langue, au sens d’idiome, théorie grâce à laquelle cette définition aura un caractère structural, psycho-systématique », (ibid. : 46). On le voit, d’autres "solutions" au problème du traitement de la question posée par la notion d’objet existent, mais c’est celle apportée par la TOE qui nous a paru la plus adaptée au type de travail que nous avons entrepris. 235

M.-L. Groussier et C. Rivière (1996 : 29) soulignent à juste titre que « le terme de complément de rang 1

est préférable du fait qu’il permet de se référer à ce complément sans considérer s’il est ou non prépositionnel », ce qui est particulièrement utile pour l’analyse de l’anglais, eu égard au nombre important de verbes composés que compte cette langue.

223

français actuels » (Groussier et Rivière, 1996 : 29). La dénomination C0 est donc nettement moins anodine qu’il n’y paraît, ce qui amène S. de Vogüé (1991 : 63) à préciser que : C0 en même temps figure le premier dans l’ordre des compléments, et en même temps se détermine comme un point d’extériorité par rapport à cet ordre. La notation C 0 vise donc à reproduire les considérations qui sont résumées ailleurs par la notion de groupe verbal : il s’agit de noter que le sujet, en tant que position, se distingue des autres positions de complémentation.

L’extériorité qu’évoque là S. de Vogüé fait, nous semble-t-il, du C0 un paramètre second de la variation par rapport au C1, dont J.-J. Franckel et D. Paillard (1989 : 127) estiment à juste titre qu’il est « indissociable de la construction de l’occurrence de procès ». C’est vraisemblablement la raison pour laquelle les articles traitant de la typologie DDC ne lui accordent qu’une place secondaire, voire anecdotique, comme le reflètera d’ailleurs notre propre présentation. Quoi qu’il en soit, parler de C0 et de C1, c’est adopter une dénomination purement positionnelle et aussi neutre que possible qui évite tout parti pris sur les phénomènes auxquels on a affaire. Redéfinition de la typologie DDC en fonction du C1 Nous avons maintenant en main tous les éléments nécessaires à une description détaillée de la manière dont la relation entre le prédicat (au sens strict) et ses compléments s’articule. Comme nous l’avons vu auparavant, la typologie DDC repose sur l’idée que le fonctionnement d’un procès n’est pas un donné mais un construit, puisqu’au départ la notion prédicative n’est qu’une collection de propriétés abstraites. Dans l’article "Objet : construction et spécification d’occurrences", J.-J. Franckel et D. Paillard tentent d’expliquer « comment on passe d’un terme linguistique (un prédicat) à une entité énonciative (une occurrence de procès) » (1992 : 35), non plus d’un point de vue général, comme c’était le cas dans l’article de 1991 dont nous avons cité de larges passages dans le paragraphe précédent (3.1.2.1), mais à partir, cette fois, du rôle joué par le C1 dans ce processus. Ils y reprennent donc, sous un jour sensiblement différent cependant, les grands principes à la base de DDC que nous avons exposés plus haut, à savoir qu’« un procès résulte d’un ensemble de déterminations que reçoit un prédicat par sa mise en jeu dans un énoncé » (1992 : 34), et que « ces déterminations se combinent pour opérer une double délimitation du prédicat » (ibid. : 35) : 

d’une part, « une délimitation liée à sa construction [qui] fonde la coupure entre

ce qui est et ce qui n’est pas, entre présence et absence » (ibid.),

224



et d’autre part, « une délimitation liée à la spécification du prédicat [qui] permet

de fonder des différences d’ordre qualitatif » (ibid.).236 Soulignons, à la suite de D. Paillard (1992 : 77), que « construction et spécification sont [en fait] deux réalisations de l’opération de repérage entre un terme repère et un terme repéré »237, laquelle « se voit [ainsi] attribuer une place centrale dans la constitution même de la relation prédicative » (ibid. : 76). Voilà qui n’a rien de surprenant quand on connaît l’importance qu’A. Culioli accorde à cette notion de repérage, qu’il définit comme une mise en relation (cf. 2002 : 207), et dont il indique clairement combien elle est étroitement liée au concept de détermination (cf. 1999a : 97). Partant, on comprend alors que ce qui a permis à J.-J. Franckel, D. Paillard et S. de Vogüé d’étendre la typologie DDC du domaine nominal au domaine verbal, c’est le fait que, dans les deux cas, les phénomènes relèvent d’une problématique de la détermination238. Cela signifie, par conséquent, qu’il y a deux dimensions à prendre en compte dans l’établissement d’une occurrence de procès : 

d’une part, la construction, qui « s’effectue relativement à un repère

constructeur239 » (Franckel et Paillard, ibid. : 35). J.-J. Franckel et D. Paillard, même s’ils signalent qu’il en existe d’autres (cf. ibid. : 36, note 8), ne s’intéressent, dans l’article en question, qu'à deux types de repères : 

d’un côté, les repères de type temporel : il n’y a alors aucune

détermination concernant l’état de l’objet qui « ne se construit qu’à travers la temporalisation du procès » (ibid : 34). Autrement dit, on a simplement localisation du procès dans le temps. ;

236

Souligné dans le texte.

237

D. Paillard (ibid. : 78) apporte du reste quelques précisions bienvenues concernant ces deux modes de

répérage : - dans le cas de construction, il y a une dépendance forte entre le terme repéré et le terme repère au sens où le repère est le constructeur, c.à.d. le terme qui fonde la prise en compte du terme repéré. - dans le cas de spécification, il y a indépendance première des termes repère et repéré : ils sont construits indépendamment l’un de l’autre. 238

C’est d’ailleurs, dans une certaine mesure, par cet angle de la détermination que C. Rivière (1997) choisit

d’aborder la question du lien entre transitivité et types de procès. Il nous a semblé intéressant de signaler ici que le linguiste défend, entre autres, l’idée que « la définition du type de procès s’opère grâce à la quantification que porte l’argument qui reflète l’actant-but […], sans considération de sa fonction syntaxique apparente (sujet ou objet) » (ibid. : 71 ; nous soulignons). 239

Souligné dans le texte.

225



et de l’autre, les repères constitués par le C1 : le C1 est « [pris] comme

point de départ de la délimitation du procès » (ibid : 32) ; en d’autres termes, il « est pris en compte indépendamment du procès qui vient s’inscrire dans les limites qu’[il] lui assigne. C’est [lui] qui détermine l’issue du procès » (ibid). 

et d’autre part, la spécification : toujours dans cet article, J.-J. Franckel et

D. Paillard se préoccupent uniquement de la spécification engendrée par le C1, mais il faut bien saisir que ce n’est pas la seule possibilité. On retiendra que, selon eux, « le C1 peut exercer une fonction de spécification dès lors qu’il y a prédication d’existence d’un objet interne240 en liaison avec la construction d’une occurrence de procès » (ibid. : 36). Il est évident que, dans ce cas bien précis, construction et spécification sont indissociables, puisque deux types de spécification « doivent être distingués, en fonction de la nature du repère constructeur » (ibid.) : 

« lorsque le repère constructeur est d’ordre temporel, le C1 est uniquement

spécificateur » (ibid. : 36-37), et ce n’« est qu’un spécificateur parmi d’autres (possibles) de l’objet interne »241 (ibid. : 37) ; 

par contre, « lorsque le C1 est le repère constructeur, il est aussi affecté à la

spécification de l’objet interne » (ibid.). Dans ce cas, le C1 est « un spécificateur 240

Selon J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 33), on appelle traditionnellement objet interne « un objet

minimal [qui est] inscrit dans le prédicat lui-même ». Ils indiquent, à titre d’exemple, que pour écrire cet objet interne est formulable en terme d’écrivable, et précisent également qu’« un prédicat a ou n’a pas d’objet interne. Un objet interne est ou n’est pas spécifié » (ibid.). On trouvera des éléments de réflexion complémentaires sur l’objet interne (et le "-able du procès") dans J.-J. Franckel et D. Paillard (1989), lesquels permettent de comprendre que les deux linguistes ont en fait de cette notion une conception beaucoup plus large que les grammaires, qui en offrent plutôt ce type de définition : Un certain nombre de verbes intransitifs mais aussi transitifs peuvent se construire avec un complément dit d’objet interne parce que son sens reproduit l’essentiel du procès encodé dans le sémantisme du verbe […]. En fait, le complément ne répète pas le sens du verbe […], mais sert de support nominal pour assigner au verbe des spécifications qui auraient pu être véhiculées par d’autres types de constructions (p. ex. par un adverbe ou par un complément de manière). (Riegel et al., 2004 : 220 ; souligné dans le texte) 241

On notera que D. Paillard (op. cit.) présente ce cas de figure d’une manière quelque peu différente. Partant

de l’exemple Ce matin j’ai lu le livre que tu m’as prêté, que l’on trouve également chez J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 39), il explique qu’« on a uniquement une relation de spécification au sens où le livre est spécifié comme « ayant à voir » avec le « lisible » de lire » (ibid. : 80 ; nous soulignons). Au premier abord, cette remarque peut sembler en contradiction avec ce qu’en disent J.-J. Franckel et D. Paillard, mais nous pensons qu’il faut plutôt y voir deux points de vue complémentaires sur le même énoncé, un peu à l’image de deux des exemples utilisés par D. Paillard (ibid. : 81-82) : La route suit la rivière sur deux kilomètres et La rivière suit la route sur deux kilomètres.

226

exclusif » et « la singularité de l’occurrence est plus grande que dans le cas précédent » (ibid.). La relative complexité des deux configurations que décrivent là J.-J. Franckel et D. Paillard tient en même temps à l’intrication des mises en relation – la relation prédicat-C1 pouvant se rejouer à plusieurs reprises – et aux deux points de vue que l’on peut avoir sur cette relation, selon que l’on en prend comme point de départ le prédicat ou le C1 (cf. Franckel et Paillard, 1989 : 118). En effet, il faut bien voir que lorsque le repère est temporel, autrement dit, lorsque le C1 n’est pas repère, celui-ci « se construit directement à partir242 du prédicat luimême, qui en constitue [donc] le repère » (ibid. : 119), mais uniquement en ce sens qu’il est affecté par la temporalisation du procès, qu’il est délimité par la « quantité de procès localisé dans le temps » (ibid. : 116). Cela n’est rendu possible que par l’existence d’un objet interne au procès que le C1 vient spécifier, s’inscrivant à ce titre « dans une classe d’instanciables » (ibid. : 119) dont il n’est qu’un membre parmi d’autres ; de sorte que la relation prédicat-C1 n’est pas saturée. Lorsque le C1 est repère, en revanche, il fait, par définition, « l’objet d’une détermination autonome » (ibid. : 120), et c’est cette indépendance première qui lui permet de servir de repère au prédicat. La classe des instanciables s’en trouve alors « court-circuitée » (Franckel et Paillard, 1991 : 130), le prédicat ne pouvant avoir d’autre spécificateur que le C1 qui en détermine l’extensité. Cette fois, la relation prédicat-C1, qui est double à nouveau, « se boucle » (Franckel et Paillard, 1989 : 121) ; en d’autres termes « on a fermeture de cette relation sur les deux termes et la relation est saturée » (Paillard, 1992 : 80). Il va de soi que tout ceci n’est valable que lorsque le prédicat a un objet interne, ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi J.-J. Franckel et D. Paillard (1989) mentionnent-ils l’exemple des prédicats du type aimer qui « ne pose[nt] pas une classe d’occurrences d’instanciables dont on pourrait extraire, par le biais de la localisation du procès, une occurrence » (ibid. : 126). Il en découle un rapport d’indépendance fondamental entre prédicat et C1 qui se traduit par le fait qu’il ne peut y avoir ni « délimitation du procès par le C1, [ni] transformation du C1 par le procès » (ibid. : 116). Quoi qu’il en soit, il est indéniable que « le C1 fait partie intégrante des opérations de construction et de spécification par lesquelles se détermine une [occurrence de procès] » (Franckel et Paillard, 1992 : 42). Ce constat amène donc J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 38-39) à redéfinir la typologie DDC en fonction du C1 : 242

Souligné dans le texte.

227

Une occurrence de procès est de type discret… lorsque la construction d’un C 1 délimite le prédicat… dense, lorsque le C1 ne fait que spécifier l’objet interne du prédicat,… ou compact lorsque le C1 n’est ni constructeur ni spécificateur, en l’absence d’objet interne.

Cette nouvelle définition peut aisément être rattachée à la précédente. En effet, on voit clairement que si la présence d’un C1 constructeur engendre un fonctionnement discret, c’est parce qu’un tel C1 « fixe, hors du plan temporel, les limites quantitatives et qualitatives du procès » (Franckel et Paillard, 1991 : 119). Pour ce qui est du dense, nous l’avons dit, la construction « ne s’établit qu’à partir de l’ancrage temporel du procès » (1992 : 38), si bien que le C1 « est entièrement dépendant de [cette] construction du procès dans le temps » (1991 : 130) : il est donc nécessairement uniquement spécificateur, ce qui explique d’ailleurs que sa présence ne soit pas obligatoire (cf. 1992 : 38). Enfin, puisqu’avec les procès de type compact il n’y a pas construction d’occurrence, on comprend pourquoi le C1 ne peut être ni constructeur ni spécificateur mais seulement l’un des supports, avec le C0, de la relation instaurée par le procès, qui ne fait que qualifier le rapport entre ces deux termes. Le rôle joué par le C1 dans les trois "configurations de déterminations" que sont le discret, le dense et le compact peut être illustré par la série d’exemples qui suit : (107) But the Lib Dems think THEY can take North East because they beat the Tories soundly in the local council elections last year. (K1H 1167) (108) On a journey of 12 kilometres Ann walked part of the way and rode a bus for the rest of the distance. (FEH 1730) (109) To that, also, the King had given a great part of his attention, but when, late in the spring, word came of the sighting of ships from Normandy in the Clyde, he left his wife and household at Perth, where they had stayed a full week, and rode with a small retinue westwards to meet them. (HRC 956) (110) He longed to discuss Meredith further, his background, his opinions - on the surface he sounded a sensible enough sort of fellow but he didn't know how to go about it. (FNU 1122)

L’occurrence de beat à laquelle on a affaire dans l’exemple (107) est de type discret. En effet, « la construction du C1 [the Tories] est première par rapport à celle du procès » (Franckel et Paillard, 1991 : 130) et lui confère un degré de détermination suffisant pour ce que soit lui « qui fonde la délimitation Qnt-Qlt du procès » (ibid. : 119). Il convient d’insister sur le fait que « la temporalisation du procès [beat] s’opère dans le cadre de cette première mise en relation » (1992 : 32) : autrement dit, le prétérit, qui, du reste, se trouve spécifié par le circonstant de temps last year, ne fait qu’entériner cette délimitation. Il s’ensuit une valeur d’état résultant : the Tories were beaten. Enfin, on note que la dimension qualitative de la délimitation dont le procès fait l’objet se voit renforcée par la présence de l’adverbe soundly.

228

Dans l’exemple (108) en revanche, c’est le procès ride qui délimite le C1 a bus : il présente donc un fonctionnement de type dense, puisque c’est le circonstant on a journey of 12 kilometres qui sert de repère à la construction de l’occurrence de procès. En effet, bien que manifestement spatial, ce circonstant renvoie tout de même à un intervalle temporel : celui nécessaire pour parcourir la distance en question. Comme on peut le constater, il est dans ce cas impossible de définir un état résultant, et le C1 a bus n’est qu’un spécificateur parmi d’autres possibles que seraient, par exemple, a bicycle ou a horse. On signalera, au demeurant, que « la présence d’un C1 n’est pas obligatoire, puisqu’il n’intervient pas dans la construction de l’occurrence » (ibid. : 38), comme l’illustre l’exemple (109) dans lequel on a également affaire à une occurrence de ride de type dense, mais sans C1 celle-ci. Cet exemple est similaire, de ce point de vue, à l’un de ceux étudiés par J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 33-34), et la description qu’ils en font peut s’appliquer ici : « la localisation de [ride] dans le temps entraîne par elle-même la présence d’un objet […] interne, et formulable en terme de ["ridable"]. La différence entre [(108) et (109)] peut donc se caractériser non par l’absence de C1 mais par la non-explicitation du C1 », qui peut aisément être déduit du contexte. Enfin, en ce qui concerne l’exemple (110), il apparaît clairement que le C1 a sensible enough sort of fellow « se trouve dans un rapport d’indépendance radicale à l’égard du procès [sound] : il n’est interprétable ni comme spécifiant la classe des instanciables, ni comme définissant l’extensité du procès » (1991 : 130). En effet, sound ne comporte pas d’objet interne, comme le révèle « l’absence de contrainte sur la nature des spécifications possibles » (1992 : 39). Il n’y a pas construction d’occurrence (on ne peut évidemment pas dire *some sounding a sensible enough sort of fellow took place), mais uniquement mise en relation, de l’ordre de la qualification, de deux termes qui sont en complète extériorité. On a donc là une occurrence de type compact. Cette première série d’exemples peut être opposée à une seconde, que voici : (111) Car horns blared, and drums, trumpets and air-hooters and whistles beat out the rhythm of the chants. (Dauncey & Hare, 1999 : 198) (112) But possibly because of his broad experience of both the public and private sectors, Cuckney rode out the storm calmly. (A6L 557) (113) Kilmuir and Salisbury sounded out the Cabinet one by one in the Privy Council Office. (B0H 416)

On remarque d’emblée que l’association avec une particule peut radicalement modifier la donne, les occurrences des procès beat, ride et sound auxquelles on a ici affaire présentant un fonctionnement sensiblement différent de celles des énoncés précédents. Et, comme le

229

mettent en évidence les exemples que nous avons choisis, à dessein, le changement observé va notamment concerner le rôle joué par le C1. Ainsi, alors que dans l’exemple (107) ce dernier était constructeur, dans l’exemple (111) il n’est que spécificateur : il ne fait a priori aucun doute que the rhythm of the chants n’est là qu’en tant que membre, parmi d’autres, de la classe des instanciables243. De plus, ne pouvant, par nature, être "épuisé", il n’est délimité que par la « quantité de procès localisé dans le temps » (Franckel et Paillard, 1989 : 116). Au final, l’important est que some beating out took place, un beating out qui se trouve mis sur le même plan que le blaring qui le précède dans l’énoncé, et qui, comme lui, ne fait l’objet que d’une délimitation quantitative par l’intermédiaire de l’ancrage temporel construit par le prétérit. On n’a plus, comme le soulignait en (107) la présence de l’adverbe soundly, la moindre délimitation qualitative. Il s’agit donc là d’une occurrence de type dense, pour laquelle essayer de formuler un état résultant n’aurait strictement aucun sens. L’exemple (112), lui, fait écho à l’exemple (108), mais s’en différencie par un C1, the storm, constructeur : contrairement à ce qui se passait précédemment, sa présence est ici obligatoire car c’est à partir de lui que s’opère la délimitation, Qnt-Qlt (et non plus seulement Qnt), du procès. La dimension qualitative se voit d’ailleurs mise en valeur par l’appréciation que véhicule l’adverbe calmly. On a donc une occurrence de type discret, tout comme dans l’exemple (113), au reste. En effet, alors que dans l’exemple (110) auquel on peut l’opposer, le C1 n’était ni constructeur ni spécificateur mais un simple support de la relation de qualification mise en place par sound, ici il est très clairement constructeur : the Cabinet n’est pas un simple membre de la classe des instanciables mais bien l’élément à partir duquel se définit l’extensité du procès, ainsi que le révèle l’opération de parcours marquée par one by one. Même s’il ne faut pas perdre de vue que chacun des exemples que nous venons d’examiner représente une "configuration de déterminations" singulière, force est néanmoins de constater que l’apparition d’une particule a un impact réel sur les déterminations associées à un procès. Il ne saurait, bien évidemment, être question de considérer que l’adjonction d’une particule fait passer les procès d’un type de fonctionnement à un autre, car cela équivaudrait à retomber 243

Pour être tout à fait précise, rhythm, assorti de toutes les qualifications dont il peut faire l’objet, s’avère

être le principal membre de la classe des instanciables. Toutefois, seul importe le fait qu’il se trouve pris comme un membre quelconque de cette classe. Les exemples (114) et (115) ci-dessous en mettent en jeu d’autres : (114) Paul beat out the counts on the tabletop. (Nolan, 2001 : 205) (115) Strange music from The Mighty River broke into her subconscious and beat out a fast staccato of: "Soiled gown for soiled girl, soiled gown for soiled girl." (Glass Webb, 2004 : 119)

230

dans la problématique des recatégorisations que nous avons rejetée plus haut. Reste qu’il est indéniable que les particules peuvent modifier le type de relation qu’un verbe est susceptible d’entretenir avec ses arguments, et notamment le C1. A telle enseigne que, comme d’autres avant nous l’ont relevé (cf. supra p. 205), le "changement" de fonction de celui-ci s’accompagne souvent d’une variation, plus ou moins importante, de la nature même des termes propres à occuper cette place (cf., en particulier, ride a bus/ a bicycle/ a horse/etc. vs. ride out a storm). Ce sera donc l’un des enjeux de la suite de ce chapitre que de chercher à mettre au jour quelques-uns des mécanismes permettant d’expliquer en quoi les configurations mises en jeu par un phrasal verb donné diffèrent de celles mises en jeu par le verbe simple correspondant. Avant cela néanmoins, dans la mesure où J.-J. Franckel et D. Paillard s’en tiennent à une description somme toute assez intuitive de la manière dont le C1 contribue à la construction d’une occurrence, il nous a semblé opportun d’approfondir quelque peu la question de ce que signifie justement, pour un C1, d’être constructeur. C1 constructeur Pour saisir pleinement ce qui se joue dans ce cas de figure bien spécifique, il est indispensable de s’intéresser à la dimension qualitative des délimitations dont un prédicat fait l’objet. Or, sur ce point, les deux linguistes susmentionnés restent assez vagues, se contentant d’indiquer qu’« une occurrence de la propriété P peut être de l’ordre du vraiment P, pas vraiment P, ou encore pas du tout P » (1991 : 116), sans toutefois préciser sur quoi se fondent de telles distinctions. C’est vers la série d’articles que l’on doit à S. de Vogüé (1987, 1989, 1991) qu’il convient alors de se tourner si l’on souhaite obtenir des explications plus approfondies244. On le sait, cette dernière travaille, elle aussi, sur la typologie DDC, dans une approche très similaire à celle de J.-J. Franckel et D. Paillard sur le fond, qui plus est. Cependant, il n’est pas inutile de signaler ici que la terminologie qu’elle emploie diffère parfois légèrement de la leur. Ainsi préfère-t-elle à un contraste entre délimitation quantitative et délimitation qualitative une opposition entre occurrence quantitative (ou situationnelle) et occurrence qualitative (ou notionnelle) (cf. 1987, 1991), qu’elle exprime en ces termes (1987 : 52) : Il va de soi que la manière dont nous allons en rendre compte ici n’engage que nous. Cela est d’autant plus

244

vrai que l’approche de S. de Vogüé varie quelque peu au fil des articles, ce qui nous a amenée à opérer un certain nombre de choix quant à ce que nous pouvions/ souhaitions en retenir. Ces choix nous ont principalement été dictés par un souci de cohérence avec la conception de la typologie DDC que nous avons adoptée.

231

- les occurrences situationnelles [sont] construites par simple localisation du procès en un temps et une situation donnés. Leur format est a priori déterminé par cette seule localisation, […]. - les occurrences notionnelles […] sont des occurrences situationnelles se trouvant identifiées au centre associé au procès p, – et qui sont donc qualifiées comme étant du vrai, du bon p.

Jusque là, rien de vraiment nouveau puisqu’on retrouve, quoique sous une autre forme, les distinctions opérées par J.-J. Franckel et D. Paillard (cf. supra p. 220). Mais S. de Vogüé (1991 : 51) ajoute par ailleurs que : pour qu’il y ait occurrence qualitative, […] il faut que l’on dispose de critères de conformité […]. Il faut donc que d’une manière ou d’une autre soit défini un “étalon” de ce qui constitue les propriétés qualitatives associées à la notion.

redéfinissant, dans la foulée, la typologie DDC comme suit (ibid.) : On parlera de procès discret pour un verbe comme réparer (ou tuer) doté d’un étalon propre à évaluer les occurrences qualitatives. Pour un tel procès, on peut distinguer entre occurrences quantitatives et occurrences qualitatives, parce que l’on a une problématique de la conformité. On parlera de procès dense lorsque cette problématique ne se pose pas et que l’on a seulement des occurrences quantitatives parce qu’il n’y a pas d’étalon de conformité. […] On parlera de procès compact lorsqu’on ne peut découper d’occurrences quantitatives. […] Autrement dit, on a seulement un jugement qualitatif, qui correspond à l’attribution de telle propriété à un support quelconque […]. Ce support doit alors être conçu comme une occurrence qualitative du procès envisagé.

Force est d’admettre que cette définition est finalement très proche de celle proposée par J.-J. Franckel et D. Paillard. Si nous avons choisi de la citer ici, au risque de paraître redondante, c’est parce qu’il nous semble qu’elle met clairement en évidence ce qu’apporte la notion d’occurrence qualitative à la caractérisation du fonctionnement discret. En effet, S. de Vogüé y montre que l’existence d’une problématique de la conformité est précisément ce qui permet de comprendre le rôle joué par le C1 dans ce type de configuration, « l’objet […] [étant] ce qui va définir l’étalon de conformité à partir duquel se construisent les occurrences qualitatives du procès considéré » (ibid. : 55). Pour rendre compte des modalités selon lesquelles ces rapports s’instituent, la linguiste introduit le concept de borne d’accomplissement (1989 : 27) :

232

La borne d’accomplissement se définit comme le point à partir duquel le procès est accompli, – autrement dit à partir duquel on va passer d’une simple vérification245 du procès (d’un simple prélèvement) à la validation de son accomplissement.

L’utilité d’un tel concept est, bien entendu, d’expliciter la nature du lien qui unit occurrences quantitatives (le "vérifié") et occurrences qualitatives (le "validé"), dans le cas du discret. Ce lien, on le voit, est donc de l’ordre de la complémentarité, une complémentarité dont on remarquera que J.-J. Franckel et D. Paillard (1991 : 132) la formulent, eux aussi, à leur manière, en terme d’accomplissement : [La notion d’accompli] met fondamentalement en jeu la notion de structuration notionnelle d’un procès P. L’accompli se caractérise par le fait que l’on a ne plus P sur le plan temporel, en même temps que vraiment P sur le plan notionnel (hors du plan temporel).

et que S. de Vogüé (1987 : 50) représente ainsi :

Partant, on ne s’étonnera pas qu’elle affirme que « la borne d’accomplissement [correspond] au passage à un état résultant » (1991 : 52), puisque « passer dans l’état résultant, c’est arriver au point où le procès se "matérialise" pour, à la manière d’une propriété246, définir un état » (1989 : 27), et que le validé peut sans nul doute s’interpréter comme une propriété. Tout ceci procède du fait qu’« être doté d’une borne d’accomplissement, c’est, pour un procès, […] disposer […] d’un étalon-type qualitatif propre à définir le format de ce qui pourra être validé comme une vraie occurrence de ce procès » (ibid. : 28). Autrement dit, la question de la validation est étroitement liée à celle de la structuration du domaine notionnel associé à la notion de procès – c’est du reste à ce titre qu’elle relève du qualitatif – de sorte que la problématique de la vraie occurrence qui se met ainsi en place s’avère absolument fondamentale247. De fait, les propriétés définitoires des 245

Souligné dans le texte.

246

Souligné dans le texte.

247

C’est la raison pour laquelle l’expression borne d’accomplissement ne nous paraît pas particulièrement

adéquate. De fait, le terme borne tend à renvoyer à une conception "intervallaire" des phénomènes alors qu’il n’est ici question que de délimitation notionnelle. Quant au terme accomplissement, il n’est pas sans ambiguïté

233

occurrences de procès de type discret, au premier rang desquelles celle d’être distinguables les unes des autres (puisqu’elles doivent pouvoir être comparées et identifiées à l’étalon), en découlent directement. Soulignons que si l’existence de l’étalon peut s’établir de plusieurs façons, le C1 joue presque toujours un rôle, plus ou moins direct, dans ce processus. Ainsi cet étalon peut-il être « défini intrinsèquement à partir des propriétés lexicales [de la notion de procès] » (1987 : 52), auquel cas il semblerait qu’il « puisse se concevoir […] comme un objet, […] comme ce que l’on a justement pu appeler l’objet interne248 » (1989 : 29 ; souligné dans le texte). Selon S. de Vogüé (ibid.), « [cet] objet interne est "étalonné" (donc lui-même discret) ; [et] éventuellement cet étalonnage se reporte ensuite sur l’objet externe qui sert alors en quelque sorte d’aune où la validation se mesure ». La mesure peut également être extrinsèque : « c’est alors [l’objet grammatical] qui tient le rôle d’étalon, et sert de critère à la puisque S. de Vogüé elle-même souligne qu’il « renvoie certes à quelque chose ayant été mené jusqu’à son terme, mais [qu’il] peut aussi simplement renvoyer à quelque chose étant devenu vrai (cf. le miracle s’est accompli) » (ibid. : note 25 ; souligné dans le texte). Toutefois, par commodité, nous continuerons à employer cette expression jusqu’à ce que nous ayions pu aborder le concept de domaine notionnel véritablement en détail dans le paragraphe 3.2.2. Nous serons alors en mesure de montrer que les mécanismes auxquels elle renvoie peuvent être décrits de manière plus satisfaisante en termes de fermeture de l’intérieur I par franchissement de la frontière. Nous invitons également notre lecteur à consulter sur ce point le Glossaire français-anglais de terminologie linguistique, dans lequel le lien entre le concept de validation – au sens plus technique qu’il prend ici – et la construction du domaine notionnel associé à la notion de procès fait l’objet d’une synthèse des plus éclairantes (Chuquet et al., 2010 : 21). 248

Une mise au point terminologique s’impose ici. Pour S. de Vogüé (ibid.), l’objet interne est l’objet qui se signale lorsque l’on glose le procès à l’aide de l’opérateur faire, par exemple sous la forme des gloses suivantes : tomber = faire une chute réparer = faire une réparation.

Nous pourrions bien entendu nous arrêter sur les problèmes que pose l’emploi du signe = dans cette citation. Toutefois, pour nous, l’essentiel est ailleurs : en effet, comme on peut le constater, cette définition est bien plus précise et restrictive que celle que J.-J. Franckel et D. Paillard donnent du même concept (cf. supra p. 226). Par conséquent, elle paraît plus difficilement "transposable" telle quelle en anglais, même si une glose du type have a NP est parfois possible (cf., par exemple, have a fall pour fall). Or, il est indéniable que la notion d’objet interne est également pertinente dans cette langue où elle est désignée sous l’appellation de cognate object. Il nous semble donc que ce qui est à retenir, c’est moins la forme que l’on peut attribuer à ce concept que son existence même. On notera du reste que les définitions de S. de Vogüé et de J.-J. Franckel et D.Paillard ne sont pas radicalement incompatibles : elles traduisent plutôt, une nouvelle fois encore, deux points de vue différents sur une même problématique.

234

validation d’une vraie occurrence » (ibid.) car « la détermination de l’objet suffit à doter le procès d’une borne d’accomplissement (externe), et donc d’un format (extrinsèque) » (ibid.)249. Toujours est-il que le lien entre l’étalon et l’argument objet est clair : « c’est sur ce dernier que la conformité se mesure » (1991 : 52) ; et c’est très précisément ce fait qui autorise J.-J. Franckel et D. Paillard (1992 : 32) à affirmer que dans le cas du discret, « l’extensité du procès […] se définit à partir de l’objet ». Dans ces circonstances, on comprend mieux ce qui amène S. de Vogüé à conclure que « c’est sur l’objet que la notion d’état résultant est définie » (1991 : 52)250. Comme nous l’avions supposé, le C1 se révèle être un paramètre essentiel de la construction des occurrences de procès. Revenons à présent brièvement sur les occurrences de type discret des exemples (104), (107), (112) et (113) afin d’apporter quelques éléments d’illustration à cet ensemble d’observations : (104) When Swindon first played Tranmere back in December, a power surge sent the sparks flying, blew a fuse box and a floodlight failure abandoned the game. (K1G 118) (107) But the Lib Dems think THEY can take North East because they beat the Tories soundly in the local council elections last year. (K1H 1167) (112) But possibly because of his broad experience of both the public and private sectors, Cuckney rode out the storm calmly. (A6L 557) (113) Kilmuir and Salisbury sounded out the Cabinet one by one in the Privy Council Office. (B0H 416)

A la lecture des exemples (104) et (107), tout donne à penser que l’étalon est défini intrinsèquement et que les C1 a fuse box et the Tories sont constructeurs en cela que c’est sur eux que se mesure la validation, comme le reflètent d’ailleurs les états résultants que l’on peut alors formuler, à savoir the fuse box is blown et the Tories are beaten. En ce qui concerne les exemples (112) et (113), en revanche, la situation est tout autre : le format est cette fois visiblement construit de manière extrinsèque, par les C1 the storm et the Cabinet, et surtout la formulation d’un état résultant pose problème. De fait, si the storm is ridden out et the Cabinet is sounded out paraissent éventuellement recevables, ce n’est a priori pas en tant 249

Signalons que S. de Vogüé (1987) fait état d’un troisième cas de figure dans lequel le C 1 ne semble pas

intervenir. Il s’agit du cas où l’étalon est « construit par le biais d’une occurrence virtuelle » (ibid. : 52), c’est-àdire comme une « bonne valeur préalablement définie » (ibid. : 59). 250

Il convient tout de même de souligner, à la suite de S. de Vogüé (1989 : 28), « que cela n’a rien de

nécessaire », l’état résultant n’étant du reste pas toujours aussi facile à construire que le suggère la linguiste, ainsi que nous aurons l’occasion de le voir.

235

qu’expressions d’un état résultant, c’est-à-dire en tant qu’occurrences qualitatives des procès en jeu, mais uniquement en tant qu’occurrences quantitatives, au présent de narration, de ces procès. Or, il y a pourtant indiscutablement validation du procès dans ces deux exemples. Il nous semble que l’explication la plus plausible de ce phénomène est que la particule out ne se contente pas de "rendre" les procès ride et sound compatibles avec des C1 qu’ils n’accepteraient pas sinon, mais qu’elle permet de surcroît à ces C1 d’être constructeurs sans nécessairement que cela implique la possibilité de formuler un état résultant. Au vu de ce que nous savons maintenant des propriétés de out, on peut supposer que cela tient au fait que cette particule est vectrice de télicité. Autrement dit, le C1 est bien constructeur en ce sens qu’il est effectivement pris « comme point de départ de la délimitation du procès » (Franckel et Paillard, 1992 : 32), mais c’est out qui doterait celui-ci d’un dernier point et rend ainsi possible le passage de la vérification à la validation.

3.1.3 Problème de la transitivité Comme nous espérons l’avoir démontré dans l’ensemble du paragraphe précédent, s’intéresser à la manière dont le C1 contribue à la mise en place des "configurations de déterminations" que sont le discret, le dense et le compact amène à présenter la typologie dans le cadre de laquelle nous avons choisi d’inscrire nos analyses sous un jour nouveau. Il va de soi que si nous avons pris le parti de nous attarder ainsi sur cette redéfinition de DDC en fonction du C1, ce n’est pas simplement pour ses qualités intrinsèques, bien réelles au demeurant, mais d’abord et avant tout parce qu’elle est susceptible de permettre un traitement plus satisfaisant de quelques-uns des phénomènes qui nous préoccupent ici. De fait, non contente de renouveler la problématique de l’objet, elle ouvre également de nouvelles perspectives pour l’étude d’un certain nombre de problèmes connexes, au premier rang desquels la transitivité. Or, on se souviendra que dans le Chapitre 1, nous avions relevé chez divers auteurs quelques observations et autres commentaires concernant l’impact de l’association avec une particule sur la transitivité verbale, notamment : Many intransitives may be coupled with an adverb or adverbial word-group to form with it a kind of transitive group-verb […]. (Poutsma, 1926 : 86) In some instances a verb ordinarily intransitive becomes transitive thru the addition of the particle. […] A much larger number of verbs, ordinarily transitive, become intransitive by the addition of the particle. (Kennedy, 1920 : 26)

236

Association with the particle affects the transitivity of the verb, conferring transitivity on the originally intransitive verbs, so that the combination takes an object and can occur in the passive; and divesting many originally transitive verbs of their transitivity. (Live, 1965 : 443)

A ce stade de notre étude, il nous semble de loin préférable d’appréhender les données auxquelles il est ainsi fait référence comme constituant un cas particulier de modification, par la particule, des relations que le verbe entretient avec ses arguments. Et, ainsi que nous l’avons déjà eu l’occasion de le souligner, nous sommes convaincue que, pour rendre compte de ces modifications de manière concluante, il est indispensable de se doter d’une véritable théorie de la transitivité, qui s'affranchisse de la conception traditionnelle et de ses lacunes, et soit donc pourvue d'un véritable contenu interprétatif. De fait, si le terme de transitivité est un terme a priori bien connu qui, comme le rappelle, entre autres, M. Baratin (1998), trouve ses origines chez les grammairiens grecs de l’Antiquité, il n’en demeure pas moins qu’il renvoie à une notion relativement difficile à cerner. Il est vrai que le contenu de cette notion a considérablement évolué au cours des siècles251, au gré des multiples interprétations auxquelles elle a donné lieu, et dont il n’est sans doute pas exagéré de dire que certaines ont fini par la dévoyer et la vider de toute substance. Il n’empêche que la transitivité reste, à bien des égards, un concept incontournable, comme en témoigne la place qui lui est accordée dans les grammaires scolaires, d’une part, et dans les dictionnaires, d’autre part, ces derniers en faisant un critère majeur de classement des verbes. Rappelons donc ici la définition que nous en a léguée la grammaire traditionnelle, qui est celle sur laquelle s’appuient habituellement ces ouvrages : Transitif – Se dit d’un verbe qui régit son complément sans intermédiaire, par un passage

direct du sujet à l’objet.  Se dit de tout verbe dont l’énoncé appelle un complément d’objet. (Le Petit Robert)

Si, parmi toutes les définitions disponibles, nous avons retenu celle que Le Petit Robert donne de l’adjectif transitif252, c’est parce qu’elle nous a paru emblématique du caractère faussement évident de la conception traditionnelle de la transitivité. Sous des dehors apparemment transparents, celle-ci pose en effet problème à de nombreux points de vue, comme le met très clairement en lumière l’article que The Encyclopedia of Language and Linguistics consacre à 251

Il ne saurait être question pour nous de retracer ici l’ensemble des évolutions qu’a connu le concept de

transitivité depuis l’origine. On trouvera des éléments de réflexion critique sur ce point dans C. Lecointre (1998) et D. Samain (1998). 252

On notera que l’on aurait tout aussi bien pu citer une définition issue d’un dictionnaire unilingue anglais :

les problèmes soulevés auraient été sensiblement les mêmes.

237

la notion de transitivité. Ainsi « l’idée que le verbe assure un « transfert » ou un « passage » du sujet à l’objet » (Groussier, 1997b : 201) est-elle loin d’être toujours avérée (cf. Riegel et al., 2004 : 218) ; et, quand bien même le serait-elle, elle ne suffit en aucun cas à rendre compte de l’ensemble des relations qui se nouent entre les trois éléments de la suite sujetverbe-objet. Par ailleurs, l’universalité de la portée de cette conception est discutable dans la mesure où elle repose sur une notion, celle d’objet, dont nous avons déjà signalé, à la suite de J.-J. Franckel et D. Paillard (1992), la nature confuse et le manque d’homogénéité (cf. supra p. 223) ; une notion qui ne va pas de soi, qui plus est, puisqu’il a souvent été observé qu’elle n’était pas applicable à, ou pertinente pour, l’ensemble des langues. A cela s’ajoute encore la question de la validité et de l’adéquation des tests et critères de transitivité (cf., par exemple, Duchateau, 1998 et Vassant, 1994), alors même que la définition que nous avons citée plus haut présente la transitivité comme une donnée primitive, un critère fondant une classe de verbes à opposer à une autre, celle des intransitifs. Enfin, pour ce qui nous concerne, force nous est de constater qu’une telle définition n’est nullement appropriée à la description du cas particulier que constituent les verbes à particules et verbes prépositionnels de l’anglais. Certes, nous l’avons vu, une grammaire comme la CoGEL considère que ces verbes composés ont, en matière de transitivité, un comportement syntaxique comparable à celui des verbes "simples" et les traite par conséquent d’une façon similaire (cf. supra p. 34)253. Cependant, on conviendra que cela revient à ignorer leurs spécificités quand il faudrait, au contraire, s’attacher à examiner les modalités selon lesquelles la particule, ou la préposition, participe à la relation verbe-objet et dans quelle mesure elle la modifie. De manière générale, au vu des problèmes qu’elle pose (et dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu), il n’est guère surprenant que la définition traditionnelle de la transitivité ait pu faire l’objet de multiples remises en cause, plus ou moins radicales. En effet, comme D. Samain (op. cit.), J.-P. Duchateau (op. cit.) et bien d’autres s’en font l’écho, certains linguistes sont allés jusqu’à rejeter purement et simplement l’existence d’un tel concept ; et nombreux sont ceux qui, arguant de la nécessité de le concevoir différemment, en ont proposé une nouvelle approche, laquelle s’inscrit, le plus souvent, dans une perspective théorique bien déterminée. Il serait hors de propos de passer ici en revue l’ensemble des travaux en question, aussi nous contenterons-nous de mentionner deux des grandes tendances qui s’en dégagent. La première consiste à distinguer, voire opposer, une transitivité syntaxique et une transitivité 253

La CoGEL est, du reste, loin d’être la seule à procéder de la sorte. Citons simplement ici l’exemple de la

grammaire universitaire de P. Larreya et C. Rivière (2010) qui adopte sensiblement la même position (cf. ibid. : 297 sqq.).

238

sémantique, en suite de quoi il est « permis de concevoir la transitivité comme le résultat d’une compatibilité entre la construction transitive et la sémantique lexicale du verbe » (Roberge, 2007 : 139)254. La seconde, elle, « consiste à considérer la transitivité non plus comme un trait présent ou non dans un énoncé donné, mais comme une grandeur variable susceptible de plus et de moins » (Lazard, 1998 : 55-56), c’est-à-dire comme une « notion scalaire » (ibid. : 56), ce qui, pour J.-P. Duchateau (ibid. : 123) implique que « la transitivité ne doit pas être comprise comme une propriété qu’un verbe possède ou ne possède pas, mais plutôt comme une notion qui caractérise une construction »255. Au final, il apparaît que quelle que soit leur orientation théorique, la plupart des travaux récents sur la transitivité256 ont pour ambition commune de redonner du sens à ce concept ; autrement dit, ils cherchent à montrer que pour traiter certains problèmes, on ne peut faire l’économie d’une véritable théorie de la transitivité. Attendu la nature des principes qui président à la TOE, on ne s’étonnera pas que les linguistes qui opèrent dans ce cadre et s’intéressent à cette question partagent cet objectif.

254

Cependant, le lien est loin d’être établi de la sorte de manière systématique et la plupart des travaux qui

postulent cette distinction privilégient l’une ou l’autre. Ainsi Y. Roberge (ibid. : 148) cherche-t-il d’abord et avant tout à cerner « l’apport de la composante syntaxique au concept de transitivité verbale », tandis que J. Cervoni (1991 : 112-116) est principalement préoccupé par sa dimension sémantique. 255

On notera que les deux points de vue que nous présentons là se trouvent articulés dans certains travaux, en

particulier ceux de J.-P. Desclès (1994, 1998). En effet, si dans son article de 1998, le linguiste s’intéresse plus particulièrement à la transitivité sémantique, dans celui de 1994 il replace transitivité syntaxique et transitivité sémantique dans le continuum suivant (ibid. : 117) :

Une vision des phénomènes dont il convient de signaler ici qu’elle se voit plus ou moins prolongée par G. Bernard (1995), qui se préoccupe, lui, de transitivité dans une optique de modélisation se voulant « implémentable » (ibid. : 5), et qui suggère que (ibid. : 10-11) : La propriété de transitivité d’un verbe donné pourrait elle-même être considérée comme mesurable, sans cesse recalculée à partir de ses emplois. Autrement dit, au lieu de considérer la transitivité comme une propriété à valeur binaire (transitif/intransitif) ou en tout cas discrète […], on pourrait la considérer comme une propriété à valeur continue (par exemple transitif à 72,54%). 256

Il est à noter qu’on trouvera chez F. Lebas (2007) une critique de certains de ces travaux (en particulier

ceux qui ont recours à l’iconicité comme principal principe explicatif), assortie d’une proposition d’approche alternative s’inscrivant dans la mouvance des idées développées par P. Cadiot et Y.-M. Visetti.

239

Nous laisserons ici de côté les propositions de M.-L. Groussier (op. cit.)257, aussi intéressantes soient-elles, d’une part parce que le fait qu’elles reposent sur l’idée que la transitivité est « une propriété des verbes » (ibid. : 199) nous semble problématique, et d’autre part parce que les rôles actanciels s’y voient accordés une place, à notre sens, trop importante. Nous leur préfèrerons donc les hypothèses développées par S. de Vogüé (1991) à partir de la typologie DDC car la manière dont elles réconcilient syntaxe et sémantique nous parait tout particulièrement pertinente pour les analyses qui sont les nôtres. De fait, reconnaissant d’emblée que « la transitivité ne s’ordonne pas dans les données comme un phénomène homogène » (ibid. : 46), la linguiste s’efforce néanmoins de démontrer à la fois l’existence même d’un tel phénomène (cf. ibid. : 45, 56), et le fait que « la théorie culiolienne [est] en mesure d’associer à la position de complément d’objet une propriété d’ordre interprétatif » (ibid. : 48) ; en d’autres termes, elle s’efforce d’apporter la preuve qu’il y a « du général dans les relations argumentales du verbe à son objet » (ibid. : 45), ce qui, explique-t-elle, implique de ne pas confondre les niveaux et surtout de « se mettre au clair sur le type de fait que la notion de transitivité est censée recouvrir » (ibid. : 46). La réflexion menée par S. de Vogüé a donc pour point de départ le constat que « lorsqu’on invoque cette notion, on vise a) une classe de verbes ; b) une théorie sur la valeur interprétative de l’objet grammatical des verbes ; c) une théorie sur la nature sémantique de la relation sujet-verbe-objet » (ibid.). Or, il apparaît très vite que se donner la typologie DDC comme grille d’analyse des procès revient à rejeter la possibilité d’une transitivité au sens a), puisque, ainsi que nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, « les notions de discret, de dense, et de compact correspondent […] non pas à des classes mais à des pôles de régulation » (ibid. : 54), et « qu’un même verbe va pouvoir dans certains cas prendre un fonctionnement aussi bien discret que dense ou compact » (ibid.). On remarquera qu’abandonner ainsi l’idée que la notion de transitivité définit une classe de verbes permet de s’affranchir des problèmes inhérents au fait d’enfermer ceux-ci dans des catégories rigides, à savoir que ces dernières ne sont jamais hermétiques et que les cas limites sont forcément légion. Cela permet du même coup d’évacuer les insuffisances des analyses de type scalaire

257

Pour la linguiste, la transitivité concerne « l’articulation du niveau notionnel sur le niveau prédicatif »

(ibid. : 231) et peut être définie comme suit dans le cadre de la TOE (ibid. : 211) : propriété de la forme que prend la prédication d’une relation prédicable en priorité orientée entre deux places d’actants différentes donc ordonnées et saturées. Cette prédication constitue un tout central et distinct par rapport au reste de l’énoncé.

240

« dont tout le défaut est de ne pas être plus homogène que le phénomène qu’il s’agit de décrire » (ibid. : 46). La question de la transitivité au sens b) est, en revanche, absolument cruciale pour comprendre en quoi cette notion « peut être appréhendée comme [un] phénomène général » (ibid. : 55), et retient, à ce titre, toute l’attention de S. de Vogüé, pour qui le fait que l’on puisse redéfinir la typologie DDC en fonction du C1 signifie qu’« il existe bel et bien des propriétés non singulières devant être associées à l’argument objet : elles concernent la façon dont se structure sa relation au procès dans le processus de construction des occurrences référentielles de l’un et de l’autre » (ibid. : 56). Elle en conclut que (ibid. : 56-57) : Il y a en définitive trois interprétations que fournit la langue de la problématique [définie par la notion de transitivité] : ou bien il s’agit de noter que la construction du procès s’effectue à partir de l’argument objet (type discret) ; ou bien (type dense), on note simplement que les propriétés interprétatives de l’argument objet sont en partie déterminées par le procès ; ou bien (type compact), on désigne la relation particulière de face à face qui place le sujet et l’objet en positions symétriques comme supports de la propriété prédiquée par le verbe.

Comme on peut le constater, on retrouve là une présentation relativement similaire à celle de J.-J. Franckel et D. Paillard, tant sur le fond que sur la forme. Tout l’intérêt et l’originalité de la démonstration de S. de Vogüé résident donc dans ce qu’elle renouvelle la vision que l’on peut avoir de la notion de transitivité en mettant clairement en évidence que redéfinir la typologie DDC en fonction du C1, c’est dire que ce dernier « se voit attribuer, selon le type de procès considéré, trois types de fonctionnement interprétatif » (ibid. : 56), et, par voie de conséquence, identifier des régularités dans les rapports qu’il entretient avec le procès. Des régularités qui ne concernent, du reste, pas uniquement le procès et le C1, mais bien l’ensemble de la lexis : la linguiste montre en effet que « selon le type de procès considéré, la relation au sujet (ou plutôt au terme source de la lexis) sera constante, et explicable à partir de l’ordonnancement propre que régit ce type »258 (ibid. : 57), de sorte que (ibid. : 58) : on retombe à nouveau sur une tripartition, cette fois pour ce qui concerne la relation du sujet à l’objet : une relation d’agent à but d’une part ; d’autre part une relation qui passe par la médiation du procès, entre les deux classes interprétatives que ce dernier induit […] ; une relation de "face à face" enfin, lorsque sujet et objet sont les deux supports de la prédication opérée.

258

On notera que S. de Vogüé explicite ainsi la nature du lien, par ailleurs régulièrement signalé (cf., par

exemple, Rivière, 1997), entre transitivité et types de procès.

241

S. de Vogüé apporte ainsi une réponse non seulement à la question de la transitivité au sens c), à savoir qu’il y a bien « une relation qui s’établit (via le procès) entre l’argument sujet et l’argument objet » (ibid. : 57) mais aussi, et surtout, au « débat concernant le statut du sujet grammatical. Thème pour les uns, agent (ou subissant selon les cas) pour les autres, simple localisateur pour certains, on s’aperçoit ici qu’il est les trois : son statut varie selon le type de procès en jeu » (1989 : 32). On ne peut alors que la rejoindre quand elle déclare que « la transitivité constitue bien d’abord une question théorique, au sens où elle ne peut se poser hors théorie, comme un simple problème descriptif » (1991 : 60) ; par suite, on comprend mieux l’origine des carences de la définition traditionnelle que nous avons dénoncées plus haut. Reste que l’article de S. de Vogüé fait nettement apparaître que « ce qui est pertinent [ce] n’est […] pas tant la notion [de transitivité] en elle-même mais son fonctionnement dans les opérations référentielles » (ibid. : 53), fonctionnement dont les outils développés dans le cadre de la TOE semblent particulièrement aptes à rendre compte. On ne peut conclure cette réflexion sur la signifiance de la notion de transitivité sans soulever un dernier point, à savoir la question du traitement qui doit être réservé à ce que l’on nomme intransitivité. En effet, ainsi que nous l’avons rappelé plus tôt, la grammaire traditionnelle a pour habitude d’opposer verbes transitifs et verbes intransitifs259. Or, dans cette logique de classes (ou de classement), l’intransitivité se voit définie en creux, voire négativement, caractérisée qu’elle est le plus souvent par l’absence d’objet. Faut-il alors s’étonner que ce type de configuration verbale soit largement délaissé par les nombreux travaux sur la transitivité dont nous avons ici fait état ? De fait, seuls les emplois intransitifs des verbes dits transitifs et les emplois transitifs des verbes dits intransitifs semblent véritablement susciter l’intérêt des chercheurs, qui considèrent les premiers comme relevant soit de l’emploi absolu, soit de l’anaphore zéro260, et qui versent les seconds au compte d’une simple problématique d’expression de l’objet interne261. Force nous est d’ailleurs de 259

Pour être tout à fait exacte, les grammaires et dictionnaires actuels classent généralement les verbes (ou

les constructions verbales) en trois catégories : transitif direct, transitif indirect et intransitif, mais il n’en a pas toujours été ainsi, le terme transitif ayant en effet longtemps été réservé aux seuls cas de complémentation directe, comme le rappellent fort à propos S. Piron et N. Vincent (2010). Il ne nous a toutefois pas semblé pertinent pour notre présentation d’entrer dans le détail de ces distinctions, vu la conception de la transitivité que nous défendons ici. 260

On trouvera une définition de ces termes chez M. Noailly (1997, 1998) qui s’attache à faire la lumière sur

les divers phénomènes qu’ils recouvrent. 261

Même si nous nous ne partageons pas ses conclusions quant à l’inutilité du concept d’objet interne, nous

nous accordons avec L. Pino Serrano (2004) pour dénoncer cette vision trop étriquée des phénomènes, qui

242

reconnaitre que, partant du principe que nous entendons étudier en quoi les particules modifient les relations qu’entretiennent un procès et ses arguments, nous-même nous sommes jusqu’à présent principalement intéressée aux configurations qui nous paraissaient devoir être les plus instructives de ce point de vue, lesquelles se trouvent précisément être celles qui incluent un C1. Cela ne doit cependant pas occulter le fait que tous les procès n’en nécessitent pas un, ou, plus exactement, cela ne doit pas faire oublier que la construction d’occurrences de procès ne passe pas obligatoirement par un C1262. Dans la mesure où cette question des modalités de construction des occurrences de procès est justement au cœur de l’approche que nous avons faite nôtre, nous pensons que l’essentiel est là, dans l’existence de modes de construction des occurrences de procès qui ne font pas intervenir de C1263, plutôt que dans l’absence de C1 en elle-même. Le changement de perspective que tout cela implique fait perdre beaucoup de leur sens aux remarques d’A. Kennedy, A. Live et H. Poutsma que nous avons citées au début de ce paragraphe sur la transitivité, car il permet de replacer les phénomènes auxquels celles-ci renvoient dans une problématique globale, en conséquence de quoi ils peuvent être abordés d’une manière beaucoup plus cohérente. Revenons ainsi sur le cas de la paire ride/ ride out à partir des exemples (108), (109) et (112) : (108) On a journey of 12 kilometres Ann walked part of the way and rode a bus for the rest of the distance. (FEH 1730) (109) To that, also, the King had given a great part of his attention, but when, late in the spring, word came of the sighting of ships from Normandy in the Clyde, he left his wife and household at Perth, where they had stayed a full week, and rode with a small retinue westwards to meet them. (HRC 956) (112) But possibly because of his broad experience of both the public and private sectors, Cuckney rode out the storm calmly. (A6L 557)

résulte « d’une conception très restreinte du concept de transitivité et d’une division étanche entre transitivité et intransitivité » (ibid. : 63) des plus dommageables. 262

J.-J. Franckel et D. Paillard (1992) se montrent du reste formels sur ce point : bien que les repères

temporels et constitués par le C1 retiennent l’essentiel de leur attention, ils n’en prennent pas moins soin de souligner l’existence « d’autres repères constructeurs fondant la prise en compte de l’occurrence » (ibid. : 36), allant jusqu’à en fournir quelques exemples. Ils ne manquent également pas de préciser que la spécification peut avoir pour origine d’autres facteurs que le C1 (ibid. : 37). 263

On pourrait éventuellement envisager d’utiliser le terme d’intransitivité pour désigner celles-ci. Il ne

paraît d’ailleurs pas invraisemblable qu’elles présentent, elles aussi, des régularités ; tenter de les établir reste toutefois hors du champ de la présente étude.

243

Il ne s’agit pas d’examiner ces exemples individuellement, puisque nous avons déjà eu l’occasion de le faire ailleurs (cf. supra p. 228-230 et p. 235), mais de les prendre comme point de départ d’une réflexion de portée plus générale sur le fonctionnement du verbe simple par rapport à celui du phrasal verb, étant attendu qu’ils en sont parfaitement représentatifs. Comme ces exemples le reflètent, le premier fonctionne très régulièrement sans C1 tandis que le second, lui, en nécessite systématiquement un. Il va de soi que out joue un rôle majeur dans cette variation de la construction verbale. Pour autant, la traiter comme un cas de "transitivation" du verbe par la particule ne serait pas vraiment approprié ici, et resterait, qui plus est, de l’ordre du simple constat. Or, cette variation se comprend aisément dès lors que l’on prend la peine de tenir compte du mode de construction des occurrences respectives de ride et de ride out. De fait, lorsque ride est employé seul, le C1 ne participe généralement pas à cette construction : il n’est que le spécificateur de l’objet interne, et il est fréquent que, comme en (109), le contexte rende son explicitation inutile. Lorsque ride est associé à out, en revanche, la donne est tout autre car il n’accepte plus comme C1 que des termes qui n’appartiennent a priori pas à la classe des instanciables, à l’image de the storm en (112) ou de the recession en (116) : (116) But the Ellesmere Port complex has been able to ride out the recession by exporting its highly-successful Astra/Opel range, particularly to the buoyant German economy. (K97 17728)

La classe des instanciables semble donc se trouver court-circuitée et, comme le font clairement apparaître (112) et (116), ride n’est plus considéré qu’en référence au terme en position de C1 ; autrement dit, le procès s’inscrit alors dans les limites que ce terme lui fixe, et non plus l’inverse comme auparavant. La conséquence en est que le C1, qui prend une part active dans la construction de l’occurrence de procès, ne peut plus être effacé. Finalement, on voit qu’en pareilles circonstances le rôle de la particule n’est pas tant de "transitiver" le procès que de le rendre compatible avec des termes qui ne font pas partie de la classe des instanciables. Reste bien évidemment à cerner avec précision le mécanisme par lequel celle-ci peut instaurer une telle compatibilité. Il est en tout cas très intéressant de remarquer que ce type d’analyse n’est pas limité à la seule paire ride/ ride out. La problématique est en effet sensiblement la même en ce qui concerne la paire laugh/ laugh off, à propos de laquelle les exemples (98) et (99) nous avaient amenée à suggérer que off "transitive" laugh. (98) When Hilary cast her eyes up in supplication, he laughed. (H9V 116)

244

(99) James Gilbey, whose intimate phone call to Diana was taped, yesterday laughed off suggestions that he was going to be her public escort. (CBF 10199)

Or, il s’avère là aussi beaucoup plus pertinent de dépasser ce constat et de se préoccuper de la manière dont les occurrences sont construites. Laugh, nous l’avons dit, est habituellement employé sans C1 et, ainsi que l’illustre l’exemple (117), les rares fois où il en a un, il s’agit du nom laugh, c’est-à-dire ni plus ni moins que de son objet interne. (117) ‘No,’ said Brian, ‘we're not having a party, but I'm at one, I'm at your sister's.’ He laughed his big, round, comfortable but oddly high-pitched laugh […]. (FB0 1160)

L’objet interne de laugh est donc si particulier que seul le nom laugh est susceptible de le spécifier, ce qui explique vraisemblablement pourquoi il ne l’est que très rarement, et, par suite, pourquoi, sauf exception264, la construction des occurrences de laugh ne fait pas intervenir de C1. Le fonctionnement de laugh off est, quant à lui, très similaire à celui de ride out, puisqu’on a de nouveau affaire à une construction d’occurrences à partir de C1 qui ne sont pas du domaine du procès – la particule off paraissant être l’élément qui rend possible cette délimitation, à l’instar de out précédemment.

264

Dans ce cas, comme le montre l’exemple (117), ce sont les qualifications dont il fait l’objet qui permettent

au nom laugh d’être constructeur.

245

3.2. Décrire les particules Comme nous venons de le voir, la flexibilité des outils fournis par la TOE rend possible une description fine des prédicats, que nous avons mise à profit pour tracer un certain nombre de pistes de réflexion concernant le fonctionnement général des phrasal verbs. L’étape suivante de la démarche dans laquelle nous nous sommes engagée, et qui, rappelons-le, vise in fine à une meilleure appréhension du rôle joué par les particules dans la relation prédicative, est de parvenir à saisir pleinement les différentes dimensions de leur fonctionnement propre. Pour ce faire, il convient de dépasser l’inadéquation du traitement "classique" des phrasal verbs et particules, dont nous nous sommes largement fait l’écho dans les deux premiers chapitres du présent travail. Le constat auquel nous avions alors abouti rejoint du reste celui dressé par J.-J. Franckel (1992), J.-J. Franckel et D. Lebaud (1992), et S. de Vogüé et D. Paillard (1997) à propos de la manière dont est, en règle générale, abordée la question de la polysémie des entités lexicales mais aussi grammaticales. Ainsi ne pouvons-nous qu’être d’accord avec J.-J. Franckel quand il dénonce les problèmes que pose le fait de « reporter sur le mot défini les significations des exemples types à travers lesquels il se trouve appréhendé » (ibid. : 202), ou bien encore « l’illusion qui consiste à attribuer à un mot une valeur en se fondant sur l’effet produit par sa présence dans un énoncé, par comparaison avec son absence dans ce même énoncé » (ibid. : 203). Cette approche265, qui est celle des dictionnaires notamment, conduit inévitablement, nous l’avons vu, à un morcellement des valeurs tel que celles-ci paraissent foncièrement contingentes et que l’unité d’une entité donnée n’est récupérable qu’au prix d’explications peu satisfaisantes en termes de décoloration, de glissement métaphorique, etc. (cf. supra 1.2.2.3). Or, à l’instar de J.-J. Franckel (ibid. : 213), nous sommes persuadée que « si les significations attribuables à un mot résultent toujours d’une combinatoire, et varient en fonction des énoncés dans lesquels il s’insère, elles n’en sont pas pour autant aléatoires ». Encore faut-il en faire la preuve, une entreprise que la TOE donne les moyens de mener à bien grâce au concept de forme schématique (ci-après FS), comme le montrent, entre autres, S. de Vogüé et D. Paillard (1997), J.-J. Franckel et D. Paillard (1997a, 1997b, 2007) et

265

Il en existe bien d’autres, qu’il serait hors de propos de détailler ici. Aussi renvoyons-nous notre lecteur à

B. Victorri et C. Fuchs (1996 : 45-61) pour un exposé critique d’un certain nombre de ces modes de description de la polysémie des unités linguistiques. On trouvera également une discussion intéressante, quoiqu’assez générale, de ces questions chez A. Tyler et V. Evans (2003 : 4-8).

246

D. Paillard (2002a) pour les prépositions et les verbes du français, et comme nous allons nous attacher à l’établir ici pour les particules et les phrasal verbs de l’anglais.

3.2.1. Forme schématique Le terme de forme schématique a été introduit par A. Culioli (1990 : 130) pour désigner « la représentation métalinguistique associée, par construction, à une forme empirique ». Ses implications sont multiples (1999b : 154-155) : Ainsi, nous ramenons la forme perceptible […], avec ses propriétés distributionnelles, à une forme abstraite, que j’appelle « forme schématique » et qui est, de façon plus précise, une forme opératoire. Cette construction métalinguistique permet de ne pas séparer syntaxe et sémantique, en ne traitant pas des formes syntaxiques comme toutes constituées, mais en construisant leur histoire, ni de la sémantique comme s’il y avait un sens premier intrinsèque renvoyant à une sémantique générale. En fait, la démarche aboutit à ce qu’on peut appeler une « désémantisation », grâce à quoi on peut concilier la stabilité et la plasticité de notre activité de langage.

Il apparaît, à la lumière de cette citation, que le terme de forme schématique "cristallise", si l’on peut dire, les principes qui constituent l’essence de la linguistique d’A. Culioli, de sorte que l’on est en droit de se demander pourquoi ce dernier n’investit pas davantage ce concept qui occupe, somme toute, une place relativement marginale dans sa théorisation. De fait, ce sont les différents linguistes susmentionnés qui, en le reprenant à leur compte et en l’affinant, lui ont donné un caractère réellement opératoire. L’approche qu’ils en ont repose sur le postulat que : ce qui constitue la valeur propre du mot est [le] rapport interactif que le mot entretient avec son/ses co-textes266. Le mot intègre alors dans sa définition même ce qui va constituer ses cotextes, ou plus exactement la partie du co-texte qui peut affecter sa valeur et que lui-même va

266

A en croire C. Guimier (1997 : 7) dans son avant-propos au recueil dans lequel figure l’article de

S. de Voguë et D. Paillard que nous citons ici, la notion de co-texte n’est pas clairement délimitée. Les deux linguistes, eux, y indiquent en note (cf. ibid. : 42-43) qu’en recourant à ce terme ils entendent « [se limiter] aux éléments linguistiques qui sont coprésents dans la chaîne discursive ». Mais ils précisent tout de même que, parmi ces éléments, seuls certains sont véritablement pertinents dans « la détermination de la valeur contextuelle d’une unité » (ibid. : 43), ajoutant encore qu’il y a différents degrés de pertinence et que celle-ci varie en fonction de « la nature catégorielle de l’unité concernée » (ibid.). Quant à J.-J. Franckel et D. Paillard (2007 : 13), ils considèrent que « le co-texte correspond aux unités qui environnent une unité donnée, et de façon plus précise dans le cas d’une préposition, aux termes qu’elle met en relation ». Il semble donc que la notion de co-texte serve surtout à distinguer le niveau de l'énoncé du niveau plus vaste du texte (ou même pour certains de la "situation") que peut recouvrir le concept de contexte.

247

affecter. Ces co-textes étant divers, le mot a une valeur propre qui est en même temps unique et intrinsèquement variable. Et c’est sa valeur propre qui varie et non, […], le résultat de son application au co-texte. (de Vogüé et Paillard, 1997 : 43)

Au centre du concept de FS tel qu’ils le redéfinissent, se trouve donc l’idée que le mot peut être conçu comme un scénario qui contient à la fois tous les traits qui le caractérisent intrinsèquement et les différents co-textes dans lesquels il apparaît, de manière à englober l’ensemble des valeurs que ce mot peut endosser267. Si cela sous-entend que le mot attribue un "rôle" aux différents éléments de son co-texte, il faut cependant bien saisir qu’un mot isolé n’est qu’un scénario en puissance, scénario qui ne prend vie que dans le cadre de la chaîne discursive, c’est-à-dire quand les éléments du co-texte se mettent à "jouer" le rôle qu’il leur assigne. On voit clairement ce qui justifie l’utilisation du terme de forme schématique pour le désigner : il s’agit effectivement bien à la fois d’un schéma – car le mot détermine un canevas dans lequel les éléments du co-texte vont entrer – et d’une forme – car les éléments du cotexte en s’inscrivant dans ce schéma lui donnent vie, lui donnent corps, lui donnent forme (impliquant par là même que cette forme soit variable, soit "déformable"268). C’est ce qui amène S. de Vogüé et D. Paillard (ibid.) à conclure que « la forme schématique remplit […] la 267

Notons que, comme le signalent B. Victorri et C. Fuchs (ibid. : 51-53), les travaux de P. Cadiot et

Y.-M. Visetti s’apparentent, sur ce point, à ceux que nous présentons ici, en ce sens que ces deux linguistes postulent, eux aussi, l’existence d’« un noyau de sens unique » (Victorri et Fuchs, ibid. : 51). Cependant, il apparaît que leur position est en réalité sensiblement différente, puisqu’ils prennent soin de préciser que ce qu’ils appellent motif « n’est ni un modèle se dégageant par abstraction, ni un modèle s’appliquant par instanciation » (Cadiot et Visetti, 2001b : 11). De fait, les motifs, tels qu’ils les conçoivent, « sont tout aussi indispensables qu’insuffisants à organiser, et a fortiori expliquer, la diversité des emplois » (ibid. : 12) des unités linguistiques. Il est donc clair que le motif joue, dans la théorie des formes sémantiques, un rôle bien distinct de celui de la FS dans la TOE. Si cette dernière est envisagée comme un véritable principe explicatif – voire même, si l’on peut dire, un "outil" qui permet de rendre compte de l’ensemble des valeurs d’une unité donnée, le motif, lui, n’est que l’une des trois phases, avec le profil et le thème, qui génèrent le sens. A ce titre, il se trouve défini d’une manière bien plus vague que la FS, comme un « germe de signification chaotique et/ou instable » (ibid. : 2). 268

Le mot forme fait lui-même l’objet d’un article de J.-J. Franckel et D. Lebaud (2006) dans lequel les deux

linguistes s’interrogent « sur de possibles rapports entre les emplois ordinaires du mot et les notions dont il constitue le support en tant que (méta)terme » (ibid. : 335). Leur réflexion les amène à apporter ces quelques précisions sur le concept de FS (ibid. : 357) : Une forme schématique donne à voir un instantané du mot, dont les valeurs ne se manifestent jamais que déployées dans la diversité de ses emplois. L’instant fixe la pure singularité du mot et permet de la donner à voir sous un mode de définition « schématique » qui n’a de statut que par et pour l’unité lexicale en question. En tant que « schématique », cette forme configure l’espace de son déploiement, fondant les bases d’un raisonnement sur l’organisation de sa variation qui traverse ce jeu de déploiements et d’interactions.

248

double fonction d’intégrer et le co-texte et la variation dans la valeur propre des entités lexicales ». Unité – la forme schématique d’un mot étant construite de façon à inclure tous ses co-textes – et variation – le scénario ainsi défini ayant des réalisations différentes selon le cotexte, en se voyant restituée leur juste place, se trouvent donc réconciliées. Tout ceci n’est pas sans conséquences, méthodologiques en particulier. En effet, la FS se définit d’abord et avant tout comme une forme abstraite (cf. supra la citation d’A. Culioli). A ce titre, elle est le fruit d’un « travail de désintrication » (Franckel et Lebaud, ibid. : 93) qui vise à « [débarrasser] le terme de toute surcharge sémantique, de manière à passer, aussi loin que possible, d’une caractérisation en terme de valeur, à une caractérisation en terme d’opération » (ibid.), seule à même de permettre de faire la part de ce qui revient en propre à au terme. Pour nous, la force du concept de FS réside donc autant dans le type de démarche qu’implique sa mise en place que dans la puissance de l’outil d’analyse que l’on obtient une fois celle-ci opérée, puisque c’est un véritable calcul qui va pouvoir s’engager. J.-J. Franckel et D. Paillard en font, par exemple, le point de départ d’un programme de recherche ambitieux qui, à travers l’analyse des « combinatoires entre la forme schématique du verbe et la forme schématique de la préposition » (2007 : 24), renouvelle le traitement de la question des constructions prépositionnelles et de la rection verbale. Un programme dont on pourrait s’inspirer pour rendre compte des différents aspects de l’interaction entre verbe et particule, comme nous nous efforcerons de le montrer dans l’étude de cas qui clôturera notre travail (cf. infra 3.3). Pour l’heure, arrêtons-nous brièvement sur l’une des caractéristiques clés du concept de FS, qui est de mettre tous les emplois d’une unité sur un même plan. Concrètement, cela signifie que les emplois de out qu’illustrent les exemples (29) et (31) utilisés par S. Lindstromberg (1998 : 33, 34) seront ici tous deux traités comme la réalisation en contexte d’une seule et unique opération, de même que l’ensemble de ses autres emplois du reste. (29) We both fell out of the boat. (31) Bill helped Jack out [of a difficulty].

S. Lindstromberg, lui, considère à l’inverse que la valeur construite par out en (31) dérive de la valeur centrale – spatiale – de cette particule, présente dans l’exemple (29). Cela le conduit à analyser (31) comme suit (ibid. : 34) : In (31), Jack is spoken of as having been in a difficulty much like someone can be in a cage or in a deep hole. In terms of this metaphor then, Bill gave Jack some help so Jack could climb out.

249

Pour nous, ces quelques lignes sont tout à fait révélatrices des limites de ce type d’explication : en ajoutant of a difficulty, on rend certes la glose de la cage ou du trou plus crédible, mais surtout on introduit un repérage spatial, ce qui change immanquablement la donne. Or, refuser de privilégier une valeur au détriment des autres, comme le suppose au contraire un raisonnement en termes de FS, permet non seulement d’éviter ce genre de travers, mais ouvre également la voie à une appréhension plus complète et approfondie des phénomènes, les valeurs les moins prototypiques, qui se trouvent habituellement marginalisées, se voyant enfin accorder toute l’attention qu’elles méritent (cf. Franckel & Paillard, ibid. : 10). La pertinence d’une telle approche en matière d’analyse des prépositions et, partant, des particules s’impose donc d’elle-même : elle offre la possibilité d’apporter de nouvelles solutions, plus probantes, aux problèmes que posent les descriptions "classiques", problèmes dont E. Gilbert (2006 : 285-286) livre d’ailleurs un diagnostic sans concession, qui vient utilement compléter celui que nous avons établi dans les deux chapitres précédents : Qu’elles

soient

d’essence

polysémique,

avec

des

valeurs

distinctes

dérivées

diachroniquement par métaphore du sens de base, ou d’essence monosémique avec une dérivation métaphorique en synchronie, les analyses, au-delà de leur indéniable intérêt, présentent toutes peu ou prou les mêmes inconvénients. Elles entraînent tout d’abord une forte parcellisation des phénomènes avec une hiérarchisation très marquée des différentes interprétations des prépositions, avec une valeur centrale, la valeur spatiale, puis des valeurs dérivées, allant des plus spatiales aux moins spatiales, des plus concrètes aux plus abstraites, pour finalement aboutir aux cas présentés comme purement « grammaticaux » […]. Elles impliquent également une hétérogénéité du système de représentation, chaque préposition étant représentée par la « proto-scène » ou le « schéma spatial » qu’elle est censée incarner, qui correspondent eux-mêmes à une certaine « réalité » spatiale. Chaque préposition acquiert du même coup une forme de spécificité irréductible, qui n’autorise tout au plus qu’une homogénéisation locale de la schématisation, au travers de concepts tels que par exemple ceux de « verticalité » ou d’« horizontalité » qui permettent de constituer quelques paradigmes de prépositions (over, above, under, below ; in front of, before, behind, after). Ce phénomène est d’autant plus marqué que la primauté du spatial, même filtré cognitivement, se traduit inévitablement par l’intrusion de l’extralinguistique dans le métalinguistique, sous la forme de concepts géométriques de base (point, ligne, plan, volume, longueur, largeur, etc.) mais aussi de notions plus complexes et moins directement axées sur la spatialité du type de « support », « contenant » ou « contact » ou « pesanteur », etc.

L’ouvrage d’A. Tyler et V. Evans (2003) constitue une parfaite illustration de cette tendance. En effet, alors même que leur démarche cherche à prendre ses distances avec celle des autres

250

cognitivistes sur un certain nombre de points, les deux linguistes ne parviennent pas à éviter les inconvénients relevés par E. Gilbert dans le passage que nous venons de citer, et ce précisément parce qu’ils conservent au spatial une place centrale dans leurs analyses. La conséquence en est un recours massif à l’extralinguistique comme principe explicatif. Ainsi se souviendra-t-on (cf. supra p. 176) qu’ils caractérisent out en ces termes : « the primary meaning associated with out designates a spatial relation in which the TR is exterior to a bounded LM » (ibid : 200), ce qui les amène à poser que « the functional element associated with out is non-containment » (ibid. : 201). Si l’on peut considérer qu’un contenant entre bien en jeu dans la série d’exemples (7.36) qu’ils proposent (ibid) : (7.36) a. He took out the lighter/penknife. b. They put the rubbish/trash out. c. Are the scissors in the drawer? No, they’re out on the counter.

voilà qui est nettement moins évident dans le cas de (7.46) (ibid. : 206) : (7.46) He switched the light out.

comme ils le reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes269. Cela les oblige donc à développer le raisonnement suivant (ibid.) : One consequence of spatial scenes in which the TR is located exterior to the LM and in which the viewer is located within the bounded LM is that the TR is often not visible (or perceptually accessible, in general). One such commonly occurring experience involves children leaving the house and parents, who are located in the house, no longer being able to see the child, as evidenced by the following: (7.45) The moment her son went out, Katie started wondering what he was doing. In our understanding of this sentence, the TR, her son, is located exterior to the implicit bounded LM, the house. The strong implicature is that her son is no longer visible to Katie.

Une telle irruption de l’extralinguistique dans l’analyse linguistique ne nous parait ni souhaitable, ni justifiée, car cela lui confère un caractère par trop ad hoc. Partant, il nous semble que l’idée d’une primauté du spatial doit absolument être rejetée. D’autant que, dans le domaine qui nous intéresse ici, J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid.) montrent bien que « les valeurs spatiales ne sont pas intrinsèques à la préposition, et n’apparaissent de fait que dans la mesure où les termes qu’elles mettent en jeu les en

269

Cf. ibid. : A light, when no longer visible, can be described as being out even when no bounded LM is involved in the interpretation. After all, the light is not physically located out, with respect to a particular bounded LM.

251

investissent, dans des conditions spécifiques ». Et que, comme l’explique E. Gilbert (ibid. : 286) : Il en résulte généralement une prolifération des primitives, sans véritable statut théorique d’un point de vue métalinguistique, qui accentue l’hétérogénéité de l’analyse, chaque préposition étant représentée par un concept ou une association de concepts particuliers peu susceptibles de s’articuler au sein d’un même système.

Par ailleurs, force est de constater que cette idée de primauté du spatial ne repose que sur une intuition que rien ne saurait véritablement légitimer. L. Dufaye (2006b : 171) est donc parfaitement fondé à affirmer que « ce n’est pas notre perception de l’espace qui est la condition de notre capacité d’abstraction ; c’est notre mode d’abstraction qui détermine l’organisation de nos perceptions »270. Par conséquent, ainsi que nous l’avons déjà suggéré auparavant, ce sont des hypothèses d’une toute autre nature qu’il convient de développer, hypothèses auxquelles doit présider l’ambition de dépasser les limitations de la thèse localiste. Ce type de travail est précisément celui entrepris, dans le cadre de la TOE, et avec le concept de FS pour principe organisateur, par J.-J. Franckel et D. Paillard sur les prépositions du français (cf. Franckel, 2005 ; Franckel & Paillard, 1997a, 1997b, 2007) et par L. Dufaye (2005b, 2006a, 2006b, 2006c, 2007, 2008) et par E. Gilbert (1999, 2000, 2003, 2004, 2006) sur les prépositions (et particules) de l’anglais. E. Gilbert (2003 : 41), pour sa part, en délimite les contours en ces termes : L’objectif est en effet de parvenir à un schéma qui puisse engendrer l’ensemble des valeurs de la préposition par la seule prise en compte des variables notionnelles et situationnelles incarnées par le contexte. Il faudra naturellement que les primitives de ce schéma ne soient pas limitées à une préposition et une seule, et qu’elles puissent au contraire être transférées à l’ensemble des prépositions, celles-ci ne devant différer que par la combinaison qu’elles supposent desdites primitives.

En nous inscrivant notre recherche dans ce programme, nous entendons montrer que le format de description qui prend ainsi forme vaut également pour away, off et out, et qu’il permet de 270

L. Dufaye répond là, en quelque sorte, à M.-L. Groussier, qui se positionne elle aussi dans la perspective

de la TOE, mais se prononce en faveur de l’hypothèse « d’une primarité de la représentation des relations dans l’espace » (1997c : 221). Cette dernière rappelle d’ailleurs utilement au passage que « primarité n’est pas primauté » (ibid.). Cependant, malgré toutes les précautions qu’elle prend quant à son usage du concept de métaphore comme « principe de représentation du non-spatial sur le modèle du spatial » (ibid. : 230 ; cf. également 1980, 1993), son approche n’échappe pas aux problèmes que pose l’opposition entre un sens de base, spatial, et des sens abstraits, dits « figurés », et c’est à raison que les principaux arguments qu’elle développe se trouvent réfutés par P. Cadiot (2002a).

252

rendre compte d’une manière beaucoup plus satisfaisante aussi bien de l’hétérogénéité de leurs valeurs en contexte respectives que de leurs différences de comportement et d’emploi.

3.2.2. Notion et domaine notionnel Pour ce faire, il nous faut au préalable introduire en quelques mots le concept de notion, et celui de domaine notionnel qui lui est associé. En effet, à l’instar des quatre linguistes susmentionnés, nous y ferons largement appel pour formuler nos caractérisations. Comme en témoigne la place qui leur est dévolue dans les trois tomes de Pour une linguistique de l’énonciation, ces deux concepts constituent l’un des axes majeurs de la réflexion d’A. Culioli. Ce dernier appelle notion « un système complexe de représentation structurant des propriétés physico-culturelles d’ordre cognitif » (1999a : 100), c’est-à-dire « ce faisceau de propriétés physico-culturelles que nous appréhendons à travers notre activité énonciative de production et de compréhension d’énoncés » (1999b : 9). Cela signifie qu’« une notion n’est pas donnée une fois pour toutes : elle est construite, organisée par les énonciateurs à partir d’un ensemble structuré de propriétés physico-culturelles »271 (Bouscaren et Chuquet, 1987 : 145). Il en découle, et A. Culioli insiste beaucoup là-dessus, que « les notions ne correspondent pas directement à des items lexicaux » (ibid. : 10). De plus, « la notion [étant] définie en intension et n’[étant] pas quantifiable » (1999a : 100), elle ne peut être appréhendée qu’à travers des occurrences : « le domaine notionnel est donc le domaine d'occurrences d'une notion » (1983-84 : 26). Pour être tout à fait précise, le domaine notionnel est construit comme ce qui structure la classe des occurrences d’une notion donnée, et, à ce titre, il est muni d’un certain nombre de propriétés formelles (1990 : 70-71) : (1) it has an interior, induced by a process of identification (any xi is identified to an xj) so that there is no divide in the area, no first point, no last point : it is open. This open area is centered, for it contains an organizing centre (prototype) which acts as an attracting centre (whence ‘absolute’ values, or the so-called high degree in exclamatory modality, e.g. how beautiful ! ; some car ! ; C’est quelque chose !, etc.). It can also be represented as comprising a gradient (from centre outward). (2) it has an exterior.272 If interior values are informally glossed as ‘truly p’, ‘truly representative of p’ ([…]), exterior values can be described as ‘truly non-p’, ‘totally different from p’, ‘having no common property, not even the slightest, with p’. (3) if we are compelled (or if we choose) to discern an occurrence xm from an occurrence xn of a notion p, i.e. if the two occurrences are inhomogenous and evince altered quality states of a

271

Souligné dans le texte.

272

Souligné dans le texte.

253

certain property p, then we set up a divide so that we get, on the one side, an open area (whether it be the interior or the exterior) and, on the other side, a boundary area induced as follows. Let us close the interior, by setting up quality occurrences verging on non-p, but still belonging to the p-area (the gloss would roughly run as ‘p to some extent, whatever this may be, however slight, provided it is kept on this side of p’). Let us now close the exterior: ‘non-p to some extent, whatever this may be, however slight, provided it is kept on this side of non-p’. In other words, we get on the one hand, ‘not truly p’, on the other hand, ‘not truly non-p’. We have thus constructed the boundary.

A. Culioli en propose la représentation suivante (1983-84 : 42 ; tel que cité par Bouscaren et Chuquet, ibid. : 146) : propriété P typique

VRAIMENT P

FRONTIERE

PAS VRAIMENT P

VRAIMENT PAS P

point imaginaire (centre attracteur) EXTERIEUR INTERIEUR On le voit, pour diverses raisons sur le détail desquelles nous passerons (cf., entre autres, 1990 : 47-65, 67-71 ; 2002 : 217-220), A. Culioli a « été amené […] à introduire une structure topologique » (2002 : 219). Cependant, il prend grand soin de spécifier que (2005 : 275-276) : je dis « topologie » parce que c’est commode – mais c’est une topologie très pauvre… et à la fois très complexe : elle est pauvre du point de vue de ce qu’est la topologie mathématique, tout ce qu’elle a donné ; elle est complexe pour le genre de problèmes qu’elle pose et qui de toute façon ne concernent pas le mathématicien, tous ces problèmes sur la « frontière » où vous vous baladez, avec des bords, des adhérences, des basculements, etc.

De fait, la question de la frontière est certainement celle sur laquelle A. Culioli s’écarte le plus de la topologie classique273, comme le montre le schéma suivant (1990 : 71) qui éclaire la conception qu’il en a, et vient ainsi compléter le précédent :

273

On trouvera en annexe à Variations sur la linguistique (2002) un article de J.-P. Desclès intitulé

"Quelques concepts empruntés par A. Culioli à la logique et aux mathématiques" dans lequel l’auteur revient sur ce qu’est classiquement la topologie et sur l’usage qu’en fait A. Culioli (cf. 248-250).

254

Si nous avons jugé bon de reproduire ici ce schéma, c’est, d’une part, parce que la frontière revêt une importance toute particulière dans la réflexion d’A. Culioli (cf. ibid. : 83-90), en ce sens qu’elle est le reflet direct de sa conviction qu’« on ne peut pas travailler à deux valeurs » (2002 : 219), que les oppositions binaires sont une simplification du réel. C’est, d’autre part, parce que nous-même allons inévitablement devoir nous y intéresser de très près, vu les propriétés des trois particules que nous avons choisi d’étudier. Avant cela, précisons encore, à la suite d’E. Gilbert (ibid. : 44), que cette « approche topologique […] ne doit surtout pas être vue comme un prétexte à une réintroduction subreptice de la spatialité. C’est […] de topologie notionnelle qu’il s’agit ici ». Du reste, comme il l’explique (ibid. : 45), « on peut […] très bien montrer que l’identification, d’un point de vue topologique, c’est en définitive l’ouverture, là où la différenciation est la fermeture, et le décrochage la double fermeture » ; autrement dit, il est tout à fait possible de reformuler l’approche topologique en termes d’opérations de repérage274, et de la rattacher ainsi à cette problématique absolument fondamentale de la linguistique culiolienne. Il nous semble, au demeurant, que c’est en combinant ces deux types d’approche des phénomènes que l’on est le plus susceptible de parvenir à des résultats vraiment probants.

3.2.3. Retour sur away, off et out On se souviendra que dans le chapitre précédent, nous avons passé en revue un large éventail des descriptions de away, off et out que propose la littérature consacrée aux particules et phrasal verbs. Nous avons ainsi été en mesure de dresser un inventaire aussi exhaustif que 274

J.-J. Franckel et D. Paillard (1998 : 58) ne disent pas autre chose quand ils affirment que « les différentes

structurations du domaine notionnel peuvent être rapportées aux divers effets de l’opérateur  ». Rappelons que

dans la TOE, le symbole  (qui se lit « epsilon », ou, en langue usuelle, « est repéré par rapport à ») est utilisé pour désigner l’opérateur de repérage, qui est un opérateur de mise en relation. Cet opérateur, nous l’avons dit, peut prendre différentes valeurs : identification (x = y), différenciation (x ≠ y), rupture (x ω y) (cf. Culioli, 1999a : 97 sqq., 129-130 ; cf. aussi Bouscaren et Chuquet, ibid. : 131 sqq.).

255

possible de leurs différentes valeurs et des contextes dans lesquels celles-ci se manifestent. Ce faisant, nous nous sommes tout naturellement mise dans les pas de J.-J. Franckel et D. Paillard pour qui un tel inventaire est un passage obligé du processus d’élaboration d’une FS. Afin que le travail accompli puisse réellement porter ses fruits et nous aider à dégager, à notre tour, une FS pour les unités qui nous intéressent, il nous faut au préalable en faire la synthèse en revenant sur les principales caractéristiques qu’il nous a permis de mettre au jour pour chacune d’entre elles. 3.2.3.1. Away Commençons par away. Le chapitre 2 a, nous l’espérons, fait clairement apparaître que le terme d’éloignement est absolument indispensable à la description d’une grande partie des emplois de cette particule, et ce, bien qu’il présente l’inconvénient, a priori rédhibitoire, d’être éminemment spatial. Cependant, à condition de le prendre dans son acception la plus large, il s’avère être le seul véritablement approprié à la définition de l’apport sémantique de away dans un nombre important de combinaisons, et c’est ce que la série d’exemples qui suit vise à illustrer : (118) There was silence for a moment then Nina murmured an excuse and hurried away, no doubt embarrassed by the turn the conversation had taken. (JXY 1085) (119) Now that she was there to watch the children she took away the fireguard. (McLaverty, 1977 : 60) (120) It's common sense to keep medicines in a safe place away from children, but it's equally important to lock away vitamin and mineral supplements. (G2T 2125) (121) She brushed away the dullness that settled itself on her whenever she thought too hard about his death, […], and forced herself to concentrate on finding the right numbered exit to this magnificent part of Gloucestershire. (HGT 1199) (122) One generation may sign away democracy, or consent to dictatorship, but the next has an absolute right to revoke those decisions. (EVP 1141) (123) Knowing she was loved by this powerful, dictatorial, gentle, wonderful man wiped away all the wounds and hurts of the past. (H7W 4520)

On le voit, le sens global des combinaisons en question peut tout aussi bien être concret ((118) à (120)) qu’abstrait ((121) à (123)). Au demeurant, dans les classifications rigides et étanches que nous avons examinées dans le chapitre 2, aucun lien ne serait établi entre ces différents exemples qui se trouveraient éparpillés dans diverses catégories fondées non sur le sens de away mais sur celui du verbe, en dépit des allégations contraires de leurs auteurs. Or, il existe pourtant bien un ressort commun à toutes les combinaisons qu’ils mettent en jeu, que donne à comprendre la possibilité de les paraphraser par something/ someone is/ becomes 256

away by V-ing. Rapprocher ces exemples, comme nous l’avons fait ici, met par conséquent clairement en lumière la parfaite stabilité de la valeur de away, dont on peut aisément rendre compte en termes d’éloignement. Essayons maintenant de préciser ce qu’il faut entendre par là, sans trop chercher d’abord à échapper à tout ce que cela véhicule de spatial. A nos yeux, la première remarque qui s’impose est que le terme d’éloignement renvoie autant au statique qu’au dynamique, et fait ainsi directement écho aux deux dimensions que la CoGEL (1985) distingue dans sa représentation de away (cf. supra p. 113)275. D’un point de vue statique, l’éloignement implique « être, se trouver à une distance considérée comme significative d’un point qui sert de référence », lequel doit facilement pouvoir être réinterprété comme une origine, un repère dans le cadre de la TOE. Autrement dit, il est question d’une "position" qui est obligatoirement et systématiquement repérée par rapport à une origine puisque l’écart avec cette origine en est définitoire. Lorsque l’on est dans le dynamique, la situation se complique quelque peu. En effet, on pourrait être tenté d’assimiler l’éloignement à une orientation, mais, à bien y regarder, il faut se rendre à l’évidence que l’on a affaire à un phénomène qui est d’un tout autre ordre que les points cardinaux. Par ailleurs, la comparaison avec des exemples classiques de directions – noms de villes (Paris, Londres, etc.), de lieux (la mer, le lac, etc.), etc. – est révélatrice de ce qu’on ne peut pas non plus considérer l’éloignement comme une direction. On saisit alors peut-être mieux pourquoi cette notion d’éloignement est particulièrement adaptée à la caractérisation de away : il apparaît qu’elle pose, elle aussi, le problème de ce que S. Lindstromberg (op. cit. : 257) appelle « lack of endpoint focus ». De fait, qu’il s’agisse d’orientation ou de direction, des points cardinaux, de Paris ou de la mer, on tend toujours vers un "point" donné, un "point d’arrivée" qui, même s’il reste parfois virtuel, est en lui-même essentiel. Quand on parle d’éloignement, en revanche, seule compte l’idée d’une prise de distance par rapport à une origine, et, si un "point d’arrivée" se trouve défini, il ne l’est jamais en tant que tel mais uniquement en tant que résultant d’un écart par rapport à cette origine. Si, à présent, on essaie de s’abstraire un tant soit peu de la dimension spatiale de la réflexion que nous venons de développer, il semble pertinent d’en retenir que away marque une (prise de) "distance", un écart par rapport à une origine, un repère. Et ce qui paraît faire toute la spécificité de cette particule – toute la difficulté de son analyse aussi, c’est qu’elle ne 275

Il nous semble important de souligner à nouveau ici que nous ne croyons pas que la composante statique

ou dynamique de la notion d’éloignement soit directement imputable à away. Nous pensons au contraire que c’est le verbe auquel cette particule va se trouver associée qui favorise une dimension plutôt que l’autre.

257

dit absolument rien de ce repère276 qui demeure a priori largement indéterminé. Nous préciserons ce que nous entendons exactement par là lorsque nous comparerons away à off et out sur ce point, mais on peut déjà remarquer que dans les exemples (118), (119), (121), (122) et (123), seul le contexte peut éventuellement permettre de reconstituer ce repère. De fait, comme en témoignent les exemples (120), (124), (125) et (126), la mention explicite d’un repère ne peut s’effectuer que par le biais de la préposition from : (124) His greatest, his only concern was to ensure that she stayed away from his sister's husband. (HA6 2493) (125) During the school years, children must learn to grow away from such a communicative support system, and increase their communicative independence. (EF8 118) (126) His knowledge gave him power over the customers who came in; they shied away from the jargon that Lewis used and Tim felt that he was acting as an interpreter in a foreign country. (HDC 1251)

Il convient de noter que dans cette série d’exemples, comme dans la précédente, la (prise de) "distance" par rapport au repère ne s’accompagne jamais de la mise en place d’une nouvelle "localisation". On se souviendra à ce propos que notre étude de cas du paragraphe 2.2.4 du chapitre 2 (cf. supra p 141-158) nous avait amenée à la conclusion qu’un syntagme prépositionnel était nécessaire pour instaurer une nouvelle " localisation", un cas de figure qui s’était du reste avéré nettement plus marginal avec away qu’avec off. De sorte que l’on peut sans risque parler d’une incapacité fondamentale de away à construire une nouvelle "localisation". Mais il nous semble que l’on doit s’avancer un peu plus et se demander si away met réellement fin à la "localisation" initiale ou si cette particule ne se contenterait pas de marquer une "altération" de ce repérage, dont seul le contexte pourrait éventuellement permettre de mesurer l’importance ou la nature exacte. Soulignons à l’appui de cette hypothèse qu’elle paraît valable non seulement pour les exemples que nous venons d’examiner, dont nous avons dit qu’away y jouait sur le quantitatif, mais également pour tous ceux dans lesquels cette particule jouerait plutôt sur le qualitatif. (127) She must be thinking of some long-past family joke, Delia supposed, as she watched the smile flicker and fade away. (Woolf, 1992 : 24) (128) I think he fears she will die soon — is already fading away. (CA6 1739) (129) She heard herself talking, but it was almost in her sleep, and her voice gradually trailed away. (JYA 4910) 276

On se souviendra que S. Lindstromberg écrit que away « is neutral about the location of the starting

point » (ibid. : 46).

258

Comme on peut le constater, away porte là sur une propriété, en marquant une altération, voire une dégradation. En (127), cette "remise en cause" se trouve préparée, et donc mise en valeur, par la présence de flicker. L’exemple (128) pourrait, lui, être paraphrasé par she’s not dead yet but she isn’t quite alive anymore. Quant à l’exemple (129), l’existence de (130) et (131) ci-dessous met clairement en évidence que away ne saurait en ce cas indiquer à lui seul que la propriété n’est plus vérifiée : (130) Her voice trailed away completely as he reached lazily towards her with a long arm. (H9H 927) (131) Even Boddy, who had been telling Westerman as they came down the stairs how he had been at Bad Godesberg in 1938 just two days after Hitler and Chamberlain had left, trailed away into silence. (G12 753)

Remarquons que figurent, dans cette courte série d’exemples, deux des combinaisons pour lesquelles la valeur de away se voit parfois qualifiée de télique. Or, si l’on considère la télicité comme le fait de posséder un dernier point, il nous semble difficile d’envisager que away soit à même de le construire. Certes, l’issue attendue, programmée est sans nul doute une situation définie comme n’ayant plus rien à voir avec la propriété dont il est question, ce qui explique que l’on puisse être tenté d’appréhender cet effet de sens en termes de télicité277. Toutefois, au 277

Rappelons que L. Brinton (1988 : 26) explique que « a telic situation is one which necessarily includes a

goal, aim or conclusion ». Malheureusement, cette définition paraît peu opératoire et, à notre connaissance, le concept de télicité n’a fait l’objet d’aucune réflexion de la part d’A. Culioli, ni, du reste, de la part des linguistes sur les travaux desquels nous nous appuyons ici. Il faut donc chercher ailleurs, et c’est chez J. Bouscaren et al. (1993) que l’on peut trouver quelques éléments intéressants à ce sujet. Pour eux, « le concept de télicité [correspond] à une propriété de certains procès d’être toujours envisagés avec un terme naturel (donc pourvu d’une borne de droite) » (ibid. : 18). Si cette définition ne va pas sans poser problème car le concept de borne auquel elle fait appel relève d’une conception "intervallaire" des procès, on peut tout de même en retenir l’idée que la télicité peut être vue comme un dernier point. Une idée, qui, nous semble-t-il, peut avantageusement être reformulée en termes topologiques et notionnels, c’est-à-dire en se plaçant au niveau des notions et de leur structuration en domaines notionnels. La télicité peut alors être conçue comme une propriété caractérisant certains domaines notionnels. On se souviendra qu’A. Culioli définit l’intérieur d'un domaine notionnel comme un ouvert ; autrement dit, on ne peut y distinguer ni premier ni dernier point. Il ajoute toutefois qu’il est possible de construire une frontière, laquelle va éventuellement pouvoir être rattachée à l'intérieur. Or, cela équivaut à poser que l'intérieur est un fermé et implique nécessairement l'existence d'un dernier point. Il apparaît alors légitime de proposer de redéfinir la télicité comme la propriété de l'intérieur de certains domaines notionnels correspondant à des procès d'être envisagés comme des fermés, c'est-à-dire d'être associés à une frontière et donc dotés d'un dernier point. On remarquera au passage d’une telle définition présente l’avantage d’être parfaitement compatible avec l’approche de la typologie des procès dont nous nous réclamons.

259

vu des exemples, ce serait une erreur que de chercher à l’attribuer spécifiquement à away, qui ne met vraisemblablement en place rien de plus qu’une altération. Par conséquent, l’idée que cette particule puisse marquer la télicité nous paraît devoir être abandonnée. En revanche, la grande compatibilité de away avec les adverbes du type gradually, dont les dictionnaires se font l’écho (cf. supra p. 109, 112) et qu’illustre ici l’exemple (129), nous incite à penser qu’en pareil cas l’idée de "distance", d’écart associée à cette particule pourrait donner lieu, dans le cadre de la TOE, à une interprétation en terme de travail sur un gradient. 3.2.3.2. Off Concernant off maintenant, l’examen de ses emplois et valeurs auquel nous avions également procédé dans le chapitre 2 nous avait permis de constater que ce que marque cette particule correspondait souvent à ce qu’en termes non linguistiques dictionnaires et grammaires nomment tantôt séparation, tantôt interruption d’un contact. Les énoncés (132) à (134) constituent de bons exemples du type de configuration auquel on peut alors avoir affaire : (132) Horror attack: Three Afghan women refugees chopped off the tongue of a 10year-old girl in Pakistan who refused to tell them where her family had hidden its valuables. (K4M 165) (133) If there is difficulty removing the dressing from the donor site, either leave the dressing to separate spontaneously over a week or so or soak it off. (Tyers & Collin, 2008 : 46) (134) After the discovery, police screened off the garden and sealed off the cemetery. (K5M 36)

Tout l’intérêt de ces exemples réside dans le fait qu’ils mettent clairement en évidence que ce que construit off suppose un "contact", de quelque ordre qu’il soit, avec un point de départ. Ainsi que nous l’avions évoqué en 2.2, cette idée doit pouvoir, dans le cadre de la TOE, être interprétée comme l’indication de l’existence préalable d’un rattachement direct du repéré au repère. Cela implique non seulement qu’avec off le repère joue un rôle déterminant, mais aussi, et surtout, que cette particule ne peut fonctionner qu’avec un certain type de repère. La Ajoutons, pour terminer, que l’on peut également retenir de la réflexion menée par J. Bouscaren et al. la distinction que ces linguistes opèrent entre ce qu'ils appellent une télicité "notionnelle" et une télicité énonciative ou contextuelle, qui se fonde sur la manière dont le dernier point est posé. En effet, selon eux (ibid. : 22), si « l’existence d’une borne terminale [peut être] inhérente aux propriétés primitives représentées par le verbe », « il est [également] possible de poser que la borne de droite est atteinte en construisant une télicité énonciative par le jeu sur QLT/QNT […], ce qui permettra de poser un terme même pour des verbes non téliques ». Voilà un point qui nous paraît particulièrement pertinent dans le cadre d’une analyse du fonctionnement des verbes à particule.

260

question que l’on peut alors se poser est de savoir si ce sont les propriétés intrinsèques de la notion qui sert de repère qui la rendent compatible avec off, ou si c’est off qui la structure de telle sorte qu’elle le devienne. Il est forcément difficile d’apporter une réponse définitive à une telle question, mais il nous semble que comparer l’exemple (132) à (135) et (136) cidessous peut y contribuer : (135) He was condemned to have his tongue cut out, his right hand chopped off and then to be burned. (B0Y 2999) (136) They scalped old men and women, beheaded others, slit throats, cut out tongues, sliced off ears, and hacked off limbs. (CAL 1753)

Il est intéressant de remarquer que tongues can either be cut out or chopped off (but not chopped out) whereas hands, ears and limbs can only be chopped/ sliced/ … off, not cut/… out. Le fait que dans ce type de contexte, hand(s), ear(s) et limb(s) ne puissent fonctionner qu’avec off alors que tongue(s) fonctionne également avec out278 suggère que les propriétés intrinsèques de la notion-repère sont absolument décisives, déterminant comment et dans quelle mesure cette dernière peut se voir (re)structurée, par une particule par exemple. La possibilité de trouver tongue(s) soit avec off soit avec out279 laisse par ailleurs supposer que certaines des propriétés d’une notion-repère (/mouth/ en l’occurrence) peuvent faire que celleci soit susceptible d’être utilisée avec plusieurs particules, lesquelles doivent chacune en activer des traits spécifiques en emploi. A priori, c’est uniquement en ce sens que l’on peut considérer que off (ou out) structure la notion-repère. Peut-être plus encore que les exemples que nous venons de proposer, ceux que nous avons étudiés en 2.2.4 et 2.3.4, dans lesquels off est associé à des verbes exprimant un mode de déplacement, montrent que séparation et interruption d’un contact sont régulièrement synonymes de changement de localisation. En voici d’autres, qui les complètent et vont ainsi nous permettre de poursuivre la réflexion amorcée : (137) The Germans left us to pull the last rope down and headed off without us, leaving us temporarily disenchanted with international fraternity. (ECG 498) (138) Everyone wished each other good luck and Mould, Matron and Endill headed off to the library. (AMB 2525) (139) This week's sin was lust but the comic, as usual, veered off in many different directions with a whole host of weird and wonderful off-beat observations. (K3P 108)

278

Pour être vraiment complet, il conviendrait, bien entendu, d’étudier ce qui, dans les propriétés de chop,

bloque l’emploi de tongue avec out. 279

Signalons que ce dernier cas de figure est, de loin, le plus fréquent.

261

L’exemple qui doit nous interpeller le plus est, bien entendu, l’exemple (139) dans lequel off se trouve immédiatement suivi du syntagme prépositionnel in many different directions. L’existence d’une telle alliance confirme, s’il était besoin, que off est dans l’incapacité de participer à l’expression d’une orientation ou d’une direction. Ajoutons que cette configuration n’a, de surcroît, rien de marginal : si l’on ne trouve dans le BNC que l’occurrence que nous venons de citer, une recherche dans Google280 n’en fournit par contre pas moins de 36 900. La juxtaposition des exemples (137) et (138), quant à elle, vise d’abord à rappeler que l’incapacité de off à doter le procès auquel il est associé d’une orientation ou d’une direction amène fréquemment à avoir recours à des syntagmes prépositionnels à cette fin. Mais elle entend également souligner que cela n’a cependant rien d’une nécessité : l’essentiel peut très bien résider dans le fait-même de mettre fin à une localisation, comme c’est le cas en (137) où off suffit, puisque cette particule indique très précisément qu’une localisation n’est plus vérifiée. En résumé, il paraît raisonnable de considérer que off permet d’initier un changement de localisation que seuls des éléments contextuels peuvent faire aboutir. On notera que les données sont très similaires en matières d’états, off n’étant apte à définir un changement que dans la mesure où il marque la fin de l’état qui sert de référence. En témoignent ces deux exemples : (140) With an effort, Miles shook off the lethargy that had been creeping over him since Paula's death, blinding him to his duties and responsibilities. (G1M 1021) (141) I started putting in more hours and sometimes found reason to sleep at the office, hoping I could sleep off this feeling of falling out of love. (ECT 3497)

Souvenons-nous, en guise de conclusion sur ce point, que le seul cas de figure dans lequel off paraît être à même de construire une nouvelle localisation ou un nouvel état, c’est lorsqu’il opère sur ce que l’on a appelé un système de type binaire, c’est-à-dire un système qui ne met en jeu que deux valeurs, notamment, mais pas seulement, toutes les situations qui supposent une alternance (effective ou potentielle) avec on. En effet, dans ce type de configuration qu’illustrent les exemples (142) à (144), mettre fin à la situation ou à l’état qui sert de repère implique inévitablement de basculer dans son complémentaire. (142) Then he opened the front door so that they could see where they were going, and flicked the bathroom light off. (G0L 1812)

280

Il va de soi que les résultats d’une requête dans Google doivent être traités avec la plus grande

circonspection. Toutefois, ils n’en constituent pas moins une excellente indication quant à une tendance, qui semble ici être une tendance de fond.

262

(143) One twelve-hour shift had knocked off and a new one had taken over the duties of maintaining the platform's complex equipment. (HTJ 2437) (144) If he woke up, I'd feed him and take him around the block until he dropped off again. (CBT 1918)

Au final, il semble que, dans le passage d’une localisation/ d’un état à un(e) autre, ce que marque off soit ce passage en lui-même. De sorte que l’on peut sans doute considérer, nous l’avons dit (cf. supra p. 158, 201), que off construit un véritable point de basculement. Cette hypothèse n’est pas sans conséquences, permettant, en particulier, d’expliquer pourquoi on attribue généralement une valeur télique à cette particule. En effet, au vu des propriétés que nous venons d’évoquer, off paraît tout à fait à même de doter le domaine notionnel sur lequel il opère d’un dernier point, ainsi qu’en attestent ces quelques exemples : (145) She drank off what remained of her tea. (G1W 309) (146) ‘I love you’ is not a phrase that trips lightly off Michael Dolan’s tongue, he has always been careful about that. Except, of course, as an automatic catch cry when he is saying goodnight or good morning to Sophie or rounding off a telephone call with her. (Purcell, 2002 : 219) (147) Bruce Lee cleans up the white slave/narcotics market on an off-shore Chinese island, and he and co-star John Saxon polish off hundreds of Kung-Fu experts. (BM4 2742) (148) But when society closes off all other opportunities there are only two choices for the eunuchs: dancing and prostitution. (H89 670)

3.2.3.3. Out Si, comme nous l’avons vu dans le chapitre précèdent, certains emplois de out présentent de réelles similitudes avec ceux de off, cela ne signifie pas pour autant que l’on ait affaire aux mêmes phénomènes avec les deux particules, loin s’en faut. La preuve en est que nos analyses nous avaient amenée à retenir l’expression franchissement d’une limite, et non le terme séparation, pour expliciter l’idée autour de laquelle semble s’organiser les valeurs de out. Or, une telle paraphrase, suggère au moins deux différences fondamentales avec off, qui concernent d’une part le type de repère en jeu, et d’autre part la possibilité de construire une nouvelle localisation ou un nouvel état. Pour ce qui est du repère, reprenons, pour l’instant, l’hypothèse, largement répandue, nous l’avons vu, qu’avec out, celui-ci doit au minimum posséder la propriété de pouvoir être conçu comme "bounded" – c’est-à-dire qu’il doit être structuré en un intérieur, un extérieur et une frontière281 – et essayons de mieux en saisir les

281

Au sens ordinaire de ces termes, bien entendu.

263

tenants et les aboutissants grâce à quelques exemples, qui viennent utilement compléter ceux que nous avons examinés dans le chapitre 2. En voici un premier : (149) Aboard the plane as it climbed and headed out over the Gulf of Finland she sat in a daze. (CN3 722)

qui est, bien entendu, à rapprocher de (137) : (137) The Germans left us to pull the last rope down and headed off without us, leaving us temporarily disenchanted with international fraternity. (ECG 498)

En (137), off marque la fin d’une localisation, et l’on comprend que l’accent est mis sur le départ des Allemands. Le repère en lui-même importe visiblement peu et ses propriétés encore moins, si ce n’est qu’elles doivent être compatibles avec off. Le contraste avec l’exemple (149) est relativement frappant : il apparaît en effet que l’on aurait, là aussi, très bien pu avoir off, et l’emploi de cette particule aurait vraisemblablement été plus neutre, en ce sens qu’en utilisant out, on insiste sur une particularité du repère, celle de pouvoir être envisagé comme doté d’une limite, qui se trouve franchie, de surcroît. On notera que, paradoxalement, ce repère demeure implicite – il s’agit a priori de /country/, un cas de figure qui est loin d’être isolé, bien au contraire, puisque c’est une caractéristique commune à bon nombre d’exemples en out que de jouer sur la structuration spécifique de la notion-repère que sous-entend l’emploi de cette particule, sans jamais que cette notion-repère soit explicitée. En témoignent les exemples (150) et (151), qui illustrent le fait que cette remarque est également valable lorsque les notions en jeu sont abstraites282 : (150) Neither the exactions of the Versailles Treaty nor the creation of a republican form of government rooted out the nationalist old guard or revolutionised the German social structure […]. (CMT 1356) (151) These are the elderly lager louts: men who have opted out, in favour of an easy life, an understanding job and regular drinking in the pub. (F9D 497)

282

Comme le rappellent les exemples (152) à (154) ci-dessous, l’introduction explicite de la notion-repère,

qu’elle soit concrète ou abstraite, ne peut se faire que par l’intermédiaire d’un syntagme prépositionnel, en of la plupart du temps : (152) Later, two black bullet-proof Jaguar motor cars headed out of South London. (HNK 1099) (153) Their rank and file supporters were also rooted out of the Labour Party in a flurry of activity throughout 1939. (ACH 1217) (154) Hitherto many specialists opted out of the controversy by saying we have no way of knowing the internal temperature of dinosaurs because of the reasons mentioned above. (C9A 1306)

264

Il semble que, dans ces exemples, bien plus que l’idée que la notion-repère inclut une limite (quelle qu’elle soit), ce soit le résultat du "franchissement" de cette limite qui compte. De fait, to be out paraît avoir une valeur, un statut en soi, comme en atteste par ailleurs l’existence de nombreux exemples du type de (155) : (155) Francis has aggravated an old groin problem in training, and said: ‘You can count me out for the next two weeks.’ (K97 5119)

C’est néanmoins la paire d’exemples qui suit qui s’avère la plus éclairante de ce point de vue : (156) Dinner is offered, but if guests wish to eat out, there are several local pubs and restaurants recommended by Rachel. (CJK 955) (157) When you eat out, be aware of the high and low levels of fat in foods and you'll become more discerning in your choice. (A70 1605)

Si, en (156), un repère du type « hotel » ou « guesthouse » est clairement sous-entendu – repère dont il est du reste assez facile de concevoir qu’il est doté d’une limite, celui-ci ne revêt toutefois qu’une importance très secondaire au regard de ce que représente out en luimême, comme le révèle, de manière encore plus nette, (157), qui permet de saisir que out est intrinsèquement porteur d’une localisation, laquelle est foncièrement autonome puisque la proposition subordonnée temporelle when you eat out fonctionne ici comme repère de la proposition principale. Voilà qui nous amène à l’autre grande différence entre les particules off et out, à savoir que, contrairement à la première, la seconde est parfaitement en mesure de définir une localisation (ou un état). Notons que cela suppose que le type de relation qu’elles entretiennent avec la notion qui sert de repère n’est pas du tout le même. Si, comme nous venons de le voir, toutes deux peuvent signaler une structuration particulière de ce repère, out, à l’inverse de off, n’implique aucunement un rattachement direct à ce dernier. Cela ne signifie pas qu’un tel rattachement ne puisse exister avec out, seulement que cet éventuel rattachement se trouve totalement occulté par le fait qu’avec out, on est systématiquement projeté au-delà des limites du repère. De ce point de vue-là, il nous paraît significatif que out puisse construire une nouvelle localisation (ou un nouvel état) en dehors de tout contexte de type binaire, et notamment en dehors de toute situation d’opposition avec in. La comparaison avec off s’avère, là encore, très instructive. Ainsi que nous l’avons dit plus haut (cf. supra p. 262), et comme en attestent les exemples (142) à (144), off n’est à même de définir une nouvelle localisation ou un nouvel état que lorsqu’il opère sur des systèmes binaires. Cependant, cette affirmation mérite d’être nuancée quelque peu puisque, même dans ce type de configuration,

265

il existe des énoncés dans lesquels cette nouvelle localisation (ce nouvel état) se voit précisé à l’aide d’un syntagme prépositionnel : (158) The coroner nodded off to sleep again so, crossing to a barrel of dirty water, Athelstan filled the ladle and splashed it over Cranston's face. (H98 885) (159) Exhausted by the long words and the morning's adventure in the corridors he had soon drifted off to sleep. (AMB 1323)

Or, il est intéressant de remarquer que les énoncés mettant en jeu out dans des conditions approchantes ne reposent pas, eux, sur une possible alternance avec in283, et qu’ils ne nécessitent pas non plus l’adjonction d’un syntagme prépositionnel pour qu’un nouvel état soit construit formellement. Ainsi : (164) He called a sudden halt to his crowded agenda at lunchtime and crashed out for a few hours in the adjacent chamber, throwing the timetable into disarray. (CK4 1320) (165) For a second she blacked out, not from pain but from the shock of it all, and when she opened her eyes she was looking into a sea of faces all staring down at her. (HGD 239) (166) McInnes put out his cigarette and looked at his daughter. (HWL 2306)

Ces exemples font clairement apparaître que to be out peut représenter un état en soi. Alors que off indique uniquement le passage d’un état à un autre (parce que ce qu’incarne cette particule est de l’ordre d’un point de basculement), out permet tout aussi bien de mettre l’accent sur le changement de localisation (ou d’état) que sur cette localisation (ou cet état) elle-même. Cette différence fondamentale et irréductible entre les deux unités explique sans doute pourquoi dictionnaires et grammaires semblent s’accorder à considérer out comme un meilleur vecteur de télicité que off : la construction d’un dernier point fait partie de ses caractéristiques centrales, ce qui est beaucoup moins vrai pour off. Toutefois, si l’affinité des propriétés de out avec l’expression de la télicité est indéniable, comme le montre la série d’exemples qui suit : 283

Cela ne signifie évidemment pas que out n’entre jamais en opposition avec in, seulement que cela est

beaucoup moins régulier que dans le cas de off et on. Citons simplement ici l’exemple des combinaisons clock in et clock out qu’illustrent (160) et (161) : (160) It was manned by zombies who not only clocked in and out of work, but for lunch also. (ABW 359) (161) They have to clock out when leaving their desk and clock back in before returning. (K25 2011)

Il est à noter que cette alternance est cependant loin d’être systématique comme en témoignent les exemples (162) et (163) : (162) Staff should clock in on arrival and again on departure. (HD2 1955) (163) Under the new policy, anyone working on the twelfth floor will need to go down to the first floor to clock out, to the fourth floor to find a smoking room, down to the first to clock on again and back to the twelfth to carry on working. (K25 2028)

266

(103) And when Derek emphasized, as he was determined to, that the contents of the letters supported his brother's protests of his innocence, Golding heard him out with patient inscrutability. (G0N 1091) (167) So he worked out his notice, packed his bags and left. (HH3 7942) (168) In the course of this work, the investigator identified the location of two faults and thought out suitable modifications to the code, although there was no directive to apply the modifications immediately. (HWF 996)

force nous est aussi de reconnaître que le contraste avec off est loin d’être aussi flagrant que les ouvrages auxquels nous avons fait allusion veulent bien le laisser entendre. En témoigne l’alternance entre les phrasal verbs dry off et dry out dans le passage suivant où ils paraissent plus ou moins interchangeables284 : (169) As salt would have been a precious commodity, all their meat had to be air-dried in order to preserve it for the winter months, and this was done by the use of cleits. These were beehive-shaped stone structures, made so that the many apertures between the stones let the wind through, with most of the moisture being trapped on the rough surfaces of the stones. The roofs were made of turf and were waterproof. As dry air has curative properties, any meat or fish hung in the cleits dried off without going rotten and would then ‘keep’ for months. The same system was used in Shetland in the old days (they were called ‘skeos’) and in the Faroes a modernised version is still in everyday use. Every St Kildan family owned a number of cleits and they were scattered all over the island, many of them convenient to the bird cliffs because ‘fresh’ birds were much heavier than those that had dried out, and everything had to be carried back to the village eventually. (CRJ 876-881)

3.2.3.4. Conclusions Il faut à présent se demander quelles conclusions l’on peut tirer de la synthèse que nous venons d’opérer. Il nous semble que si l’on confronte les grandes tendances qui se dégagent de l’analyse des données relatives à chaque particule, on aboutit à un constat en deux temps : en premier lieu, la proximité sémantique entre away, off et out dont les dictionnaires se font l’écho est une réalité incontestable, puisqu’elle s’est vu confirmée non seulement par certaines des séries d’exemples que nous avons examinées, mais aussi, et surtout, par le fait que nous avons pu montrer que le même type de problématique était à l’œuvre avec chacune d’entre elles. De fait, elles posent toutes trois, et en des termes voisins de surcroît, la question du repère, et de sa structuration, ainsi que celle du changement de localisation/d’état, justifiant par là-même leur étude conjointe. Cependant, et c’est là le second volet de notre constat, il 284

Le fait que dans ce passage out soit préféré à off pour exprimer le passage à l’état résultant n’est cependant

peut-être pas entièrement anodin.

267

n’en existe pas moins de profondes divergences entre ces trois particules, qui concernent le détail des modalités selon lesquelles chacune organise ces questions. Pour ce qui est du repère tout d’abord, si off sous-entend toujours un rattachement préalable direct à celui-ci, ce n’est le cas ni de away, ni de out. Les différences en la matière ne s’arrêtent du reste pas là puisque le rattachement que marque off suppose une structuration spécifique du repère, lequel doit en effet être compatible avec la construction d’une telle notion, comme le traduit, par exemple, le recours fréquent des dictionnaires à l’idée de « contact » pour en rendre compte. Out implique, lui aussi, une structuration tout à fait particulière du repère qui doit être susceptible d’être présenté comme "bounded" ; cela signifie qu’il doit soit être doté de limites intrinsèques, soit être propre à s’en voir doté, l’une des principales caractéristiques de out paraissant être sa faculté à construire de telles limites, quelle qu’en soit la nature exacte. En revanche, away se distingue très nettement de off et out sur ce point, dans la mesure où, avec cette particule, le repère reste d’ordinaire largement indéterminé. A y regarder de près, tout semble alors se passer comme si son emploi relevait d’un choix de ne pas mettre en avant la structure du repère, voire même d’en neutraliser les propriétés, ainsi que tend à le suggérer l’exemple (67) que nous avons examiné dans le chapitre 2 (cf. note 197 p 189) : (67) They were whisked away from the theatre by an ever vigilant matron, who stood over them while they had their dreaded wash with cold water from the jug and basin in their room. (B34 191)

et mis en regard d’un possible (67’) : (67’) They were whisked out of the theatre by an ever vigilant matron […].

Cette indétermination première du repère, conjuguée au rapport très lâche à celui-ci qu’instaure away, n’est pas sans conséquences sur la capacité éventuelle de cette particule à indiquer un changement de localisation ou d’état. Comme nous l’avons vu, il lui est fondamentalement impossible de construire une nouvelle localisation ou un nouvel état, mais il nous semble que l’on doit aller plus loin et que l’on est en droit de se demander si elle est même en mesure de participer à l’expression du moindre changement de localisation ou d’état. On n’aura effectivement pas manqué de remarquer que away, à l’inverse de off et de out, ne joue jamais sur l’existence d’une limite, encore moins sur le franchissement d’une telle limite. Le fait que l’on puisse rendre compte de ses emplois en termes d’éloignement et de (prise de) distance, c’est-à-dire à l’aide de notions qui sont relatives, voire subjectives, suggère que ce que définit away est plutôt de l’ordre d’une zone intermédiaire, laquelle

268

pourrait être conçue comme une sorte de sas qui ne tirerait sa valeur que de son rapport au repère, aussi indéterminé fût-il. Tout ceci explique pourquoi, des trois particules que nous étudions ici, away est sans conteste la plus difficile à cerner. Il est vrai que, par contraste, les fondements du fonctionnement de off et de out paraissent nettement plus transparents. C’est parce que le premier marque ce que nous avons appelé un point de basculement, que l’on pourrait également présenter comme un seuil, qu’il est apte à construire un changement de localisation ou d’état. Quant au second, en signalant qu’une limite est, ou a été franchie – ce qui peut d’ailleurs suffire à instituer cette dernière, il pose d’emblée une nouvelle localisation ou un nouvel état.

3.2.4. Formes schématiques de away, off et out Ce constat établi, il est temps de nous attacher à apporter la preuve de la pertinence de l’approche énonciative tant pour l’expliquer que pour pousser plus avant l’analyse comparative de away, off et out que nous avons amorcée. On commencera donc par remarquer qu’au vu des termes dans lesquels nous venons de décrire la manière dont ces trois particules posent, à la fois, la question du repère et de sa structuration et celle du changement de localisation/ d’état, on est en droit d’envisager leur fonctionnement comme reposant sur l’instauration d’un zonage285 sur le domaine sur lequel elles opèrent, c’est-à-dire le domaine associé au repère (et ce, même si ce dernier, nous l’avons vu, peut rester totalement implicite). De fait, l’ensemble des observations que nous avons pu faire dans les quelques pages qui précèdent va clairement dans le sens d’une délimitation, par chaque particule, de zones sur ce domaine, par configuration d’une zone (plus) spécifique. Away, off et out sont donc ce que l’on pourrait appeler des "particules de zonage"286.

285

On notera que ce terme, bien qu’assez rarement employé par A. Culioli lui-même, renvoie à l’un des trois

principes de structuration du domaine notionnel, à savoir son organisation topologique en un intérieur, une frontière et un extérieur (cf. 1999b : 86). 286

Nous entendons souligner par là que leur fonctionnement est à rapprocher de celui de certaines

prépositions du français que J.-J. Franckel et D. Paillard étudient dans leur Grammaire des prépositions (2007), et qu’ils regroupent sous les appellations de « prépositions de zonage » et « prépositions de division ». Dans cet ouvrage, où ils font largement appel au concept de zonage, ils indiquent (ibid. : 7-8) que celui-ci est alors à interpréter comme signifiant que : la préposition associe au terme qui la suit […] un domaine sur lequel elle distingue une ou des « zone(s) ». Chacune de ces prépositions structure et « divise » à sa façon le domaine sur lequel elle configure une zone particulière. C’est cette structuration propre à chaque préposition qui […] constitue son identité.

269

Avant d’analyser le détail des configurations mises en place par chacune d’entre elles, deux remarques s’imposent, qui valent pour les trois : 

il convient, en premier lieu, de souligner que tout l’intérêt d’une telle hypothèse

sur leur fonctionnement tient à sa portée très générale, dans la mesure où elle suppose que le type de zone défini et les mécanismes qui la régissent restent les mêmes quel que soit le domaine considéré. En effet, on n’oubliera pas que, comme le rappellent par exemple J.-J. Franckel et D. Paillard (2007 : 8), le concept de zonage ne relève pas seulement de l’ordre du spatial. Il peut s’agir d’une zone relative à l’actualisation d’un procès, mais aussi – et surtout – d’une zone qui ne relève pas d’une représentation spatiale ou temporelle.

De sorte qu’au final déterminer avec précision la nature du zonage instauré par une particule, c’est caractériser ce qui fait son identité : ce n’est donc ni plus ni moins qu’en dégager la forme schématique. 

il est, par ailleurs, important de bien saisir qu’affirmer que les particules procèdent

par configuration d’une zone particulière sur le domaine revient nécessairement à placer l’« altérité entre les zones du domaine structuré » (ibid. : 22) au cœur du raisonnement puisqu’il faut que différents types de rapports soient susceptibles de s’établir entre ces zones pour que l’une d’entre elles puisse se trouver distinguée 287. On aura compris que nous reprenons là à notre compte l’une des hypothèses clés de la théorie culiolienne, à savoir que « le zonage correspond à une opération de différenciation par laquelle on produit un jeu dynamique d'altérités » (Culioli, 1990 : 112). Pour A. Culioli, cela procède du principe élémentaire selon lequel « l’altérité est de fondation » (ibid. : 97), qui a pour corollaire que « tout objet (méta)linguistique recèle une altérité constitutive » (ibid. : 103). Pour mieux appréhender ce que cela implique dans le cas de nos trois particules, il faut alors se souvenir que (ibid. : 98) : Situer dans une zone, c'est envisager et, le cas échéant, éliminer les autres possibles. Mais c'est aussi construire le chemin qui, partant d'une position décrochée hors-domaine, aboutit à une zone du domaine, parmi les zones possibles.

A ces deux façons de situer dans une zone correspondent donc deux façons de représenter le domaine de validation, ou domaine notionnel ; si bien qu’au schéma que nous avons présenté un peu plus tôt (cf. supra p. 254), et que nous rappelons ici : 287

Signalons dès à présent que ce sont précisément les différences concernant le type du rapport mis en place

entre les zones du domaine par chaque particule qui les distinguent les unes des autres.

270

propriété P typique

VRAIMENT P

FRONTIERE

PAS VRAIMENT P

VRAIMENT PAS P

point imaginaire (centre attracteur) EXTERIEUR INTERIEUR s’ajoute celui-ci (ibid. : 99) :

où « la notation IE marque que l'on est en-deçà du choix entre E et I, c'est-à-dire dans une situation compatible avec, éventuellement soit I, soit E » (ibid. : 98-99). Il convient de bien voir que cette représentation ne se substitue en aucun cas à la précédente : au contraire, elle la complète et l’informe car, comme le souligne avec insistance A. Culioli, « [ce] schéma n’est pas à deux dimensions » (ibid. : 99). Comme nous allons le montrer à présent, il n’y a qu’en prenant en compte ces deux plans distincts, dans leur articulation l’un à l’autre, que l’on peut proposer un traitement véritablement approprié de l’altérité construite par away, off et out. 3.2.4.1. Out Nous commencerons par cette dernière qui, de nos trois particules, est certainement celle qui met en place la configuration la plus facile à cerner. En effet, étant donné que nos diverses analyses nous ont amenée à la conclusion que out ne suppose aucun rattachement direct au repère et implique que le repéré se trouve systématiquement projeté au-delà des limites de ce repère, il nous semble assez évident qu’avec cette particule l’extérieur, E, doit être considéré

271

comme prépondérant : la zone E est sans conteste la zone de référence. Il s’ensuit que le répertoire des valeurs qui se font jour en contexte doit pouvoir s’expliquer par la manière dont E se trouve configuré par out, laquelle est assurément variable. En d’autres termes, ce sont les différents modes d’existence de E par rapport à I qui fondent la variation de out, et nous pensons que l’on peut distinguer deux principaux cas de figure. Le premier concerne tous les emplois de out dont la valeur résulte de l’idée que le repère est doté de limites qui se voient franchies. D’un point de vue topologique, ce franchissement de limite est, pour nous, à interpréter comme un passage de frontière permettant de construire E par fermeture de l’intérieur I. Par conséquent, ce qui caractérise la zone E sur le domaine concerné est une altérité stricte avec la zone I. Il faut cependant bien voir que cette zone E n’en fait pas moins partie intégrante du domaine ainsi structuré en ce sens qu’elle n’est absolument pas quelconque, puisque, comme le rappelle A. Culioli (ibid. : 62), « lorsqu’on dit « pas du tout » […] le « tout » marqu[e] le renvoi nécessaire à l’intérieur construit ». Cela signifie donc que E est l’ouvert correspondant à "autre-que-p288 est le cas". De fait, out ne pose pas une simple altération de la localisation (ou de l’état) qui sert de repère mais bien une nouvelle localisation (un nouvel état) qui n’a plus rien à voir avec ce repère. Cela vaut aussi bien dans le contexte d’emplois à valeur concrète, spatiale notamment, que dans celui d’emplois à valeur abstraite, comme l’illustre la série d’exemples qui suit : (170) He put the receiver down, and – knowing he'd never sleep now – squeezed out some fresh bright worms of paint to work with, and set to. (CRE 816) (171) Meredith backed out slowly to avoid other shoppers making for their cars with their overladen squeaky trolleys and set off out of town. (CEB 183) (150) Neither the exactions of the Versailles Treaty nor the creation of a republican form of government rooted out the nationalist old guard or revolutionised the German social structure […]. (CMT 1356) (151) These are the elderly lager louts: men who have opted out, in favour of an easy life, an understanding job and regular drinking in the pub. (F9D 497)

Cette série d’exemples permet du reste de remarquer que dès lors, et c’est de loin le cas de figure le plus fréquent, que out opère sur des domaines qui ne fonctionnent pas en tout ou rien (c’est-à-dire où être vide de la propriété constitutive du domaine n’entraîne pas être vide tout court), "autre-que-p" a une existence propre. On comprend alors mieux pourquoi, et comment, out se trouve à même de définir une nouvelle localisation (un nouvel état). C’est 288

Dans cette notation, régulièrement utilisée par A. Culioli, p sert à désigner une occurrence de P, lequel

peut être une propriété, une relation prédicative, etc.

272

ainsi que dans l’exemple (151) où la propriété en jeu est du type "commitment/responsibility", il apparait clairement que "p n’est pas le cas" ne peut aucunement impliquer que "rien d’autre n’est le cas" : non seulement autre-que-p existe mais dans l’absolu cet autre-que-p peut correspondre à tout un éventail d’occurrences d’autres propriétés du type "freedom" ou "laziness". Ici, l’énonciateur a d’ailleurs fait le choix d’expliciter cet autre-que-p – autrement dit d’expliciter le nouvel état construit par out – à travers l’emploi de la qualification négative que constitue le nom louts. Afin de saisir pleinement ce qui se joue lorsque la valeur construite par out peut être paraphrasée en termes de franchissement de limite(s), il nous semble qu’il est nécessaire de s’intéresser de plus près à la nature du rapport initial entre repéré et repère car, même si ce dernier demeure souvent implicite, ce n’en est pas moins le domaine qui lui est associé que out configure. Au vu des exemples, on peut penser que out met au jour l’existence préalable d’une relation d’identification entre repéré et repère d’un point de vue quantitatif ; en d’autres termes, « si X est [bien] distinct de Y en tant que repéré »

289

(Franckel & Paillard,

ibid. : 150), ses coordonnées spatio-temporelles sont néanmoins identifiées à celles de Y. Pour être tout à fait précise, nous pensons que l’on a alors affaire à une configuration relativement similaire à celle que l’on rencontre avec la préposition dans, telle que la donne à voir l’analyse qu’en offrent J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 149 sqq.), à savoir (ibid. : 151152) : L’idée générale est […] que la relation entre X et Y bloque toute différenciation et en particulier toute frontière. Le domaine associé à Y fait l’objet d’une homogénéisation, au sens où ce domaine est indifférencié pour ce qui est de la zone de rattachement de X. […] Pour rendre compte du fait que dans est une préposition de zonage / division qui a paradoxalement pour effet de ne pas diviser Y mais de le constituer comme indifférencié (en ce sens, homogène), nous renoncerons à traiter Y comme un « intérieur » I. En effet, le zonage de Y se constitue ici en deçà d’une articulation I/E, et n’est pas constitutif d’un intérieur en tant qu’il se démarquerait d’un extérieur6, […]. 6

Le zonage de Y marqué par dans est en deçà de toute démarcation entre I et E.

Autrement dit, nous faisons l’hypothèse que out suppose la préexistence d’un zonage semblable à celui marqué par dans, et que cette particule, en configurant l’extérieur, introduit sur le domaine la démarcation qui donne à l’autre zone concomitamment délimitée le statut 289

Comme le rappellent J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 13), les notations X et Y sont utilisées pour

désigner les termes mis en relation par une préposition « dans le cadre d’un schéma X R(prép) Y », où « Y prend la fonction de repère de X ».

273

d’intérieur. L’intérieur ne serait donc constitué en tant que tel que par la construction de l’extérieur marqué par out, d’où le fait que la zone E peut véritablement être considérée comme la zone de référence. Fixons les choses grâce aux deux exemples qui suivent : (172) Open the bag and take the money out. (OALD) (173) It was interested in taking over a small mine called Wheal Concord but pulled out because financial prospects were poor. (B7M 1021)

En (172), le rapport initial entre le repéré, money, et le repère, bag, bien que sous-entendu, est clairement du type « the money is in the bag », et il est du même ordre que ce que l’on vient de voir avec dans, à savoir que le domaine associé à /bag/ est indifférencié pour ce qui est de la zone où money s’y rattache. En effet, au départ, seul importe le fait que l’argent est localisé par le sac, lequel lui tient lieu d’univers, ce qui en fait une zone « sans rapport avec quoi que ce soit d’autre qu’elle-même » (Franckel & Paillard, ibid. : 152-153). En (173) en revanche, la situation est quelque peu différente : l’existence de la notion-repère, /deal/ en l’occurrence, est posée de manière relativement implicite, dans le contexte gauche, par It was interested in taking over a small mine called Wheal Concord. Le domaine qui lui est associé se présente lui aussi comme « une zone strictement homogène, c’est-à-dire sans limite, sans frontière » (Franckel et Paillard, ibid. : 151), mais, cette fois, parce qu’on a alors affaire à un simple constat d’existence, il ne fait l’objet d’aucune structuration et on en prend simplement l’ouverture. Dans tous les cas, ces deux exemples montrent bien que, quelle que soit la façon dont l’indifférenciation du domaine associé à la notion-repère est établie, ce n’est que quand out va venir travailler celui-ci que l’on va passer d’une zone homogène (ou homogénéisée) à deux zones bien distinctes, I et E, l’altérité stricte sur laquelle repose la construction d’un extérieur par cette particule impliquant nécessairement l’introduction d’une coupure qui institue l’autre zone ainsi délimitée comme intérieur. Au final, on s’aperçoit que la formulation que nous avions utilisée en première approximation est inexacte : la valeur dont il est ici question ne découle pas du caractère fondamentalement "bounded" du repère, du fait que ce dernier serait intrinsèquement doté de limites qui se voient franchies. Au contraire, comme nous venons de le mettre en évidence, le repère se présente initialement comme en deçà d’une telle structuration et c’est out qui pose la limite, la frontière en même temps qu’il en indique le franchissement, corollaire direct de la construction de E, sa zone de référence. Une telle prépondérance de E doit inévitablement nous amener à envisager l’existence d’un autre mode de donation de cette zone dans lequel la construction de I se trouverait totalement occultée et qui correspondrait à tous les emplois de out dont l’idée de franchissement de limite est une composante complétement secondaire, voire entièrement absente, c’est-à-dire 274

tous les emplois de out où seule importe la construction d’une nouvelle localisation (ou d’un nouvel état). On n’aura pas oublié que c’est la conclusion à laquelle nous avions abouti à propos de l’exemple (157) : (157) When you eat out, be aware of the high and low levels of fat in foods and you'll become more discerning in your choice. (A70 1605)

laquelle conclusion est bien entendu valable pour quantité d’autres exemples, ainsi : (174) Now three of her fingers were broken and stuck out at strange angles. (GVL 2011) (175) Traditionalists sighed when the 11-plus was phased out and held up their hands in horror at the death knell of the O-level. (CFB 815)

Il nous semble en effet que la valeur véhiculée par out dans l’ensemble de ces exemples repose sur le fait que la zone E est directement visée depuis la position décrochée IE, sans véritable construction conjointe d’une zone I. Out l’institue donc en tant qu’entité autonome, pour ainsi dire. Il va de soi que dans un exemple tel que (157), un repérage sous-jacent par rapport à une zone I (exprimable en termes d’intérieur du domaine associé à la notion /home/) est parfaitement récupérable ; c’est même la raison pour laquelle la zone configurée par out peut effectivement être considérée comme un extérieur. Cependant, le rapport d’altérité stricte qu’entretient cette zone E avec la zone I est tel qu’il permet de faire abstraction de cette dernière, de sorte que la zone E en vient à pouvoir être perçue comme constituant un repère en elle-même. Revenons un instant sur l’exemple (149) et réexaminons-le à la lumière de ces dernières remarques : (149) Aboard the plane as it climbed and headed out over the Gulf of Finland she sat in a daze. (CN3 722)

Il paraît clair que la valeur de déplacement qui y est construite est le fruit de la combinatoire entre un verbe, head, qui exprime un mode de déplacement et une particule, out, qui précise la nature du déplacement en lui donnant une direction. L’analyse classique du rôle joué par out dans un tel exemple, sur laquelle nous nous sommes du reste en partie alignée quand nous nous y sommes intéressée un peu plus haut (cf. supra p. 264), s’appuie sur un raisonnement en termes d’« intériorité/ extériorité » : on estime que out sert à poser une notion-repère, du type /country/, comme "bounded" (ce qui, nous l’avons vu, s’explique, dans l’approche qui est la nôtre, par la capacité de out à construire la fermeture de l’intérieur du domaine associé à cette notion). Par conséquent, la direction imprimée au procès /head/ se trouve déterminée négativement. Mais une autre lecture du rôle joué par out est ici possible, qui nous paraît plus

275

probante dans la mesure où le procès /head/ fonctionne très majoritairement avec un repère qui définit positivement la direction suivie290. Il s’agit de considérer que out configure d’emblée la zone E comme un repère nécessaire à part entière. Qu’est-ce qui permet alors de continuer à appréhender cette zone comme un extérieur ? Pour nous, la réponse à cette question est à chercher dans l’un des fondements de la TOE, à savoir que « tout objet [au sens d'objet métalinguistique] est toujours pris dans une relation : il n'y a pas d'objet isolé » (Culioli, ibid. : 116), de sorte qu’« il n'y a pas de représentation qui ne soit prise dans un ensemble de relations » (ibid. : 101). De fait, la zone configurée par out n’émerge pas du néant : son statut de repère s’établit à partir de la position décrochée IE, qui, si elle est horsdomaine, n’en repose pas moins sur la prise en compte d’un domaine donné, d’un couple I, E donné, déjà implicitement structuré. Et c’est l’altérité radicale sur laquelle elle se fonde en tant qu’extérieur qui dote cette zone d’une certaine "autonomie", qui l’autorise à avoir une "existence propre". On retrouve là l’idée, déjà évoquée un peu plus tôt, que cette zone ne se définit pas comme simplement vide-de-p mais bien, au contraire comme autre-que-p, autrement dit comme constituant quelque chose en soi. Cela signifie donc que l’on a affaire à une zone dont rien n’empêche qu’elle soit, selon les termes d’A. Culioli (1983-84 : 32), « recentrée », c’est-à-dire qu’elle puisse elle aussi s’organiser autour d’un centre. L’exemple (179) est particulièrement éclairant de ce point de vue : (179) Eating out in the U.S. isn't just fries at McDonald's. (AL3 1454)

Comme on peut le remarquer, on sort ici de la problématique de localisation purement quantitative qui caractérise l’exemple (157) pour basculer dans une problématique qualitative de conformité au type. Out permet de construire une sous-catégorie de "eating" dont le rattachement à la zone E configurée par cette particule constitue une propriété définitoire, et à partir de laquelle peut s’engager un travail sur un nouveau domaine, lui-même centré et zoné. Au vu de l’ensemble des éléments que nous avons présentés et analysés, tant dans le paragraphe 2.3 que dans les quelques pages qui précèdent, nous proposons pour out la FS suivante :

290

C’est en effet ce que revèle une requête dans le BNC qui fournit nombre d’exemples du type : (176) The Westons retrieved what was left of their stock and headed for Bristol, where they sold what they could in the markets there. (ANK 192) (177) Diana, plagued by scandal during her tense Balmoral holiday with the Royal Family, finally headed home. (CH2 6) (178) The truly important phase of the journey was to begin on Candlemas Day, 2 February 1520, when the vessels left their anchorage in the River Plate, near today's Montevideo, and headed south. (CJD 1024)

276

Out marque que le rattachement du repéré au repère configure la zone E du domaine associé à ce dernier. Cette construction de E peut s’effectuer selon deux modes : - soit par introduction d’une coupure permettant de prendre le fermé de l’intérieur (du domaine associé au repère) - soit en visant E à partir de la position décrochée IE E est la zone de référence et est caractérisée par le rapport d’altérité stricte dans lequel elle s’inscrit relativement à la zone I. En découle un certain degré d’autonomie qui lui permet, à son tour, de s’organiser autour d’un centre. Déploiement de la FS de out Avoir ainsi défini le principe organisateur de la variation de out offre une perspective renouvelée sur ses valeurs en contexte, telles que les recensent les différents ouvrages que nous avons étudiés en 2.3.

 Revenons par exemple sur la question du point de vue que l’examen des travaux de

S. Lindstromberg (1998) et A. Tyler et V. Evans (2003) nous avait amenée à soulever. On se souviendra que ces linguistes expliquent certaines valeurs, a priori contradictoires de out, par une variation de l’origine du point de vue. En effet, selon eux, avec cette particule qui met en jeu un "bounded landmark", le point de vue peut se situer soit à l’intérieur de ce landmark, d’où les valeurs du type « out = ‘not here/not there’ = ‘not existing/dead’ » (Lindstromberg, ibid. : 37) ; soit à l’extérieur, d’où les valeurs du type « out = ‘in the open’, ‘not hidden’ = ‘understandable’ or ‘available’ » (ibid. : 38). Nous avions conclu qu’il s’agissait là d’une approche relativement pertinente des phénomènes car elle permet de leur restituer une certaine cohérence ; et nous en avions suggéré une possible réinterprétation dans le cadre de la TOE en termes de variations dans la construction du repérage. A la lumière de toutes les observations et analyses qui nous ont permis de formuler la FS de out, nous sommes maintenant en mesure de préciser ce qu’il faut entendre par là. Contrairement à ce que nous avions avancé, les variations ne concernent pas le repérage dont fait l’objet l’opération dont out est la trace, mais le repérage instauré par cette particule lui-même, ou plus exactement la manière dont ce repérage se trouve instauré. De fait, nous pensons que l’existence de deux modes de donation de E distincts joue un rôle décisif dans l’émergence des valeurs en question. Afin de le montrer, reprenons le couple d’exemples prototypiques utilisé par A. Tyler et V. Evans (ibid. : 207), à savoir The light is out et The sun is out. Pour nous, si The light is out équivaut à the light cannot be seen, c’est parce que dans

277

ce cas, la construction de E s’effectue par fermeture de l’intérieur I. Cette hypothèse nous paraît justifiée par le rapprochement possible de cet exemple avec d’autres du même type mettant en jeu non plus out mais off, comme nous l’avions signalé en 2.3.2.2 où nous avions également remarqué que l’on pouvait alors substituer ces deux particules l’une à l’autre sans aucune altération du sens. Ainsi : (180) I've come a cropper over this before, bemoaning the appalling performance of a 386/40 until I noticed that the tiny turbo light was off and, instead of running at 40MHz, the machine was running at 8MHz! (CTX 2607) (181) Young Reggie Sangston went round making sure all the lights were off, except the ones in the servants' rooms and in the sitting-room where we were. (H9U 124) (182) He fell asleep almost as soon as the light was out, and woke up again about an hour later, his mouth parching, his whole being troubled with a great sense of unease. (G12 929)

La synonymie constatée repose à la fois sur l’activation de propriétés communes aux deux particules – en l’occurrence, le travail sur une limite, autrement dit sur la frontière, et sur la neutralisation, par la configuration en jeu dans ces exemples, de ce qui les différencie habituellement, c’est-à-dire le fait que off n’est normalement pas en mesure de poser l’existence d’une nouvelle localisation ou d’un nouvel état alors que c’est là une caractéristique essentielle de out. Or, on est ici en présence d’un contexte de type binaire, dans lequel mettre fin à un état (/une localisation) implique inévitablement de basculer dans son complémentaire. La conséquence en est que, dans ce cas bien particulier, off et out, en indiquant un passage ou un franchissement de frontière291, construisent tous deux le rattachement à la zone E du repère, une zone E obligatoirement appréhendée comme vide-dep, qui plus est, d’où la valeur "négative" que prend alors out (de même que off, du reste292). Dans The sun is out en revanche, c’est plutôt une valeur "positive" que revêt out, puisque cet exemple peut être paraphrasé par the sun can be seen. Il est, à notre sens, erroné de considérer, comme le font S. Lindstromberg (ibid.) et A. Tyler et V. Evans (ibid. : 206-207), que l’on a à nouveau affaire à un système d’opposition binaire (du type hidden vs. not hidden/ not visible vs. visible). Il nous semble en effet bien plus judicieux d’envisager cette valeur

291

Nous préciserons les modalités exactes du travail de off sur la frontière dans le paragraphe suivant.

292

On se souviendra que cette valeur négative de off en contexte binaire est relevée par S. Lindstromberg

(ibid. : 65) qui considère que « off suggests ‘not current’, ‘defunct’, ‘bad’ » (cf. p. 139). Une valeur qu’illustre, entre autres, l’exemple (183) : (183) A little voice inside me kept telling me something wasn’t right about this, something felt really off. (Smith, 2010 : 9)

278

comme résultant de la construction de E par visée directe à partir de IE. A l’appui de cette hypothèse, mentionnons d’abord l’existence d’exemples tels que (184) et (185) : (184) The evening sun has burst out from cloud over London and flooded the fronts of the houses in the lane with a mature and contented light. (J17 1514) (185) Val Gardena often gives second-rank skiers a chance of top 15 because the sun pops out from behind the huge massif of Sassolungo and warms and quickens the piste (G2W 1681)

L’emploi de from pour introduire le repère nous paraît significative à plus d’un titre : d’une part, nous l’avons dit (cf. p. 199), cette préposition ne mobilise jamais la distinction "bounded"/ "unbounded", ce qui signifie qu’elle ne suppose aucun jeu sur la frontière. D’autre part, elle n’inscrit pas le repère dans une relation avec out aussi étroite que ne le fait of. Voilà qui va donc dans le sens d’une construction de E par out comme représentant quelque chose en soi et non plus simplement comme vide-de-p. Cette proposition se trouve d’ailleurs corroborée par la série d’exemples qui suit : (186) The sun was fully out, the mist had lifted, there was no wind, it must have been all of twenty-one degrees. (Windsor, 1999 : 236) (187) The sun was completely out now, and they were all very warm. (Scheaf, 2001 : 182) (188) Goodness knows when this will get to you – though the sun is partly out this morning, so maybe the buses will be able to run on Tuesday. (Clarke & McKinney, 2006 : 28)

De fait, la présence des adverbes fully, completely et partly dans ces exemples est révélatrice d’un travail sur la dimension qualitative de ces occurrences de out, montrant bien que dans ce cas de figure, la zone E configurée par cette particule est centrée. Reste encore, pour être tout à fait complète sur cette question, à se demander ce qui, dans les propriétés respectives des notions /light/ et /sun/, sélectionne un mode de construction de E plutôt que l’autre ; en d’autres termes, qu’est-ce qui, dans les propriétés respectives de ces deux notions, empêche que the light is out soit interprété comme the light can be seen et the sun is out comme the sun cannot be seen ? Concernant /light/, nous faisons l’hypothèse que cela tient à la binarité inhérente à cette notion du point de vue existentiel. De fait, soit il y a de la lumière, soit il n’y en a pas mais aucun entre-deux n’est possible : on voit bien, par exemple, que parler d’une faible lumière, c’est déjà poser l’existence d’une lumière. Cette binarité quantitative de la notion /light/ explique son affinité, bien connue, avec un procès tel que switch qui, lui-même, joue toujours sur un couple de positions complémentaires. Elle permet également de comprendre l’existence d’exemples tels que (189) et (190), dont le fonctionnement repose précisément dessus :

279

(189) When the light flickered on and off again and the cat cried out, I knew it was true. (Deaner, 1993 : 240) (190) He heard the emergency power momentarily struggle to kick in as the lights flickered in and out. (Templeman, 2001 : 139)

Eu égard à cette propriété, il n’est finalement guère surprenant que l’interaction de /light/ avec le scénario défini par out active une construction de E par fermeture de l’intérieur. En effet, ce mode de donation de E implique lui aussi une certaine forme de binarité, puisqu’il suppose la construction conjointe du complémentaire I, tandis qu’à l’inverse, lorsque E est visé directement à partir de IE, il est plus ou moins fait abstraction de I. Par suite, on peut raisonnablement penser que c’est cette absence de binarité du second mode de donation de E qui favorise sa sélection par /sun/, mais aussi, signalons-le ici, par /moon/, /star/ et même /Venus/, comme en témoignent les exemples qui suivent : (191) It was dusk and the moon was out. (Lawson, 2004 : 202) (192) But overhead — I was standing on the steps down to the gravel — the stars were out. (G13 1140) (193) I went back in to visit Rebecca around 9:15. Venus was out already although it wasn't yet dark enough to see any of the other planets or stars. (Kovach, 2006 : 81)

Pour nous, le fait que out construise une seule et même valeur avec ces différentes notions est l’indice que ce sont leurs propriétés d’astres dans leur ensemble, plutôt que leurs seules propriétés lumineuses, qui régissent leurs rapports avec cette particule. De sorte que l’on comprend qu’on a affaire là à des notions complexes qui, contrairement à /light/, ne s’inscrivent pas dans une alternance occurrentielle entre in et out, on et off. Nous en voulons pour preuve à la fois l’impossibilité de substituer off à out dans les exemples (186) à (188) et (191) à (193), et l’irrecevabilité de la séquence the sun/moon/ etc. is in, à laquelle on préfère la séquence the sun/ moon/ etc. is not out, comme l’illustrent ces deux exemples : (194) The sun wasn't out this morning anyway so we didn't lose much. (Garner, 2011 : 175) (195) It was pitch-black. The moon wasn't out. Stars weren't out. (Fowler, 1993 : 205)

Ces exemples montrent que les propriétés physico-culturelles associées à ces notions bloquent toute prise en compte d’un intérieur (tel qu’il peut être configuré par out dans le cas d’une construction de E par fermeture de l’intérieur) : le travail ne peut s’effectuer qu’à partir de E qui a le statut de repère à part entière. Dans ces conditions, seul le second mode de donation de E (par visée directe donc) peut se trouver sélectionné. Le principal intérêt de l’explication des valeurs soi-disant contradictoires de out que nous venons de proposer, par rapport à celle en termes de point de vue avancée par

280

S. Lindstromberg (op. cit.) et A. Tyler et V. Evans (op. cit.)293, est qu’elle permet d’éviter un recours somme toute inutile à l’extralinguistique. Prenons le cas des exemples (7.50a) et (7.50c) fournis par A. Tyler et V. Evans (ibid. : 207) : (7.50) a. The secret is out c. We figured out the problem

En ce qui concerne (7.50a), soulignons d’emblée le peu de pertinence qu’il y a à dresser, comme le font les auteurs, une analogie avec the cat is out of the bag. Pour ce qui est de l’emploi de out lui-même dans ces deux exemples, il nous semble relever moins d’une problématique de visibilité ou de point de vue que d’une problématique d’état résultant, comme le suggèrent les gloses the secret is revealed (pourtant mentionnée par A. Tyler et V. Evans (ibid.)) et the problem is solved. Là encore, et ce sera notre prochain point, appréhender la valeur construite par out comme une réalisation en contexte de sa FS va en permettre un traitement général plus unitaire. Terminons simplement en citant cette remarque de J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 216) : être en E, en tant que correspondant à une position sur le domaine de Y, est […] une façon d’être sur le domaine qui a un double statut : positif mais aussi négatif au sens où être en E signifie « être hors de I ».

Une remarque qui, on l’aura compris à la lumière de ce qui précède, prend tout son sens dans le cas d’une particule telle que out dont les deux modes de construction de E jouent à plein sur le double statut de cette zone.

 Intéressons-nous donc à présent plus en détail à ces énoncés dans lesquels l’emploi de

out relève, de près ou de loin, d’une problématique de formulation d’un état résultant, et commençons en rappelant que J.-C. Souesme, pour qui out « marqu[e] la sortie d’un domaine » (2003 : 51), considère que (ibid.) : Cette notion de sortie d’un domaine se manifeste sur le plan métaphorique avec la valeur ‘apparaître’ lors de son emploi dans : burst out, break out ou encore celle de ‘délivrer’ dans bring out the news, give out a secret, l’état résultant étant la découverte elle-même, l’obtention de ce que l’on recherchait, valeur que l’on observe dans find out, point out, work out par exemple.

Bien que le linguiste demeure très allusif, faute de place pour développer une véritable analyse, il n’en met pas moins le doigt sur un aspect trop souvent négligé des combinaisons 293

Il serait bien sûr incorrect de conclure des analyses qui précèdent à une stricte équivalence entre ces deux

explications, c’est-à-dire à une équivalence entre point de vue intérieur et fermeture de l’intérieur d’un côté et point de vue extérieur et visée directe de E de l’autre.

281

en question. Pour en rendre compte de manière satisfaisante, il convient au préalable de s’accorder sur ce que l’on entend par état résultant. Dans un souci de cohérence, nous nous appuierons ici sur ce que nous en avons dit en présentant la typologie DDC, et plus particulièrement en expliquant le rôle de ce que S. de Vogüé (1989, 1991) appelle borne d’accomplissement dans la construction des occurrences de type discret (cf. supra p. 232233), à savoir que « passer dans l’état résultant, c’est arriver au point où le procès se "matérialise" pour, à la manière d’une propriété294, définir un état » (1989 : 27). Voyons donc ce qu’il en est dans le cas de figure out. A la différence du point précédent où nous avons traité d’emplois purement adverbiaux de out, on est ici d’emblée confronté au problème de l’intrication entre FS du verbe et FS de la particule. De fait, pour comprendre selon quelles modalités le scénario défini par out est alors mis en œuvre, on doit inévitablement se poser la question du fonctionnement du verbe figure. A défaut d’avoir le loisir d’en déterminer la FS, examinons-en quelques occurrences : (196) He could hear his father snoring through the thin plasterboard. Ed figured his father probably needed the sleep. The old man had been plagued by visitors all week. (CG2 640) (197) ‘I did some thinking’ Mo said ‘and I figured I didn't need to call DC after all. (HR4 1828) (198) He obviously knew something about Mahoney's blackmail racket, and figured the girl would be in on it. (FAP 4190)

Il s’agit là d’occurrences de figure représentatives de celui de ses emplois présentant la plus grande proximité sémantique avec figure out, comme en attestent les définitions des dictionnaires, à l’instar de celles proposées par le LDOCE : figure to form a particular opinion after thinking about a situation (figure (that)) figure somebody/something ↔ out to think about a problem or situation until you find the answer or understand what has happened (figure out how/what/why etc.)

Dans les exemples (196) à (198), figure renvoie bien à l’opinion d’un sujet, par rapport à un contenu de pensée qui se trouve exprimé par la relation prédicative contenue dans la proposition subordonnée complétive. Pour être tout à fait précise, ce verbe ne marque ni plus ni moins que la localisation de ce contenu de pensée par rapport au terme qui instancie la place de C0, de sorte qu’on a là construction d’occurrences de type dense. Leur délimitation est en effet purement d’ordre quantitatif : il n’est question que de survenue du procès, comme le souligne du reste très explicitement le I did some thinking de l’exemple (197), et non d’une

294

Souligné dans le texte.

282

quelconque problématique de conformité dont découlerait éventuellement la possibilité de formuler un état résultant295. Les données prennent une tout autre forme dès lors que out s’invite dans l’équation. Signalons tout d’abord que, contrairement à ce que pourrait laisser croire le choix de A. Tyler et V. Evans (op. cit.) de faire de (7.50c) l’un des piliers de leur démonstration, les énoncés dans lesquels la position de C1 de figure out est instanciée par le nom problem sont plutôt rares puisque nous n’en avons trouvé aucun dans le BNC et qu’ils ne représentent qu’une infime proportion (moins de 1%) des résultats d’une requête Google pour ce verbe. En voici tout de même deux, car il nous a semblé qu’il pouvait être intéressant de mettre en évidence les ressorts de leur fonctionnement pour le contraster avec celui des énoncés qui se révèlent être les plus typiques : (199) It fell to another creative mind to solve this problem. In 1764, James Watt, who made mathematical instruments for a living, was summoned by a professor at Glasgow University to work on a Newcomen engine in need of repair. Untrained, yet blessed with a creative mind, Watt soon figured out the problem. (McNeese, 2000 : 5) (200) During the LM’s flight, a switch was thrown into the wrong position, causing the craft to shake violently back and forth. But Stafford quickly figured out the problem, and he wrestled the lander back onto a steady course. (Markovitz, 2001 : 33)

(199) et (200) permettent ainsi de constater que le nom problem sert généralement à désigner et à reprendre une situation qui a été introduite dans le contexte gauche, tout en spécifiant la nature : on a là une opération de fléchage doublée d’une identification. Mais il s’avère qu’il est bien plus fréquent que l’existence d’une situation problématique soit posée concomitamment à l’emploi de figure out, sans aucune mention préalable et sans qu’elle soit explicitement désignée comme telle. Ce cas de figure est illustré par la série d’exemples qui suit : (201) The first day at the newspaper they sent me into the darkroom with a roll of film and I think I was in the closet for about five hours before I could figure out how to put it on the reel. (APK 300) (202) Traditional current affairs departments haven't quite figured out how to adjust their agenda to meet the shift. (EDU 156) (203) Of course, Darwin was interested in figuring things out, and he figured out a lot of things, but while he thrillingly imagined the biological connection between human and bee and made Victorian guesses about the reasons for their behavior, he never truly figured out what it was like to be a bee, and never got over the wonder of it. (Levine, 2008 : 246) 295

Concernant le lien entre ces deux notions, nous renvoyons notre lecteur à notre exposé des pages 233-235.

283

(204) They now have a week off to review things and figure out what to do after Wednesday night debacle. (J1G 755)

On le voit, figure out a alors pour C1 des propositions subordonnées relatives nominales en how et what, un type de C1 que l’on ne rencontre jamais lorsque le verbe figure est employé seul296. Quoi qu’il en soit, ces différents exemples montrent bien qu’il n’est plus ici question de localisation d’un contenu de pensée par rapport à un sujet, ni d’inscription dans le temps de "figuring/ thinking", mais de "figuring/ thinking" qui aboutit à un résultat, qu’il s’agisse de la résolution d’un problème297 ou, plus simplement, de l’appréhension d’une situation plus ou moins complexe298. On notera pour terminer qu’il existe quelques énoncés, dont (207) et (208) sont représentatifs, dans lesquels le C1 revêt une forme un peu particulière puisqu’il exprime le résultat-même de ce processus de "figuring/ thinking" : (207) Someone, somewhere, figured out that a shapely, karate-dispensing ebony superwoman wouldn't be at all a bad idea. (CAE 2392) (208) He was playing a Stratocaster and nobody else was, and he had that ‘in-between’ tone and everybody was trying to figure out how he got that sound. Nobody could figure out that you could get the switch to stick in that position.’ (C9M 2104)

296

Précisons que si le BNC ne fournit absolument aucune occurrence de figure suivi d’une proposition

introduite par how, il en fournit tout de même deux où ce verbe est suivi d’une proposition introduite par what : (205) Maybe he's annoyed because he can't quite figure what all this has to do with what the programme describes as ‘the cyberspace experience’[…]. (CGB 1919) (206) The problem is, they've got this parametric EQ and when I first toured with it my guitar roadie couldn't figure what was wrong, because it was cutting out and crackling. (C9H 933)

Toutefois, nous pensons que l’on n’a pas affaire, dans ces deux exemples, à des relatives nominales, comme c’est le cas en (203) et (204), mais à des interrogatives indirectes. De fait, bien qu’ici, comme souvent, il ne soit guère aisé de distinguer entre ces deux types de propositions, il nous semble que la présence (ou l’absence) de out et les effets de sens qui en découlent orientent malgré tout vers une analyse plutôt que l’autre. Ainsi, en présence de out, a-t-on l’idée qu’une solution est trouvée, mettant fin au processus de réflexion/ questionnement dénoté par figure, d’où l’analyse de la proposition en what comme relative nominale. En revanche, en l’absence de out, aucune solution n’est trouvée, comme le souligne la présence, dans les exemples (205) et (206), de can’t et couldn’t respectivement. Le questionnement subsistant, la proposition en what s’analyse alors comme une interrogative indirecte. 297

A ce propos, on n’aura pas manqué de remarquer l’équivalence établie, de manière nette et sans

ambiguïté, dans l’exemple (199) entre to solve a problem et to figure out a problem. 298

La deuxième partie de la définition du LDOCE que nous avons citée plus haut – « until you find the

answer or understand what has happened » (nous soulignons) – prend alors tout son sens.

284

Il conviendra donc de prendre grand soin de ne pas se laisser abuser par les apparences et de distinguer ces exemples, plutôt rares au demeurant, de ceux dans lesquels le verbe figure est employé seul, car il est manifeste que le C1 y désigne la conclusion de ce processus, ce qui en émerge, et non un simple contenu de pensée. Il va de soi que out joue un rôle majeur dans ce retournement de perspective qui, pour nous, s’explique par le fait que cette particule, en marquant la fermeture de l’intérieur du domaine associé au procès /figure/, structure celui-ci autour d’un complémentaire qui va pouvoir se concevoir comme un aboutissement, que cet aboutissement soit effectif (cf. (199), (200), et (207)), ou seulement visé, comme c’est le cas le plus souvent (cf. (201), (202), (203), (204) et (208)). Pour éclairer notre propos, il nous parait judicieux d’opérer un rapprochement entre ce qui se passe ici et les phénomènes que S. de Vogüé décrit à l’aide du schéma suivant (1987 : 50), auquel, on s’en souviendra, nous nous sommes intéressée un peu plus tôt (cf. supra p. 233) :

Rappelons que, comme nous venons de le voir, tant que figure est employé seul, on ne peut avoir que des occurrences de procès situationnelles, i.e. quantitatives, de sorte que s’il n’y a plus de "figuring" sur le plan temporel, cela signifie obligatoirement que le procès cesse (a cessé) d’être vérifié ; en aucune manière cela ne peut impliquer qu’il y a validation. Mais l’entrée en jeu de out bouleverse cette donne : en configurant la zone E du domaine associé à figure, qui se présente donc initialement comme un ouvert, la particule le dote d’une structure compatible avec la construction d’un passage du vérifié au validé. Par conséquent, on peut considérer que le fonctionnement des occurrences auxquelles on a alors affaire obéit aux principes du schéma de S de Vogüé : cette fois, lorsqu’il n’y a plus de "figuring (out)" sur le plan temporel, on peut dire qu’il y a du vrai "figuring (out)" sur le plan notionnel, comme le montre l’emploi des adverbes quite et surtout truly dans les exemples (202) et (203), lequel met clairement en évidence la dimension fondamentalement qualitative des occurrences en question. Ce vrai "figuring (out)" nous semble devoir se définir non pas comme du "true thinking", mais comme du "thinking" qui aboutit à un résultat, la raison en étant que out, en

285

construisant le complémentaire, permet le passage de la réflexion à la compréhension. On remarquera par ailleurs que même lorsque ce résultat n’est pas effectivement atteint, ce qui, nous l’avons dit, est fréquemment le cas, il se trouve toujours visé : on a en effet l’idée que "to figure out something" entraîne normalement299 que ce "something be figured out", c’est-àdire "be understood", "be solved", etc. Ces éléments de paraphrase témoignent de ce que la possibilité d’un passage à l’état résultant est bien une caractéristique fondamentale du fonctionnement du phrasal verb figure out. Mais ils laissent également à penser que dès lors que l’on travaille sur des énoncés non fabriqués, la formulation-même de cet état résultant devient beaucoup moins évidente que ne le suggère l’exemple (7.50c) proposé par A. Tyler et V. Evans. C’est pourtant bien d’état résultant, au sens que nous avons donné à ce terme, qu’il s’agit puisque, nos exemples le montrent, le complémentaire construit par out s’entend toujours comme l’état qui résulte d’une réflexion efficace. Force est donc d’admettre que cette particule joue bien un rôle absolument essentiel dans le passage à l’état résultant, ne faisant justement rien de moins que le rendre possible, et ce même si la formulation de ce dernier ne va pas nécessairement de soi300. 3.2.4.2. Off Comme nous l’avons souligné à maintes reprises, off suppose l’existence d’un rattachement préalable direct du repéré au repère. En conséquence, déterminer la nature exacte de leur relation, et, plus particulièrement, le type de zonage du repère impliqué, constitue une première étape indispensable dans le processus de formalisation de l’opération dont off est la trace. Or, nous avons été amenée à postuler ce rattachement préalable direct du 299

Cf. S. de Vogüé (ibid. : 55)

300

De fait, en dehors de (199) et (200), aucun des exemples que nous avons présentés ci-dessus ne se prête

aisément à la formulation d’un état résultant. Le BNC ne fournit du reste que très peu d’énoncés dans lesquels cet état résultant se trouve directement formulé, la liste qui suit étant ainsi quasi-exhaustive : (209) ‘I'll look for a department store that sells dress material on the top floor. I'll get the assistant to measure it out holding the material and the tape measure vertically, and I'll buy lots and lots. And then I'll sell it to another store that sells it on the ground floor.’ ‘That's supposed to make your fortune?’ ‘Yep. It's all figured out. I'm buying material where the tape measures are big, so I get extra, and I sell it where the tape measures are small, so they don't get as much as they think they've got. (FNW 1159) (210) Life's confusing sometimes, you know. Like when you think you just got things figured out, they change all of a sudden. (A74 832) (211) Life had a funny way of catching up with you, thought Kate. Just when you thought you had it all figured out, it threw you a curve like this. (FAB 4000)

On signalera tout de même que les expressions dans lesquelles s’insère figure out dans ces exemples (I/you’ve got it all figured out / it’s all figured out) s’avèrent relativement courantes dans la langue parlée.

286

repéré au repère par le fait qu’en règle générale ce que construit off se traduit sémantiquement en termes de séparation ou d’interruption d’un contact. Il s’agit donc ici ni plus ni moins que de se demander quelle représentation métalinguistique on peut donner d’un rattachement du repéré au repère qui est de l’ordre du "contact". Il se trouve que d’autres avant nous ont essayé d’apporter des éléments de réponse à cette question, parmi lesquels L. Dufaye (2006a, 2006b) et E. Gilbert (2004), dans le cadre de la formulation d’hypothèses à propos de on s’appuyant sur la TOE301. Il nous a semblé d’autant plus pertinent de nous intéresser à leurs propositions que nous avons pu vérifier que on et off s’inscrivaient fréquemment dans un rapport, sinon d’opposition, à tout le moins de complémentarité. Dès lors, on peut penser que off travaille à partir d’un zonage sensiblement équivalent à celui marqué par on, qu’il viendrait en quelque sorte reconfigurer. On signalera tout d’abord que les deux linguistes font l’un comme l’autre appel au concept d’adjacence302 dans leurs analyses. Pour L. Dufaye, qui est celui qui lui accorde la place la plus importante, « il y a [avec on] adjacence du repéré au repère et voisinage (i.e. une zone ouverte) à partir de ce point d’adjacence » (2006a : 102). Cela signifie que « le repéré est identifié à la fermeture du repère », précise-t-il ailleurs (2006b : 176). Toutefois, le plus intéressant à noter est que ces deux énonciativistes lient le concept d’adjacence à l’opération de différenciation, laquelle opération est, à en croire E. Gilbert (ibid. : 101), précisément celle qui « dans le système de la TOE est la plus susceptible de permettre de représenter [la] notion de contact ». Pour le reste, l’emploi que fait L. Dufaye du terme d’adjacence présente

301

De fait, on est étroitement lié à l’expression de la notion de contact (et de celle de surface qui lui est

généralement associée en emploi spatial), comme le rappellent ces quelques descriptions : The prototypical situation for on is one in which trajector and landmark are in physical contact with each other, with the landmark located below the trajectory and supporting it (as with the pen on the desk). (Huddleston & Pullum, 2002 : 650) in contact or connection with the surface of; at the upper surface of. (CED) continuité (spatiale : contact) (Castagna, 1995 : 88) 302

Mentionnons au passage que le terme d’adjacence apparaît plusieurs fois dans l’article qu’A. Culioli a

consacré à l’aoristique (1999a : 127-143), et notamment dans le passage suivant (ibid. : 136), que cite d’ailleurs E. Gilbert (ibid. : 101) : Dans les cas du parfait grec (le parakeimenos, l'adjacent des grammairiens grecs), pour prendre un exemple bien

connu, l'intervalle borné fermé est repéré par rapport au repère énonciatif grâce à l'opérateur de localisation , . On a donc, sous une forme schématique, < λ  Sit2 (T2) >  < Sit1 (T1)  Sit0 >. L'intervalle fermé est donc dans le même plan que < Sit1  Sit0 >, […]. On a donc une double propriété : fermeture, non rupture. On en tire 1) que le complémentaire est un ouvert, 2) donc que l'intervalle à droite du fermé est ouvert et adjacent. C'est cet intervalle ouvert que l'on appelle état résultant.

287

l’inconvénient non négligeable d’être empreint d’une certaine spatialité303 ; et, de manière plus générale, ce concept nous semble peiner à restituer pleinement ce qui caractérise l’ensemble des valeurs attachées à on. Pour nous, E. Gilbert en donne à comprendre les fondements d’une façon beaucoup plus convaincante lorsqu’il écrit (ibid. : 96) : - avec on, on a Qnt(X) = Y et Qlt(X) ≠ Y, X entrant dans une relation d’identification avec Y pour ce qui est de sa délimitation quantitative, mais de différenciation pour ce qui concerne sa délimitation qualitative.

Les différentes valeurs en emploi de on naitraient donc de ce que l’altérité initiale entre repéré et repère se trouve résorbée d’un point de vue quantitatif (les coordonnées spatio-temporelles du premier se trouvant identifiées à celles du second) mais maintenue d’un point de vue qualitatif304. Cette représentation nous parait particulièrement apte à rendre compte de la notion de contact si prépondérante en contexte spatial. En effet, dans un exemple tel que There are crumbs on her dress, c’est parce que on permet de poser à la fois que la localisation de cette occurrence de /crumb/ est celle de cette occurrence de /dress/ et que /crumb/ et /dress/ demeurent des notions bien distinctes qu’émerge l’idée de contact. Autrement dit, c’est la conjonction des deux délimitations bien spécifiques dont fait l’objet l’occurrence repérée de la part de l’occurrence repère lors de leur mise en relation par on – i.e. la conjonction de l’identification quantitative et de la différenciation qualitative – qui est à l’origine de cet effet de sens. Or, avec off, l’idée de contact est toujours présente, mais cette fois en creux, puisque, nous l’avons dit, il est alors question d’interruption d’un contact. Dans ces conditions, quels enseignements peut-on tirer des hypothèses d’E. Gilbert concernant on pour la schématisation de off ? Nous commencerons par suggérer que les représentations de ces deux items doivent inclure une composante commune : de fait, non contents de jouer tous deux sur la notion de contact, ils entrent parfois dans un rapport de quasi-synonymie, comme le souligne E. Gilbert dans son article (ibid. : 105-106) et comme nous avons nous-même pu le relever ici (cf. supra p. 133). Une possibilité de substitution qu’illustrent les exemples (212) à (215) :

303

Ce problème n’échappe d’ailleurs pas à L. Dufaye qui en souligne l’existence dans une note (cf.

ibid. : 175, note 4) 304

Soulignons dès à présent que cela suppose une certaine prédominance de la zone I du domaine associé au

repère, lequel doit être préalablement zoné et centré pour que puisse s’évaluer l’altérité.

288

(212) At this early stage the caterpillars are fairly easy to find because while still quite small they live inside a silk canopy, which they spin around themselves when feeding on the nettle tops. (BMD 823) (213) It lays its eggs on nettle leaves and the caterpillars feed off the nettles until they form chrysalises. (CHH 976) (214) Within ten years 40 per cent of cars, 70 per cent of trucks and all buses will be forced to run on methanol, natural gas or electricity. (HH3 2921) (215) They can run off gas, coal, oil, electricity or even waste. (BN4 50)

Nous reviendrons sur ces cas de substitution un peu plus loin afin d’essayer de mieux en saisir les ressorts mais, à ce stade, il nous importe surtout que pour expliquer leur existence-même les représentations de on et de off se doivent de partager au moins une composante. Dans la série d’exemples que nous avons proposée, ces deux particules servent à introduire soit le type d’aliment dont des chenilles tirent leur subsistance ((212) et (213)), soit le type de source d’énergie permettant à des véhicules de fonctionner ((214) et (215)) : elles participent donc à la construction d’une propriété du sujet. Nos exemples faisant nettement ressortir la dimension essentiellement qualitative de cet emploi de on et de off, nous avancerons que celles-ci ont en commun d’instaurer le même type de délimitation qualitative du repéré par le repère, en l’occurrence une différenciation (puisque, nous venons de le voir, elles sont utilisées pour localiser une propriété par rapport au sujet). L’analogie ne saurait de toute façon en aucun cas concerner le type de délimitation quantitative qu’elles établissent, nos analyses d’exemples à valeur spatiale ayant montré que off sert alors à indiquer qu’une localisation n’est plus vérifiée. Si bien que ce que off construit au niveau quantitatif ne peut assurément pas être, comme avec on, de l’ordre de l’identification. Reste, bien entendu, à déterminer la nature précise de la discontinuité quantitative introduite par cette particule. Nous disposons d’ores et déjà de suffisamment d’éléments pour postuler que c’est de différenciation qu’il s’agit. Différenciation et non rupture, contrairement à ce qu’affirme J.-C. Souesme (2003 : 50 ; cf. supra p. 137-138), dans la mesure où nous avons mis en évidence dans le chapitre 2 que off, à l’inverse de out, ne marquait ni franchissement de limite, ni passage en E. On se souviendra en effet que dans le domaine spatial, off ne peut normalement faire plus que mettre fin à une localisation, comme en témoignent les exemples qui suivent : (33) "What members really want is to be got going again and not just towed off to a garage. (K2K 196) (42) Whisk your children off to Rovaniemi on Finland's Arctic Circle to see Santa's reindeer and his elves in the toy workshop. (CB8 739)

289

(46) I don't know what view of these events my uncles took as we woke them early and followed them around as faithfully as any spaniel – maybe that was why they often nipped off to the pub in the evenings. (EVH 130) (138) Everyone wished each other good luck and Mould, Matron and Endill headed off to the library. (AMB 2525)

Examinons ainsi brièvement l’exemple (46) : en posant que le repéré – they/my uncles – n’est plus identifié au repère – la notion /home/ qui reste implicite – d’un point de vue quantitatif, off initie un changement de localisation que le syntagme prépositionnel to the pub fait ensuite aboutir en construisant la nouvelle localisation, c’est-à-dire le nouveau repère – en l’occurrence the pub – auquel le repéré se trouve identifié, toujours sur le plan quantitatif. Il apparaît donc clairement que dans l’exemple (46), comme dans les trois autres d’ailleurs, la mise en place d’une nouvelle localisation se fait en deux temps. En d’autres termes, off rend bien possible un nouveau repérage, le facilite même, mais ne l’institue pas. Et comme le rappellent les exemples (216) à (218), le mécanisme est sensiblement identique lorsque off opère sur des états : (216) The 28-year-old scrum-half only landed in England last Thursday. But the South Sydney star shrugged off jet-lag to play a major role. (CH3 2347) (217) Thugs attacked and robbed a young cancer victim as he played on his new mountain bike. Seven-year-old leukaemia sufferer Paul Hindle was dragged off his pride and joy when the gang pounced as he played with his pals. (K3K 319) (218) He had fought off his anger, but Jenna could still see it at the back of his eyes. (HGD 3800)

Si (218) est particulièrement intéressant car révélateur de l’incapacité de off à entériner un véritable changement d’état, cette série d’exemples montre d’abord et avant tout que off est employé pour signifier qu’un état n’est plus vérifié. Peu importe qu’un nouvel état soit, ou non, construit, seul compte le fait que l’état dont il est question prenne (ou ait pris) fin ; et il en va fréquemment de même pour les localisations305. De sorte qu’état ou localisation, la discontinuité dans la délimitation quantitative du repéré par le repère que dénote off ne doit 305

C’est ce que nous avions pu remarquer à propos de l’exemple (137) (cf. supra p. 262) : (137) The Germans left us to pull the last rope down and headed off without us, leaving us temporarily disenchanted with international fraternity. (ECG 498)

Et c’est également le cas pour tous les exemples dans lesquels l’idée d’"interruption d’un contact" prime. Ainsi, parmi ceux déjà étudiés ici : (22) The day was growing warm and Fen peeled off his sweater. (HHA 618) (133) If there is difficulty removing the dressing from the donor site, either leave the dressing to separate spontaneously over a week or so or soak it off. (Tyers & Collin, 2008 : 46)

290

pas être envisagée comme un hiatus, comme une coupure radicale mais bien plutôt comme une altération de l’identification initiale, c’est-à-dire comme la réintroduction d’une altérité préalablement réduite306. Voilà pourquoi c’est l’opération de différenciation qui nous parait la mieux à même d’en rendre compte. Par conséquent, si l’on reprend le type de formule utilisé par E. Gilbert (op. cit., 2006), on schématisera off de la façon suivante : off : Qnt(X) ≠ Qnt (Y) et Qlt(X) ≠ Qlt(Y) Pour bien comprendre comment cette double différenciation peut être à l’origine de l’idée de "séparation"/ "interruption d’un contact", prenons un exemple : (219) ‘I don't know, Papa,’ Artemis answered, brushing some cake crumbs off her dress. (EEW 229)

On le voit, (219) suppose que l’on a un préconstruit, correspondant à la prédication d’existence There were crumbs on her dress que nous avons étudiée plus haut. Cela signifie que le repérage initial conjugue identification quantitative et différenciation qualitative ; et c’est de ce rattachement préalable direct du repéré au repère que provient la notion de contact. Off opère sur ce repérage : il maintient l’altérité qualitative – qui semble, au demeurant, devenir secondaire – mais surtout, en marquant que la localisation du repéré ne coïncide plus avec celle du repère, c’est-à-dire en (ré)introduisant l’altérité au niveau quantitatif, il construit l’interruption, la séparation. Cette analyse succincte de (219) révèle donc que notre proposition de schématisation de off, bien que pertinente, est incomplète puisqu’elle n’intègre pas le fait que l’effet de sens dont il est question dans cet exemple, et qui est si souvent associé à off, repose sur un préconstruit307. Ce n’est toutefois pas le seul problème que pose cette schématisation. Il en est un autre, bien plus sérieux, que l’on ne peut passer sous silence. Il se trouve que cette schématisation est rigoureusement identique à celle avancée par E. Gilbert (2003 ; 2004 : 106) pour la préposition by. Or, nous avons fait l’hypothèse, avec ce même linguiste (cf. op. cit. et supra p. 252), qu’il existait un ensemble de paramètres ou « primitives » (2003 : 41) permettant de schématiser la totalité des prépositions de l’anglais, chacune d’entre elles se voyant 306

E. Gilbert (ibid. : 93) explique en effet que « l’identification présuppose […] la différenciation : on ne

peut identifier que ce qui est différentiable, l’identification n’étant rien d’autre que la réduction de l’altérité ». 307

On notera que ce préconstruit peut être situationnel, comme en (219), ou bien notionnel comme en (220)

ci-dessous où, du reste, la notion repère /body/ est tellement évidente qu’elle n’a pas besoin d’être explicitée : (220) I gave him my sword, and at once he cut off the head of his enemy. (FRX 404)

291

caractérisée par la combinatoire spécifique de ces paramètres qu’elle met en jeu. Nous pensons que l’identité entre les deux représentations en question, plutôt que de remettre en cause la validité de cette hypothèse ou la justesse desdites représentations, fait simplement apparaître la nécessité de leur adjoindre une dimension supplémentaire, qui soit pleinement discriminante. Pour y parvenir, nous avons décidé de nous intéresser ici à un type bien particulier d’énoncés, dans lesquels by et off indiquent une forme de localisation spatiale que les dictionnaires, à l’instar du CED, définissent en terme de proximité : by beside; next to; near off situated near to or leading away from

Ce qui a retenu notre attention dans ces définitions, c’est la parenté de sens qu’elles suggèrent entre les deux prépositions308 – aussi limitée fût-elle309 – puisqu’elle entre en résonnance avec l’identité de leurs représentations. Les exemples (221) et (222) permettent d’en prendre la mesure : (221) In the large kitchen off the sitting-room Mrs Crumwallis was organizing in no very effective manner the refreshment of the masses. (H8Y 760) (222) There’s a camp bed in the attic, and the little front room by the dining room isn’t being used. I’ll have it put there for you. (Wentworth, 1992 : 193)

On a là deux exemples dans lesquels le repérage instauré respectivement par off et par by présente de grandes similitudes, à telle enseigne qu’il parait envisageable de les substituer l’un à l’autre sans qu’il s’ensuive d’altération sémantique majeure. Si l’existence de tels exemples constitue un argument à l’appui d’une identité, même partielle, des représentations des deux prépositions, il serait cependant erroné d’en déduire que celles-ci sont interchangeables, ne fût-ce que dans cet emploi. De fait, dans ce type de contexte, off comme by marquent la contiguïté, mais on remarque que off suppose en plus, et de manière quasisystématique, une forme d’accès direct entre la pièce repérée et celle qui sert de repère. Une nuance qui est loin d’être anodine et rend fort peu probable la substitution dans un exemple comme (223) : (223) “You’re going the wrong way. The master bedroom is over there,” Corrine said waving toward the room by the kitchen. (Carroll, 2010 : 205)

308

Dans la mesure où by et off sont ici employés prépositionnellement, il nous semble préférable d’utiliser le

terme de préposition pour les désigner. 309

Elle ne semble en effet valoir que pour l’emploi que ces définitions décrivent.

292

Soulignons du reste que (221) et (222), pour instructifs qu’ils soient, ne représentent qu’une proportion relativement marginale des occurrences de by et off exprimant la proximité. Cela tient vraisemblablement à une différence profonde dans la nature même de la proximité construite par chacune des deux prépositions, comme le dévoilent les deux exemples qui suivent : (224) Badger, roe deer, weasel and stoat live by the shore, as do field vole and shrew; […]. (AS7 19) (225) Seals probably first evolved in the North Pacific region. From there, they spread to colonize shallow coastal waters around the globe. Seals now live off the shores of every continent. (Encyclopedia of the Aquatic World, 2004 : 1080)

By et off opèrent ici sur la même notion repère et marquent tous deux une localisation par différenciation, avec pour résultat la mise en place de deux localisations diamétralement opposées, étant attendu que dans un cas le repéré se trouve localisé sur terre et dans l’autre en mer. (224) et (225) mettent donc clairement en évidence que ce qui distingue by et off est l’orientation de la relation que chacune établit entre repéré et repère. Pour intégrer cette propriété discriminante à leurs représentations, le recours à la topologie notionnelle nous semble d’autant plus indiqué que l’on pourra ainsi se fonder sur le travail déjà effectué par E. Gilbert (op. cit.) sur by. Si, à la suite de cet auteur, on postule que by renvoie à « une entrée à l’intérieur d’un domaine » (ibid. : 51), il découle des observations que nous venons de faire que off doit, à l’inverse, en marquer la sortie. Une telle hypothèse est parfaitement cohérente avec nos analyses et conclusions précédentes puisque marquer la sortie de l’intérieur d’un domaine suppose un rattachement préalable à l’intérieur de ce même domaine, quelles qu’en soient les modalités exactes. On retrouve donc là, sous une autre forme, à la fois l’idée de rattachement du repéré au repère et celle de préconstruit, dont nous avons montré le caractère essentiel dans le fonctionnement de off. Par ailleurs, considérer qu’avec off et by la différenciation est instaurée selon deux modes bien distincts permet de rendre compte des différences qui existent en matière de termes susceptibles de servir de repère entre les occurrences des deux prépositions qui relèvent de l’emploi qui nous préoccupe ici. En effet, alors qu’avec by, l’éventail de ces termes est particulièrement large, comme en témoignent ces quelques exemples : (226) Gordon Hyam lives by the canal at Purton, the worst affected stretch of water. (K1Y 793)

293

(227) From Penberi you can either retrace your steps along the Ffos-y-Mynach and return to the road by Penberi Farm. Or […] (CMD 747) (228) The restaurant, pleasantly situated by a patio, looked out across farmland. (AE8 639) (229) I go back and sit on the bench by the Christmas tree. (A74 2216) (230) Your new book was on the table by her chair and she said she had liked it very much – ‘a good writer, a good interesting writer’. (CA6 627) (231) On a little table by the piano was a pile of much thumbed music. (CDN 537)

avec off, il est nettement plus restreint. A titre d’illustration : (232) York-born and bred Charlotte Bailey, who lives off Burton Stone Lane, has celebrated her 100th birthday surrounded by relatives. (K52 948) (233) We are situated off the seafront, close to the Palace Pier. (EC9 522)310 (234) The Jewellery Quarter is home to several excellent restaurants in interesting historic surroundings — an 18th century former bucklemaker's shop off St Paul's Square, and fascinatingly restored warehouses and Victorian houses. (AL7 70) (235) After a brief stay there, we move south-west into the ubiquitous rural ocean until we arrive at a remarkable experimental settlement just off the main road between Kharkov and Poltava. (A64 506)

Nous pensons que le fait que off marque la sortie d’un intérieur contraint fortement le type d’occurrences que la préposition peut mettre en relation en pareil contexte, dans la mesure où l’occurrence repérée doit obligatoirement présenter un certain degré de rattachement préalable à l’occurrence repère, d’un point de vue quantitatif tout au moins311. Autrement dit, comme on peut s’en apercevoir à la lecture des exemples (232) à (235), off opère, ici encore, sur un repérage qui est de l’ordre du préconstruit. Ainsi en (232), la rue dans laquelle vit Charlotte Bailey n’est pas une rue quelconque mais une rue qui donne dans Burton Stone Lane : les délimitations quantitatives des deux occurrences en jeu ne se recouvrent certes pas mais elles partagent malgré tout suffisamment pour que l’on puisse utiliser l’une pour renvoyer à l’autre. Cette propriété préexiste à la relation de repérage instaurée par off, qui s’appuie dessus tout en faisant prévaloir la non-coïncidence entre délimitation quantitative du repère et délimitation quantitative du repéré. On comprend alors mieux pourquoi la valeur de proximité est moins prégnante avec off qu’avec by. De fait, dans le cas de off, elle est le fruit d’un préconstruit qui se trouve retravaillé tandis que dans le cas de by, elle est le produit d’une construction en 310

On notera que dans cet exemple seafront n’est pas pris en compte en tant que renvoyant à une notion à

laquelle sont rattachées un certain nombre de propriétés (en particulier en matière d’orientation), mais en tant que désignant un lieu, au même titre que Palace Pier dans le syntagme prépositionnel qui suit. 311

Un aspect des choses que le LDOCE met du reste très bien en lumière dans sa définition : « connected to a

particular room, area, road etc »

294

situation, cette préposition, parce qu’elle « délimit[e] […] une voie d’accès à un intérieur » (Gilbert, ibid. : 59), permettant d’établir un rattachement ex nihilo. Il en découle qu’avec by n’importe quel terme désignant un objet, un lieu, etc. conçu comme saillant dans la situation va pouvoir servir de repère. On notera que cette différence entre les fonctionnements de off et de by est tout à fait perceptible dans les exemples (224) et (225), où les deux prépositions opèrent sur la même notion repère /shore/. En (225), on a affaire à une notion, /seal/, dont les propriétés physico-culturelles sont directement en lien avec celles de /shore/. Qui plus est, le rattachement est même explicitement construit dans le contexte gauche par l’intermédiaire du groupe prédicatif they spread to colonize shallow coastal waters around the globe. En (224), en revanche, la seule raison d’être du rattachement à la notion /shore/ d’occurrences de notions renvoyant à des animaux terrestres est le caractère saillant de cette dernière dans le contexte de cet l’exemple, à savoir la présentation de la réserve naturelle du Loch of Strathbeg, puisque, dans un espace qui s’organise autour d’une étendue d’eau, les rives revêtent immanquablement une importance particulière312. A l’issue de cette réflexion comparative sur by et off, forcément parcellaire vu les contraintes qui y ont présidé, il convient de souligner qu’en matière de zonage, l’opération de différenciation dont les deux prépositions sont la trace se traduit inévitablement par la construction d’une frontière. Cet aspect des choses n’a bien entendu pas échappé à E. Gilbet dont une partie des analyses est précisément basée sur le fait que by délimite une frontière (cf., entre autres, ibid. : 52, 59). Qu’entrée et sortie de l’intérieur d’un domaine puissent ainsi correspondre à la configuration d’une même zone, la frontière, n’a d’ailleurs rien de vraiment surprenant quand on considère que cette dernière a pour caractéristique essentielle d’être protéiforme313. Puisque les travaux d’E. Gilbert montrent que « la frontière construite par by 312

Signalons au passage qu’en (224), les propriétés physico-culturelles associées /badger/, /roe deer/, etc.

conditionnent la valeur du syntagme prépositionnel by the shore, qui désigne nécessairement une localisation terrestre. Elles excluent donc toute substitution de by par off, off the shore(s) désignant toujours une localisation maritime (très vraisemblablement à cause de l’alternance occurrentielle entre on the shore(s)/ onshore et off the shore(s)/ offshore). Par contre, on pourrait tout à fait envisager de substituer by à off en (225) ; by the shore serait alors obligatoirement interprété comme signifiant à proximité des côtes/ du rivage en raison des propriétés d’animal marin de /seal/. 313

De fait, rappelons ici que la frontière peut être construite et appréhendée de multiples façons. A. Culioli

(1999b : 54) précise, par exemple, qu’« elle se construira soit à partir de p, d'où pas vraiment p, soit de l'extérieur, d'où pas vraiment pas p » et qu’elle « pourra être rattachée soit à l'intérieur, soit à l'extérieur ». Il ajoute que si elle doit généralement être conçue comme une zone de transition – au sens de « ce qui a la propriété « p » et en même temps la propriété altérée, qui fait que ce n’est plus totalement « p », que cela n’a pas la

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ne se défini[t] que par rapport au seul intérieur » (ibid. : 47), il ne nous reste plus qu’à préciser sous quelle forme elle se présente lorsqu’elle est construite par off, ce qui nous permettra d’affiner encore notre schématisation de cette particule. Dans les quelques pages qui précèdent, nous avons mis en évidence que le zonage instauré par off reposait sur un préconstruit, en cela que off opère sur un domaine préalablement zoné et centré dont I est la zone de référence. Pour saisir pleinement le fonctionnement de ce zonage préexistant, il nous parait indispensable de revenir ici sur la question du zonage établi par on. Dans la mesure où, nous l’avons vu, les différentes valeurs en emploi de cette particule résultent de ce que l’altérité initiale entre repéré et repère se trouve résorbée d’un point de vue quantitatif mais maintenue d’un point de vue qualitatif, il est exclu que la zone qu’elle configure soit la zone I (bien qu’il soit indéniable que celle-ci est bien la zone de référence). Pour nous, cette double propriété du repérage construit par on signifie au contraire que c’est la zone frontière qui se voit configurée, une zone frontière qui doit être conçue comme un espace de coexistence et d’interaction entre repéré et repère, une "interface" entre les deux termes (au sens large) mis en relation, quelle qu’en soit la nature314. Ainsi peut-on remarquer que dans un exemple tel There are crumbs on her dress /dress/ n’est en fait prise en compte qu’à travers sa seule surface, cette zone où /crumbs/ et /dress/ vont pouvoir propriété « p » mais que cela n’est pas totalement extérieur » (1990 : 88) – elle peut également être sans dimension, « se rédui[sant] simplement à la séparation entre deux espaces dans le domaine, deux zones » (2002 : 219). Au final, c’est un concept d’une grande complexité qui se dessine au gré des nombreuses reformulations et explications dont il fait l’objet de la part du linguiste. 314

On aboutit donc ainsi pour on à une schématisation assez proche de celle que J.-J. Franckel et D. Paillard

proposent pour la préposition sur et qu’ils résument en ces termes (2007 : 80) : - X, terme repéré, a pour repère Y ; - Dans le domaine associé à Y, sur distingue la zone I-E ; - X est mis en relation avec la zone I-E ; - La zone I-E est considérée comme un espace « mixte » : définie sur le domaine associé à Y, elle est une zone où Y interagit, selon des modalités variables, avec X représentant E dans la notation I-E ; - Tout en étant mis en relation avec I-E, X garde une « visibilité » propre, que marque son interprétation comme E dans la notation I-E. - I-E est interprété comme un espace de coexistence des termes correspondant à X et à Y, cet espace étant construit à partir de Y.

Il convient de bien saisir que c’est effectivement de frontière qu’il est question dans les quelques lignes que nous venons de citer. De fait, comme le précisent J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid. : 152), la notation I-E sert à « marqu[er] un point d’articulation variable de I et de E » : on retrouve donc là ce qui fait l’essence de la frontière telle qu’A. Culioli la définit dans ses écrits. Or, au vu des éléments dont nous disposons, rien ne s’oppose à ce que la manière dont on peut appréhender la frontière et le rôle qu’elle joue avec on puisse être rapprochée de la conception qu’en ont J.-J. Franckel et D. Paillard dans le cas de sur.

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coexister, où le contact va pouvoir s’opérer. Cela se vérifie également pour un exemple comme (236) ci-dessous, que nous empruntons à E. Gilbert (2004 : 103) : (236) [32] Marked eels from Europe never reach the Sargasso sea, only their counterparts who had taken a shorter journey to the American mainland. On entering the sea, their anuses close up, rendering them unable to feed, requiring that they live entirely off their own fatty deposits.

Le linguiste relève qu’en pareil cas « on n’est présenté qu’en termes de concomitance ou de consécution » (ibid.), et pour cause : l’indépendance première des deux événements n’est pas remise en question par on, de sorte que le rattachement de l’évènement repéré à l’événement repère ne définit rien d’autre que l’espace où le premier coexiste dans le temps avec le second. Enfin, on notera que la schématisation proposée permet de rendre compte de ce que, comme le signale E. Gilbert (ibid. : 102), on véhicule régulièrement l’idée « d’une forme de limite, d’une séparation entre deux zones ». Au final, on voit que l’on dispose d’une représentation propre à expliquer ce qui fait la spécificité de cette particule, à savoir qu’elle implique une réduction de l’altérité entre repéré et repère sans toutefois que l’un se dissolve dans l’autre, se trouve englobé par lui, comme il le serait, par exemple, avec in. Armée de ce nouvel élément, nous pouvons à présent reprendre notre hypothèse selon laquelle off opère sur un zonage similaire à celui instauré par on et en tirer les conclusions qui s’imposent. Off travaille sur un domaine dont la frontière est définie comme une interface, donnant accès à la zone I sans que celle-ci puisse vraiment être atteinte. En reconstruisant ou réactivant l’altérité, off reconfigure cette frontière et coupe l’accès à I. Autrement dit, off, en marquant qu’elle ne peut plus être rattachée à l’intérieur, fait passer la frontière du statut d’interface à celui de seuil. On retrouve là l’idée absolument fondamentale, nous l’avons souligné à maintes reprises, que off définit un point de basculement, idée que l’on est maintenant en mesure d’interpréter comme correspondant à un « passage de frontière », au sens que l’on donne à cette expression dans la TOE. Cela signifie que l’on a « un point dans une zone et un point dans une autre, et un saut » (Culioli, 1999a : 148), ce qui peut se représenter ainsi (ibid.) :

Insistons bien ici sur le fait que dans cette représentation, off ne désigne ni le dernier point d’une zone, ni le premier point d’une autre : off matérialise le saut entre les deux zones en luimême.

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On résumera tout ceci en proposant pour off la FS qui suit : Sur le domaine associé au repère, qui est préalablement zoné et centré, off distingue la zone frontière. Off marque que le rattachement du repéré au repère reconfigure cette zone frontière, la faisant passer du statut d’interface à celui de seuil, de telle sorte que l’accès à I, zone de référence, se trouve coupé. Déploiement de la FS de off Revenons, pour éprouver le pouvoir explicatif de cette FS, sur le cas très particulier d’alternance entre on et off que nous avons brièvement évoqué un peu plus haut à l’aide des exemples (212) à (215) : (212) At this early stage the caterpillars are fairly easy to find because while still quite small they live inside a silk canopy, which they spin around themselves when feeding on the nettle tops. (BMD 823) (213) It lays its eggs on nettle leaves and the caterpillars feed off the nettles until they form chrysalises. (CHH 976) (214) Within ten years 40 per cent of cars, 70 per cent of trucks and all buses will be forced to run on methanol, natural gas or electricity. (HH3 2921) (215) They can run off gas, coal, oil, electricity or even waste. (BN4 50)

Force est de reconnaitre que ce cas d’alternance, que l’on retrouve également avec des verbes comme dine et live, est atypique puisqu’il ne se traduit pas par la construction de valeurs en opposition mais par celle de valeurs à ce point similaires que, dans nos exemples, remplacer on par off, et vice versa, n’engendrerait a priori aucun changement d’un point de vue sémantique. L’existence de cette substituabilité nous avait conduite à postuler l’existence d’une composante commune à la représentation de ces deux items. De fait, nous avons montré que tous deux configuraient la zone frontière du domaine associé à la notion repère. Néanmoins, nous avons aussi montré que chacun configurait cette zone frontière à sa manière, à savoir comme une interface dans le cas de on et comme un seuil dans le cas de off, ce qui n’est pas sans conséquence pour la configuration qui nous intéresse ici. Ces spécificités respectives permettent en effet l’émergence de nuances de sens légèrement différentes, comme l’illustrent les deux exemples qui suivent : (237) It is barren and hostile, which explains the names the Greeks gave to its dwellers: the coastal folk had to live off fish (Ichthyophagoi, “fish eaters”), those inland off game

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(Agriophagoi, “wild animal eaters”) or edible shoots and stalks (Moschophagoi). (Casson, 1989 : 97) (238) People decided to plant gardens, live on fish. But most important, they decided that they weren't going back to the fields for three dollars a day. (Sugarman, 2009 : 154)

Ces deux exemples ont retenu notre attention car ils sont révélateurs d’une tendance 315 qui est que l’on préfère utiliser on quand il est question d’un choix (d’autres ressources étant accessibles), et off quand il est question d’une obligation (en l’absence d’autres ressources disponibles). Essayons de cerner ce qui s’y joue. Il convient, pour commencer, de remarquer que, dans tous les cas, il s’agit de définir un type de "feeding"/ "running"/ "living" : on a donc affaire à une délimitation d’ordre purement qualitatif. On et off étant ici employés prépositionnellement, leur rôle est d’abord et avant tout un rôle de relateur, « dans le cadre d’un schéma X R(prép) Y » (Franckel & Paillard, 2007 : 13) où « Y prend la fonction de repère de X » (ibid.). Comme le précisent J.-J. Franckel et D. Paillard (ibid.), « en tant que repère Y est source de détermination pour X », ce qui se vérifie dans nos exemples puisque le "living", pour ne prendre que lui, se trouve redéfini par sa mise en relation avec la notion /fish/316. Par conséquent, en toute logique, c’est le domaine associé à cette notion qui se voit configuré par on/ off. L’analyse se heurte alors, à notre sens, à un obstacle non négligeable qui est celui de l’interprétation à donner de la configuration d’une zone frontière en pareil cas. En effet, s’il est clair que le travail porte sur /fish/ en tant que nourriture (/live/ sélectionnant cette propriété à l’exclusion de toute autre), il parait en revanche difficile qu’il porte sur ses qualités alimentaires proprement dites, c’est-àdire qu’il s’articule autour d’une problématique du bon/ pas bon, mangeable/ pas mangeable/ etc. Au vu de la valeur construite par on et off dans ce type de contexte, il nous semble raisonnable d’avancer qu’à travers la notion /fish/, c’est le domaine de la nourriture, au sens de la classe des aliments assurant une subsistance normale au sujet, qui se trouve zoné, et que /fish/ n’est en fait pris qu’en tant que représentant la frontière de ce domaine. Tout l’intérêt d’une telle hypothèse est qu’elle permet d’expliquer les différences dans les effets de sens mis 315

Il s’agit bien là d’une tendance, et non d’un fait systématique, puisqu’on trouve des occurrences de

decided to live off et de had to live on. 316

Comme le signalent J.-J. Franckel et D. Paillard (cf. ibid. : 13, 25, entre autres), l’identification de X ne va

pas sans poser problème. Si la formulation que nous avons adoptée ici suggère que c’est le verbe lui-même, cela ne peut être qu’un raccourci commode. De fait, les deux linguistes montrent bien qu’il est rare que ce soit si simple et que, dans le type de configuration qui nous intéresse, il s’agit le plus souvent d’un paramètre de la FS du verbe. Il conviendrait donc, en toute rigueur, d’établir la FS de live afin de déterminer lequel des paramètres qu’il met en jeu correspond effectivement à X.

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en place par les deux prépositions en (237) et (238) ci-dessus, chacune d’elle inscrivant /live/ dans un rapport spécifique à /fish/ en vertu des propriétés singulières qu’elle confère à la zone frontière en la configurant. Ainsi off, qui instaure une frontière de type seuil, présente-il ce rapport comme exclusif, étant donné que l’accès à I, i.e. au reste de la classe des aliments, se trouve coupé. En réduisant le domaine de la nourriture à sa seule frontière définie comme étant /fish/, cette préposition entérine donc l’absence d’alternative souvent suggérée par le contexte, d’où l’idée que le type de "living" auquel on a affaire est plutôt de l’ordre de la survie. Avec on, à l’inverse, le rapport entre /live/ et/fish/ est présenté comme non-exclusif, puisque la frontière est alors du type interface. Cet accès à I préservé, qui implique que /fish/ n’est pas la seule possibilité, implique également que le type de "living" construit par on relève d’un choix, d’où la valeur négative que l’on peut voir émerger dans certains exemples : (239) In fact, when I married him he was the biggest junk-food eater I had ever met; he practically lived on burgers, fries, coffee, and sodas. (Shearer, 2006 : 6) (240) ‘What exactly is a devil on horseback?’ I asked. Her scathing expression at my ignorance showed she thought I lived on burgers and fries. (Green, 2005 : 6)

Faire le choix de burgers, fries, coffee and sodas ou de burgers and fries comme repère pour le "living" quand des alternatives existent entraîne une valuation négative, précisément parce que on met l’accent sur la possibilité d’accéder à ces alternatives. Terminons la réflexion engagée ici en signalant que ce sont encore les propriétés singulières dont on et off dotent respectivement la zone frontière qui permettent de comprendre pourquoi on ne peut se substituer à off dans l’exemple qui suit : (241) Portugal became the poorest EC member with almost a quarter of its people living off the land. (F9P 996)

On peut penser que les propriétés physico-culturelles attachées à la notion /land/ font qu’il est beaucoup moins aisé d’envisager le domaine de la nourriture à travers elle qu’à travers /fish/, par exemple. Or, on, qui construit la frontière comme une interface, suppose un rattachement direct de celle-ci à I, tandis qu’à l’opposé, off, qui configure la frontière comme un seuil, bloque un tel rattachement. De sorte que, même si cette préposition constitue bien /land/ comme occurrence limite du domaine, elle ne la force pas à l’intégrer véritablement. C’est d’ailleurs ce caractère d’"occurrence limite" qui va, à nouveau, favoriser l’apparition de l’idée de survie. Notons enfin que dès lors la dimension nourricière de /land/ est explicitée par le

300

contexte, comme c’est le cas avec l’expression the fat of the land, l’alternance avec on redevient possible. En témoignent ces deux exemples : (242) Its ancient buildings reflect the air of a former age, when the pace of life was slow, when landlords and merchants lived off the fat of the land and when labourers, in vast numbers, worked that land. (ECR 455) (243) “We cleared land, rolled logs, and burned brush, blazed out paths from one neighbor's cabin to another, and from one settlement to another – made and used handbills and hominy mortars – hunted deer, turkeys, otter, and raccoons – caught fish, dug ginseng, hunted bees, and the like, and lived on the fat of the land.” (Rohrbough, 2008 : 508)

3.2.4.3. Away Nos analyses du chapitre 2 et du paragraphe 3.2.3 nous ont permis de montrer que l’on pouvait rendre compte de l’essentiel des emplois de away en termes d’éloignement. Il convient d’insister ici sur le fait qu’il s’agit là d’une notion relative ; à double titre du reste, puisque, d’une part, la (prise de) distance, l’écart qu’elle suppose ne peut se mesurer que par rapport à une origine, un repère ; et que, d’autre part, elle n’est en rien figée ou définie avec exactitude mais au contraire sujette à variation, notamment en tant que relevant d’une forme de jugement de l’énonciateur. Nous laisserons ce deuxième point de côté pour nous concentrer sur la relation au repère, lequel, on l’aura compris, joue, avec away, un rôle absolument fondamental. Or, il est assez paradoxal de constater que ce repère reste d’ordinaire largement indéterminé, ce qui complique singulièrement l’appréhension du zonage instauré par away sur le domaine qui lui est associé et fait de cette particule la plus difficile à cerner des trois que nous étudions ici, ainsi que nous avons eu l’occasion de le signaler auparavant. Précisons que cette indétermination ne se résume pas au caractère généralement implicite du repère317, mais concerne d’abord et avant tout la structuration même de ce dernier. La confrontation avec off s’avère assez éclairante de ce point de vue. On considèrera à cet effet les deux exemples qui suivent : (244) As I came level with him I wound down the window and smiled. I said: ‘If you’d get your fat gut out of the way it’d be a whole lot easier, you fucking asshole.’ I accelerated off before he could collect himself and wound up the window again, feeling my anger evaporate – deliciously, tinglingly – as quickly as it had surged up. I was not in the

317

Ce cas de figure étant également très fréquent avec off et out, il ne présenterait guère de pertinence.

301

best of moods, true, because […]. But as we accelerated away I could sense the adrenalincharged heart-thud, the head-reel of pleasure at my audacity: […]. (Boyd, 2006 : 4) (245) Auto made U-turn and cruised by the victim's group. Car stopped and the suspect called out "What's up Bloods?" then began shooting. The victim's group started running. The victim was shot. Car sped off. The suspect fired 6 shots, but witnesses claimed at least one other fired from auto also. As the car sped away, a neighbor heard someone in the car say that they had shot the "wrong mother fucker." (Miethe & Regoeczi, 2004 : 251)

Le principal intérêt de ces exemples, par rapport à ceux sur lesquels s’est appuyé notre travail de comparaison du chapitre 2 (cf. supra 2.2.4), est que s’y côtoient des occurrences de away et de off en combinaison avec un même verbe. Cette proximité ne manque pas de faire ressortir les spécificités du rapport au repère mis en place par chacune des deux particules. Ainsi retrouve-t-on dans l’exemple (244) les principales caractéristiques du fonctionnement de off que nous avons étudiées précédemment puisque l’on a d’abord construction, dans le contexte gauche, de la coïncidence des localisations respectives de l’homme et de la voiture par l’intermédiaire de la proposition subordonnée « as I came level with him », et que ce n’est que dans un second temps que off vient mettre fin à ce rattachement direct du repéré au repère. On observe que le repère bénéficie alors d’une bonne visibilité318 et que le domaine qui lui est associé fait l’objet d’une structuration préalablement à l’entrée en jeu de off. La donne change avec away : en venant se substituer à off aux côtés du verbe accelerate, cette particule permet une reprise modulée du repérage précédent. De fait, son emploi vise manifestement à faire passer au premier plan l’idée d’éloignement qui n’est que très secondaire, voire marginale avec off. Et, parce qu’on se focalise uniquement sur l’idée d’éloignement, et non plus sur celle de mettre fin à une localisation, le rapport au repère devient nettement plus lâche, avec pour conséquence une perte considérable de visibilité pour celui-ci. A telle enseigne qu’il est délicat de dire si l’éloignement est ici construit par rapport au repère initial que constitue la localisation de l’homme, ou par rapport au repérage subséquemment instauré par off. Soulignons que (244) ne représente pas une exception mais bien la règle dans ce type de contexte, un exemple comme (245) appelant exactement la même sorte de commentaires. Force est donc de constater que lorsqu’un rattachement direct du repéré au repère est préalablement posé, et de manière explicite qui plus est, la construction de la valeur d’éloignement par away peut tout de même en oblitérer l’existence.

318

Cette bonne visibilité dépend de la source du point de vue, en l’occurrence la conductrice de la voiture

désignée par le pronom I.

302

Par suite, on ne s’étonnera pas de ne rencontrer que très rarement une telle forme de rattachement dans les énoncés où away ne s’inscrit pas dans un enchaînement avec off. Nous en voulons pour preuve les trois exemples suivants : (246) They were driving a rented car toward a Miami Beach hotel early Wednesday, when the car was rammed twice from behind by a van. Rakebrand's pregnant 27-year-old wife, Kathrin, told him to keep going, police said. But when he did, a single shot fired from the van shattered the driver's window and hit him in the back, killing him. The van sped away. (K2W 1406) (247) As the mother and two girls, holding hands, crossed Highwood Road, Patchway, Bristol, they were struck by a brown Vauxhall driven by Flook, who sped away, said Mr Michael Hubbard, QC, prosecuting. (AJ6 132) (248) Murtha had chased the other driver in his police cruiser until the driver stopped his car in a snow bank on the side of the road. As Murtha got out of his cruiser and approached the other car, the suspect pulled back onto the road and sped away. (Feigenson & Spiesel, 2009 : 92)

On pourrait certes argumenter sur le fait qu’en (246) le prédicat was rammed signale une identification – très ponctuelle – des coordonnées spatio-temporelles des deux véhicules tandis qu’en (247) c’est le prédicat were struck qui implique une coïncidence – là encore ponctuelle – des localisations de la mère et ses deux filles et de la Vauxhall. Il parait cependant difficile de considérer que l’on a affaire là à la construction d’un rattachement direct du repéré au repère, au sens où nous l’avons entendu jusqu’ici. Du reste, dans les deux cas, la possibilité d’une paraphrase en sped away from the crime scene montre bien que l’éloignement est évalué par rapport à la scène dans son entier plutôt que par rapport à un élément spécifique de celle-ci, d’où le caractère relativement flou de ce repérage. Quant à l’exemple (248), il illustre un cas de figure encore plus répandu que le précédent, à savoir l’absence totale de rattachement du repéré au repère. En effet, il est tout à fait évident qu’à aucun moment, la localisation de Murtha, qui sert de repère, et celle du repéré, i.e. l’autre conducteur, n’ont coïncidé. Il apparait ainsi clairement que si le fonctionnement de away n’interdit pas l’existence d’un rattachement préalable direct du repéré au repère, il n’y est pas subordonné, à l’inverse de off. On peut donc en tirer une première conclusion en matière de zonage qui est que le domaine sur lequel opère away n’a pas besoin d’être préalablement zoné et centré. Il en a d’autant moins besoin que, le cas échéant, away va neutraliser cette structuration, comme le mettent en évidence les exemples que nous venons d’étudier. Partant, nous formulons l’hypothèse que l’indétermination du repère dont nous nous sommes abondamment fait l’écho ici résulte de ce

303

que away ne structure pas le domaine associé à ce dernier mais, au contraire, le constitue comme indifférencié, au niveau quantitatif tout au moins. Or, on se souviendra que nous avions déjà raisonné en terme d’indifférenciation du domaine lorsque nous avons travaillé sur out, si bien que quelques remarques s’imposent : 

il convient tout d’abord de souligner que cette indifférenciation ne concerne pas le

même "stade" du repérage : en effet, alors que dans le cas de out elle préexiste à la mise en relation du repère avec le repéré par cette particule319, dans le cas de away elle est précisément le fruit de cette mise en relation ; 

on notera par ailleurs que cette indifférenciation ne relève pas des mêmes

propriétés topologiques. De fait, comme nous l’avons vu dans le paragraphe 3.2.4.1, avec out le domaine se présente initialement comme un ouvert – soit qu’il se donne d’emblée comme homogène car en deça de toute démarcation entre I et E, soit qu’il ait fait l’objet d’une homogénéisation préalable. Or, des exemples tels que (246) et (247) ci-dessus tendent à montrer que l’indifférenciation établie par away procède, elle, moins d’une véritable homogénéisation que d’une simple globalisation, puisque les éléments constitutifs du repère y sont pris comme un tout dans lequel ils perdent leur visibilité, sans que leur singularité soit expressément réduite pour autant. En conséquence de quoi, nous pensons que ce n’est pas un ouvert mais un fermé se présentant sous la forme d’un point que construit away. Il va de soi que ce recours au terme de point n’est en rien anodin et appelle quelques explications, ne serait-ce qu’en raison du contenu tout à fait spécifique qu’il se voit assigner par la TOE. Ainsi E. Gilbert (ibid. : 106) rappelle-t-il que : dans le cadre de la TOE […] le concept de point est intrinsèquement lié à la notion d’aoristique, dont l’une des principales caractéristiques est de permettre la construction d’intervalles bornés fermés compacts (i.e. indivisibles, insécables) associés aux procès, c’est-àdire en définitive de points […]

Pour nous, considérer que away confère un caractère fermé compact au domaine associé à la notion-repère, c’est-à-dire le ramène à un point, constitue sans aucun doute la meilleure façon de rendre compte de l’effet globalisant que nous avons observé. Nous sommes du reste confortée dans cette hypothèse par l’usage que fait L. Dufaye (2006a) du concept de point

319

Rappelons ici que out présuppose toujours un domaine indifférencié, que cette particule vient ensuite

articuler en deux zones, I et E (cf. supra p. 274).

304

dans un article consacré pour partie à la préposition at320. Le linguiste, qui y montre que cette préposition, à l’instar de away, suppose une « neutralisation maximale des propriétés topologiques du repère » (ibid. : 105), explique en effet que cette « configuration topologique minimale associée à

AT

va de pair avec une représentation ponctuelle (voire

adimensionnelle) » (ibid. : 104). En outre, cet élément n’est pas le seul à plaider en faveur de la pertinence d’une analyse du fonctionnement de away en termes de "ponctualisation" quantitative du repère. L’absence de toute problématique de la limite avec cette particule en est un autre. De fait, nous espérons avoir formellement démontré ici que away, à l’inverse de off et out, ne jouait jamais sur l’existence d’une limite, encore moins sur le franchissement d’une limite. Il est aisé de voir que cela signifie que cette particule, contrairement aux deux autres, ne travaille pas à organiser le domaine associé au repère en deux zones complémentaires. Autrement dit, on trouve là confirmation de ce qu’elle n’opère aucune délimitation quantitative entre un intérieur et un extérieur sur ce domaine. Cela doit bien évidemment être mis en lien avec l’incapacité fondamentale de away à construire une nouvelle localisation, que nous avons mise au jour dans le chapitre 2321, et que l’on interprétera comme une incapacité à construire E. Une brève comparaison avec out suffit à s’assurer du bien-fondé d’une telle interprétation, comme la série d’exemples qui suit permet de le vérifier : (249) On Saturday mini-riots broke out around the centre as thousands of youngsters were locked out, leaving them to buy tickets from touts. (CEN 3302) (250) Prolific say that intermediaries do not like the more usual two-to five-year period for fixed rate loans, as these lock borrowers out when interest rates fall. (AJ3 164) (251) Azhag possessed a strange iron crown which appeared to give him sorcerous powers. After his final defeat by a large Empire army this crown was taken by the Grand Theogonist of Sigmar and locked away forever. (CMC 2268) (252) Waste containers should be large enough to take broken glass and be economical, but small enough to lock safely away and change frequently. (EE8 686) 320

Le lecteur attentif n’aura certainement pas oublié que les grammaires anglaises que nous avons consultées

(CoGEL et CaGEL, entre autres) estiment que away entretient une relation d’antonymie avec at, le présentant explicitement comme "not at" (cf. supra p. 114). Bien que, à l’image des dictionnaires qui évitent généralement d’établir une telle équivalence, nous soyons encline à plus de circonspection, il nous parait indéniable qu’il existe bien une relation entre ces deux items – relation dont témoigne l’existence de certaines similarités de fonctionnement, en particulier en matière de structuration du domaine associé à la notion-repère. Il conviendrait bien évidemment de définir la nature exacte de cette relation mais il ne nous appartient pas de le faire ici. 321

Cf. aussi supra p. 258

305

(253) Even her guru, Pete Waterman, was not privy to the secret preparations for the opening concerts in Japan and Britain. His increasingly independent protégée locked herself away in a London dance studio for three weeks perfecting what was to be one of the most talked about dance routines of the pop year. (ADR 1566)

Quoiqu’associées au même verbe, les deux particules mettent là en place deux relations de repérage aux valeurs bien distinctes. On voit qu’en (249) et (250) le repéré se trouve dans une position depuis laquelle il n’a pas accès respectivement au lieu où se tient un événement et aux nouveaux taux d’intérêt (plus avantageux). En d’autres termes, out définit, pour le repéré, une localisation qui, bien qu’évaluée négativement par rapport à une autre avec laquelle elle entre en opposition, n’en a pas moins un statut propre. Au final, et conformément à la FS que nous en avons proposé, out renvoie, dans ces exemples, à la zone E du repère en même temps qu’il la configure. L’analyse des exemples (251) à (253) révèle que la situation est radicalement différente avec away. En effet, par le biais de la notion d’éloignement que véhicule cette particule, l’accent est, cette fois, mis sur l’idée que le repéré se trouve hors de vue, hors d’atteinte, caché, etc. La présence, dans l’exemple (252), de l’adverbe safely, qui porte précisément sur cet état du repéré, souligne d’ailleurs très clairement que c’est ce qui prime alors. Certes, l’instauration de cette "inaccessibilité" par away va immanquablement de pair avec une nouvelle localisation, mais on remarque que celle-ci reste totalement implicite en (251) et (252) où on ne saurait en aucun cas considérer que away la désigne. De sorte que l’introduction, en (253), du syntagme prépositionnel in a London dance studio pour construire cette nouvelle localisation doit nécessairement être vue comme symptomatique de l’incapacité de away à le faire. Le contraste avec out est donc saisissant : away ne permet ni de viser la zone E, ni de poser son existence. A l’issue de ces quelques pages d’analyses, on cerne enfin mieux ce qui fait la spécificité de la relation au repère établie par away en contexte spatial, et l’on dispose maintenant de tous les éléments permettant d’en expliquer le caractère paradoxal. Rappelons d’abord, à la suite de L. Dufaye (ibid. : 103-104), qu’« un repérage spatial a pour fonction de faire gagner le repéré en détermination locative ». Or, toutes nos observations concourent à démontrer que ce n’est pas ce qui se passe avec away. Soyons plus précise : l’éloignement étant, nous l’avons dit, une notion relative qui s’évalue obligatoirement par rapport à un point de départ/référence, away inscrit bien le repéré dans une relation avec un autre terme qui lui sert de repère, et c’est en ce sens que l’on peut effectivement parler d’opération de repérage. Toutefois, cette mise en relation du repéré avec le repère ne conduit à aucune structuration du domaine associé à ce dernier – qu’il s’agisse de la configuration d’une zone particulière

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(quelle qu’elle soit), ou de sa constitution comme ouvert. Elle se traduit, au contraire, par la réduction de ce domaine à un point, avec pour conséquence que le repéré ne peut y être rattaché. Celui-ci se trouve alors dans une situation d’instabilité quantitative dont il ne peut être sorti que par l’instauration d’une nouvelle relation de repérage, comme nous avons pu en voir un exemple en (253). On l’aura compris, le caractère paradoxal du repérage mis en place par away et l’indétermination dont il s’accompagne tiennent, selon nous, au fait que ce que away construit au niveau quantitatif s’apparente à un "non-repérage" et ne permet pas au repéré de gagner en détermination locative. Dès lors, il nous parait logique de postuler que c’est au niveau qualitatif que tout se joue avec cette particule, et en particulier tout ce qui relève du lien (bien réel malgré tout) au repère. Autrement dit, nous faisons ici l’hypothèse que le travail de détermination (Qt) engagé par away est de nature essentiellement qualitative, ce que l’on notera comme suit : away : (Qnt) Qlt où, comme énoncé par A. Culioli (1990 : 130), « le terme non parenthésé est le terme dominant ». Cette hypothèse d’une prépondérance de Qlt n’est pas sans incidence en matière de zonage. Elle implique en effet que le domaine associé au repère fait bien l’objet d’une structuration, mais sur le plan qualitatif uniquement, si bien que la mise en relation du repéré avec le repère par away ne peut apporter au premier qu’une détermination d’ordre qualitatif, et ce y compris dans le cas d’un repérage spatial. Cela signifie que, contrairement à toute attente, dans les exemples à valeur spatiale que nous venons d’étudier, le travail engagé par cette particule porte sur les propriétés notionnelles du repère plutôt que sur le repère en tant que localisation. Reste à présent à en déterminer la nature exacte. Au vu de toutes les données que nous avons rassemblées et analysées ici, on peut d’ores et déjà affirmer avec certitude que, quel que soit le plan sur lequel on se place, l’éloignement est toujours au cœur de ce que construit away. La question qui se pose est donc celle de la représentation à donner de cette (mise à) distance, de cet écart au niveau qualitatif. A notre sens, deux opérations sont a priori susceptibles d’en rendre compte dans le cadre de la TOE : la différenciation d’une part, et la rupture d’autre part. Cette dernière nous paraît toutefois devoir être exclue en raison de l’incapacité de away à poser l’existence de E. Pour éprouver la justesse de cette supposition, reprenons le parallèle avec out dressé cidessus, en nous interrogeant plus particulièrement sur ce que veut dire X is away par rapport à X is out. A cette fin, on s’appuyera sur les deux exemples qui suivent :

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(254) Brushing back her hair with the back of a damp hand she said: ‘Your lot are up in the attics, Miss Sara is out and they're in the shop.’ (GWB 2787) (255) We call him ‘gangling Chang’ to distinguish him from the other Changs, because he is tall, thin, loose-limbed, and is ready to laugh about anything, although it appears he has some family problems in that his wife is away and his baby son is ill. (KAL 164)

En (254), out se trouve pris dans un enchainement de localisations et mis sur le même plan que up in the attics et in the shop : il ne fait alors aucun doute que to be out c’est to be somewhere. On le voit, bien plus qu’à une absence, out renvoie d’abord et avant tout à un ailleurs qui a un statut à part entière, en accord avec l’idée défendue ici que cette particule définit E comme une zone jouissant d’une relative autonomie. Il est à noter que comme c’est habituellement la règle lorsque out est employé en contexte spatial, l’ailleurs ainsi construit n’est considéré que dans sa dimension quantitative322. Il en va, en revanche, tout autrement dans l’exemple (255) où il n’est plus question de la construction d’un ailleurs mais seulement de celle d’une absence (puisque dire his wife is away, ce n’est ni plus ni moins que dire she’s not here323). Surtout, la mise sur un même plan de away et de ill y témoigne du caractère fondamentalement qualitatif du repérage établi par cette particule. L’absence qu’elle marque se trouve de fait assimilée à un état, mais un état temporaire, transitoire ne relevant, à l’évidence, pas de l’introduction de nouvelles propriétés mais correspondant plutôt à une simple mise entre parenthèses des propriétés d’un repère envisagé d’un point de vue notionnel et non en tant que localisation. Soulignons que l’analyse que nous venons de proposer ne se limite pas au cas particulier de l’exemple (255) : elle est d’une portée bien plus générale et permet, entre autres, d’expliquer l’affinité de away avec les syntagmes prépositionnels du type on business, on holiday, etc. qu’illustrent les exemples (256) et (257). (256) Stephen didn't expect her to mope around while he was away on business. (FRS 3177) (257) They were like a pair of burglars, he thought, making free of someone's house while the owners were away on holiday. (F9C 2407)

De tels exemples sont, pour nous, révélateurs de ce que away joue bien plus sur les propriétés notionnelles du repère que sur son statut de localisateur. En effet, selon E. Gilbert, qui leur consacre quelques lignes de son étude de on (ibid. : 104), les « expressions comme on duty, 322

Il n’est en pas moins doté de propriétés qui lui sont intrinsèques et peuvent éventuellement être prises en

compte en tant que telles. 323

Bien entendu, il s’agit là d’un raccourci, l’absence étant le plus souvent calculée par rapport à

l’énonciatieur et sa localisation spatio-temporelle.

308

on holiday, etc. […] sont hors délimitation quantitative, et […] supposent […] une altérité à deux termes », c’est-à-dire une « différenciation par rapport à un autre état » (ibid.). Et c’est bien d’états qu’il s’agit en (256) et (257), plus spécifiquement d’états temporaires du repéré, dont la nature exacte n’est pas exprimée par away lui-même mais par le syntagme prépositionnel en on. Car il convient de remarquer que pas plus qu’elle ne peut renvoyer à une nouvelle localisation, cette particule ne peut, à elle seule, instituer de nouvelles propriétés. Mais, en marquant une "suspension" des propriétés du repère, en définissant ce que l’on pourrait appeler un "entre-deux notionnel", elle rend cependant possible la construction de nouveaux états (le plus souvent temporaires) du repéré, ou tout au moins la facilite. Nous pensons d’ailleurs que c’est très précisément cette réversibilité de l’état des propriétés en jeu dénoté par away qui est à l’origine de sa grande compatibilité avec des syntagmes prépositionnels dont le fonctionnement implique une alternance entre deux états complémentaires. On constate à l’inverse que out, qui configure E et, ce faisant, coupe normalement tout retour, ne présente aucune affinité avec ces mêmes syntagmes324. De fait, une constante des exemples en be away nous semble être la possibilité, voire l’anticipation, d’un retour, et ce même lorsqu’une nouvelle localisation est explicitement posée : (258) Eleven-year old Samantha, their daughter, is away at school during term time, but Pauline keeps busy with a succession of visitors from all parts of the globe. (C9X 163) (259) From the early age of thirty he acted as his father's representative when the raja was away in England. (GT6 206)

Cela tient vraisemblablement au fait que, dans ces deux exemples comme dans la plupart de ceux que nous avons pu examiner, la nouvelle localisation s’entend comme transitoire. Finalement, s’il est indéniable que away introduit une discontinuité qualitative, celle-ci n’a rien d’irrémédiable ou de radical puisqu’il apparait qu’il existe toujours avec cette particule une certaine forme de continuité sous-jacente. On peut du reste considérer que c’est cette singularité du travail qu’elle effectue sur ses propriétés qui assure le maintien du lien au repère, alors même que ce dernier se trouve réduit à un point sur le plan quantitatif. La conclusion qui s’impose à nous au terme de cette réflexion est donc que l’opération de différenciation est la seule qui soit apte à rendre compte de ce que construit away au niveau qualitatif. Une opération de différenciation qui, comme pour off, va tout naturellement correspondre, en matière de zonage, à la configuration d’une frontière. La zone frontière telle que la construit away n’a toutefois rien à voir avec la zone frontière telle que la construit off. 324

La preuve en est qu’une requête dans le BNC ne fournit que 2 occurrences de {be} out on business (contre

21 de {be} away on business) et aucune de {be} out on holiday (contre de 39 {be} away on holiday).

309

Ainsi ne saurait-elle en aucun cas être conçue comme un point de basculement ou un seuil, rien, dans les différents exemples que nous avons étudiés, n’indiquant que away marque une quelconque limite ou autre point de disjonction. Ces exemples nous ayant, à l’opposé, permis de montrer que away renvoyait à une sorte de zone intermédiaire où les propriétés du repère sont comme mises entre parenthèses, la frontière définie par cette particule nous paraît plutôt être de l’ordre de ce qu’A. Culioli (1983-84 : 43) nomme un « sas », c’est-à-dire « une zone d’altération, de transformation » (1990 : 90). L’expression d’entre-deux notionnel que nous avons utilisée plus haut prend alors tout son sens. Au regard de l’ensemble des éléments d’analyse en notre possession, nous sommes maintenant en mesure de proposer pour away la FS qui suit : Au niveau quantitatif, le rattachement du repéré au repère par away constitue le domaine associé à ce dernier comme indifférencié, en le réduisant à un point. Sur ce domaine away opère donc essentiellement une délimitation d’ordre qualitatif en configurant une zone frontière de type sas.

Déploiement de la FS de away Comprendre le principe organisateur de la variation de away permet une relecture éclairante de certains de ses emplois en contexte. Prenons ainsi le cas représenté par les exemples (128) et (129) que nous avions examinés en 3.2.3.1 : (128) I think he fears she will die soon – is already fading away. (CA6 1739) (129) She heard herself talking, but it was almost in her sleep, and her voice gradually trailed away. (JYA 4910)

Comme nous l’avions alors relevé, on a affaire là à des énoncés dans lesquels il n’est plus question de localisation, si bien que l’aspect qualitatif passe au premier plan. Avant d’aller plus loin, il est indispensable de souligner que dans ce type d’exemples, away ne travaille le domaine associé au repère que du point de vue de la propriété qui lui est rattachée. Autrement dit, ce domaine ne fait l’objet d’un zonage que relativement à cette seule et unique propriété. En (128), le domaine associé à /she/ n’est donc considéré que du point de vue de la propriété /alive/, et en (129) celui associé à /voice/ que du point de vue de la propriété /audible/. La possibilité de donner comme gloses de ces deux exemples she’s not dead yet but she isn’t quite alive anymore et her voice gradually became weaker respectivement fait ressortir que away marque une altération, voire une dégradation, de la propriété en jeu. On notera que ceci

310

est parfaitement cohérent avec notre hypothèse selon laquelle cette particule configure une frontière, attendu que la frontière telle que la définit A. Culioli (ibid. : 88), c’est, nous l’avons dit, « ce qui a la propriété « p » et en même temps la propriété altérée, qui fait que ce n’est plus totalement « p », que cela n’a pas la propriété « p » mais que cela n’est pas totalement extérieur ». Mais ce n’est pas qu’une simple délimitation de frontière qui se joue dans ces deux exemples dont le principal intérêt est qu’ils permettent de mieux cerner ce que l’on doit entendre par frontière de type sas. De fait, la présence en (128) de la forme aspectuelle be + -ing et en (129) de l’adverbe gradually n’est en rien anodine : ces deux items servent à présenter l’altération de la propriété dans son déroulement, ce qui est rendu possible par le fait que la frontière mise en place par away n’est pas vide. Elle a, bien au contraire, une épaisseur et regroupe toutes les valeurs comprises entre le "pas vraiment-p" et le "pas vraiment-non-p", c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre du "autre-que-p, mais plutôt p", du "à la rigueur p", du "à peine p", du "pas encore non-p", du "presque non-p" (cf. Culioli, ibid. : 113 ; 1999a : 165) – à l’exclusion du "vraiment non-p", away n’étant pas, à lui seul, à même de construire le passage en E. Partant, peut s’engager, avec cette particule, un travail sur le gradient325 qui explique tant la plasticité de l’idée d’éloignement qu’elle véhicule que les valeurs qui en découlent et dont nous nous largement fait l’écho ici. De sorte qu’il faut bien voir que la configuration d’une zone frontière par away est d’une double nature, combinant construction (par instauration d’une zone de différenciation sur un domaine où aucun zonage ne préexiste) et 325

Rappelons ici que le domaine notionnel tel que le conçoit A. Culioli est muni d’un gradient

(1999b : 127) : Ainsi l’on aboutit à deux modes d’organisation du domaine notionnel : d’une part, on aura un type, que l’on peut ramener à une occurrence énonciativement exhibable comportant des propriétés définitives stables et fermes. Dans ce cas, la relation d’une occurrence au type est de l’ordre de l’identification et se caractérise par une conformité. D’autre part, on aura, comme centre organisateur du domaine, un « point fixe », une valeur extrêmale, irréductible, qui n’est ni contenue, ni située de façon irréversible, par rapport à une quelconque occurrence. Les occurrences d’une notion sont construites dans leur variété (degré d’adéquation par rapport à cet absolu qui ne renvoie qu’à lui-même ; intensité d’une propriété gradable ; valuation subjective), et s’ordonnent en un gradient qui ne comporte pas de premier point origine, mais un attracteur, qualificatif, inaccessible aux différenciations et aux déterminations, régulateur imaginaire de nos représentations. Alors que le type induit un fonctionnement en tout ou rien, l’attracteur introduit le continu, l’orientation vers le centre ou vers l’extérieur, bref des propriétés topologiques, qui rendent le système plastique et dynamique, tout en permettant la stabilisation subjective.

Il convient d’insister, à la suite du linguiste (1990 : 61), sur le fait que : Ce n’est pas une échelle et l’attracteur est nécessaire comme constitutif de l’un des pôles permettant, par les opérations possibles des sujets énonciateurs sur les domaines structurés, d’avoir des zones de différenciation s’éloignant du centre attracteur, donc plus faibles par rapport au centre.

311

structuration (par inversion de l’orientation du gradient). Remarquons au passage qu’on saisit maintenant mieux ce qui différencie la frontière définie par away de celle définie par off puisqu’il s’avère que l’on a d’un côté une particule, off, qui matérialise le point de basculement dans le "pas vraiment p", dans l’altération, et joue purement sur la disjonction, et de l’autre une particule, away, qui construit l’altération pour opérer dessus et l’organiser selon un gradient. Pour en revenir aux exemples (128) et (129), signalons enfin que c’est son travail sur le gradient qui rend away particulièrement compatible avec des verbes tels que fade et trail qui désignent des processus graduels. Ces deux combinaisons sont d’ailleurs loin d’être les seules que forme cette particule avec ce type de verbes, comme l’illustrent les exemples suivants qui n’en présentent que trois parmi les nombreuses existant : (260) Since the second Vatican Council modernised the Church and began to discourage the cult of relics, their religious power has seeped away. (CKW 9) (261) The poor, the unemployed, the homeless, those who have lost and will increasingly lose the small luxuries of hope as our public services continue to decline, our environment gets dirtier and our pride in a compassionate and caring society withers away … (CAL 377) (262) During this period control of the Crown over what remained of the Forest administration dwindled away. (AE9 859)

A la lecture de ces exemples, notre hypothèse est que away entretient des rapports privilégiés avec l’identité sémantique de ces différents verbes telle qu’elle est définie par leur FS. Sans préjuger de ce qu’une description fine dévoilerait de cette FS, on peut tout de même raisonnablement avancer qu’elle doit intégrer leur caractère intrinsèquement graduel, et penser que c’est à ce niveau que la particule interagit avec le scénario verbal, en venant, en quelque sorte, le renforcer. Dans le cas de processus tels que ceux auxquels renvoient les verbes fade, wither et dwindle, qui, en plus d’être graduels, sont notionnellement téliques, c’est-à-dire associés à une frontière car dotés d’un dernier point (cf. supra note 277 p. 259260), il est assez vraisemblable que l’interaction entre FS du verbe et FS de la particule se traduise par un remodelage de cette frontière. Un remodelage qui, en raison du travail de away sur le gradient, a pour effet de "différer" ou de "suspendre" le dernier point, expliquant que l’on puisse avoir besoin de recourir à des syntagmes prépositionnels pour le rétablir, comme en témoignent ces deux exemples : (263) The humming and buzzing sounds of summery woods faded away into a dreadful silence, like the sudden stopping of a heavily ticking clock in a room with shrinking walls. (ADA 1164)

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(264) The outside world and all its adversities faded away to nothing in the heated thrill of his embrace. (HA6 2435)

On voit donc ainsi non seulement se confirmer ce que nous supposions en conclusion du paragraphe 3.2.3.1., à savoir l’incapacité de away à construire un dernier point, mais surtout on en comprend aussi à présent les tenants et les aboutissants. Au vu du rôle crucial que joue le travail de away sur le gradient concernant les rapports que cette particule est susceptible d’entretenir avec son co-texte, il nous parait judicieux de compléter sa FS comme suit : Au niveau quantitatif, le rattachement du repéré au repère par away constitue le domaine associé à ce dernier comme indifférencié, en le réduisant à un point. Sur ce domaine away opère donc essentiellement une délimitation d’ordre qualitatif en configurant une zone frontière de type sas, au sein de laquelle elle organise l’altération par inversion de l’orientation du gradient. L’étude de cas que nous allons mener dans le paragraphe suivant va nous donner l’occasion de prolonger un peu la réflexion autour ce travail sur le gradient et de montrer son importance dans l’émergence de la valeur d’"intensité/ persistance" associée à certaines combinaisons en away.

313

3.3. Etude de cas : tick, tick away, tick off L’étude de cas que nous allons proposer ici vise à offrir un exemple du type d’analyse qui pourrait être entrepris une fois dégagée la FS de chacune des différentes particules de l’anglais. Notre démarche s’inspire directement de celle développée par J.-J. Franckel et D. Paillard dans leur série de travaux sur les prépositions du français (cf. Franckel et Paillard, 1997a, 1997b, 2007 ; Paillard, 2000, 2002a), sans toutefois avoir la prétention d’atteindre le même degré de systématicité. Il s’agit, pour nous comme pour eux, de chercher à saisir comment s’organise la variation des unités lexicales étudiées. Après avoir identifié, dans le paragraphe 3.2, les fondements de la « variation interne » (Franckel et Paillard, 2007 : 22) des trois unités qui nous préoccupent, i.e. leur variation propre, nous allons maintenant pouvoir nous intéresser à leur « variation externe » (ibid.), i.e. à la variation liée au co-texte, et, plus particulièrement, à tout ce qui relève de l’interaction entre verbe et particule. Cette approche se heurte cependant à une difficulté majeure en cela qu’elle « implique en toute rigueur d’établir une FS pour chaque verbe » (ibid. : 26) afin de pouvoir procéder à une analyse détaillée des « combinatoires entre la forme schématique du verbe et la forme schématique de la [particule] » (ibid. : 24). Or, nous l’avons vu, établir une FS requiert un travail de désintrication considérable que nous ne pouvons pas effectuer ici en totalité pour le verbe que nous avons retenu pour cette étude de cas. Aussi devrons-nous nous contenter d’une plus modeste exploration de ses contextes d’emploi et des valeurs qui leur sont associées. Cela devrait malgré tout nous permettre d’esquisser quelques pistes quant au degré d’intégration de la particule au schéma du verbe et à la manière dont celle-ci peut retravailler le scénario qu’il fixe. Précisons pour terminer cette entrée en matière que si notre choix s’est porté sur le verbe tick, c’est à la fois parce que la combinaison qu’il forme avec away fait partie de celles pour lesquelles les dictionnaires attribuent une valeur dite itérative à cette particule, et parce qu’il présente également la spécificité de se combiner avec off. Notre objectif sera donc double : d’une part, éprouver la validité de la FS à laquelle nous sommes parvenue pour away en vérifiant sa capacité à rendre compte de ce que nous avons préféré qualifier de valeur d’"intensité/ persistance" ; et d’autre part, mieux comprendre comment les deux modes de construction de l’altérité auxquels on a affaire avec ces deux particules expliquent les différences dans les valeurs qui sont susceptibles d’apparaitre lorsqu’elles se trouvent associées à un même verbe.

314

3.3.1. Tick employé seul L’entrée que le LDOCE consacre à tick apporte un premier éclairage utile sur fonctionnement de ce verbe lorsqu’il est utilisé seul : 1 if a clock or watch ticks, it makes a short repeated sound: The old clock ticked noisily. 2 to mark a test, list of questions etc with a tick, in order to show that something is correct, to choose something etc Tick the description that best fits you. Just tick the box on your order form. 3 what makes somebody tick the thoughts, feelings, opinions etc that give someone their character or make them behave in a particular way: I've never really understood what makes her tick. 4 tick all the right boxes if something ticks all the right boxes, it does everything that you wanted it to do or is everything you wanted it to be

Ce dictionnaire, comme de nombreux autres du reste, distingue donc deux emplois principaux pour tick, auxquels viennent s’en ajouter deux autres, de type locutionnel. Ces derniers peuvent toutefois aisément être rattachés aux deux premiers326. Après un tri préliminaire (visant, notamment, à éliminer toutes les occurrences où le verbe est suivi d’une particule quelle qu’elle soit), une requête dans le BNC fournit 84 occurrences de ticked qui se répartissent effectivement entre ces deux emplois que, par commodité, nous appellerons "valeur 1" et "valeur 2" respectivement. Voyons quels sont les ressorts de leur fonctionnement. 3.3.1.1. Description de la "valeur 1" Les occurrences relevant de la valeur 1 sont au nombre de 33, dont 32 au prétérit, et pour 31 d’entre elles tick est employé intransitivement. On peut par conséquent affirmer que, dans cet emploi, il est très majoritairement intransitif, comme le laissait supposer la définition du LDOCE. Un rapide survol permet de remarquer que si les termes instanciant la place de C 0 sont assez variés – nous citerons à titre d’exemple the robot, the meter, the game – the clock 326

De fait, la manière dont est formulée la définition de l’emploi 4 fait clairement apparaître son lien avec

l’emploi 2, de sorte que nous serons amenée à les traiter ensemble. Quant à l’emploi 3, la définition qu’en donne le Webster – « operate or function by or as if by a hidden clockwork mechanism » – souligne sa parenté avec l’emploi 1. Cela étant, dans la mesure où, pour des raisons purement pratiques, nous avons choisi de limiter cette étude de cas aux occurrences en –ed de tick, nous n’aurons pas l’occasion d’aborder ici la question de cet emploi locutionnel. Cela ne préjuge évidemment en rien de l’intérêt que pourrait présenter son analyse dans le cadre d’un travail qui prendrait en compte la totalité des formes verbales de tick.

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est celui qui revient le plus souvent puisqu’on le trouve à 18 reprises. Les exemples (265) et (266) illustrent bien les caractéristiques générales des occurrences rencontrées : (265) Ella's book lay face downward on the arm of a chair, her spectacles lodged across it. Dimity's knitting had been hastily put aside when she answered the door, and decorated a low table near the fire. The clock ticked merrily, the fire whispered and crackled, the cat purred upon the window sill, sitting foursquare and smug after its midday meal. (ASE 1925) (266) There was a hook on the crime print. Matched by one on the suspect print. A fork on the crime print, glowing on the screen. Houghton checked against the one beneath the microscope.Match. He knew that he was searching for sixteen points of comparison before he could be sure of positive identification. The clock on the wall ticked noisily in the silence as he continued his task. (G01 2160)

On a là affaire à deux occurrences de type dense : en effet, dans les deux cas, le procès ne fait l’objet que d’une délimitation quantitative par le biais de son ancrage situationnel. Ainsi en (266) la proposition subordonnée temporelle « as he continued his task » constitue-t-elle le repère temporel par rapport auquel s’effectue la construction de l’occurrence en question. Par ailleurs, l’ordre des verbes de l’énumération contenue en (265) ne saurait aucunement correspondre à un ordonnancement temporel, ce qui serait en revanche le cas si l’occurrence était de type discret327. Enfin, il convient de s’arrêter un instant sur les adverbes merrily et noisily car la présence d’adverbes qualitatifs est récurrente dans les occurrences de ce type : environ un tiers des occurrences de ticked en sont suivies, dont la moitié de celles où le terme en position de C0 est the clock. Nous pensons que ces adverbes, s’ils apportent une qualification à ticked, ne peuvent absolument pas définir l’extensité de ce procès. Il s’agirait donc plutôt d’une opération de spécification de l’occurrence de procès, dont on pourrait proposer une glose telle que some tiking took place and this ticking happened to be merry/ noisy/ etc. En fait, ce sont près de 9 occurrences sur 10 de ce que nous avons choisi d’appeler la valeur 1 de tick qui sont de type dense, soit une écrasante majorité. Les deux exemples qui suivent sont assez révélateurs de cette tendance : (267) Some supporters were on their way home, when John Durnin ran through and scored to make it 5-3. There were even more empty seats as the game ticked into the last minute, which was 60 seconds of magic, madness and mayhem. (K25 149) (268) By the third minute Charlie had begun to gain confidence and even landed a punch or two, to the delight of the onlookers. As the round ticked to an end, he felt he had acquitted

327

cf. de Vogüé, 1991 : 63, note 32.

316

himself rather well. When the bell sounded he dropped his gloves and turned to go back to his corner. (K8T 654)

Comme on peut le constater, ces deux exemples se différencient des précédents par la présence des syntagmes prépositionnels into the last minute et to an end. Pris isolément, ceuxci semblent parfaitement à même d’apporter la délimitation nécessaire à la construction d’occurrences de type discret. Or, on notera que les occurrences de ticked dont il est question ici se trouvent toutes deux dans une proposition subordonnée temporelle introduite par as, conjonction dont M. Vallée et J.-C. Khalifa (2000 : 29) montrent qu’en tant que marqueur temporel, elle est « un marqueur de parcours des instants de P2 avec totalisation »328. En raison même de cette opération de parcours, l’accent n’est alors pas mis, comme il le serait avec when329, sur l’accompli du procès /tick/ mais sur l’activité à laquelle renvoie ce procès, i.e. sur le "ticking". Il en résulte qu’en (267) et (268), comme dans tous les exemples qui leur sont analogues, ce sont des occurrences de type dense qui sont construites. Tick, lorsqu’il est employé dans sa valeur 1, présente visiblement une grande affinité avec le fonctionnement dense, et s’il est plus difficile de se prononcer sur le statut de quelques occurrences, c’est avec le compact, et non pas le discret, que l’on peut hésiter. Il est, par exemple, tout à fait légitime de se demander si l’occurrence figurant en (269) est plutôt de l’ordre du dense ou du compact, dans la mesure où la proposition subordonnée relative dans laquelle elle se trouve paraît attribuer une propriété au support que constitue l’antécédent the clock. (269) They lingered for two hours over the meal. Belinda was amazed when she noted the time on an antique clock that ticked on the mantelpiece over the elaborately restored fireplace near where they sat. (H9H 1787)

Pour ce qui est de l’occurrence suivante par contre, nous penchons nettement en faveur d’un fonctionnement compact. (270) He also uses personification rather a lot throughout the novel to give us more of an idea of what he was experiencing. In chapter 45, when he is staying in the hotel, for example. ‘The closet whispered, the fireplace sighed, the little washing-stand ticked, and one guitar string played occasionally in the chest of drawers.’ (KA1 546)

Il est vrai que ce cas est un peu particulier, mais il semble bien que dans cette énumération il s’agisse d’attribuer une propriété aux différents supports que constituent the clock, the fire328

Dans cet article, les auteurs « [prennent] pour convention la notation suivante : P1 AS P2, P1 faisant

référence au procès associé à la proposition précédant le marqueur, et P 2 à celui qui le suit » (ibid. : 23). 329

Cf. Vallée et Khalifa, ibid. : 31.

317

place, the little washing-stand et one guitar string. Cette interprétation est, pour nous, contrainte par la présence, dans le contexte gauche, de la proposition he also uses personnification qui "déconnecte" cette occurrence de tick de tout ancrage situationnel. Cet exemple serait donc à opposer à l’exemple (266), dans lequel la proposition subordonnée temporelle en as sert de repère à l’occurrence de tick, lui fournissant l’ancrage situationnel nécessaire à l’émergence d’une occurrence de type dense. Terminons cette analyse des occurrences relevant de la valeur 1 de tick en examinant les deux exemples de notre corpus dans lesquels ce verbe est employé transitivement : (271) Fielding knelt and ticked a fingernail against the sedimented glass of the fishtank. (H0M 3817) (272) All the time I was attempting to identify by ear bird noises in the spinney: a jay screeched raucously; ‘My toe hurts Betty,’ crooned a wood pigeon; a tiny wren ticked its loud emphatic alarm notes; and over and over a willow warbler trilled. (F9H 1580)

Bien que cet emploi du verbe de tick puisse se voir qualifié de métaphorique dans d’autres cadres théoriques que le nôtre, le fonctionnement de ces deux occurrences s’avère finalement très similaire à ce que nous avons pu observer jusqu’à présent. Certes, tick admet un C1 et les termes en position de C0 n’appartiennent ici plus à la classe des inanimés mais à celle des animés (et même à celle des animés humains en (271)) ; néanmoins on a de nouveau affaire à des occurrences de type dense, Fielding et a tiny wren n’étant que des « coordonnées spatiotemporelles servant de localisateur à l’occurrence construite » (de Vogüé, 1989 : 31) et les termes en position de C1 n’étant en aucun cas à même de délimiter des occurrences de type discret. En fait, de toutes les occurrences où tick revêt sa valeur 1, seule une présente un comportement de type discret, la seule qui ne soit pas au prétérit mais au past perfect. (273) In the mortuary the night porters had swung open the huge white doors of the refrigerator and lifted the shrouded, stiffened body on to an empty shelf. The refrigerator had ticked loudly. (CK0 1210)

Alors qu’il semblait difficile de gloser les exemples (265) et (266) par the clock made a merry/ noisy tick, une paraphrase telle que the refrigerator had made a loud tick est cette fois pleinement envisageable. Pour nous, ce sont les deux opérations que marque le past perfect – à savoir « définition d’un procès comme accompli par rapport à un repère, et localisation de ce repère (avec had) comme décroché de la situation d’énonciation » (Bouscaren & Chuquet, 1987 : 30) – qui permettent l’émergence d’une occurrence de type discret. Cependant, le fait

318

que cet exemple soit le seul au past perfect contenu dans le BNC souligne bien la très faible compatibilité de tick avec la formulation d’un état résultant, dans cet emploi tout au moins. 3.3.1.2. Description de la "valeur 2" La situation est effectivement toute différente en ce qui concerne ce que nous avons choisi d’appeler la valeur 2 de tick. Sur 51 occurrences s’y rattachant, seules 12 sont au prétérit, mais ces dernières sont toutes transitives, comme on pouvait s’y attendre à la lecture de la définition du LDOCE. Les ex (274) et (275) en sont représentatifs : (274) Julia, in the cubby-hole of her office, ticked the last item on Miss Coldharbour's list, ‘Agenda for Chapter Meeting’. (H8B 2724) (275) Madeleine started adding up again, nodding her head as her eyes strayed down the page, moving her lips.This time she was satisfied. She ticked the sum and underlined the total. (GUK 2722)

Signalons d’abord que le terme en position de C0 est toujours un animé humain. Quant aux termes instanciant la place de C1, s’ils sont relativement variés, ils ont toujours un lien avec l’idée de liste ou de case330. Mais il est surtout intéressant de remarquer qu’ils sont tous à même de délimiter le procès, et donc de permettre la construction d’occurrences de type discret, comme le met en évidence la possibilité de formuler un état résultant à partir de (274) et (275) : the last item/ the sum is ticked. Au demeurant, cette notion d’état résultant se révèle être centrale aux occurrences de tick relevant de la valeur 2 puisque 20 d’entre elles, soit près de une sur deux, sont au perfect. Or, on sait que "si l’on associe le procès à un intervalle, le perfect sera représenté par une borne de droite fermée suivie d’un état résultant" (Bouscaren & Chuquet, 1987 : 27). Les exemples (276) et (277) ci-dessous permettent, en outre, de s’apercevoir qu’il existe une grande similitude entre les occurrences au perfect et celles au prétérit : (276) ‘I've prepared an inventory of the furniture, and ticked those pieces to which I'm particularly attached.’ (HH8 52) (277) When you have answered all the questions and ticked the boxes, check your totals and turn the page for a revelation of your personality. (G33 1317)

De fait, les termes en position de C0 et de C1 sont du même type que ceux des exemples précédents et permettent, eux aussi, la construction d’occurrences de type discret. Rien de plus naturel à cela étant donné la valeur de bilan véhiculée par le perfect, laquelle permet de 330

Un fait qui n’est guère surprenant au regard de la définition que donne, par exemple, le CED de cette

valeur de tick : « to mark or check (something, such as a list), with a tick » (nous soulignons).

319

dire X is ticked. On notera au passage que cette compatibilité avec le perfect est d’autant plus logique que lorsqu’il est employé avec sa valeur 2, le verbe tick apparaît dans des contextes particulièrement propices aux bilans (études statistiques, etc.). Dans cette valeur, tick est également régulièrement employé au passif (environ une occurrence sur cinq) : (278) If the review form referral box is ticked an appointment to attend hospital outpatients is sent to the patient and the database sends a copy of the general practitioner or optometrist review findings to the appropriate hospital clinic doctor who will see the patient in outpatients. (FT2 765) (279) Mixing curves are ticked to represent 20% increments, and were calculated using the following parameters. (CRM 823)

Dans l’ensemble, ainsi que l’illustrent (278) et (279), on trouve alors en position de C0 des termes du même type que ceux qui instancient la place de C1 des occurrences à l’actif que nous venons de voir. Précisons qu’on peut malgré tout se demander si certaines de ces occurrences relèvent bien d’un véritable passif, ou si l’on n’a pas plutôt affaire à des participes passés. Ceci dit, vu les préoccupations qui sont ici les nôtres, ces cas d’incertitude ne sont pas vraiment un problème car ils sont symptomatiques du fait qu’on est, là encore, souvent très proche de la formulation d’un état résultant. Or, selon S. de Vogüé (1991 : 52, 54 ; cf. supra p. 233-235), la possibilité de construire un état résultant est justement l’une des caractéristiques d’un fonctionnement de type discret. Les occurrences de ticked qui relèvent indubitablement du participe passé sont, du reste, légèrement plus nombreuses que celles au passif. Les deux exemples qui suivent sont, pour nous, les plus intéressants de ceux qui mettent en jeu cette forme verbale : (280) I loved maths when I was at school, but I had been taught in a very formal way. Getting work ticked was my main motivation. I was lucky: I succeeded in getting ticks. (F9T 1298) (281) If the items truly reflect a developmental sequence, then, it is argued, the items immediately following the last items ticked, for a given child, provide the best focus for intervention. (CG6 992)

En effet, ils montrent bien qu’il s’agit une fois de plus d’une problématique d’expression d’un état résultant, que celui-ci soit simplement visé, comme c’est le cas en (280), ou explicitement formulé comme en c’est le cas en (281), où la structure dans laquelle apparaît ticked est analysable comme une relative dont le pronom relatif et l’auxiliaire be sont effacés.

320

Même si les occurrences que nous venons d’étudier font ressortir une affinité certaine de la valeur 2 de tick avec un fonctionnement de type discret, la contruction d’un autre type d’occurrence n’en demeure pas moins toujours possible, comme le rappelle l’exemple (18) dans lequel ticked se trouve dans une proposition subordonnée temporelle en as, conjonction qui, nous l’avons vu, implique une opération de parcours sur les t associés à ce procès et favorise ainsi l’émergence d’une occurrence de type dense. (282) As he ticked ‘married’ the woman behind the desk asked if his wife knew he was coming in. (AC3 2404)

3.3.1.3. Conclusions quant au fonctionnement de tick L'analyse d'une centaine d'occurrences en -ed nous a permis d’établir : 

d'une part que ce que nous avons appelé la valeur 1 est caractérisée par une

majorité d'occurrences de type dense, le verbe étant employé intransitivement et au prétérit (l'ancrage temporel est le repère constructeur et le perfect est alors quasiment exclu) 

et d'autre part que la valeur 2 est constituée d'une proportion prépondérante

d'occurrences de type discret, dont trois sur cinq correspondent peu ou prou à la formulation d'un état résultant, le verbe étant alors employé transitivement. Il s’avère donc que ces deux valeurs sont liées chacune à un type d’occurrence bien spécifique, dont les traits distinctifs respectifs peuvent être résumés comme suit : C0 = inanimé (objet et principalement clock) Configuration 1

pas de C1

Valeur 1 : faire tic-tac

forme verbale = surtout le prétérit

C0 = animé humain Configuration 2

C1 = liste / case forme verbales = perfect, passif, participe passé

Valeur 2 : faire une marque (cocher une case)

Au vu de tous ces éléments, il nous semble raisonnable de postuler que les deux valeurs que nous venons de décrire résultent de ce que l'opération dont tick est la trace peut être mise en scène de deux manières principales par le co-texte. Compte-tenu des contraintes qui sont ici les nôtres, nous ne pouvons aller jusqu’au bout du travail de désintrication nécessaire à l’identification de cette opération, c’est-à-dire nécessaire à la formulation d’une FS pour tick. Mais les observations que nous avons faites dans les

321

paragraphes précédents permettent tout de même d’apporter quelques précisions concernant les mécanismes qui sous-tendent le fonctionnement des deux configurations dont nous avons mis en évidence l’existence. Ces observations font ainsi apparaitre que lorsque le procès /tick/ est employé dans la configuration 1, il opère sur la classe des instants, i.e. sur « un ouvert sans dernière occurrence » (Bouscaren et Chuquet, ibid. : 146), et permet de construire l’individualisation de chacun des éléments de cette classe, mais sur le plan quantitatif exclusivement. Il s’agit là d’une individualisation a minima puisqu’elle ne concerne que leur survenue et que sur le plan qualitatif ils demeurent indiscernables. Les choses changent dès lors que /tick/ est employé dans la configuration 2 car, dans ce cas, il n’opère plus sur une classe mais sur un ensemble fermé, le terme qui instancie la place de C 1 étant toujours pris dans un ensemble préalablement construit comme fini et discrétisé. Il y a de nouveau individualisation au niveau quantitatif, mais cette fois elle se double d’une réidentification qualitative du C1 comme étant la bonne valeur, comme étant conforme à ce qui a préalablement posé, et le "ticking" correspond à une valuation de la part du C0 agentif. Il convient de remarquer que cela ne signifie pas pour autant que la notion prédicative associée au procès /tick/ contienne un objet interne. De fait, dans la mesure où nous avons fait l’hypothèse que celui-ci était le marqueur d'une seule et unique opération et au regard de son comportement dans la configuration 1, on doit conclure que le domaine notionnel auquel il est associé n'est doté ni d'un dernier point ni d'un étalon de conformité : ce procès n’est, par conséquent, pas télique. Nos analyses n’ont, au demeurant, mis au jour aucune problématique de la conformité avec /tick/ : bien que, dans la configuration 2, le terme en position de C1 soit généralement constructeur et que l’on puisse formuler un état résultant sur lui (X is ticked or it is not, c'est l'un ou l'autre), jamais on ne se demande is it well/properly/completely/etc. ticked?, et il n'est jamais question non plus de discriminer entre "vraie" occurrence ou non. On notera pour finir que les différents exemples que nous avons étudiés font ressortir que tick est le type même du verbe que l'on qualifierait classiquement de ponctuel. Partant, en l’absence de tout contexte, on pourrait supposer que the clock ticked va pouvoir être paraphrasé par the clock made a tick. Seulement l'examen de l'ensemble des occurrences en -ed que l'on trouve dans le BNC auquel nous avons procédé a montré qu'il n'en était rien. La seule glose possible, c'est some ticking took place, ce qui indique clairement que lorsqu’il est employé dans la configuration 1, le procès /tick/ est obligatoirement itéré331. On peut donc

331

Soulignons qu’il n'est nul besoin de chercher à interpréter les occurrences relevant de la configuration 2

comme une itération : le caractère ponctuel du procès tick est alors absolument indiscutable.

322

d’ores et déjà affirmer que la valeur itérative mentionnée par les dictionnaires n’est pas imputable à away. Reste encore à comprendre pourquoi cette particule est compatible avec l’itération alors que off ne semble pas l’être.

3.3.2. Tick away Nous pouvons à présent nous occuper de tick away que l’ODPV décrit en ces termes : 1. make light, regularly repeated sounds, so indicating the passage of time: A grandfather clock ticked solemnly away in the hall. 2. pass, go by, especially to the sound of a clock or watch: The minutes ticked away interminably.

Les exemples choisis par le LDELC viennent compléter cette définition d’une manière pertinente, en mettant en lumière l’existence d’emplois transitifs de tick away ainsi que la possibilité de permuter C0 et C1 : The old grandfather clock ticked away the hours As the hours ticked away, we waited anxiously for news.

Eu égard à ces différents éléments, il semble que tick away soit à rapprocher de la valeur 1 du verbe tick employé seul. Un rapide parcours de l’ensemble des occurrences de tick away contenues dans le BNC confirme d’ailleurs cette impression : on n’y trouve en effet aucun énoncé du type he ticked away happily until all the forms were filled in, qui serait à rapprocher de la valeur 2 du verbe tick employé seul. Le BNC compte 17 occurrences de tick away au prétérit, dont 12 sont intransitives et 5 transitives. Une recherche sur les autres formes verbales révèle néanmoins que ce phrasal verb est beaucoup plus marginalement transitif que ce que ces chiffres pourraient laisser penser, puisque seules 6 occurrences sur un total de 71 le sont. Il n’empêche qu’il conviendra de s'y intéresser de près. 3.3.2.1. Occurrences intransitives Pour ce qui est des occurrences intransitives, un premier examen permet de s’apercevoir, d'une part, que plus de la moitié se trouvent dans une proposition subordonnée temporelle et, d'autre part, que deux types de termes sont susceptibles d'instancier la place de C0, à savoir des termes correspondant à une unité de mesure du temps (the seconds, the minutes, etc.) et, dans une moindre proportion (3 occurrences), the clock. On voit donc tout de suite apparaître deux différences avec tick employé seul, attendu que dans ce cas on n'a jamais d'unité de mesure du temps en position de C0332 et que seule une minorité d'occurrences se trouvent dans 332

Le syntagme nominal the clock est alors très majoritaire à cette place.

323

une subordonnée. (283) et (284) sont des exemples représentatifs de ces emplois intransitifs de tick away : (283) Henry sat in his chair as the seconds ticked away. But when the large hand of his watch passed the twelve, he did not move. (ASS 183) (284) He had never seen Myles Burke laugh before. Silence fell between them. The clock on the mantelpiece ticked away loudly in the stillness. (B1X 1251)

En (283), le terme en position de C0 correspond à une unité de mesure du temps, mais il ne fait l'objet d'aucune qualification suffisante pour le rendre constructeur, de sorte que c'est à une occurrence de type dense que l'on a affaire. Du reste, cette occurrence, comme beaucoup d'autres, se trouve dans une proposition subordonnée temporelle introduite par as333, conjonction qui, nous l'avons signalé précédemment, de par de l’opération sur les t associés au procès qu’elle suppose, favorise l'émergence d'occurrences de type dense. En ce qui concerne (284), le terme en position de C0 est the clock, mais la localisation dont il fait l'objet ne suffit pas à le rendre constructeur et on a, là encore, affaire à une occurrence de type dense. Cette occurrence n'est d'ailleurs pas sans rappeler ce qu’on a pu voir avec les occurrences relevant de la valeur 1 de tick, en ce sens qu’elle est qualifiée par l'adverbe loudly. Soulignons cependant que, même si quelques autres occurrences reçoivent, elles aussi, une qualification de ce type (like a taxi meter, in silence), le phénomène est beaucoup moins fréquent que lorsque tick est employé seul. Pour nous, cela pourrait tenir à la nature essentiellement qualitative de la délimitation construite par away : la particule amenant elle-même une qualification, elle rendrait superflue l'apparition d'autres éléments qualificatifs. Concluons ce tableau des occurrences intransitives de tick away par l’analyse d’un troisième et dernier exemple : (285) As the minutes ticked away to the dinner, excitement was rising among the European leaders lucky enough to have been invited. (CBF 9669)

Celui-ci est assez similaire à l’exemple (283) en cela que le terme en position de C0 y est aussi une unité de mesure du temps et que l'occurrence en question se trouve également dans une proposition subordonnée temporelle en as. Si bien que l'on a à nouveau affaire à une occurrence de type dense. La différence avec (283) réside dans la présence du syntagme prépositionnel to the dinner qui, a priori, semble intrinsèquement à même d'apporter la

333

Si cette conjonction est la plus fréquente, les subordonnées temporelles dans lesquelles on trouve tick

away sont parfois également introduites par while qui joue alors un rôle tout à fait similaire (cf. Vallée et Khalifa, op. cit. pour une mise en regard des propriétés respectives de ces deux marqueurs).

324

délimitation nécessaire à la construction d'une occurrence de type discret. On pourrait avancer que si ce n'est pas le cas ici, c'est parce que la conjonction as bloque la construction d'une telle occurrence. Toutefois, à bien y regarder, on se rend compte que même en prenant the minutes ticked away to the dinner isolément, il reste possible que la limite introduite par to the dinner soit franchie sans que the minutes stop ticking away. En d'autres termes, il reste malgré tout possible que l’occurrence construite soit de type dense, ce qui est parfaitement cohérent avec l’incapacité de away à doter le procès auquel il est associé d'un dernier point. 3.3.2.2. Occurrences transitives Le fonctionnement des occurrences transitives diffère quelque peu. Comme nous l'avons dit plus haut, celles-ci sont globalement rares, mêmes si elles représentent une proportion non négligeable des occurrences au prétérit de tick away. Elles sont toutes construites selon le même schéma avec en position de C0 the clock et en position de C1 minutes ou seconds, ces termes pouvant éventuellement faire l'objet de qualifications ou de précisions. On notera que contrairement à ce qui se passe avec les occurrences intransitives, où l'on rencontre, en position de C0, morning et days/ weeks, ce sont là les deux seules unités de mesure du temps admises334. Voici deux exemples qui illustrent bien les particularités de cette configuration : (286) Dimity's thin finger continued to gallop along the needle and she frowned with concentration. Inexorably, the little clock on the mantelpiece ticked the precious minutes away. At length she reached the end of the stitches and looked with bright interest at her companion. (ASE 1964) (287) ‘[…] I have news none the less. Mixed.’ ‘Give me the bad first.’ ‘Your Admiral Nelson is dead.’ The long case clock beside the bar ticked away five seconds. Karelius said, ‘The good news had better be damned good.’ (B20 2504)

Comme annoncé, dans les deux cas, on trouve en position de C0 le syntagme nominal the clock, qui fait l'objet de qualifications assez semblables à celles vues pour les occurrences intransitives. Quant au terme instanciant la place de C1, il s'agit bien d'une unité de mesure du temps. En (286), cette dernière est qualifiée par l'adjectif precious, mais cela ne suffit pas à rendre le C1 apte à délimiter une occurrence de type discret et c'est à du dense que l'on a affaire. On relèvera au passage la présence de l'adverbe inexorably qui explicite et renforce une valeur d’inéluctabilité qui est une constante dès lors que tick est employé en combinaison avec away. Dans l’exemple (287), en revanche, la détermination dont fait l'objet le nom seconds de la part de l'adjectif numéral cardinal five est propre à permettre au C1 de définir 334

Très vraisemblablement en raison des propriétés physico-culturelles attachées à la notion /clock/.

325

l'extensité du procès /tick away/, et partant à rendre possible la construction d’une occurrence de type discret. Cela n’est cependant pas automatique, loin s’en faut, et l’on comparera l’exemple (287) à l’exemple (288) ci-dessous : (288) Outside the snow beat against the window-panes. Above their heads the clock ticked away the last thirty minutes of the old year. Father Poole closed his eyes and joined his hands, Latin phrases stumbling over his tongue. (B1X 1859)

Le terme en position de C1 y fait l'objet de déterminations assez semblables à celles que nous venons de voir, avec la présence de l'adjectif numéral cardinal thirty. Ceci dit, autant le caractère discret de l'occurrence de l'exemple (287) était indiscutable, autant le statut de celleci est sujet à caution, et l'on peut tout à fait envisager qu'il s'agisse d'une occurrence de type dense. Le contexte dans lequel apparaît cette occurrence permet en effet de proposer une interprétation du type "the clock was ticking away the last thirty minutes of the old year" et donc une paraphrase par some ticking away took place, tandis qu'une telle manipulation semble totalement exclue dans le cas de (287). 3.3.2.3. Conclusions Au terme de ce passage en revue des occurrences au prétérit de tick away, il apparait que le fonctionnement de cette combinaison ne diffère pas fondamentalement de celui de tick lorsqu'il est employé seul dans la configuration 1. Cela étant, bien qu’on retrouve un contexte d’emploi relativement proche et que la valeur construite soit très voisine, nos analyses font malgré tout ressortir les quelques variations suivantes : 

elles concernent tout d’abord le type de termes susceptibles d'instancier la place

de C0, à savoir majoritairement the clock pour tick, et plutôt des unités de mesure du temps pour tick away. Ce point nous semble d’autant plus important qu’on ne trouve jamais ce type de terme avec tick employé seul alors qu’il contribue à faire de l’idée de passage (inexorable) du temps est une caractéristique majeure et récurrente des énoncés contenant tick away ; 

il faut ensuite mentionner l'intransitivité quasi-totale de tick employé seul (dans la

configuration 1 s’entend), qui est à opposer à une transitivité certes marginale mais néanmoins significative de tick away, significative puisqu’elle met en évidence les

326

propriétés ergatives de tick away et que seul le terme en position de C1 de ces occurrences est à même de délimiter des occurrences de type discret335 ; 

enfin, si les adverbes sont assez nombreux dans les occurrences où le verbe tick

est employé seul, ils disparaissent quasiment totalement dès lors que celui-ci entre en combinaison avec away, comme si la qualification apportée par cette particule l’emportait sur toute autre. De fait, la nature essentiellement qualitative de la délimitation construite par away joue incontestablement un rôle-clé dans le glissement de sens que l’on observe. Que /tick/ soit employé seul ou avec away, il opère toujours sur la classe des instants en individualisant ses membres au niveau quantitatif, mais lorsqu’il est associé à la particule, cette dernière vient modifier la donne sur le plan qualitatif. L’altérité qu’elle construit implique en effet que les instants marqués par /tick/, qui restaient auparavant qualitativement indiscernables, se retrouvent qualitativement différenciés. De sorte que ce n’est plus le tic-tac qui prime mais bien la succession d’instants qu’il marque. L'utilisation du mot succession pourrait donner à penser que away exprime ici l’itération, mais nous maintenons qu'il n'en est rien et que celleci est induite par la configuration dans laquelle est employé le procès. Notons que l’on peut expliquer l’affinité entre la particule et cette configuration par le travail sur le gradient qui s’engage avec elle, lequel rend possible un repérage des instants les uns par rapport aux autres dans un ordonnancement chronologique qui structure la classe. Rien n'empêche toutefois de considérer cette succession d’instants en bloc, et c'est du reste le cas de figure le plus fréquent, puisque les contextes dans lesquels apparaissent les occurrences de ticked away font que ces dernières sont majoritairement de type dense. On pourrait alors nous objecter que cela revient finalement au même que lorsque tick est employé seul. Nous soutenons pourtant que tel n'est pas le cas, car les variations que nous avons relevées plus haut sont bien réelles et doivent être prises en compte. Ainsi avions-nous remarqué qu'avec tick away, la position de C0 est majoritairement instanciée par des unités de mesure du temps, alors qu'on ne trouve jamais ce type de terme lorsque tick est employé seul. L'incompatibilité de ce dernier avec un tel terme est facilement compréhensible : ce verbe indiquant qu'une marque est faite, seul un terme renvoyant à une notion ayant dans ses propriétés un élément susceptible d'induire l'idée de marque peut instancier la place de C0. C'est donc bien la seule présence de away qui permet l'apparition, entre autres, de the minutes

335

Rappelons ici le procès /tick/ est non-télique et que away est incapable de doter le domaine qui lui est

associé d'un dernier point.

327

ou the seconds en position de C0, vraisemblablement parce qu’en dotant le domaine notionnel associé au procès /tick/ d'une organisation de type chronologique, la particule fait que chaque minute ou seconde peut être envisagée comme qualitativement différente de la précédente. Ce faisant, elle rend également possible l’existence d’occurrences transitives parce que l’accent se trouve mis non plus sur "ticking" lui-même, mais sur ce qui est "ticked". Qui plus est, l’orientation instaurée par away, conjuguée à son incapacité à construire un dernier point, est sans nul doute à l’origine de l’émergence de l’idée d’écoulement inexorable du temps, qui est nettement plus prégnante lorsque tick est en combinaison avec cette particule. Enfin, il n'aura pas échappé à la vigilance de notre lecteur que tick away est parfois employé intransitivement avec the clock en position de C0 dans une configuration tout à fait semblable à celle qui domine pour tick. On peut ainsi rapprocher les exemples (266) et (284) que nous avons examinés un peu plus tôt : (266) […] The clock on the wall ticked noisily in the silence […] (284) […] The clock on the mantelpiece ticked away loudly in the stillness.

Comme on peut le constater, les deux occurrences dont il est question sont quasi-identiques. Toutefois, les différentes remarques que nous venons de faire nous amènent à penser qu'avec tick away un C1 de type the minutes/the seconds est sous-entendu et que l'on retrouve en fait la nuance de sens déjà évoquée à plusieurs reprises, à savoir qu'avec tick on insiste plutôt sur le tic-tac, et avec tick away plutôt sur le temps qui passe, qui s'enfuit inexorablement.

3.3.3. Tick off Voyons maintenant ce qu’il en est lorsque tick s'associe à la particule off. On signalera pour commencer que cette combinaison se prête à deux types d'emploi principaux, que l’ODPV définit comme suit : 1. put a small mark against (something written down), to show that something has been dealt with, somebody is present etc.: You can tick Sarah’s name off. She’s just arrived. 2. rebuke, reprimand (somebody): If I went too fast again, I was quite prepared to be sent for and ticked off.

Comme lorsque nous avons analysé le comportement du verbe tick employé seul, et pour les mêmes raisons de commodité, nous ferons ici référence à ces deux emplois sous les appellations de "valeur 1" et "valeur 2". Il apparait à la lecture de ces définitions que la valeur 1 de tick off serait assez proche de la valeur 2 de tick, tandis que la valeur 2 de tick off ne ressemble a priori à rien de ce que l'on a pu voir avec tick employé seul. Un examen attentif

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et minutieux des occurrences de ticked off que l'on trouve dans le BNC devrait nous permettre d'y voir plus clair. Elles sont au nombre de 59, dont les deux tiers relèvent de la valeur 1. 3.3.3.1. "Valeur 1" Ces occurrences sont, à l'exception d'une, toutes transitives, et la particule suit immédiatement le verbe pour 26 d'entre elles, lesquelles sont majoritairement au passif (même si le prétérit et le participe passé sont représentés dans des proportions non négligeables). Pour les 11 autres, toutes au prétérit, la particule ne vient qu'après le terme en position de C1, et l'on a à chaque fois le même type de structure, que ce soit sur le plan syntaxique ou sur le plan sémantique, d’où cette distinction dans notre présentation. Commençons l’analyse par quelques exemples représentatifs des occurrences où la particule vient juste après le verbe : (289) Alexia brought him his headset, which he slipped on like a minimalist space helmet. He was becoming part of the machinery of the piece. He checked his watch against the clock, and mentally ticked off the functions as they were performed. (ALJ 1859) (290) Petra to me had been listed with the Pyramids, Timbuktu, Venice, Hadrian's Wall and Troy as places that I had to visit before I died. Some of these have been ticked off and none has failed me. (ARB 1079) (291) The room number should be ticked off on the arrivals and departures list and the guests' names entered on the tabular ledger and their bills started. (EA9 804) (292) I began to employ the list method for other things, planning my weekends for instance. I greatly enjoy sitting down on a Thursday evening to compile a list of all the pleasant and even unpleasant things I have to do, and then luxuriate in my sense of achievement on the following Sunday evening when every item on the list is ticked off. (BNL 141)

Dans l'exemple (289), où ticked off est à l'actif et au prétérit, « la construction du C1 [the functions] est première par rapport à celle du procès » (Franckel et Paillard, 1991 : 130) et lui confère un degré de détermination suffisant pour que ce soit lui « qui fonde la délimitation Qnt-Qlt du procès » (ibid. : 119), le côté qualitatif de celle-ci étant par ailleurs renforcé par la présence de l'adverbe mentally. La proposition subordonnée temporelle introduite par as qui sert de repère à cette occurrence et le prétérit ne font qu'entériner cette délimitation, et il s'ensuit une valeur d'état résultant (the functions are ticked off). On a donc là une occurrence de type discret. Les deux exemples suivants sont eux au passif. En ce qui concerne (290), le terme en position de C0, some of these, est remarquable à plusieurs titres : d'une part, parce que le marqueur de fléchage these indique une « identification stricte avec l'objet pré-cité »

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(Bouscaren et Chuquet, ibid. : 94) – dans le cas présent une énumération – et d'autre part, parce que le quantifieur some marque une opération de prélèvement, prélèvement qui porte donc sur l'énumération qui précède. On le voit, ce terme est suffisamment déterminé pour être constructeur, et le fait que le verbe soit au present perfect a alors pour conséquence la formulation implicite d'un état résultant sur les éléments prélevés. Si bien qu’on a encore affaire à une occurrence de type discret, comme en (291), du reste, où, de par la présence de l'auxiliaire modal should, l’énoncé a non seulement une valeur déontique (du type de celle que l'on trouve dans les règlements ou les lois) mais également une valeur de visée. Or, ce qui est visé ici, c'est l'état résultant the room number is ticked off. On notera que cette occurrence fait l'objet d'une localisation dans l'espace par le biais du syntagme prépositionnel on the arrivals and departures list, mais cela ne fait qu'entériner la délimitation construite par le terme en position de C0 qui s’effectue clairement « hors du plan temporel » (Franckel et Paillard, 1992 : 32). Dans l'exemple (292) enfin, c'est à la formulation d'un état résultant que l'on a affaire, puisque l'occurrence de ticked off est au participe passé et donne lieu à la prédication d'une propriété par l'intermédiaire du verbe be. Le terme en position de C0 contenant le quantifieur every, il y a parcours de l'ensemble des éléments de la classe des items on the list et, du fait de la totalisation impliquée par ce marqueur, la propriété be ticked off est présentée comme validée pour l'ensemble de cette classe. On a, une nouvelle fois, affaire à du discret. Une première différence entre le fonctionnement tick off et celui de tick dans sa valeur 2 apparaît donc, à savoir une quasi-absence d'occurrences au perfect et à l'actif. Poursuivons cette analyse et intéressons-nous, grâce à une deuxième série d'exemples, aux occurrences présentant les particularités que nous avons mentionnées plus haut : (293) 'I look like I've got it made, don't I?' 'Frankly, yes.' 'Looks, money, career, handsome husband, several homes...' Cindy ticked them off on her fingers. 'The girl with everything is how it looks.' (GV8 2454) (294) Corbett paused. 'This is what happened at Godstowe, Ranulf. First,' he ticked the points off on his finger, 'Lady Eleanor Belmont was murdered. Believe me, it was no accident but coolly planned and carefully calculated. Secondly, the aged nun, Dame Martha, was also murdered for what she knew. […] (H9C 523)

Comme on peut s’en apercevoir, les occurrences de ticked off dont il est ici question diffèrent des précédentes en ce que le terme en position de C1, soit them, soit the points, sert à reprendre ou à annoncer l'énumération qui précède ou suit. Dans la mesure où cette énumération n'est pas quelconque, où il ne s'agit pas d'éléments parmi d'autres de la classe des

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instanciables, cela permet au C1 d'être constructeur. Quant aux syntagmes prépositionnels on his/her finger(s), ils jouent un rôle de localisateur par rapport à ces occurrences, la relation de repérage ainsi mise en place ne faisant qu'entériner la délimitation apportée par le C1. C'est donc à du discret que l'on a affaire. Observons au passage qu'en (294) tick off est directement inséré dans l'énumération, ce qui met en évidence le rôle d’introducteur de parole qu'il joue dans ces différents exemples. Cette configuration apparaît majoritairement lorsque la particule est séparée du verbe, mais pas seulement, ainsi qu'en témoigne l'exemple qui suit : (295) […] the gleaming, spotless rooms did credit to their hard work. Sophie ticked off items on her fingers. 'Sink with hot and cold water, gas, electricity, telephone with extension to the house, surgery table - that second-hand adjustable table was a real bargain - recovery cages, filing-cabinets, anaesthetic machine, instruments...' (JYE 353)

A priori le terme en position de C1, items, est trop peu déterminé pour délimiter une occurrence du procès ; toutefois, lui aussi annonce une énumération, et la marque du pluriel correspond ici à un prélèvement implicite, dont le résultat est l'énumération qui suit. Un prélèvement qui n'est pas quelconque, qui plus est, du fait de la valeur intrinsèquement qualitative du déterminant Ø. Finalement, cet exemple est tout à fait semblable aux précédents. Un autre exemple où la particule suit immédiatement le verbe peut être rattaché à cette série : (296) 'Well, I'm asking you now,' he roared. 'Marry me!' 'OK.' 'What?' 'But there are certain conditions.' 'Conditions?' His eyes narrowed. 'What conditions?' Kathleen was enjoying his downfall, he could see that. She lifted her hand and ticked off on her fingers. 'One: you stop potholing. Two: you stop hang-gliding. Three: you sell the bike. Four: you give up smoking.' (JYB 4230)

Si l'occurrence en question présente la particularité d'être intransitive, elle fonctionne néanmoins selon le même mode que les précédentes, et elle est, elle aussi, de type discret. En effet, bien qu’aucun terme n'instancie explicitement la place de C1, il est manifeste que c'est le nom conditions, présent dans le contexte gauche, qui joue ce rôle de manière implicite et délimite l’occurrence de procès. Pour en terminer avec ce point, examinons un dernier exemple : (297) She could never get over her lucky escapes. Donald, Hector, Alexander, Andrew, she ticked them off sometimes as a litany of fortunate deliverances. (HA2 2200)

A première vue, la configuration y est la même que dans les exemples précédents, mais la présence de l'adverbe sometimes vient en fait bouleverser la donne. De par la répétition qu'il

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induit, cet adverbe « est le repère à partir duquel est pris en compte l'événement [tick them off] » (Franckel et Paillard, ibid. : 36). De plus, l'absence de syntagme prépositionnel du type on her fingers, et du repérage supplémentaire qu'il apporte habituellement, fait qu'on a ici affaire à un ancrage purement temporel. Par conséquent, ce qui importe alors ce n'est plus tant les éléments énumérés en eux-mêmes que le fait même de les énumérer, c'est-à-dire que some ticking off took place. On a donc affaire à une occurrence de type dense. L'analyse à laquelle nous venons de procéder nous conduit à attirer l’attention de notre lecteur sur le fait que la définition que le CCDPV propose de la valeur 1 de tick off s’avère bien plus fidèle à la réalité des données que celle de l'ODPV que nous citions en introduction à cette partie de notre exposé. Elle est formulée comme suit : 1. If you tick off items on a list, you write a tick or mark next to them, in order to show that they have been dealt with 2. If you tick off items on your fingers, you say them one by one and touch your fingers with another finger at the same time, usually to make sure you have not forgotten an item

La distinction opérée par ce dictionnaire est, à nos yeux, assez judicieuse, car elle met en avant ce que les autres passent sous silence, à savoir une différence entre ce qui relève purement de l'énumération (signalé dans les faits par un syntagme prépositionnel du type on his/her finger(s) et une énumération qui suit ou précède l'occurrence de tick off), et ce qui correspond à faire une marque sur une liste pour dire it's been dealt with. Ce faisant, l’ouvrage met en lumière une vraie différence de fonctionnement entre tick off et tick, puisqu'on ne trouve aucune occurrence de type "énumération" lorsque ce dernier est employé seul. 3.3.3.2. "Valeur 2" Les occurrences relevant de la valeur 2 de tick off sont moins nombreuses que celles relevant de la valeur 1, et lorsqu’on s'intéresse à celles en –ed, comme c'est le cas ici, on constate qu'elles sont quasiment toutes au passif, à l'exception de celles pour lesquelles off est séparé de ticked. Pour ce qui est de celles où la particule suit immédiatement le verbe, voici deux exemples qui illustrent bien les phénomènes en jeu : (298) Mrs Thatcher was seriously rattled now. She tried to brush her assailant aside with the words, 'One day all the facts, in about thirty years' time, will be published,' and was ticked off in return. 'That is not good enough, Mrs Thatcher.' (ATA 1155) (299) Shaun, of Hartlepool, Cleveland, said he was too tense to watch Saturday's great race sitting on the sofa. But as he writhed on the carpet after the sprint, he was ticked off by 28-yearold Angela for 'over-reacting.' (CH5 452)

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Ces deux occurrences sont donc au passif et ont en commun que le terme en position de C0 est un animé humain. (299) se distingue de (298) par la présence de deux syntagmes prépositionnels, l'un introduit par by et correspondant à ce que la grammaire traditionnelle nomme complément d'agent, l'autre en for et qui, en tant que circonstant de cause, fournit une explication à l'occurrence de ticked off. On pourrait supposer que ces deux éléments vont permettre la délimitation d’une occurrence de type discret, mais il n'en est rien, et (299), tout comme (298), est de type dense. De fait, contrairement à ce que l'on a pu voir précédemment, la passivation n'engendre en aucun cas la formulation d'un état résultant, car cela n'aurait tout simplement aucun sens : le procès ne peut ici faire l'objet que de délimitations temporelles par le biais d'un ancrage situationnel (c'est notamment le rôle que joue le complément d'agent by 28-year-old Angela qui n'est ni plus ni moins qu'une coordonnée supplémentaire, mais non indispensable, comme le montre l'absence de complément d'agent dans l'exemple (298)). Que, dans ce cas de figure, la majorité des occurrences soit au passif, c'est-à-dire que le terme source de la relation primitive soit absent, indique visiblement que l’important est que some ticking off took place. La situation n'est guère différente lorsque tick off est employé à l'actif, comme c'est le cas pour les cinq occurrences où la particule est séparée du verbe, ainsi que le met en évidence l'exemple qui suit : (300) Boyd, who will be 50 next year, has changed little in appearance since he graduated from Harvard in the early Sixties. His manner is the epitome of Ivy League rectitude: one of Boyd's friends told me that the producer once ticked him off for breaching etiquette on opening a car door for a lady. (AL0 81)

Les termes en position de C0 et de C1 y sont des animés humains, et on retrouve, comme en (299), un circonstant de cause introduit par la préposition for. Il apparaît clairement que him ne peut absolument pas délimiter le procès, et que ce terme ainsi que the producer ne sont que des coordonnées spatio-temporelles. Ce qui sert de repère constructeur ici, c'est l'adverbe temporel once qui fonde une délimitation purement quantitative et construit une occurrence de type dense. Il est à noter que les quatre autres occurrences fonctionnent de la même façon, avec à chaque fois un adverbe temporel ou une proposition subordonnée temporelle comme repère constructeur. Il va de soi que cette valeur 2 de tick off ne ressemble à rien de ce que l'on a pu voir lorsque tick est employé seul ou avec away.

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3.3.3.3. Une troisième valeur ? Il convient enfin de signaler l'existence de quelques (rares) occurrences de ce que l'on pourrait appeler une valeur 3 de tick off, et que le CCDPV, qui est le seul dictionnaire à la mentionner, définit comme suit : If you say that a clock ticks off time, or that time ticks off, you are emphasizing that the time is passing, especially before something important is expected to happen.

On le voit, cette valeur est à rapprocher de la valeur 1 de tick et, bien entendu, de tick away. Nous ne l’'avons pas rencontrée en travaillant sur les occurrences en –ed de tick off contenues par le BNC, mais un examen de celles en –ing et en –s nous en a fourni quelques exemples, parmi lesquels ceux-ci : (301) It was her face that did it. Her face as she stood outside the register office, with that big municipal clock behind her, ticking off those first glistening moments of nuptial bliss. (EDJ 1206) (302) As each day ticks off before the crucial announcement on Friday next week from Eurotunnel, the share price falls. (AKU 140)

Dans l'exemple (301), tick off est employé transitivement ce qui, au vu de nos précédentes analyses, est impossible pour tick mais se produit, en revanche, avec tick away. La position de C0 est instanciée par le syntagme nominal that big municipal clock, ce qui place définitivement off en concurrence avec away. Toutefois, le terme en position de C1, à savoir le syntagme nominal those first glistening moments of nuptial bliss ne correspond, lui, pas à ce que l'on trouve avec away dans ce type de configuration, puisqu'on avait systématiquement the minutes ou the seconds (modulo d'éventuelles précisions ou qualifications). Cela pourrait expliquer pourquoi off a ici été préféré à away, d'autant que les qualifications dont fait l'objet moments (glistening, bliss) sont connotées très positivement, ce qui est difficilement compatible avec la valeur d’inexorabilité habituellement construite par away dans cet emploi. En ce qui concerne (302), c'est à une occurrence intransitive que l'on a affaire, ce qui met tick off en concurrence à la fois avec tick et avec tick away. Ceci dit, le terme en position de C0, each day, ressemble a priori plus à ce que l'on a avec tick away qu'avec tick employé seul, et ce rapprochement semble d'autant plus judicieux que l'occurrence en question se trouve dans une proposition subordonnée temporelle introduite par as. On pourrait être tenté de penser que la différence avec tick away réside dans l'idée de compte à rebours, qui résulte à la fois de la présence du syntagme prépositionnel before the crucial announcement on Friday next week from Eurotunnel et de celle du déterminant quantifieur each, lequel indique le parcours des

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éléments d'une classe tout en les individualisant. Il s’avère cependant qu’il existe des occurrences de ticked away qui sont tout à fait comparables : (303) As each minute ticked away, she could not decide if she more greatly feared his prompt return or desired it. (Louise, 2004 : 111)

Pour nous, même si son existence ne peut être ignorée, cet emploi de tick off reste malgré tout bien trop marginal pour que l’on puisse véritablement parler d’une troisième valeur. 3.3.3.4. Conclusions Nos analyses ont donc mis au jour de vraies divergences entre le fonctionnement du verbe tick lorsqu’il est employé seul et son fonctionnement lorsqu’il est en combinaison avec off. Elles ont notamment révélé que si la valeur 1 de tick off est bien à rapprocher de la valeur 2 de tick, les deux configurations en jeu diffèrent assez sensiblement. On opère certes sur un ensemble fini dans les deux cas, mais, là où avec tick seul on cherche à distinguer une bonne valeur parmi les éléments de l’ensemble, avec tick off il s’agit plutôt de passer tous les éléments de l’ensemble en revue pour les présenter comme validés. On a alors clairement affaire à une opposition entre "fait" et "à faire", et on peut penser que le rôle de off est précisément de construire le passage du "à faire" au "fait". Il convient en effet de voir que les éléments de l’ensemble s’entendent toujours comme relevant du domaine du "à faire" ; ils sont, du reste, généralement construits comme tels de manière plus ou moins explicite, comme c’est par exemple le cas en (289), (290) et (292) où tick off opère respectivement sur l’ensemble des "functions to be performed", des "places I had to visit" et des "things I have to do". Pour mémoire : (289) Alexia brought him his headset, which he slipped on like a minimalist space helmet. He was becoming part of the machinery of the piece. He checked his watch against the clock, and mentally ticked off the functions as they were performed. (ALJ 1859) (290) Petra to me had been listed with the Pyramids, Timbuktu, Venice, Hadrian's Wall and Troy as places that I had to visit before I died. Some of these have been ticked off and none has failed me. (ARB 1079) (292) I began to employ the list method for other things, planning my weekends for instance. I greatly enjoy sitting down on a Thursday evening to compile a list of all the pleasant and even unpleasant things I have to do, and then luxuriate in my sense of achievement on the following Sunday evening when every item on the list is ticked off. (BNL 141)

On a là préconstruction d’un rattachement auquel off va pouvoir mettre fin, mais, dans la mesure où on se situe dans un contexte d’opposition typiquement binaire, off, en construisant la frontière, marque obligatoirement un basculement dans le "fait". De sorte que les éléments

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distingués par tick se trouvent automatiquement rattachés au "fait", ainsi qu’en témoigne l’existence d’exemples tels que (304) où ce rattachement est explicité par le syntagme prépositionnel as done, completed : (304) Many of those who work with lasers are sent on safety courses in the belief that safe working is based solely on knowledge, and that when once received, like some tribal initiation, it can be ticked off on their record as done, completed. (Henderson, 1997 : 158)

On remarquera que c’est uniquement parce que la validation se mesure sur le terme en position de C1 (ou de C0 au passif) que celui-ci peut être constructeur et, partant, que l’on peut avoir des occurrences de type discret car il n’y a pas plus de problématique de la conformité ici que lorsque tick est employé seul. Par contre, off, de par la nature du travail sur la frontière qu’il suppose et en raison de l’altérité qui s’ensuit, permet de situer les uns par rapport aux autres des éléments qui, initialement, appartiennent tous au domaine du "à faire", rendant ainsi possible la prise en compte d’énumérations. Il est au demeurant très vraisemblable que ce soit également le type d’altérité construit par off qui permette l’apparition de la deuxième valeur de tick off. On l’a vu, le cas de figure en question a ceci de particulier, par rapport à la configuration 2 de tick à laquelle il semble apparenté, que non seulement on n’opère plus sur un ensemble mais qu’en plus le terme sur lequel porte tick est un animé humain. Ce terme, qu’il soit en position de C1 ou de C0 au passif, se retrouve donc pris dans une relation inter-sujets dans laquelle tick sert de nouveau à construire une individualisation du point de vue quantitatif, mais où l’altérité véhiculée par off bloque toute possibilité de réidentification qualitative à une bonne valeur. La conséquence en est que si le "ticking" correspond toujours à une valuation de la part du C0 agentif ou du complément d’agent, celle-ci ne peut cependant plus être que négative, d’où le fait qu’être distingué de la sorte puisse équivaloir à une réprimande.

3.3.4. Conclusions Au terme de cette analyse comparative, il nous semble qu’on saisit un peu mieux comment et dans quelle mesure l’association avec away et off peut affecter le fonctionnement d’un verbe tel que tick, et au delà, quels peuvent être certains des ressorts de l’interaction entre verbe et particule. Il est intéressant de constater que les FS que nous avons établies pour ces deux particules permettent de rendre compte de l’essentiel des observations que nous avons pu faire. Il est ainsi apparu que le travail de away sur le gradient jouait un rôle fondamental dans la possibilité pour cette particule d’enrichir la sémantique (et, plus marginalement, la syntaxe) de tick à partir de la configuration 1. Et l’on pourrait ajouter que c’est sans nul doute

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ce même travail sur le gradient, parce qu’il ne permet pas d’aboutir à une sortie effective du domaine, qui l’empêche, contrairement à off, de "retravailler" la configuration 2 et de construire le passage du "à faire" au "fait". On notera à cet égard qu’il conviendrait de s’interroger sur ce qui interdit à out de fonctionner avec tick alors que l’opération dont cette particule est la trace parait parfaitement à même de construire un tel passage. Il faudrait, pour apporter une réponse à cette question, approfondir l’étude de tick et parvenir à en dégager la FS. En l’état actuel de notre recherche, tout au plus pouvons-nous suggérer qu’un élément de cette FS doit commander à une affinité toute particulière avec un travail sur la frontière, et ce quelles qu’en soient la nature ou les modalités, puisqu’outre away et off, tick entre également en combinaison avec by et on336, deux particules dont nous avons vu plus tôt337 qu’elles configuraient, elles aussi, la zone frontière. Chercher à comprendre comment celles-ci s’insèrent dans le schéma défini par tick, et la place qu’elles peuvent y occuper par rapport à away et off, constituerait d’ailleurs un autre prolongement naturel du travail engagé ici.

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Citons simplement ces deux exemples à titre d’illustration : (305) The sun dropped below the horizon, the minutes ticked by and an involuntary bivouac began to seem a possibility. (CG1 811) (306) But that interference may well have kept the review on course, as the clock ticked on and the derision from Labour grew louder. (ABJ 1989)

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Cf. supra p. 293, 295-297.

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CONCLUSION

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CONCLUSION Le présent travail avait pour but de proposer une approche permettant de rendre compte de la complexité des phénomènes mis en jeu par les verbes à particule tout en en soulignant les régularités. Pour ce faire, nous avons tout d’abord entrepris de dresser un inventaire, aussi complet que possible mais forcément non-exhaustif, des problèmes d’analyse que pose cette structure. Nous avons ainsi pu prendre la pleine mesure de leur ampleur et de leur diversité. La question syntaxique du statut du second élément a d’ailleurs pu être abordée assez en détail à cette occasion, et, qu’il s’agisse de terminologie ou de critères d’identification/ discrimination, un certain nombre de choix ont pu être faits. Nous avons en outre pu faire la lumière sur les problèmes que pose le traitement classique en termes de degré d’idiomaticité tant de la particule que des phrasal verbs. De manière générale, cet examen de la littérature consacrée au sujet qui nous préoccupe nous a confortée dans l’idée qu’il était nécessaire d’adopter une démarche qui s’affranchisse des logiques de classement traditionnelles et qui remette l’extraordinaire plasticité de la structure au centre des analyses. Avant de pouvoir chercher à mettre en œuvre cette approche lexicale renouvelée intégrant syntaxe et sémantique, il nous a d’abord fallu procéder à un travail approfondi d’analyse des valeurs et emplois en contexte du triplet de particules que nous nous étions donné, afin d’appréhender au mieux ce qui constitue leur identité sémantique propre. Ce travail de désintrication nous a permis de confirmer notre intuition de départ selon laquelle celles-ci s’articulent en système, puisqu’il a fait apparaitre que le même type de problématique était à l’œuvre avec chacune d’entre elles. S’agissant, dans tous les cas, à la fois d’une question de repère et de sa structuration et d’une question de changement de localisation ou d’état, nous avons été amenée à postuler que away, off et out sont des particules de zonages, et à en proposer les FS suivantes : Au niveau quantitatif, le rattachement du repéré au repère par away constitue le domaine associé à ce dernier comme indifférencié, en le réduisant à un point. Sur ce domaine away opère donc essentiellement une délimitation d’ordre qualitatif en configurant une zone frontière de type sas, au sein de laquelle elle organise l’altération par inversion de l’orientation du gradient.

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Sur le domaine associé au repère, qui est préalablement zoné et centré, off distingue la zone frontière. Off marque que le rattachement du repéré au repère reconfigure cette zone frontière, la faisant passer du statut d’interface à celui de seuil, de telle sorte que l’accès à I, zone de référence, se trouve coupé.

Out marque que le rattachement du repéré au repère configure la zone E du domaine associé à ce dernier. Cette construction de E peut s’effectuer selon deux modes : - soit par introduction d’une coupure permettant de prendre le fermé de l’intérieur (du domaine associé au repère) - soit en visant E à partir de la position décrochée IE E est la zone de référence et est caractérisée par le rapport d’altérité stricte dans lequel elle s’inscrit relativement à la zone I. En découle un certain degré d’autonomie qui lui permet, à son tour, de s’organiser autour d’un centre. Comme le révèlent ces FS, l’altérité est au cœur de nos hypothèses à propos de ces trois particules, dont nous estimons qu’elles la construisent chacune à sa manière, puisqu’on voit que le mouvement de I vers E qui s’engage avec toutes est plus abouti avec out qu’il ne l’est avec off qu’il ne l’est avec away. Si nous avons ensuite pu revenir sur un certain nombre des cas de figure abordés au cours du travail d’analyse préliminaire et faire ainsi la démonstration du pouvoir explicatif de ces FS, il conviendrait de poursuivre ce réexamen et de le mener d’une manière plus systématique, car de nombreux cas n’ont pu être couverts. Pour ce qui est des particules ellesmêmes, il serait sans nul doute pertinent de se pencher à nouveau sur les exemples du type I’m all partied out/ I’m all written out/ etc. (cf. supra p. 174-175), afin de saisir comment la configuration de E par out permet l’émergence de cette valeur qualifiée de valeur d’épuisement par D. Bolinger (1971 : 106). Il faudrait également prolonger la réflexion (amorcée avec l’étude de tick) sur l’importance du travail de away sur le gradient dans l’apparition d’une idée d’"intensité/ persistance" avec certains verbes. Enfin, notre analyse de off a mis en lumière l’intérêt que présente l’élargissement de la comparaison à d’autres particules, et il serait d’autant plus légitime de vouloir pousser plus loin dans cette voie que nous avons atteint l’un des objectifs que nous nous étions fixés ici en montrant qu’un

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ensemble limité de paramètres opératoires suffisait à la formulation de FS permettant de rendre compte de la variation, tant interne qu’externe, de chacun de nos trois marqueurs. Si les ressorts de la variation interne à away, off et out ont pu être amplement explorés dans ce travail, ceux de leur variation externe l’ont essentiellement été à travers l’étude de cas menée sur tick, et il va de soi que beaucoup reste encore à faire sur ce plan. Parmi les nombreux points qui mériteraient d’être traités à ce titre, nous citerons simplement celui-ci : partant d’exemples du type to talk away two miles of a journey (cf. supra p. 124), on pourrait s’interroger sur ce qui permet à la particule de fonctionner comme moyen d’ajuster deux notions a priori incompatibles, et tenter d’établir que dans ce type de configuration, elle joue un rôle assez semblable à celui des préverbes du russe tel que le décrit D. Paillard dans une série de travaux (1989, 1995, 1998, 2002b, 2004), à savoir reconstruire le scénario du verbe pour lui permettre d’intégrer un terme qui n’en fait normalement pas partie. On soulèverait par ce biais la question plus générale, mais ô combien incontournable, du degré d’intégration de la particule au schéma du verbe et de la manière dont celle-ci retravaille le scénario qu’il fixe. L’objectif serait alors, bien entendu, de montrer que des régularités de comportement existent également au niveau de la relation entre verbe et particule, régularités qui concernent vraisemblablement les différentes modalités d’interaction entre ces deux types d’unités.

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BIBLIOGRAPHIE

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Dictionary,

Unabridged.

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354

ABREVIATIONS

355

ABRÉVIATIONS A.M.

=

anglais moderne

CaGEL

=

HUDDLESTON, Rodney & PULLUM, Geoffrey, 2002 : The Cambridge Grammar of the English Language, Cambridge, Cambridge University Press.

CCDPV

=

Collins Cobuild Dictionary of Phrasal Verbs, 1989, Glasgow, William Collins Sons & Co Ltd.

CCDT

=

Chambers Combined Dictionary Thesaurus, 1997, Chambers, Edinburgh.

CED

=

Collins English Dictionary, 2003, HarperCollins Publishers, Glasgow.

CoGEL

=

QUIRK, Randolph, GREENBAUM, Sidney, LEECH, Geoffrey & SVARTVIK, Jan, 1985 : A Comprehensive Grammar of the English Language, Londres, Longman

CPVD

=

Cambridge Phrasal Verbs Dictionary – 2nd edition, 2006, Cambridge University Press, Cambridge.

DDC

=

discret-dense-compact

eM.E.

=

early Middle English

FS

=

forme schématique

HVA

=

Harrap’s verbes anglais, 2004, Chambers Harrap Publishers Ltd, Edinburgh.

I.E.

=

Indo-Européen

LDELC

=

Longman Dictionary of English Language and Culture, 2005, Harlow, Pearson Education Limited.

LDOCE

=

Longman Dictionary of Contemporary English Online (http://www.ldoceonline.com/)

LGSWE

=

BIBER, Douglas, JOHANSSON, Stig, LEECH, Geoffrey, CONRAD, Susan & FINEGAn, Edward, 1999 : Longman Grammar of Spoken and Written English, New York, Longman.

lO.E.

=

late Old English

M.E.

=

Middle English

NP

=

noun phrase

O.E.

=

Old English

OALD

=

Oxford Advanced Learners’ Dictionary, 2005, Oxford, Oxford University Press.

ODEE

=

The Oxford Dictionary of English Etymology, 1966, Clarendon Press, Oxford.

ODPV

=

COWIE, Anthony & MACKIN, Ronald, 1993 : Oxford Dictionary of Phrasal Verbs, Oxford University Press, Oxford.

OED

=

The Oxford English Dictionary 2nd edition, 1989, Clarendon Press, Oxford.

PP

=

prepositional phrase

SOV

=

sujet – objet –verbe

SVO

=

sujet – verbe – objet

TOE

=

Théorie des Opérations Enonciatives

V.A.

=

vieil-anglais

V.N.

=

vieux-norrois

356

INDEX DES CONCEPTS UTILISES

357

INDEX DES CONCEPTS UTILISES

A

E

accompli 233

étalon 232-233

adjacence 287-288

état résultant 233, 235, 281-282, 319-322, 329330

adverbe 15-16, 18-19, 60-62, 68-69, 71, 74, 76-78 altérité 270, 291, 296-297, 340

extérieur 253-254, 272-276, 280

aspect 206-208, 210, 214, 218 - valeur aspectuelle des particules 17, 80, 82-87

F

attracteur 253-254, 311

fermé/ fermeture 254-255, 304

B

forme schématique 247-249, 270, 277, 298, 310, 313

borne d’accomplissement 233-234

C C0 223-224, 241-242 C1 223, 226-228, 232, 234-235, 241 centre 253-254, 276, 311 classe d’instanciables 227 compact 221, 228, 232, 241 complément d’objet 223 conformité 232 construction 224-228, 241, 243

frontière 254-255, 295-298, 309-312

G gradient 253, 311-313, 327

I identification 158, 253, 255, 291 idiomaticité 25-26, 35, 37, 40, 48-49, 81-82 intérieur 253-254, 259 invariant 101-102

L

co-texte 247 landmark 119, 176

D décoloration/ bleaching 88

localisation 158

M

délimitation - qualitative Qlt 220, 231-232 - quantitative Qnt 220, 231-232

métalangue 102

dématérialisation 96-99

métonymie 92-93

métaphore 88-90, 252

dense 220, 228, 232, 241 détermination 220, 224-225, 307

N

diachronie 10-14, 107-108, 127-128, 159-161

notion 253

différenciation 158, 255, 287, 289, 291, 295, 309 discret 220, 228, 232-234, 241 domaine notionnel 253-254, 259, 269-271, 311

358

O

V

objet interne 226, 234

valeur spatiale 29, 79, 250-252

occurrence 220-221, 224-228, 231-232, 243, 253

validation 233-234

ouvert 253, 255, 259

variation 101, 221, 247-249, 314, 341

P

verbe à particule/ phrasal verb 23-25, 29-30, 33, 40, 54-57

particule/ particle 14, 16, 18, 33, 42-43, 58-60, 7274, 78 - liste 20, 27, 30, 78 perfectivation 85-86

vérification 233

Z zonage 269-270

point 304-305 préconstruit 291, 294 préposition 15-16, 18, 40-42, 61-68, 71, 76-78 préverbe 85-86, 341 procès 224

R relateur 11, 61, 63, 71, 273, 299 relation prédicative 104, 225 repérage 158, 225, 255, 306-307 résultativité 83-85, 98-99 rupture 158, 255

S spécification 225-228

T télicité 86-87, 259-260 Théorie des Opérations Enonciatives 7, 95, 101104, 276 topologie 254-255 trajector 176 transitivité 237-240, 242-243 type 253, 311 typologie des procès 208-11, 213-215

359

TABLE DES MATIERES

360

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS

2

SOMMAIRE

3

INTRODUCTION

4

1. VERBES A PARTICULE : GENERALITES ET ETUDES ANTERIEURES

8

1.1. De quoi parle-t-on ? 1.1.1. Diachronie 1.1.2. Premières descriptions 1.1.3. Ressources actuelles 1.1.3.1. Dictionnaires Dictionnaires unilingues Dictionnaires bilingues Conclusion 1.1.3.2. Grammaires

10 10 14 22 23 23 28 31 32

1.2. Deux grands problèmes et leur traitement 1.2.1. Syntaxe : statut du second élément 1.2.1.1. Retour sur les catégories de l'adverbe et de la préposition 1.2.1.2. Les appellations : contenu et choix 1.2.2. Sémantique 1.2.2.1. Classements : généralités 1.2.2.2. La question aspectuelle 1.2.2.3. Explications : décolo atio , étapho e, et aut es…

58 58 60 72 78 79 82 87

1.3. Conclusion : nécessité d'une approche lexicale intégrant syntaxe et sémantique

94

2. AWAY, OFF ET OUT : PRÉSENTATION GÉNÉRALE

106

2.1. Away 2.1.1. Remarques historiques . . . L’app oche taxi o i ue 2.1.2.1. Les dictionnaires unilingues 2.1.2.2. Dictionnaires de verbes à particule 2.1.2.3. Grammaires 2.1.3. Autres approches 2.1.4. Une autre valeur ? Etude de cas

107 107 108 108 109 113 115 120

2.2. Off 2.2.1. Remarques historiques . . . L’app oche taxi o i ue

127 127 128

361

2.2.2.1. Les dictionnaires unilingues 2.2.2.2. Dictionnaires de verbes à particule 2.2.2.3. Grammaires 2.2.3. Autres approches 2.2.4. Etude de cas 2.2.4.1. Peel 2.2.4.2. Hustle 2.2.4.3. Tow 2.2.4.4. Sneak 2.2.4.5. Whisk 2.2.4.6. Nip 2.2.4.7. Conclusions

128 131 136 138 141 143 149 149 151 153 155 157

2.3. Out 2.3.1. Remarques historiques . . . L’app oche taxi o i ue 2.3.2.1. Les dictionnaires unilingues 2.3.2.2. Dictionnaires de verbes à particule 2.3.2.3. Grammaires 2.3.3. Autres approches 2.3.4. Etude de cas 2.3.4.1. Tow 2.3.4.2. Hustle 2.3.4.3. Whisk 2.3.4.4. Sneak 2.3.4.5. Start 2.3.4.6. Conclusions

159 159 161 161 165 169 171 182 183 185 188 190 194 201

3. VERBES A PARTICULE : UNE NOUVELLE APPROCHE

204

3.1. Décrire les prédicats 3.1.1. Typologie des procès 3.1.1.1. Cadre général : problématiques aspectuelles 3.1.1.2. Définition et problème des critères Illustration : la classification de Vendler 3.1.1.3. Enjeux théoriques et questions pratiques 3.1.2. La typologie discret-dense-compact 3.1.2.1. Présentation générale 3.1.2.2. Les paramètres de la variation Considérations terminologiques Redéfinition de la typologie DDC en fonction du C 1 C1 constructeur 3.1.3 Problème de la transitivité

205 206 206 208 211 213 216 218 222 223 224 231 236

3.2. Décrire les particules 3.2.1. Forme schématique 3.2.2. Notion et domaine notionnel 3.2.3. Retour sur away, off et out 3.2.3.1. Away 3.2.3.2. Off 3.2.3.3. Out 3.2.3.4. Conclusions 3.2.4. Formes schématiques de away, off et out 3.2.4.1. Out Déploiement de la FS de out

246 247 253 255 256 260 263 267 269 271 277

362

3.2.4.2. Off Déploiement de la FS de off 3.2.4.3. Away Déploiement de la FS de away

286 298 301 310

3.3. Etude de cas : tick, tick away, tick off 3.3.1. Tick employé seul 3.3.1.1. Description de la "valeur 1" 3.3.1.2. Description de la "valeur 2" 3.3.1.3. Conclusions quant au fonctionnement de tick 3.3.2. Tick away 3.3.2.1. Occurrences intransitives 3.3.2.2. Occurrences transitives 3.3.2.3. Conclusions 3.3.3. Tick off 3.3.3.1. "Valeur 1" 3.3.3.2. "Valeur 2" 3.3.3.3. Une troisième valeur ? 3.3.3.4. Conclusions 3.3.4. Conclusions

314 315 315 319 321 323 323 325 326 328 329 332 334 335 336

CONCLUSION

339

BIBLIOGRAPHIE

343

1. Sources du corpus 2. Références 3. Ouvrages cités

343 344 345

ABRÉVIATIONS

356

INDEX DES CONCEPTS UTILISES

358

TABLE DES MATIERES

361

363

PREPOSITIONS, PREVERBES ET POSTVERBES EN ANGLAIS ET EN FRANÇAIS. OFF ET OUT. APPROCHE SYNTAXIQUE ET SEMANTIQUE

LE CAS DE AWAY,

Résumé : Dressant le constat que le traitement classique des différentes valeurs des particules et verbes à particule en termes de métaphore spatio-temporelle et de degré d’idiomaticité ne fait qu’entretenir l’impression que le "sens" de ces verbes composés est une donnée fondamentalement imprévisible et aléatoire, ce travail s’efforce de montrer qu’il est, au contraire, possible de rendre compte de la complexité des phénomènes mis en jeu par ceux-ci tout en en soulignant les régularités. A travers l’exemple du triplet de marqueurs away, off, et out, démonstration est faite qu’à l’issue d’un examen systématique des valeurs d’une particule donnée, et en recourant aux outils développés dans le cadre de la Théorie des Opérations Enonciatives, une forme schématique stable, définie à partir d’opérations de repérage abstrait, peut être dégagée, qui permet de placer tous ses emplois sur un même plan, comme produits de la variation en co-texte de ladite forme schématique. On est alors en mesure de s’intéresser à certains des ressorts de l’interaction entre verbe et particule à la faveur d’une étude de cas. Mots-clés : particule, préposition, verbe à particule, Théorie des Opérations Enonciatives, repérage, domaine notionnel, zonage, frontière, différenciation, gradient.

PREPOSITIONS, PREVERBS AND POSTVERBS IN ENGLISH AND IN FRENCH. THE CASE OF AWAY, OFF AND OUT. SYNTACTIC AND SEMANTIC APPROACH. Abstract: When traditional analyses of particles and phrasal verbs in terms of space and time metaphor and degree of idiomaticity only reinforce the impression that their meanings are of a fundamentally random and unpredictable nature, this work tries to prove that it is in fact possible to account for the complexity and diversity of phenomena involved by phrasal verbs while emphasizing how constant and consistent their behaviour is. Via the example of the three markers away, off and out, it is shown that, following a thorough examination of the values of a given particle, and using the conceptual tools developed within the framework provided by the Theory of Enunciative Operations, a stable schematic form can be isolated, which is defined from operations of abstract location. Thanks to it, all of that particle’s uses are put on the same level, as resulting from the variation of its schematic form when it enters into relation with the co-text. The focus can then shift to the understanding of some of the principles that govern the interaction between verb and particle through a sample case study. Key-words: particle, preposition, phrasal verb, Theorie of Enunciative Operations, location, notional domain, zoning, boundary, differentiation, gradient.

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